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Réfer. : AL0007
Auteur : Anonyme (Batsdorff).
Titre : Le Filet d'Ariane.
S/titre : Pour entrer avec seureté dans le Labirinthe
de la Philosophie Hermetique.
Editeur : Laurent d'Houry. Paris.
Date éd. : 1695 .
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L E
F I L E T D' A R I A D N E,
POUR ENTRER AVEC
seureté dans le Labirinthe de la Philosophie Hermetique.
Vir impius non cognoscet: & stultus non intelliget
haec. Ps. 91.
pict
A P A R I S, Chez Laurent D'HOURY, ruë S. Jacques, devant la Fontaine Saint Severin, au Saint Esprit. ------------------------------- M. DC. XCV. Avec Privilege du Roy.
@
@

pict

AVERTISSEMENT.
J'AI longtemps balancé avant que
de me résoudre à mettre la main
à la plume pour composer ce petit
Traité, dissuadé de le faire par les
mêmes raisons, qui ont empêché
tous les Philosophes d'enseigner leur
Science autrement qu'ils nous l'ont
laissée, avouant qu'ils n'ont écrit
que pour les Enfants de l'Art, &
non pour les Ignorants, ni autres
personnes qui en auraient pu abuser;
& qu'ils se sont plutôt étudiés
à la cacher qu'à la vouloir mettre en
évidence: En effet il y en a qui ont
composé plusieurs volumes, chacun
desquels contient bon nombre
de Chapitres, qui sont autant de
voiles qu'ils mettent devant les yeux
de ceux qui s'imaginent pouvoir pénétrer
leurs mystères, où ils se sont
à ij
@

AVERTISSEMENT.
rompus inutilement la tête. Les
Chimistes mêmes se persuadent que
cette Science est de leur compétence
& non de celle d'autrui,
voyant souvent dans leurs Livres les
termes de Sublimations, Solutions,
Dissolutions, Digestions, Calcinations,
Imbibitions, Coagulations, &
une infinité d'autres termes dont
on se sert dans la Chimie.
Sur quoi travaillant, ils ont fait cent brouilleries qui n'ont rien produit
que de la confusion dans leurs
esprits & de la dépense inutile dans
leurs Laboratoires, parce qu'ils ont
pris à la lettre les dires des Philosophes
qui doivent s'expliquer tout
autrement: & comme il y a peu de
Personnes, qui puissent, comme il
faut, manifester leurs dires & manières
de parler, j'ai fait exprès un
Dictionnaire qui explique fort nettement
ce qui est le plus difficile
afin de satisfaire en quelque façon
les Curieux, & désabuser ceux qui

@

AVERTISSEMENT.
se ruinent inconsidérément, voulant
travailler sur une Science qu'ils
n'ont jamais apprise, & par conséquent
qu'ils ne peuvent bien savoir,
ni mettre en usage.
Et quoi qu'on voie dans les Livres des Sages, tant de Chapitres
avec des noms différents; Soyez
averti (cher Lecteur) que ce n'est
que pour mettre de la confusion dans
les esprits, & qu'ils disent ou écrivent
une même chose en cent façons
différentes, & mettent à la fin
de leurs Volumes, ce qui devrait
être au commencement, & la fin
au milieu, & le milieu dès le second
ou le troisième feuillet. Outre
que quelquefois ce qu'ils ont dit en
un endroit, ils le révoquent dans
un autre, disant qu'il ne faut pas s'y
arrêter.
Quelques-uns disent, que lorsqu'ils semblent parler le plus clairement,
c'est alors qu'ils sont plus
obscurs & le moins intelligibles;

@

AVERTISSEMENT.
c'est ce qui a fait dire à la plupart
des hommes, que comme ces Livres
sont composés autrement que
les autres, qu'ils sont Livres faits à
plaisir, pour amuser les gens d'une
Science imaginaire qui n'a point de
fondement, & qui promet des Trésors
chimériques; C'est pourquoi,
ceux qui n'y peuvent rien comprendre,
& qui n'ont pas l'esprit assez
pénétrant pour développer le sens
des paroles des Sages, ne nomment
point autrement que fols & visionnaires
ceux qui s'y attachent, &
ferment la bouche à ceux qui en
veulent parler.
J'avoue qu'il n'y a rien de si rebutant que la lecture de ces Livres,
à une personne qui ne les entend
pas, & qui n'en a pas les clefs;
mais aussi il faut demeurer d'accord
que ceux qui les ont & qui les entendent,
sont ravis de voir la subtilité
de l'esprit des Philosophes
pour cacher leur Science, & il n'y

@

AVERTISSEMENT.
a pas une page, où ils ne remarquent
quelque trait nouveau qui
les satisfait pleinement.
Quant à moi, on ne peut pas parler plus nettement, plus sincèrement,
plus intelligiblement, ni
avec plus d'ordre, sans pourtant dire
trop clairement quelques principes,
qui au lieu de faire du bien,
feraient sans doute beaucoup de
mal, si je les avait déclarés autrement,
parce que ce mien petit Travail
pourrait tomber entre les mains
de plusieurs personnes, qui en pourraient
mésuser au préjudice de leur
salut.
Encore que toute la substance de ce petit Traité se puisse écrire en
moins de cent paroles, je m'y suis
beaucoup étendu, non pas pour m'ériger
en Philosophe, d'autant que
j'écris trop clairement pour cela, &
avec des termes vulgaires que j'affecte
contre l'usage des mêmes Philosophes;
mais je l'ai fait ainsi ex-

@

AVERTISSEMENT.
près, afin que rien n'y manque de
tout ce qu'on peut y désirer, & que
ceux qui le liront n'aient point besoin
d'Interprète pour éclaircir les
difficultés qui pourraient naître dans
leur esprit.
Reste à dire que le travail de la Pierre n'est pas grand, que la dépense
est très modique, & qu'il n'y
a que le temps qui est long; c'est
pourquoi il faut faire bonne provision
de patience & ne se pas ennuyer,
& devant que de commencer,
se dégager du soin de toutes
affaires temporelles autant qu'on
pourra.


LE
@
1
pict

L E F I L E T D ' A R I A D N E.
---------------------------
Discours préliminaire sur la Pierre
des Sages.
pict A Science Hermétique est La Science
si cachée, qu'elle s'appelle d'Hermès
avec raison, la Science de Science se-
la Philosophie secrète; Les crète, &
autres Sciences s'apprennent par la pourquoi.
lecture des Livres, d'autant qu'ils sont
composés de termes ordinaires & intelligibles;
mais celle-ci ne peut être
comprise par la lecture mille fois réitérée
de ceux des Philosophes, d'autant Comment
que leurs termes ne se doivent pas il faut ex-
prendre à la lettre, mais mystiquement, pliquer les
similitudinairement, allégoriquement, Livres des
& énigmatiquement. Philoso-
Si est-ce pourtant que grand nombre phes.
A
@

2 Le Filet
de personnes s'y attachent, les uns
par curiosité, les autres dans l'espérance
d'y rencontrer de l'utilité; Encore
s'ils ne faisaient tous que lire &
tâcher de pénétrer le sens des Livres
des Sages, cela serait en quelque façon
tolérable; mais la plupart consomment
leurs biens, & ensuite ceux des
autres, à travailler & à chercher ce qu'ils
ne trouveront jamais.
Abus des En bonne foi, ces gens me font pitié
Chimistes, de s'attacher si opiniâtrement à chercher
souffleurs avec tant de frais, & de perte de
& Cher- temps, & à vouloir faire une chose qu'ils
cheurs. ne savent pas, ni même le moindre
des principes. Dans tous les Arts il
faut bien savoir les principes & le
moyen d'opérer, & celui-ci qui est
l'Art des arts, ils le veulent entreprendre,
sans en savoir ni le commencement,
ni le progrès, ni les moyens de
conduire leur ouvrage à une due & raisonnable
fin.
Cela est donc contre le bon sens, car
tout homme prudent doit premièrement
apprendre la Science, s'il peut;
c'est-à-dire, les principes & les moyens
d'opérer, sinon en demeurer là, sans
follement employer son temps & son
@

d'Ariadne. 3
bien, & en outre celui des autres. Or
je prie ceux qui liront ce petit Livre,
d'ajouter foi à mes paroles. Je leur dis
donc encore une fois, qu'ils n'apprendront
jamais cette Science sublime par
le moyen des Livres, & qu'elle ne se La Science
peut apprendre que par révélation divine; d'Hermès
c'est pourquoi on l'appelle Art est nommé
divin, ou bien par le moyen d'un bon art divin.
& fidèle maître: & comme il y en a On ne peut
très peu à qui Dieu ait fait cette grâce, apprendre
il y en a peu aussi qui l'enseignent, la science
d'autant que Dieu ne veut pas qu'elle d'Hermès que
soit sue de beaucoup de personnes, & par révélation
que ceux qui la savent doivent lui répondre ou par un maître.
de la probité de leurs disciples; Les Sages
c'est ce qui a mu les Sages à la laisser ont écrit
à la postérité voilée de divers nuages, en termes
de divers termes ambigus & mystiques, ambigus.
de comparaisons, similitudes,
analogies, de métaphores, de fables,
& de diverses confusions, dont ils se
sont adroitement avisés & servis, sans
jamais rien dire que de véritable.
Ils ne renseignent donc pas de suite Vues des
comme sont tous les autres Auteurs, Philoso-
mais en confusion & sans ordre, mêlant phes.
toutes les parties les unes avec les
autres, répétant cent fois une même
A ij
@

4 Le Filet
chose avec des termes différents, imposant
cent noms différents à la même chose,
& nommant d'un même nom diverses
Divers matières & divers sujets. Ils lui
noms de donnent divers noms suivant les diverses
la Pierre. couleurs ou changements qui arrivent
dans le progrès du travail: quand
elle est au noir, ils la nomment leur
airain; quand elle a passé de la noirceur
à la citrinité, leur or; quand elle
est venue à une troisième couleur, la
fleur de l'or; quand elle a encore passé
outre, ils l'appellent ferment: & quand
elle est au rouge parfait, le venin des
Teinturiers.
Ils confondent la vérité avec beaucoup
Dessein de choses inutiles; & le plus souvent
des Philo- contraires; ils font la même chose
sophes en en donnant plusieurs régimes & donnant
écrivant le change de l'un à l'autre, & tout
cela pour cacher leur Science, & faire
qu'elle ne soit sue que par les personnes
d'élite, par les gens de bien & d'un
bon entendement, & pour en priver
ceux qui pourraient en abuser & s'en
servir à la perte de leurs âmes, & contre
l'intention de Dieu.
Les Sages n'en font pas la petite bouche,
ils avouent franchement eux-mê-
@

d'Ariadne. 5
mes, qu'ils n'ont écrits que pour les enfants Les Phi-
de la Science: & que quand ils losophes
semblent parler le plus clairement, n'ont écrit
c'est alors qu'ils sont le moins intelligibles que pour
& le moins croyables; c'est pourtant les enfants
à quoi s'attachent les Ignorants & de la Scien-
les Sophistes qui travaillent sur le Soufre, ce.
le Mercure, & l'Arsenic du vulgaire,
& ils ne trouvent rien. Ils n'ont
écrit, disent-ils, que pour donner à
ceux qui ont, & ôter à ceux qui n'ont
pas, suivant le dire de l'Ecriture:
Habenti dabitur; ab eo autem qui
non habet, etiam quod habet auferetur
ab eo.
Ils disent que dans leur Art, on ne Dans cet
parle pas vulgairement: d'où il s'ensuit Art on ne
qu'il n'y a rien de si fâcheux & dégoûtant parle pas
que la lecture de leurs Livres, parce vulgaire-
qu'on n'y peut rien comprendre ment.
sans avoir les clefs propres pour ouvrir
les portes de leurs cabinets, qui sont Il y a trois
au nombre de trois principales, outre clefs prin-
quelques autres de moindre importance. cipales &
Ces principales sont, la vraie quelques
matière sa préparation, & le régime; autres de
lesquelles clefs, tous ces Chercheurs moindre
n'ont jamais trouvées chez les bons importan-
Artistes, & ne les trouveront point, ce.
A iij
@

6 Le Filet
sans les deux moyens ci-dessus.
Il n'y a Ils ont donc enseigné plusieurs régimes,
qu'un régime quoi qu'il n'y en ait qu'un; ils
disent prenez ceci, prenez cela, mettez
ceci & cela, & il ne faut rien prendre
ni ajouter; car la nature contient
en soi tout ce qui lui est nécessaire, &
il ne faut point non plus ouvrir le vaisseau
qui a été une fois scellé & fermé,
jusqu'à ce que l'Artiste ait conduit son
Ruses des ouvrage à la dernière perfection.
Philoso- Ils confondent aussi souvent la matière
phes pour avec leur mercure, & parlant de
cacher leur la sublimation, ils la nomment diversement.
Science. Ils feignent diverses opérations,
séparations, & divers poids
qu'ils appellent tantôt d'une manière,
tantôt d'une autre. Ils écrivent beaucoup
de choses qu'ils ne font pas; par
exemple lorsqu'ils parlent de la dissolution,
distillation, descencion, ablution
& calcination de la Pierre, ils
font un Chapitre à part de chacune,
encore que ce ne soit qu'une seule &
même opération, qu'ils ne font pas;
mais bien la Nature seule, avec l'aide
de l'Art.
Quelques-uns n'ont pas parlé du
commencement ni de la fin de l'ou-
@

d'Ariadne. 7
vrage, & n'ont parlé que du milieu;
d'autres n'ont parlé que du commencement,
& d'autres seulement de la
fin; & s'ils ont dit quelque chose des
autres parties, c'est si peu, qu'il n'y a
que les Savants & les yeux de Lynx
qui s'en puissent apercevoir: d'où on Pourquoi
doit conclure, que toutes leurs ruses, les Sages
énigmatiques, ne sont employées que ont écrit
pour aveugler les Ignorants, rebuter les comme ils
méchants, & détourner les uns & les ont fait.
autres du droit chemin de parvenir au
but tant désiré: Ut videntes non videant,
& intelligentes non intelligant.
Pour faire justice aux Sages, disons
qu'outre les raisons ci- dessus; il n'est
pas raisonnable qu'ils enseignent leur
Science autrement qu'ils font, d'autant
qu'elle leur coûte beaucoup de temps,
de peine & d'étude, & qu'ils prétendent
en agissant ainsi, que ceux qui
désirent y parvenir, l'achètent au même
prix qu'eux, si Dieu veut permettre
qu'ils arrivent à ce grand bien: c'est
pourquoi ils ont engagé leurs disciples,
& ceux qui la savent, à garder
inviolablement le silence, à être prudents
& avisés à leur exemple, & ne
A iiij
@

8 Le Filet
Pourquoi s'expliquer que par des termes ambigus
les Philo- & énigmatiques; quoi faisant, ils
sophes sont acquerront le glorieux titre de Sages,
appelés qu'eux-mêmes n'ont mérité que par là.
Sages. Ils ont même donné divers noms à
Pourquoi la Pierre, suivant les diverses couleurs
ils ont don- qui se font voir dans le travail, & même
né divers à cause qu'elle contient en soi plusieurs
noms à la choses, & qu'elle est composée
Pierre. des quatre éléments; & encore parce
qu'elle a en soi les vertus & propriétés
de toutes choses, soit minérales, végétales
& animales, aussi bien que des
corps célestes. Les envieux ont encore
multiplié le nombre de ses noms, pour
donner le change & faire errer; mais
tous ces envieux & ceux qui ne le sont
pas conviennent d'un nom, qui est de
l'appeler Pierre en son commencement,
en son progrès, & en sa fin.
Pourquoi Et pourtant elle n'est nullement pierre
les Philo- ni en l'un ni en l'autre état; & pour
sophes ont dire ingénument la vérité, elle ne
nommé leur l'est qu'en puissance & en similitude,
art du nom & non pas en nature: & d'autant plus
de pierre. qu'elle demeure au feu, dit Arnaud
de Villeneuve, d'autant plus elle augmente
en bonté, ce que ne font pas
les autres pierres ni les autres corps, car
@

d'Ariadne. 9
elles y sont brûlées & consumées;
mais au contraire, la Pierre des sages
est fondante au feu & y demeure volontiers,
d'autant qu'il est sa nourriture &
qu'il cause sa perfection, pour cet effet
les Philosophes ont nommé pierre tout
ce qui persiste au feu. Il faut encore
dire une autre raison pour laquelle ils
l'appellent pierre, c'est que sur elle
comme sur une vraie pierre & solide
fondement, ils établissent leurs richesses
& leurs fortunes.
Tant plus une chose s'éloigne de son
principe, tant plus elle s'éloigne de sa
perfection naturelle: l'eau d'une fontaine Différence
est très pure en son commencement entre tou-
& sortant de sa source, mais elle tes les cho-
prend & entraîne avec soi du limon & ses créées &
de la boue, en suivant son penchant & la Pierre
s'en allant dans une rivière. Il en est des Sages.
ainsi de toutes choses; il n'y a que
la pierre qui se perfectionne toujours,
plus elle s'éloigne de son origine:
car elle perd toujours de sa perfection
& de son excellence, à mesure
qu'elle rétrograde par la projection qui
s'en fait sur les métaux imparfaits, &
qu'elle retourne vers son principe.
Ce qui a fait bien de la confusion
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10 Le Filet
Malice des & du désordre dans la science d'Hermès,
sophistes c'est que les sophistes ont été la
contre la cause qu'elle a été fort décriée, ayant
science composé bon nombre de Livres remplis
d'Hermès. d'erreurs, qu'ils ont autant malicieusement
que faussement attribués
aux Philosophes, à cause qu'après avoir
beaucoup travaillé, ils n'ont pu faire
Ce qui a aucune découverte: & pour se venger,
décrié la se sont avisés de ce moyen infâme pour
Science ternir la réputation qu'ils s'étaient acquise;
Philoso- & ceux qui ont lu les Livres de
phes. ces Sophistes, les ayant voulu mettre en
pratique, suivant ponctuellement tout
ce qu'ils prescrivaient, & enfin se voyant
abusés, ils ont dit que cette Science n'avait
rien de vrai, ni de solide, & que
ce n'était qu'une Science imaginaire
comme un conte fait à plaisir, afin d'entretenir
les esprits faibles & crédules
dans de grandes espérances; nous
témoignant par là que leur mépris ne
provenait que de leur ignorance & du
manque d'y avoir fait de bonnes &
solides réflexions, ou d'avoir rencontré
un maître qui eût eu la charité de
les mettre dans le bon chemin.
D'autres ont beaucoup lu les vrais
Livres des Philosophes qui ne doutent
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d'Ariadne. 11
nullement de sa possibilité qu'il n'y Tous les
ait des personnes qui l'aient conduite croient la
jusqu'à sa dernière perfection, & eux- possibilité
mêmes croient la savoir sans avoir encore de la pier-
mis la main à l'oeuvre, car ils disent re.
qu'ils expliquent facilement les
dires & manières de parler des Philosophes;
mais ils n'en savent pas davantage,
j'estime qu'ils ne savent
rien, parce qu'il est du tout impossible
d'apprendre par les livres la Science
Hermétique, & que s'ils expliquent
quantité de choses de ces sortes de
Livres, ils les expliquent suivant
leur propre sentiment, & non conformément Seul moyen
au sens caché des Philosophes, d'expliquer
qu'il est très difficile de découvrir, les Livres
sans avoir les trois clefs principales des Sages.
dont nous avons parlé ci-dessus,
d'autant que ces livres sont conçus sous
des termes mystiques & non vulgaires.
L'ouvrage de la pierre Philosophale Pourquoi
s'appelle par excellence le grand Oeuvre, la Pierre
& l'oeuvre divin, d'autant que les s'appelle le
hommes ne sauraient faire en nature grand oeu-
aucune chose plus excellente, ni plus vre & l'oeu-
grande, tant pour conserver leur santé, vre divin.
que pour s'enrichir; c'est pourquoi
on peut à bon droit l'appeler un
@

12 Le Filet
C'est un don de Dieu, qu'il donne à qui il lui
don de plaît, comme il fit à Hermès, & à
Dieu. quelques autres qui sont en petit nombre,
& c'est l'ordre de la Providence
de Dieu, que tant plus une chose est
relevée & a d'excellence, tant moins il
y a de personnes qui en sont gratifiées;
il n'y a que quelques âmes d'élite dégagées
des affections aux richesses &
vanités du Siècle, qui possèdent ce
grand bien, & qui en soulagent les
Pauvres.
Pauci quos aequus amavit
Jupiter, aut ardens evexit ad aethera
[virtus.
Ceux de cette élévation sont si rares,
qu'on peut dire qu'il n'y en a presque
point, d'autant qu'ils sont des ouvrages
d'une cause surnaturelle qui les
rend capables d'un si grand bien, &
d'en faire un bon usage pour sa gloire
& le soulagement des Pauvres, car ainsi
Les Philo- ils sont faits les trésoriers de la Providence
sophes sont divine, auxquels Dieu inspire
les tréso- ses volontés pour les exécuter, ou leur
riers de la présente les occasions pour cela; c'est
Providence. pourquoi les Sages ont dit, aut sanctum
invenit, aut sanctum facit; D'où
il faut conclure, que ceux qui par quel-
@

d'Ariadne. 13
que occasion apprennent partie ou le Quelque-
tout de cette Science, sont empêchés fois les An-
d'y réussir par les Anges ou par les Démons, ges ou les
d'autant qu'ils en mésuseraient Démons empê-
& emploieraient de si grands trésors chent le succès
contre l'intention de Dieu, & à la perte du travail
de leurs âmes. de la pierre.
Il est encore appelé Oeuvre divin, L'ouvrage
lors de la partie du régime en laquelle de la pierre
l'âme de la pierre est jointe à son corps, appelé oeu-
parce que cela est fait en un moment, vre divin.
& dépend de Dieu seul & de la Nature
en laquelle Dieu opère, comme nous
dirons ci-après en son lieu. Il l'est encore,
d'autant qu'il est la forme & la
figure des Oeuvres admirables de Dieu
envers l'homme, & qu'il contient en
soi toutes les excellentes vertus de tout
ce qui est au monde, Quam admirabilia
sunt opera tua Domine, nimis
profunde factae sunt cogitationes tuae?
On est donc convaincu, que cette
Science est un don de Dieu, qu'il donne
à peu de personnes, à cause de son L'ouvrage
excellence qui surpasse l'entendement de la pierre
humain va au-delà de sa capacité, va au-delà
quoique quelques Philosophes l'aient de la capa-
appelée Jeu d'enfants & ouvrage de cité de l'homme.
femmes; ce qu'il faut entendre, après
@

14 Le Filet
L'ouvrage que le Mercure Philosophal est fait, &
de la pierre extrait du corps où il est enfermé, lequel
est un jeu il ne faut plus que conduire avec
d'enfants & le Soleil & la Lune d'un régime à l'autre,
un ouvrage & d'une qualité grossière à une
de femme. plus subtile & plus spirituelle.
La manière de le faire, & de cette
extraction, est aussi au-delà de ce que
Pourquoi l'entendement humain eût pu penser;
Dieu a don- Dieu l'a donné à quelques Philosophes,
né l'Art de afin qu'ils s'en servissent pour
la pierre sa gloire, & qu'ils connussent une étincelle
aux anciens de sa grandeur & de sa puissance,
Philoso- qui peut faire beaucoup de choses
phes. au-dessus de la Nature, & qu'il en
serait en effet, comme qu'une Vierge
enfanterait, que Dieu se ferait homme,
& autres telles merveilles que
nous enseigne la Foi Chrétienne.
Puisque la Pierre des Sages est un
don de Dieu, & son régime aussi, sans
la permission de Dieu la Nature & l'Art
L'Art de la ne peuvent la faire, mais Dieu laisse
pierre passe agir librement les causes secondes; la
les forces Nature ne la pouvant faire à elle seule,
de la Na- parce qu'elle travaille toujours simplement,
ture. & qu'elle a son pouvoir limité
qu'elle ne peut outrepasser, l'Art aussi
ne pouvant rien faire de lui-même, ni
@

d'Ariadne. 15
donner les poids & proportions aux
choses, d'autant que cela passe les forces
& ses connaissances; mais lorsque
la Nature est jointe à l'Art & qu'ils
travaillent de concert, elle est élevée à
une perfection si étendue qu'elle passe
l'imagination, & elle acquiert une
puissance presque infinie. La nature
Et pourtant il faut savoir qu'ils ne et l'Art peu-
peuvent rien faire sans le Mercure philosophal, vent l'ouvrage
qui est la base & le fondement sans le mer-
de tout l'ouvrage, c'est pourquoi les cure des
Sages se sont particulièrement étudiés Philoso-
à le cacher; quelques-uns même n'en phes.
ont point voulu parler dans leurs Livres,
d'autres en ont dit un mot, en Pourquoi
passant & si succinctement qu'on ne les Sages
s'en aperçoit presque pas; il n'y en a ont tant
qu'un qui en ait fait un livre entier, caché leur
mais avec tant d'obscurité qu'il n'y a mercure.
que ceux qui le savent & qui le connaissent
parfaitement, qui puissent
comprendre ce qu'il veut dire; nous
en parlerons ci-dessous plus clairement
que lui, pour la consolation des Enfants
de la Science. Allons maintenant plus
avant & parlons à fond de la Doctrine
des Philosophes, & disons.
Que Dieu a premièrement crée la
@

16 Le Filet
La création Nature de rien par sa pure libéralité,
du Monde. bonté & volonté, en une certaine substance
qui est appelée Quintessence,
dans laquelle toute la Nature est comprise,
& de laquelle substance divisée
C'est l'es- en trois parties, de la meilleure & plus
prit de la pure d'icelle, le Très-haut a fait les
Quintessen- Anges, qui est la première; de la seconde
ce, c'est les Cieux, les Planètes & les
pourquoi Etoiles; & de la troisième moins pure,
ils sont ap- il a fait le monde inférieur.
pelés sub- C'est ce que doit entendre le Fils
stances spi- de la Science, non comme nous avons
rituelles. écrit, mais comme tout a été créé ensemble
par la volonté de Dieu, sans aucune
suite de production, & sans aucune
matière précédente qui regarde
Ce que c'est la succession du genre; car autrement
que créa- ce ne serait pas une création ni opération
tion. divine, qui regarde la création de
l'unité, venant scientifiquement par
création de rien en une véritable entité
substantielle; c'est pourquoi il faut que
vous entendiez véritablement & scientifiquement,
& non pas d'une façon
vulgaire & commune, parce que nous
parlons ainsi au regard de la Nature.
Et quand tout cela fut fait, Dieu forma
le premier homme du limon de la
terre,
@

d'Ariadne. 17
terre, & le fit à son image & semblance,
lui inspira la vie, & ensuite le
nomma Adam.
Il est certain que ce premier homme Adam a eu
a eu toutes les Sciences infuses, & la toutes les
connaissance de tous les Arts dès le sciences in-
moment de sa création; il savait donc fuses dès le
tout ce que les causes secondes pouvaient moment de
faire dans tous les étages de la sa création
nature, c'est-à-dire, dans le Ciel, dans & les a en-
l'air, la mer & la terre, & ainsi il avait seignées à
la connaissance des minéraux & des ses enfants.
métaux, de leur origine, de leur progrès,
& de leur fin ou perfection constitutive.
Il a enseigné tout cela à ses Les Païens
enfants. Tubalcaim était forgeron de l'appelaient
cuivre & de fer, comme témoigne le Vulcain.
Texte Sacré: il vivait au commencement
du Monde & était fils de Lamech, La Nature
qui était la sixième génération n'avait pas
depuis Adam. D'où il s'ensuit que le fait les mé-
Soleil & les Eléments; & en un mot la taux & les
Nature ne les avait pas faits en ce temps- minéraux
là, comme elle a fait depuis, d'autant au commen-
qu'elle n'en avait pas encore eu le cement, &
temps; mais que Dieu les avait créés pourquoi,
lui-même, en faisant le Monde inférieur. puis qu'elle
les a fait du
Dès ce temps-là on cherchait les minéraux depuis.
B
@

18 Le Filet
& les métaux dans la terre; & les
enfants d'Adam se multipliant, ils s'écartèrent
les uns des autres & firent divers
Peuples & diverses Nations, &
n'ayant tous qu'une même Langue, ils
commencèrent d'en avoir & d'en parler
diverses, lorsque leur témérité les
porta à faire la Tour de Babel, de laquelle
ils se désistèrent, quand ils virent
qu'ils ne s'entendaient plus les
uns les autres, étant allés chacun de
son côté; & ayant habité diverses contrées,
ils firent des Villes aux lieux
qu'ils jugèrent les plus propres, où ils
s'exercèrent en toutes sortes d'Arts &
de Sciences.
Comme se Lors le commerce des hommes se
faisait le faisait de bonne foi, par échange d'une
commerce chose à l'autre, & a duré ainsi jusqu'à
au commen- la destruction de Troie, comme nous
cement. assure Homère; mais quand la mauvaise
foi commença de se glisser parmi
les hommes, & que les métaux commencèrent
aussi à devenir plus communs,
Invention on s'avisa de faire de la monnaie,
de la mon- & ce fut Janus qui régnait dans
naie & de l'Italie & qui associa au Royaume un
l'Art de nommé Saturnus, qui y était venu
graver. dans un Navire, & ce fut le premier qui
@

d'Ariadne. 19
enseigna & fit graver de la Monnaie
de cuivre, qui représentait d'un côté
l'effigie de sa Tête & celle d'un Navire
de l'autre, l'an du Monde 2032.
Cette sorte de monnaie dura, jusqu'en Quand la
l'an 547, de la Ville de Rome, monnaie
qu'on fit de la monnaie d'or, qui se d'or a com-
nommait Ducat, à Romano Ducatu; mencé & son
& dès lors, à son imitation, on en fit premier nom.
par tout le Monde & d'or & d'argent,
& cette monnaie devint commune à
toutes les Nations; & par ainsi le Négoce Change-
qui s'était toujours fait par échange ment du
d'une chose à l'autre, commença négoce.
de se faire avec ces précieux métaux,
qui ont été depuis le prix de toutes
choses, & le souhait, le principe & le
but de l'avarice des hommes; leur cupidité
les fit entrer dans les Mines pour
en tirer: ils y trouvèrent les autres métaux; Invention
savoir, le plomb, l'étain & le de plusieurs
mercure, que nous nommons métaux métaux lors
imparfaits, avec le cuivre & le fer, inconnus.
dont nous avons ci-devant parlé, comparés
avec l'or & l'argent.
Comme chacun a son talent & son
génie particulier, il se trouvait de temps
en temps des hommes d'esprit, remplis
de Science & de Doctrine, qui cherchaient
B ij
@

20 Le Filet
les merveilles contenues dans
Hermès vi- tous les êtres. Hermès Trismégiste qui
vait l'an vivait selon la plus commune opinion
2072. du temps de Nimus l'an 2072, pénétra si
avant dans les profonds secrets de la
Nature, qu'il fut appelé le très grand
Philosophe, & le Père de la Science
Chimique & transmutation-métallique;
& sa science a passé de main en
main jusqu'à nous, & en tous les siècles
il s'est trouvé des personnes qui ont eu
cette sublime Science, & qui nous en
ont laissé des connaissances particulières
dans leurs ouvrages, mais toujours
voilées de quelques énigmes, types &
Belle raison analogies, pour les raisons qu'ils nous
des Philo- déduisent dans leurs écrits, dont l'une
sophes par des principales est le désordre que
cacher leur cela causerait par tout le Monde, si
Science. cette Science était publique comme les
autres, & que chacun pût faire de l'or
& de l'argent à sa volonté: d'où il s'ensuivrait,
que les autres Arts cesseraient,
& que les terres mêmes demeureraient
incultes, jusqu'à ce qu'on eût trouvé
un autre moyen pour établir un nouveau
commerce.
@

d'Ariadne. 21
----------------------------------------

C H A P I T R E P R E M I E R
De la Matière.

P Our cet effet ils se sont particulièrement
étudiés à cacher la matière
sur laquelle on doit travailler à
cet Ouvrage divin, sa préparation &
le régime du feu; les hommes d'esprit
de toutes professions l'ont cherchée
pendant tous les Siècles en différents
sujets, croyant, comme il est vrai, que Dans tous
dans tous les mixtes, les trois principes les mixtes
naturels y sont contenus; savoir, sel, les trois
soufre & mercure: mais il est vrai aussi, principes y
qu'ils sont si éloignés, qu'il ne faut pas sont conte-
s'étonner si ces gens ne font jamais venus nus.
à bout de leur intention.
Ils se sont avisés de travailler sur les Abus &
animaux, sur les urines, & même sur ignorance
des choses messéantes à nommer, & des Chimi-
ils n'ont rencontré au bout de leurs diverses ques & So-
opérations chimériques, que de phistes.
la corruption; & ce qui les a abusés,
c'est que les Philosophes ont dit que la
matière était triviale & commune, &
que nous la voyions & touchions tous
@

22 Le Filet
les jours, & qu'autant en a le pauvre
que le riche: ils disent tous vrai; car par
ces paroles ils entendent les éléments,
Il ne faut qui sont la matière dont se sert la Nature,
pas expli- pour faire celle de la Pierre; mais
quer les ceux qui ne savent pas expliquer les
Philoso- manières de parler des Philosophes, les
phes sui- prennent dans le sens littéral, & c'est
vant le sens en quoi ils se trompent, car il les faut
littéral. expliquer tout autrement.
Il y a deux Il faut encore savoir qu'il y a deux
matières matières de la Pierre; savoir la prochaine
de la pier- qui est l'argent vif; & la matière
re. éloignée qui est l'eau, d'autant
qu'elle a été eau auparavant qu'être argent
vif. Que tous ceux donc qui la
cherchent dans des ordures comme les
porcs, que Pontius appelle fils de bêtes,
s'aillent cacher, s'ils ne veulent
s'exposer à être sifflés & rayés du nombre
Ce qui des raisonnables; que ceux qui la
rend l'hom- cherchent dans les végétaux, minéraux
me Philo- & animaux, reconnaissent leur erreur,
sophe. autrement ils ne mériteront pas le nom
de Philosophes, puisqu'ils ne savent
pas raisonner, ou s'ils le font en quelque
manière, c'est comme les Aveugles
lorsqu'ils parlent des couleurs.
Qu'ils reconnaissent donc leur igno-
@

d'Ariadne. 23
rance; & pour s'en guérir, qu'ils étudient Il faut que
la Nature, & ses opérations, ils celui qui
apprendront en quel lieu & rencontre désire être
ce qu'ils cherchent, qui n'est pas dans Philosophe
des vilenies & dans des corruptions; étudie la
qu'ils sachent qu'il ne faut pas chercher Nature.
une chose où elle n'est pas.
Qu'ils ouvrent les yeux de l'entendement
& qu'ils considèrent comme la
Nature s'est perpétuée, multipliée &
augmentée depuis le commencement
du Monde, & s'augmente toujours en
reproduisant. Qu'ils voient, dis-je, Chaque
comment cela se fait, ils verront que chose por-
chaque chose porte sa semence, le végétal te sa semen-
dans chaque espèce, comme le ce pour la
blé-froment fait le froment, le blé- conservation
seigle le seigle, l'orge l'orge, & ainsi des de son espèce.
autres végétaux; de même l'homme fait
l'homme; le chien le chien, & chaque
animal conserve son espèce en sa semence,
& par sa semence: De sorte que si Celui qui
tu veux faire de l'or & de l'argent par le désire faire
moyen de la Nature aidée de l'art, sème la pierre,
de l'or & de l'argent dans le Jardin doit pren-
des Philosophes, & tu en feras par ton dre la semence
travail, en bien moins de temps que la de l'or & de
Nature seule ne le fait dans les entrailles l'argent.
de la terre. Ecoute le Poète Augurel;
@

24 Le Filet
in auro
Semina sunt auri quamvis abstrusa recedant
Longius, & nobis multo quaerenda labore.

Prends aussi de la semence de la Lune
Le mariage pour faire le mariage Philosophal, & de
philosophal l'une & de l'autre naît le mercure Philosophique
d'ou naît tant désiré & si caché par
le mercure les Sages, qui est la matière de la Pierre
des Sages. toute préparée, avec les poids & proportions
Les poids que la Nature y a mises &
des Philo- unies ensemble d'elle-même; & c'est
sophes sont ce que les Sages disent, que l'esprit humain
les propor- ne peut concevoir, ni ne peut
tions, que faire, & ce mercure Philosophal est le
l'esprit hu- Ciel terrestre des Hermétiques; & c'est
main ne à lui à qui il faut attribuer la plupart
peut faire. de ce qu'ils disent dans leurs écrits, parce
Si le mer- que sans lui rien ne se peut faire, &
cure des Sa- que c'est lui qui faut presque tout l'ouvrage
ges rien ne avec l'aide de l'art, & la prudence
se peut de l'Artiste; & cette semence
faire. n'est pas la semence d'un or fait, mais
La matière à faire, ni de l'or du vulgaire, mais
de la pier- d'un or spirituel & Philosophique.
re. Encore un coup, que ces Chercheurs
prennent la matière où elle se trouve,
& non dans des vilenies & des corruptions,
& qu'ils se souviennent que
c'est pécher contre le bon sens, que de
prétendre,
@

d'Ariadne. 25
prétendre donner la perfection; aux
métaux imparfaits, par des choses qui
ont moins de perfection qu'eux, ou par Erreur des
des choses qui sont d'autre Nature & chercheurs
d'autre espèce que lesdits métaux, avec de la pier-
lesquels elles ne peuvent avoir de liaison re Philoso-
& d'union parfaite. phale.
D'autres ont travaillé sur les Minéraux, Les matiè-
comme Marcassites, Aluns, Arsenics, res sur les-
Tuthies, Vitriols, Antimoines, quelles les
& semblables; quelques-uns sur des chercheurs
Champignons, d'autres sur la rosée ont travail-
des Equinoxes, & autres tels sujets; lé.
mais tout cela ne leur a produit que
bien de la peine, la perte de beaucoup
de temps, & bien de la dépense inutile
& du déplaisir. D'autres plus raisonnables
ont travaillé sur les métaux,
mais ils se sont servis de diverses eaux Les eaux
fortes & corrosives pour les dissoudre, fortes sont
sans considérer que toutes ces eaux sont corrosives
destructives, qu'elles gâtent, infectent & destru-
& empoisonnent les substances métalliques; ctives &
& qu'ainsi, pour édifier & faire gâtent les
un ouvrage, ils emploient des choses métaux.
contraires, ce qui est aussi contre
le bon sens; & tout homme qui se servira
de choses corrompantes & adustibles,
sera toujours réputé un aveugle
C
@

26 Le Filet
Quel dis- en cette Science; mais il faut se servir
solvant il d'une substance pure, & qui persiste
faut prendre. au feu sans combustion.
Qualités Il est vrai, suivant tous les bons
de la ma- Auteurs, que la vraie matière de la
tière de la Pierre des Sages, doit être de Racine
pierre. métallique: ainsi tous ceux qui travailleront
sur d'autres matières, & sur des
matières éloignées, ne feront jamais le
grand oeuvre, quoique les trois principes
naturels se trouvent dans tous les
mixtes, parce que cela est trop éloigné,
& que les diverses préparations
qu'on y emploie, détruisent & ne sont
pas conformes à la simplicité avec laquelle
la Nature travaille, & fait ses
opération; ce qui est particulièrement
& expressément ordonné de faire par
les Philosophes, & que la matière la
plus proche, & qui est de la même nature
que ce que nous prétendons faire,
doit plutôt être choisie que toute
autre; outre qu'elle n'a pas besoin de
tant de préparations & d'opérations,
ni de faire un si long & dangereux
voyage.
Pour bien comprendre cela, il faut
savoir que tous les métaux sont faits
& procréés dans la terre par la Nature
@

d'Ariadne. 27
seule, & d'un seul & même Mercure,
qu'elle fait & qu'elle anime d'un seul Les métaux
& même Soufre; mais les empêchements sont tous
qu'elle rencontre par les chemins, de même
qui sont les impuretés des matrices nature &
ou veines de la terre par où elle ne diffè-
pousse son mercure & son soufre, spécifient rent les uns
chaque métal dans la terre par des autres
une particulière Providence de Dieu, que par ac-
qui les a jugés nécessaires à divers usages cident.
pour la commodité & utilité des
hommes.
C'est pourquoi ils sont tous appelés
métaux imparfaits, comme si on disait
qui ne sont pas faits, ni achevés de
faire, mais à parfaire, & ainsi ils désirent
& attendent toujours la perfection,
étant en chemin pour l'acquérir; ce
qu'ils ne peuvent que par l'Elixir ou la
Pierre parfaite au blanc ou au rouge,
parce qu'ils sont morts dès le moment
qu'ils sont détachés de la Minière; L'élixir
mais l'Elixir est vivant, & anime le Mercure anime le
de tous les métaux, étant leur semence, mercure
& fait une espèce de résurrection des mé-
semblable à peu près à celle qui taux par-
se fait par les diverses semences des ce qu'il est
végétaux. leur semence.
La première matière des métaux est
C ij
@

28 Le Filet
La premiè- donc argent vif & soufre, qui ne sont
re matière pas en leur nature, mais altérés; ainsi
des mé- la première matière des métaux est proprement
taux est ar- une vapeur onctueuse & humide,
gent vif & qui contient en soi la nature de
soufre. l'argent vif & du soufre: d'où il s'ensuit
que toute chose de laquelle on
La matière peut extraire une telle vapeur onctueuse
de la pier- semblable à celle dont les métaux
re. sont procréés dans la terre, peut être
la matière de laquelle l'Elixir ou la Médecine
qui perfectionne les métaux imparfaits
doit être prise; ce qui pourtant
ne se peut faire, si cette même
chose n'est putréfiée & corrompue, &
après subtilisée par une longue digestion
& décoction, & n'est élevée à une
autre nature.
Sujets sur Les curieux de cette Science ayant
lesquels les lu les Livres des Philosophes & appris
Curieux que la Pierre était minérale, végétale
ont tra- & animale, ont travaillé sur ces divers
vaillé. sujets, comme nous avons dit ci-devant.
Explication Il est vrai qu'ils l'appellent végétale,
de la pierre lorsque la verdeur paraît, &
minérale, qu'ils l'ont nommée animale lorsque
végétale & l'âme est jointe à son corps & à son esprit,
animale. parce qu'ils disent que pour lors
elle est animée, mais ces Messieurs ne
@

d'Ariadne. 29
considéraient pas que ces termes sont
dits comparativement, car la Pierre
n'a pas une vie semblable à celle des
végétaux ni des animaux, mais il faut
interpréter cela selon le sens susdit des
Sages; & encore que quand la Pierre
est parfaite au blanc ou au rouge, elle
est une Médecine, sur les minéraux,
les végétaux & les animaux.
Les Métaux ne croissent point, parce Les mé-
que précisément ils n'ont point de vie; taux n'ont
ils ne se nourrissent point aussi, car point de
n'ayant que le simple être, ils ne peuvent vie.
produire ni engendrer d'eux-mêmes; Ce qu'on
& quand on dit que les métaux veut dire
sont morts, c'est une façon de parler qui quand on
veut dire qu'ils sont détachés de la dit que les
Mine où ils avaient une espèce de vie, métaux sont
ou une vie en similitude par le moyen morts.
d'un esprit qui s'y attachait & s'y joignait Ce que
par les exhalaisons que la Nature c'est que la
leur envoyait du centre de la terre: une vie des mé-
personne curieuse peut entrer dans les taux.
Mines, & là contempler avec attention
ce qui s'y fait, pour bien concevoir
les secrets de la Nature: Il y verra comment Ce que
les métaux sont formés: il y apprendra les
que les maladies des Métaux maladies
imparfaits, ne sont autre chose qu'une des métaux.
C iij
@

30 Le Filet
humidité superflue adhérente au Mercure,
& un soufre combustible tenant
au soufre naturel & incombustible,
que nous avons dit ci-dessus, être
les impuretés des matrices ou veines de
la terre; disons-en un mot.
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C H A P I T R E II.
Les Minéraux & Métaux.
L Es corps Minéraux se distinguent
spécialement en deux parties; savoir
Les mé- en la métallique, c'est-à-dire en
taux sont métaux, qui sont prochainement faits
nommés de mercure, & sont nommés grands
grands mi- minéraux; comme, or, argent Cuivre,
néraux. étain, plomb, fer & vif-argent:
Différence Et en la partie minérale qui n'est pas
des mé- faite de mercure prochain, mais d'un
taux & des mercure éloigné; comme sont les sels,
minéraux. les attraments, aluns, vitriols, arsenics,
Pourquoi orpiments, antimoines, soufres & semblables,
les petits qui sont appelés petits minéraux,
minéraux ne & qui à cause de l'éloignement
peuvent être de leur mercure, ne peuvent servir de
la matière de matière pour l'ouvrage des Sages.
la pierre. Les métaux se réduisent en liqueur
@

d'Ariadne. 31
ou en eau, parce que leur matière est
eau, & une eau mêlée fortement avec
une substance terrestre qui ne se peuvent
facilement séparer l'un de l'autre,
si ce n'est avec un feu fort étendu, &
selon qu'ils sont plus ou moins mêlés
& unis, & qu'ils ont plus ou moins de
soufre combustible, c'est-à-dire de pureté
ou d'impureté; & pour faire voir
que leur première matière est argent-
vif ou mercure, lorsqu'on les veut
faire fondre, ils se réduisent en forme Toute cho-
de mercure; or toute chose est de ce se est de ce
en quoi elle se convertit, comme la glace en quoi elle
moyennant la chaleur, se réduit en se convertit.
eau, d'autant qu'elle a été auparavant &
prochainement eau devant que d'être
glace.
Les petits minéraux ne sont pas faits
d'un mercure prochain comme les métaux,
mais d'un mercure éloigné; &
lorsqu'ils sont mis au feu, ils ne se réduisent
pas en mercure, c'est ce qu'ils
feraient s'ils en étaient prochainement, Il n'y a que
mais il n'y a que leur sel; c'est pour le sel des miné-
cela, quoi qu'ils participent en vertu raux qui se ré-
minérale avec les métaux, qu'ils ne duit en mercure.
peuvent par quelque artifice que ce
soit, être réduits en métaux, étant
C iiij
@

32 Le Filet
étant d'une autre nature & espèce, & ne
participant point avec eux en leur même
Les petits matière prochaine. D'où il faut
minéraux ne conclure que ses petits minéraux ne
peuvent join- se peuvent parfaitement unir avec les
dre parfai- métaux, & ne leur peuvent donner
tement les aucune teinture permanente, d'autant
métaux & qu'il n'y a que la même nature & la
pourquoi. même espèce qui se puisse parfaitement
unir.
Toutes tein- Ils sont bien une espèce d'union apparente,
tures sont mais fausse, & qui se sépare
fausses lorsqu'on leur donne l'épreuve ordinaire,
excepté & par la on reconnaît la vérité
celles du de l'axiome: Nihil convenit rei, nisi
Soleil & de quod propinquius est ei. Et quand on
la Lune. veut unir deux choses de diverses natures
Si les tein- & espèces, l'une chasse l'autre naturellement,
tures d'une ou bien la nature ne produit
nature étran- que des monstres & des faussetés
ge pouvaient défendues par les Lois: Et si ces corps
teindre un étranges pouvaient donner une teinture
métal, elles fixe & permanente, ils donneraient
lui donne- la leur & non celle du Soleil ou
raient le de la Lune, parce que chaque chose
leur & non produit son semblable; c'est pourtant
celle de l'or ce que prétendent faire contre la raison
& de l'argent & la vérité, les Sophistes, les Ignorants
qu'elles & un nombre infini de Souffleurs,
$$n'ont pas.$
@

d'Ariadne. 33
en quoi ils ressemblent les Aigles bâtards,
dont les yeux ne peuvent souffrir
la splendeur du Soleil.
Je demeure pourtant d'accord que le Le soufre
soufre des corps imparfaits, peut arrêter des corps
le mercure en corps imparfait, mais imparfaits
non pas en parfait; car une chose ne peut fixer
peut donner ce qu'elle n'a pas, ce que le mercure
ces Philosophes bâtards prétendent en corps
opiniâtrement pouvoir faire; mais tout imparfait.
homme de bon sens, sans être Philosophe,
leur peut donner hardiment le
démenti & leur faire connaître leur
ignorance crasse.
J'avoue encore que les petits Minéraux
peuvent purger & dissoudre les
métaux, & leur donner une forme accidentelle
& superficielle pour abuser les
hommes; mais ils ne peuvent, comme
j'ai dit ci-dessus, leur en donner une
fixe & permanente, ne pouvant s'unir
parfaitement avec eux à cause qu'ils Il n'y a
sont de diverses espèces & de diverses point de
natures. Hermès tranche le mot, disant, vraie tein-
qu'il n'y a point de vrai teinture ture que de
que du Soleil & de la Lune, c'est-à- Soleil & de
dire du Soleil & de la Lune des Philosophes. la Lune.
Ce qui manifeste l'erreur des Souffleurs
@

34 Le Filet
& des Sophistes, & qui doit faire
précautionner ceux qui ont de l'esprit
& du jugement contre ces sortes
Faussetés de gens, qui ne leur prêchent autre
des Sophis- chose que des secrets pour s'enrichir,
tes & com- que des teintures fixes sur la Lune, &
ment il les des fixations de mercure dans les deux
faut traiter. luminaires, afin de tirer l'argent de
ceux qui sont curieux des belles choses,
& notamment de la Science Hermétique;
mais le seul moyen de fixer
le mercure de leur tête, est de les traiter
de mépris, pour les obliger de s'employer
dans une profession plus honnête
que celle d'affronteurs publics.
Or je soutiens, que puis qu'il n'y a
point de vraie teinture, ni de fixation
parfaite au blanc ou au rouge, que celles
qui se font par le moyen du Soleil
Il n'y a au- & de la Lune des Philosophes; qu'il
cun secrets n'y a aussi aucun secret pour faire Soleil
vrais pour ou Lune, c'est-à-dire vrai or ou
faire or ou argent Philosophique, que la pierre
argent, que blanche ou rouge des mêmes Philosophes.
la pierre. Il y a une grande erreur parmi les
gens qui s'imaginent savoir quelque
chose dans les secrets de la Nature, &
notamment dans la métallique, qui est
@

d'Ariadne. 35
qu'ils croient que ce qui est à présent Erreur des
plomb, dans un grand temps deviendra ignorants
étain, cuivre, argent, & enfin or parfait; touchant
& que ce qui est à présent or, a les métaux.
passé par tous ces degrés: mais s'ils
avaient bien conçu, comme j'ai dit ci-
devant, que c'est l'impureté des matrices
ou veines de la terre qui spécifie
& distingue les métaux, & que dans la
suite des temps la nature poussant toujours
son mercure & son soufre vers la
superficie de la terre, ne peut faire autre
chose, que de faire métal de quelque
espèce que ce soit les terres proches
ce qu'elle a déjà fait tel & tel
métal.
Et s'il se trouve dans les Mines de D'où vient
plomb ou d'autres métaux, quelque que dans les
peu d'or ou d'argent; il faut savoir mines de plomb
que cela se fait, parce que la Nature a il se trouve
trouvé telle terre plus pure que le reste quelquefois
de la Minière, & ainsi plus disposée de l'or & de
par sa perfection à recevoir telle forme l'argent;
métallique meilleure & plus excellente
que le reste de la Mine; & ce qui leur
a pu donner lieu d'avoir une telle pensée,
doit aujourd'hui les détromper, &
les faire entrer dans la connaissance &
dans les sentiments de la vérité que nous
@

36 Le Filet
avons avancée.
L'or Philo- Je ne nie pas que l'or fait par l'art de
sophal a été la Philosophie secrète, n'ait été argent
argent devant auparavant qu'il soit devenu or, d'autant
que d'être or que l'un & l'autre sont sous un même
& pourquoi. sujet; mais celui qui a été fait par
Nature n'est pas de même, à cause
des empêchements qui s'y sont rencontrés
qui ont spécifié chaque métal, quoi
qu'ils soient tous provenus d'un même
soufre & d'un même mercure. Il est
vrai qu'après avoir préparé les métaux,
on peut leur donner des teintures qui
les font paraître or ou argent; mais ce
ne sont point, encore un coup, des
teintures fixes ni permanentes, ni pénétrantes
leur intime, mais seulement des
teinture superficielles; c'est pourquoi
lorsqu'on les expose aux épreuves ordinaires,
tout s'en va en fumée: ainsi,
il faut rejeter le faux, & s'attacher
fortement à vérité, en travaillant
toujours conformément à la nature, &
non autrement.
Comment l'E- A présent il est bien aisé de comprendre
lixir conver- comment l'Elixir ou la pierre
tit les mé- parfaite au blanc ou au rouge, donne
taux en or & communique sa perfection aux métaux
en argent. imparfaits, & leur donne une tein-
@

d'Ariadne. 37
ture fixe & permanente, & fixe leur
volatilité, qui résiste ensuite à toutes
épreuves de quelque nature qu'elles
puissent être; cela se fait parce que ces
teintures fixes ont pénétré l'intime &
l'occulte des métaux imparfaits, non
seulement par leur perfection, mais par
leur plus que perfection, car l'Elixir est
bien élevé au-dessus de la perfection
ordinaire par sa spiritualisation; & s'il
n'avait que la perfection ordinaire
comme l'or du vulgaire, il ne pourrait
communiquer aux imparfaits que
la perfection ordinaire, encore ce serait
avec la perte de la sienne propre;
comme fait l'or minéral mêlé avec un D'où vient
métal imparfait, d'autant qu'il n'a qu'une que l'or com-
simple perfection, que lui a donné mun & minéral
la Nature, qui ne travaille que simplement ne peut con-
sans pouvoir jamais s'étendre vertir les mé-
plus loin. taux en or.
La grande extension de perfection
de l'Elixir se communique donc aux
métaux imparfaits, à proportion qu'elle
a d'élévation lorsqu'il est projeté
sur eux, & qu'ils sont réduits en forme
mercurielle, c'est-à-dire lorsqu'ils
sont fondus, si ce sont les métaux mous,
mais si ce sont les durs, il ne faut que
@

38 Le Filet
les enflammer & faire comme il sera dit
ci-après, lorsque nous traiterons de la
projection. Si les mous sont donc fondus,
l'Elixir projeté sur eux en très
L'Elixir fait petite quantité, sépare ce qu'ils ont
la séparation d'impureté & se communique à leur
du pur & de pur, qui est leur mercure & bon soufre,
l'impur des achève de leur donner la coction
métaux, &c. parfaite qui leur manque, les teint d'une
teinture invariable, & les fixe parfaitement:
& si on appelle cela transmutation
de métaux, c'est parler improprement;
mais c'est proprement &
vraiment purgation, fixation, teinture
& perfection de métaux imparfaits.
Il faut maintenant savoir pour la
parfaite intelligence du commencement
de l'ouvrage Philosophique & du
Tous métaux choix de la matière que puisque tous
excepté seu- les métaux sont de la quintessence & de
ment le mer- la même nature ou principe du métal
cure peuvent parfait, duquel ils ne diffèrent que de
servir de pureté & de coction, que tous les métaux
matière à la peuvent servir de matière à notre
pierre. ouvrage, quand ils auront été purgés
& préparés comme il est nécessaire,
c'est-à-dire qu'ils auront été réduits en
leur principe & première matière, qui
@

d'Ariadne. 39
est leur mercure.
Beaucoup de personnes se sont trompées
en travaillant sur le mercure ordinaire,
comme étant du nombre des
métaux, & ce semble une matière plus Pourquoi le
preste & plus commode que les autres; mercure ne
Ils se sont, dis-je trompés, parce qu'il peut être la
est tout volatil & qu'il n'a rien de fixe; matière de
car il faut que la matière propre & convenable la pierre.
pour faire le grand oeuvre, soit
nécessairement en partie fixe & en partie
volatile: & ainsi, le mercure commun Le mercure
peut seulement servir pour recevoir commun peut
la projection de l'Elixir parfait, servir à la
comme étant de la quintessence, de projection,
la nature, & du nombre des métaux. & pourquoi.
Il faut donc tirer le mercure du métal,
qui est sa quintessence, & par ce moyen
vous aurez la matière prochaine de Matière
l'oeuvre des Philosophes, parce qu'il prochaine de
est fait Mercure philosophal, c'est-à- de le pierre.
dire, purgé, préparé & extrait de Racine
métallique par art de Philosophie
qui rejette toutes eaux fortes.
Ou bien vous ferez comme il est dit Manière
dans le Livre de la Toison d'or. Notre d'avoir le
corps deviendra premièrement cendre, mercure des
puis sel, & après par ses diverses opérations métaux.
devient enfin le Mercure philosophal,
@

40 Le Filet
c'est-à-dire, que le métal doit
être calciné, réduit en sel; & enfin
Il n'y a que travaillé en sorte qu'on en fasse le mercure
les sels mé- Philosophal; sur quoi il est nécessaire
talliques de savoir, qu'il n'y a que les sels
qui soient métalliques qui soient propres à l'ouvrage,
propres pour & que tous les autres en doivent
faire la être exclus pour les raisons ci-
pierre. devant alléguées; & d'autant qu'ils ne
Il n'y a que peuvent s'unir parfaitement avec l'or,
le sel marin à la réserve de celui de l'eau de mer,
qui s'unit ou sel marin.
bien avec Encore que je vous aie ci-dessus enseigné
l'or. plusieurs voies certaines pour
arriver à l'Elixir parfait, néanmoins ce
n'est pas de cette matière & de ce mercure
dont les Philosophes se sont servis
pour faire leur grand oeuvre; leur matière
& leur manière est bien plus facile
La matière & moins embarrassante que les précédentes:
des Philo- & pourtant, il n'y a qu'une
sophes est matière & un chemin, car ils sont homogènes,
autre que quoiqu'ils semblent tous
que les pré- différents; la matière de laquelle les
cédentes. Philosophes se sont servis quoi qu'homogène
L'intention de avec celles ci-dessus, encore
la nature & un coup n'est pas la même, en quoi
de l'art sont plusieurs s'abusent grandement, parce
différentes. que l'intention de la Nature & de l'Art
sont
+@



pict

@

d'Ariadne. 41
sont bien différentes.
La Nature prétend engendrer les métaux,
comme vraiment elle fait avec
un fort longtemps, l'Art ne prétend pas
cela; mais faire chose bien plus excellente
que la Nature, qui est de faire
une Médecine, qui convertit en peu
de temps les corps imparfaits, en vraie
Lune ou vrai Soleil; c'est pourquoi
l'Art se sert d'autres voies & manières
& d'autre matière, quoique pourtant
il imite la Nature en quelque façon,
se servant comme elle de semence, La nature se
savoir, la Nature, des principes naturels sert d'une
& des quatre éléments, & l'art matière & l'art
la semence de l'or Philosophal: l'Art d'une autre.
commence à travailler ou la Nature a
fini son opération, en commençant à
lui aider, & faisant ensemble le mercure
des Sages, qui est la première sublimation,
exaltation, subtiliation ou
amélioration de la pierre, dont la matière
éloignée est un composé qui contient
les quatre qualités élémentaires,
comme dans un tempérament d'égalité;
& la matière prochaine, est le
mercure & le soufre.
Et lorsque les Philosophes disent
qu'il naît en l'air, ce n'est pas de la
D
@

42 Le Filet
matière faite par la Nature & de laquelle
elle se sert, dont ils entendent
parler, mais de celle que fait l'Artiste,
qui est le mercure Philosophal, lequel
vraiment naît en l'air, & se fait par
la Nature & l'Art unis ensemble, &
s'appelle encore la matière de la pierre
Le mercure faisant confusion de l'une avec l'autre;
philosophal ce qui se fait & se doit faire par destruction
comment se réitérée en résolvant & sublimant,
fait. & au même temps qu'on fait la
séparation du pur & de l'impur, & du
subtil d'avec l'épais de la matière, &
aussi du Soleil & de la Lune; ce que
les Sophistes ne peuvent faire, mais il
faut être bon Philosophe, pour extraire
comme il faut les puissances de la
Nature, d'où il résulte une quintessence
merveilleuse qui contient toutes les
perfections de cette Nature.
Et quoique les Philosophes ne parlent
que du mercure & du soufre, qui
sont deux des principes de la Nature,
& qu'ils ne disent rien du sel, qui est
le troisième: il y est sous-entendu, d'autant
que c'est lui qui fait la liaison des
deux autres, & c'est de lui qu'ils entendent
parler, quand ils disent notre terre,
ou notre corps terrestre; Voyons
@

d'Ariadne. 43
ce qu'en disent les Philosophes anciens Le sel est le
& Modernes, & commençons corps terrestre
par le chef & le père des autres; c'est- dont parlent les
à-dire, par Hermès Trismégiste. Philosophes.
Il dit que ce qui est dessus est sem- «
blable à ce qui est dessous, & que ce «
qui est dessous est semblable aussi à ce «
qui est dessus; & que comme toutes «
choses ont été faites d'un, ainsi tout le «
magistère de la pierre se fait d'une seu- «
le substance & d'une seule matière. Il «
entend par ces termes cachés du dessus
& du dessous qui sont semblables l'un à
l'autre, le fixe & le volatil, le mercure
& le soufre, qui sont d'une même
substance, & ne font eux deux qu'un
composé, qui se nomme Rebis; c'est Le mercure &
à-dire, une chose qui est faite de deux & le soufre ne
substances homogènes. Et ce mercure sont pas ceux
& ce soufre, ne sont pas le mercure & du vulgaire.
le soufre du vulgaire, mais le mercure
& le soufre des Philosophes; & ce
mercure tout seul, ou ce soufre tout
seul, ne peuvent pas être la matière de
la pierre, mais bien étant unis ensemble
par l'opération de la Nature, & non
par celle de l'Artiste, ni de l'Art & de
la Nature unis ensemble: & comme il
y a la pierre blanche & la pierre rouge,
D ij
@

44 Le Filet
La pierre il faut conclure comme le docte Abbé
blanche & la Sinésius, que l'une & l'autre sont sous
rouge sont un même sujet, & ne proviennent que
sous un même d'une même & seule matière.
sujet. Artéphius commence son Livre par la
matière de notre ouvrage, disant, l'antimoine
est des parties de Saturne, &
a en toute manière sa nature, & dans
cet antimoine Saturnin, le Soleil & la
Lune s'y submergent, c'est-à-dire s'y
précipitent, s'y joignent & s'y unissent,
& ne paraissent jamais qu'après la fixation
parfaite. Par ces termes énigmatiques,
il dit la même chose qu'Hermès;
ce que je n'explique pas davantage exprès
pour vous donner lieu de pénétrer
dans sa pensée vous-même, & pour
vous y aider: il suffit d'avoir marqué,
qu'il dit la même chose.
La matière Le docte Abbé Sinésius, veut que la
de la pierre matière de la pierre soit un médium
bien claire- entre métal & mercure, qui soit en partie
ment décrite. fixe & en partie volatil: autrement,
dit-il, il ne tiendrait pas le milieu
entre métal & mercure. Celui-ci
est bien plus clair & plus intelligible,
& dit encore la même chose.
La matière Flamel veut que ce soit deux dragons,
de la pierre dont l'un a des ailes & l'autre
@

d'Ariadne. 45
n'en a point; il les explique lui-même suivant
l'un être mâle & l'autre femelle; l'un Flamel.
le fixe & l'autre le volatil; l'un le soufre
& l'autre le mercure, qui ne sont
pas le soufre & le mercure du vulgaire,
mais ceux des Philosophes également Les hommes
proportionnés par la Nature seule sans ne peuvent
la participation de l'Art, d'autant que savoir les
cela surpasse les forces de l'entendement poids & propor-
humain, en quoi plusieurs s'abusent, tion du mercure
qui ne peuvent savoir les proportions & du soufre.
requises, ou qui se servent
d'autre matière que de celle des Philosophes.
Philalète étant le dernier qui a écrit,
& aussi le plus intelligible: il dit, qu'il
y a une chose dans le règne métallique
si excellente pour faire la Pierre des Sages,
que celui qui sait la prendre dans
le temps de sa naissance, n'a que faire de
se mettre beaucoup en peine, d'autant
que le Soleil & la Lune des Philosophes
y sont plus proches que dans le Soleil
& la Lune du vulgaire: en un mot,
c'est-à-dire, que c'est là le grand secret
des Philosophes, qui fait un Elixir bien
plus parfait que celui que l'on peut faire
avec autre chose; & quoique les Sages
semblent se contrarier, ils sont pourtant
@

46 Le Filet
Qui entend d'accord, & disent tous la même
parfaitement chose sous des termes différents & manières
un Philosophe de parler qui leur sont particulières,
peut expli- & qui en entend un parfaitement,
quer les peut expliquer facilement les
autres. autres; c'est ce qui m'a fait mettre ici
leurs dires & manières de parler touchant
leur matière.
Puisque tous les Sages disent la même
chose à l'égard de leur matière, &
que ce que j'ai ci-devant avancé des
métaux & des sels métalliques l'est aussi,
& qu'il n'y a & ne peut y avoir qu'une
Toutes les seule matière sur laquelle l'art emploie
matières ci- son industrie pour la rendre à la fin un
dessus sont Elixir ou la Pierre des Philosophes parfaite
homogènes au blanc ou au rouge; il s'ensuit
avec celles nécessairement que tout ce que j'ai dit
des Philoso- ci-dessus, & ce que les Sages disent,
phes, quoi n'est qu'une matière homogène revêtue
que revêtues pourtant de diverses formes accidentelles,
de diverses qui subsiste sous ces formes sans
formes acci- la destruction de la forme substantielle
dentelle. & altération de la substance.
L'Art détruit Il est bien vrai, que l'Art détruit le
entièrement mercure depuis la tête jusqu'aux pieds,
le mercure & & l'élève aussi depuis les pieds jusqu'à
le rétablit la tête, en forme plus subtile d'une substance
meilleur naturelle qu'elle n'était aupara-
@

d'Ariadne. 47
vant; mais cela ne se nomme pas proprement qu'il n'était.
destruction, mais bien amélioration.
La Pierre des Sages est une; sa matière La matière
unique, quoique de plusieurs unique de la
choses, & ne peut se trouver en autre pierre ne se
chose du Monde, & il n'y a rien qui en peut trouver
approche en tout cet Univers; elle est ailleurs.
la matière première de tous les métaux;
elle est un mixte de terre & d'eau
animé de l'esprit de la quintessence &
des influences du ciel. Elle est faite
par la Nature sans que l'Art y ait contribué:
& comme la Nature agit toujours
simplement, l'Ar doit l'imiter autant
qu'il peut, c'est pourquoi; il l'a préparé La matière
pour la perfectionner par une seule étant unique
manière, la réduisant en une quintessence ne se prépare
admirable, qu'à la fin il l'a aussi que d'une
pousse jusqu'à une perfection si étendue manière.
qu'elle est faite une Médecine universelle
sur toute la Nature, c'est-à-dire
sur le minéral, sur le végétal & sur l'animal,
& qui voudra la préparer par
autre manière ne viendra jamais à bout
de ses désirs.
Cette matière est un corps terrestre, Qualités
& est pondéreuse, aérienne, sulfureuse, de la ma-
mercurielle & aqueuse, qui contient tière.
@

48 Le Filet
en soi la nature, la force, la vertu
& la perfection de tous les Métaux,
& de tous les êtres; Enfin, la Racine
est métallique, c'est pourquoi elle s'unit
parfaitement avec tous les métaux;
Pourquoi convertit les imparfaits en parfaits,
l'Elixir s'u- lorsqu'elle a été élevée à la dernière
nit parfaite- perfection; ce qu'elle ne pourrait pas
ment avec faire, si en son caché elle n'en participait.
les métaux. De cette matière naissent deux Lions
ou Dragons, dont l'un n'a point de
plumes, & l'autre en a; ils sont toujours
en action, & ne dorment jamais
qu'ils ne meurent à l'heure même, c'est
Les dragons pourquoi ils mangent continuellement
des philoso- par les soins d'Hercules, qui leur fournit
phes mangent tout ce qui leur est nécessaire; &
toujours & ne ces aliments dont ils ne manquent point
dorment ja- sont cause qu'ils acquièrent toujours
mais qu'ils plus de vigueur, sans avoir besoin de
ne meurent repos & de sommeil; & on peut dire
à la même que ce sont ces deux animaux; qui veillaient
heure. à la garde de la Toison d'or, que
Jason endormit par l'industrie que lui
suggéra Médée. Et encore que cette
matière soit de deux natures, elle n'est
pourtant pas hermaphrodite, quoi
qu'on en ait dit, parce que ce n'est
qu'une
@

d'Ariadne. 49
qu'une Nature homogène.
Ecoutez le Comte de la Marche
Trévisane; Notre Pierre, dit-il; se
fait d'une racine & de deux substances
mercurielles crues, prises & extraites
de la Minière, lesquelles étant
purifiées & mondifiées, sont jointes
& unies amiablement par le feu, qui
les cuit assidûment, selon que la Nature
le désire, jusqu'à ce que de deux
ils soient fait un; & cet un, fait de
deux, est semblable à la matière, de
laquelle la Nature se sert dans la terre
à la procréation des métaux, nonobstant
toutes opinions contraires, &
la diversité des noms qu'on lui impose,
qui n'empêche pas que ce ne
soit une seule chose.
Dans cette matière, dit Zachaire,
tout le magistère est contenu, à laquelle
nous n'ajoutons rien d'externe,
ni de laquelle nous ne diminuons
rien aussi, mais seulement nous éloignons
en la préparation ce qui est
superflu. Et il faut se donner de garde
de prendre aucune matière dont les
Philosophes se sont servis pour comparaison,
comme quand ils disent: prenez Il ne faut pas
de l'Arsenic blanc, du Soufre vif se servir de ma-
E
@

50 Le Filet

tière dont & choses semblables; & si vous ajoutez
les Philoso- quelque chose d'externe, c'est-à-
phes se sont dire, qui ne soit pas de la même nature,
servis pour elle donnera lieu à corrompre
comparaison. & détruire tout votre ouvrage, &
vous priver de vos désirs.
Cette matière est vile à ceux qui
savent cet Art, en comparaison des
grands trésors qu'ils possèdent, comme
s'ils ne les possédaient pas, ayant
toujours demeuré dans les propres limites
de leur naissance: & en disant que la
matière est vile, ce n'est pas à dire de
vil prix; car elle prend son origine du
Soleil & de la Lune, qui sont son père
& sa mère, & la terre sa nourrice,
La matière comme dit Hermès. Cette matière est
est vile & vile & précieuse en même temps; vile,
précieuse en parce qu'elle a un corps terrestre; &
même temps. précieuse, parce qu'elle contient tout
ce qu'il y a d'excellent & de parfait
dans toutes les créatures.
Bonus dit que cette matière est composée
de corps & d'esprit; que l'esprit
est de nature mercurielle & volatile, &
son corps de nature fixe: ainsi, elle est
l'argent vif des Philosophes, & leur
Soleil & leur Lune; l'union donc de
ces deux est nécessaire à cet Art, car
@

d'Ariadne. 51
il faut les réduire en leur première matière
par l'argent-vif des Philosophes,
c'est-à-dire les convertir en une eau
visqueuse, ce qui ne se peut mieux faire
que par l'argent-vif des Sages, qui
en vient facilement à bout, & il ne
faut pas entendre cela du Soleil & de
la Lune, & du mercure du vulgaire,
dit Rosarius; mais de notre pierre, qui
contient la nature & les propriétés de
ces trois choses; & cette réduction en Ce que c'est
première matière s'appelle la dissolution que la réduction
de la pierre, d'où il faut conclure en première
que la pierre est composée de deux matière.
choses; savoir, de corps & d'esprit:
l'esprit se sublime de soi & non pas le La pierre
corps, s'il n'est incorporé avec l'esprit, est composée
Et cette dissolution en eau, n'est pas de corps &
proprement dissolution, mais liquéfaction d'esprit.
comme cire, & comme celle
du sel, qui est fait lorsqu'il est mis à
l'air ou à l'humide.
Cette dissolution se fait pour réduire Pourquoi
le corps qui est terrestre en sa on fait la
première matière, & pour que l'esprit dissolution.
& le corps soient inséparablement unis,
soient faits un, & prennent une même
couleur; elle se fait pour réduire le
corps à la qualité de l'esprit, & ainsi le
E ij
@

52 Le Filet
corps se mêle avec l'esprit sans jamais
s'en séparer non plus que l'eau avec
l'eau; c'est pourquoi le corps s'élève
au commencement avec l'esprit, & à
la fin l'esprit se fixe avec le corps.
Elle se fait donc pour subtiliser les
corps avec les esprits, & les pousser
par après tous deux jusqu'à une si grande
spiritualisation qu'ils soient tout esprit;
c'est pourquoi la dissolution est
absolument nécessaire pour pouvoir
parvenir à la subtilisation, & ainsi la
dissolution est la première sublimation
de la pierre.
Elle se fait enfin pour extraire ou tirer
La teinture l'âme de son corps, laquelle contient
blanche & la teinture blanche & la rouge
rouge sont cachée sous la blanche, afin d'unir l'âme
contenues faite spirituelle avec son esprit &
dans l'âme qu'elle puisse donner la vie à son corps:
de la pierre. cette dissolution se fait avec son eau,
qui est une eau mercurielle, car la pierre
est toute mercure, & un mercure
qui contient en soi naturellement son
soufre propre.
Quoique les Philosophes aient parlé
dans leurs écrits de tout l'ouvrage
de la pierre, chacun en a passé sous silence
quelque partie, ou n'en a dit
@

d'Ariadne. 53
qu'un mot en passant. Bacon s'étend
plus que les autres sur la matière: le
Comte de la Marche-Trévisane, est
le seul qui ait beaucoup parlé de la
préparation dont il a fait un Livre
entier. Et Sendivogius s'est plus étendu
sur le régime du feu, que tout autre
Philosophe; mais dans ce Livre je
ne prétends pas faire ainsi, je veux mettre
toutes les parties de l'ouvrage comme
elles doivent être, c'est-à-dire sans
aucune confusion, & dans l'ordre
qu'on les doit décrire & qu'on le peut
désirer, sans rien laisser en arrière.
Je dis donc que tout l'ouvrage de la Différence
pierre, n'est qu'une perpétuelle sublimation de la sublima-
Philosophale & non Chimique, tion philoso-
car la Chimique n'est qu'une élévation phale & de la
de la matière au sommet du vaisseau; chimique.
mais la Philosophale est une amélioration
& élévation à un plus haut degré
de perfection auquel on porte la
matière, ce qui se fait toujours jusqu'à
ce que la pierre ait acquis sa dernière
perfection, par le moyen de l'art &
de la nature unis ensemble, qui s'accompagnent
toujours.
Or la sublimation présuppose toujours
la dissolution du corps, & tout
E iij
@

54 Le Filet
Tout corps corps est dissous par l'esprit avec lequel
est dissous il est mêlé, & par lui il est fait
par son es- spirituel; & lorsque le corps est dissous,
prit. l'esprit se coagule par la même
Ce qui dissout opération, qui est divine, surnaturelle
& ce qui est & incompréhensible: d'où il faut inférer
dissout sont d que ce qui dissout & ce qui est
même nature. dissous, sont de même nature, & que
Les eaux for- s'il y avait quelque nature étrangère, il
tes ne dis- ne se ferait pas une vraie & physique
solvent pas dissolution du corps & congélation
radicalement de l'esprit.
& ne s'unis- La première opération s'appelle l'extraction
sent pas aux de la semence de l'or, qui est
matières qu'- la première sublimation ou préparation
ils dissolvent du mercure philosophal; l'or en
mais s'en vont cette semence par le moyen de l'art acquiert
en fumée; mais la puissance de se multiplier, &
le dissolvant ainsi est le sujet de la matière que l'Artiste
des Sages est doit choisir pour faire son ouvrage,
une eau per- & d'où il peut tirer la forme de
manente qui la semence de la pierre.
s'unit parce En faisant cette opération, le récipient
qu'elle est qui est de verre doit être mis
de la même dans de l'eau froide, ou bien il le faut
nature, & les rafraîchir par des linges mouillés,
autres de crainte que le verre, quoique double,
diverses. vienne à se casser par la force & violence
des esprits qui entreront dans ce
@

d'Ariadne. 55
récipient, & se condenseront en une
liqueur blanche, épaisse & pondéreuse.
Et d'autant que la Nature engendre
toutes choses par le mâle & la femelle,
& les multiplie aussi par même voie,
& que l'art doit imiter la nature: cette
semence de l'or sera l'agent & le mâle,
& le mercure sera la femelle de même
espèce & origine; l'un sera le dissolvant,
& l'autre sera la matière qui sera
dissoute; l'un est fixe & l'autre volatil,
& de l'union de ces deux, il naît l'enfant
du Soleil si merveilleux; & de
même que l'homme qui a été créé de
la terre, n'engendre pas son semblable
de la terre, mais de soi-même, &
que l'homme se nourrit de la terre, &
de cette nourriture se fortifie, croît &
s'augmente: ainsi l'or engendre l'or,
& doit être nourri de sa première substance
ou matière très pure, & c'est ce
que dit Hermès. Sa nourrice est la
terre.
Cette première sublimation se nomme
aussi distillation, parce qu'en distillant
l'eau monte au haut du vaisseau
Philosophal en espèce ou en forme de
fumée: c'est pourquoi Hermès dit,
E iiij
@

56 Le Filet
Le vent le le vent le porte en son ventre. Par la
porte en sublimation parfaite, la destruction,
son ventre la contrition & la pulvérisation de la
expliqué. matière s'en ensuit, qui est de mettre
en chaux par un feu fort, le corps qui
est demeuré au fond du vaisseau: ce qui
se fait, afin que le lien & la consolidation
des parties terrestres & combustibles
soit rompu & les subtiles soient
séparées, & que l'âme subtile qui est
la partie tingeante en soit plus facilement
extraite: le Trévisan la nomme
Elixir, d'autant que ce premier degré
est de faire le mercure Philosophal,
qu'il nomme le mercure végétal net &
pur, que les Philosophes appellent
Soufre blanc non brûlant, qui est un
moyen de conjoindre les soufres avec
le corps & mercure; & les Sages disent
qu'il conjoint les teintures aux
corps, qu'il est de nature fixe & arrête
les esprits.
La sublima- La sublimation des Philosophes contient
tion contient plusieurs opérations; savoir la
en soi plu- purification, afin d'avoir une substance
sieurs opé- pure & nette: la dissolution, pour
rations réduire toute la masse de la matière en
une eau; la troisième, la putréfaction
ou corruption, d'autant que rien ne se
@

d'Ariadne. 57
fait sans que premièrement la corruption
précède, suivant l'axiome des
Philosophes, corruptio unius est generatio
alterius. L'ablution, le nettoiement,
blanchissement & savonnement
suit, parce que toute chose sordide
doit être nettoyée de toute impureté
corrompante, cette ablution se nomme Ce que c'est
aussi incération & mondification. que incéra-
L'autre est la coagulation, parce qu'il tion.
faut que cette eau si précieuse de laquelle
nous avons parlé, soit desséchée
& retourne en forme de poudre
dont elle avait été extraite. La calcination
suit, d'autant que la matière calcinée
est plus propre & plus disposée
à la sublimation, & qu'elle est plus
proche de la fixation, ce que plusieurs Ce que c'est
Philosophes nomment fusion. Et la que fusion.
dernière est la fixation, qui est parfaite
lorsque la couleur ne change
plus.
Toutes lesquelles opérations sont en
la sublimation, les parties volatiles
sont élevées comme une fumée & doivent
demeurer dans le vaisseau pour
être fixées avec le corps fixe, & pour
qu'ils puissent donner la fusion au
corps ou parties plus grosses, & se défendre
@

58 Le Filet
Le travail de la vitrification: ce qui justifie,
de la pierre ce que j'ai ci-devant avancé; que
n'est que su- tout le travail de la pierre n'est qu'une
blimation que perpétuelle sublimation Philosophique
perpétuelle & cette sublimation, que sa fixation;
& cette su- qui est élevée en sa substance, en
blimation que vertu & en couleur à une plus haute
sa fixation. perfection.
L'ouvrage de Cette sublimation contient la dissolution
la pierre qui a été faite dès le commencement,
n'est qu'une & à la fin on fait la fixation,
perpétuelle qui est la coagulation parfaite: & conséquemment,
sublimation comme l'on dit que l'ouvrage
& cette su- de la pierre est une perpétuelle
blimation sublimation, on peut aussi dire qu'il
qu'une perpé- ne consiste qu'en une perpétuelle dissolution
tuelle disso- & coagulation.
lution & coa-
gulation. ---------------------------------------
C H A P I T R E III.
De la Préparation.
A Près avoir parlé si abondamment
& si clairement de la matière,
Pourquoi venons à parler de sa préparation,
les Sages ont que les Sages se sont tant étudiés
tant caché la de cacher, quoi qu'elle soit la
préparation. chose la plus difficile de tout l'Art; Ils
@

d'Ariadne. 59
l'ont fait exprès, d'autant que si par
hasard, ou par imprudence de quelqu'un;
un homme venait à la connaissance
de la vraie matière, ne sachant
pas comment la préparer, (ce qui est
absolument nécessaire) ne pût parvenir
à l'accomplissement de l'oeuvre: &
comme grand nombre de personnes
pèchent à l'égard de la matière, il en
a encore plus qui manquent en la préparation,
dans laquelle la pierre n'ayant
point de mouvement de soi, ne peut
être faite un Elixir parfait, mais doit
le recevoir de l'art & du travail.
Ces préparations purgations &
purifications ne sont pas vulgaires,
mais Philosophiques; & les Artistes Le bon artiste
ne peuvent les faire par des voies contraires ne fait point
à celles de la nature, & celui violence à
qui en emploie, détruit son ouvrage, la nature.
parce qu'il doit imiter la nature & lui
aider, puis qu'il doit travailler avec elle;
mais non pas lui faire violence; c'est Les eaux
à-dire, ne pas se servir des eaux fortes fortes éloigne
pour dissoudre en la préparation, d'autant les corps de
qu'elles sont corrosives & corrompent l'espèce des
la substance des corps; car plus métaux.
ces eaux les corrodent & corrompent,
plus elles les éloignent de l'espèce
@

60 Le Filet
des métaux.
Mais les dissolutions qui se font comme
il faut, se font par l'argent-vif;
c'est-à-dire par l'eau des Philosophes,
qui corrompt seulement la forme extérieure
des corps qui sont dissous,
mais non pas la substance, d'autant
qu'elle a en soi une vertueuse humidité
qui les dissout amiablement &
sans aucun dommage, & qui est plus
forte que le feu, d'autant qu'elle fait
du corps de l'or; un pur esprit; ce que
le feu ne peut pas faire, ainsi que dit
La turbe.
La préparation se fait & se doit faire
par destruction réitérée en résolvant
& sublimant, & en séparant de
la pierre le pur d'avec l'impur, l'épais
d'avec le subtil, comme dit le Philosophe,
dans le même temps qu'on mêle
le soufre & le mercure, le Soleil & la
Lune ensemble, & sans perdre aucun
temps crainte de la dissipation des esprits,
sans lesquels rien ne se peut faire:
c'est ce que la Nature n'a pu faire,
n'ayant point de mains; mais c'est aux
mains de l'Artiste auxquelles cette opération
est dévolue: ce qui étant bien
fait, la matière ne peut plus demeu-
@

d'Ariadne. 61
rer dans son espèce ni dans la forme,
mais bien dedans le genre & dans la
sienne, & ainsi la matière est disposée
à recevoir la forme de tous les métaux,
& est une opération qui seule la
dispose à la séparation de toutes les
parties qui la composent.
Quand l'animal a pris des aliments,
& qu'ils sont après digérés par la chaleur
naturelle, la séparation du pur
& de l'impur des dits aliments se fait par
la Nature; l'impur & le grossier est
chassé, & ce qu'il y a de pur & de subtil
est retenu & converti en chyle, lequel
est ensuite distribué à toutes les
parties du corps; il en est à peu près
de même dans cette opération que
l'artiste fait, parce que la Nature ne
l'a pu faire, &c.
Les principes de la pierre sont soufre
& mercure, non pas dans leur nature,
mais altérés & ensemble mêlés,
& dûment proportionnés par la nature:
en sorte que de leur mélange
avec les deux luminaires, il en vienne
une troisième nature, qui n'est nullement
soufre ni mercure, & qui pourtant
retient parfaitement les vertus
& propriétés de l'un & de l'autre:
@

62 Le Filet
sur quoi il faut savoir, que le soufre
& l'argent-vif ont des esprits volatils,
& que l'argent-vif l'est davantage que
le soufre, d'autant qu'il fuit davantage
le feu, comme ayant plus de contrariété
avec lui, mais le soufre a en
lui la vertu de coaguler & fixer; ainsi
L'argent-vif la pierre a principalement de l'argent-
a la propri- vif la propriété de voler, & du soufre
été de voler, la puissance de fixer, qui sont les deux
& le soufre principaux fondements que les Philosophes
de fixer. veulent unanimement qu'ait la
pierre ou matière de la pierre, pour
devenir une Pierre parfaite.
Et quand cette opération est faite
par le moyen de l'art & la prudence
Ce que le de l'Artiste, le mercure & le soufre
mercure des étant unis ensemble & proportionnés
Philosophes avec le Soleil & la Lune, une troisième
contient. nature qui en provient est leur mercure,
auquel les Sages ont donné divers
Les divers noms, car ils l'ont appelé eau de
noms du mer- mer, parce qu'il y a plus d'eau que de
cure des terre; & que de la nature ignée il acquiert
Sages. la subtilité, l'amertume & la
puanteur. Il est nommé eau de nuée,
mais eau permanente, d'autant que
l'eau de nuée vulgaire n'est pas permanente
au feu, mais s'enfuit & s'exhale.
@

d'Ariadne. 63
Hermès lui donne le nom de queue
de dragon, parce que le dragon qui Le dragon est
est le corps ou la terre, la dévore & la la terre, & la
boit toute, & ce dragon est la substance substance fixe.
fixe. Ils l'appellent leur eau dorée &
leur eau de talc, parce qu'elle contient
en puissance la substance des deux luminaires.
Leur mercure minéral &
corporel, leur mercure animé, le double
mercure, le mercure métallique, le
mercure essentiel sans lequel rien ne
se peut faire; leur eau-de-vie, eau céleste,
leur eau douce, eau antimoniale
& mercuriale, eau bénite, eau
venimeuse, eau puante, eau des eaux,
eau pondéreuse, parce qu'étant métallique,
elle est plus pesante que toutes
les autres eaux. Ils lui ont donné une Pourquoi les
infinité d'autres noms, non seulement Sages ont donné
pour le cacher aux ignorants & aux méchants, divers noms à
mais aussi à cause de son excellence, leur mercure.
& il n'y a pas un de ces noms
qui ne lui convienne parfaitement.
Il contient les quatre éléments dans
une proportion égale, qui s'altèrent
dans l'ouvrage les uns & les autres; &
enfin deviennent, nonobstant leur
propension mutuelle à la guerre réciproque,
dans un si parfait tempérament,
@

64 Le Filet
& dans une si grande paix &
amitié, que se faisant plus qu'une même
chose: cette chose est un remède
à tous maux pour le soulagement de
toute la nature.
Mais auparavant qu'il ait été travaillé,
il est une eau qui ne mouille
point, il est un feu qui ne brûle point,
il est une eau qui ne craint point le
feu, il est un feu qui ne s éteint point
dans l'eau, & qui y subsiste sans s'y
Le mercure altérer. Il est un aimable dissolvant de
est un aima- tous les corps sans excepter les pierres
ble dissol- les plus dures. Il se dissout, se calcine,
vant de tous se sublime, se coagule & se perfectionne
les corps. lui-même. Il est le dissolvant
& l'eau-forte des Philosophes; il
est un Prothée & un Caméléon, qui
Le mercure se change en toutes couleurs jusqu'à
& le soufre ce qu'il ait atteint le rouge parfait.
sont les Et la raison, c'est qu'il contient le
vrais dissol- mercure & le soufre des Sages, qui
vant de tous sont les vrais dissolvants de tous les
les métaux; métaux, & qu'il est de la même nature,
Le mercure & qu'il ne se trouve point qu'aux métaux.
des philoso- Ce mercure congèle facilement
phes congèle le mercure du vulgaire, mais ne le fixe
le mercure pas; pour y parvenir, il faut qu'il soit
vul- joint au Soleil & à la Lune, c'est-à-
dire,
@

d'Ariadne. 65
dire, il faut qu'il soit cuit & réduit en gaire, mais
Elixir parfait au blanc ou au rouge, & ne le fixe
il n'importe avec lequel il doit être pas.
joint, c'est-à-dire, fixé.
Geber dit que ce mercure est une
gomme plus noble que les marguerites
& les pierres précieuses, & que L'ouvrage ne se
ceux qui pensent faire l'ouvrage sans peut faire
lui, sont semblables à ceux qui veulent sans le mercure
monter au haut d'une Tour sans échelle, des Philosophes.
& qui tombent sur le pavé en commençant.
Ce mercure subtilisé est appelé
eau permanente: & la raison
étant unie à son corps, sans lequel elle
ne serait pas permanente: & la raison
pour laquelle elle est permanente, c'est
qu'elle est engendrée dans le feu, &
par le feu; & qu'ainsi qu'on peut dire
que le feu est son père, quoi qu'il ne
soit que sa nourriture.
Elle est cette humidité vivifiante de
la pierre, sa vie & sa résurrection; elle
dissout & congèle tout, elle est la
chose qui teint & qui est teinte invariablement,
parce qu'elle est animée Pourquoi le
d'une chaleur vivifiante, c'est pourquoi mercure Philo-
sa teinture est permanente & ne sophal a une
peut être effacée, les Philosophes ont teinture per-
celé la manière de faire, parce que manente.
E
@

66 Le Filet
c'est la principale clef de tout l'oeuvre
& de leur magistère: cette eau est l'esprit
des corps convertis en nature de
quintessence donnant vertu à la Pierre.
Devant que la pierre soit travaillée,
elle se divise en corporelle & spirituelle;
l'un sort de l'autre, & l'un rend
l'autre meilleur; l'un est masculin &
l'autre est féminin, l'argent-vif des
Philosophes est l'humidité radicale de
la pierre, la magnésie est tout le compost
dans lequel est l'humidité susdite,
laquelle humidité n'est pas comme les
autres humidités qui fuient le feu,
parce qu'il les consume; mais celle-ci
y courre; dans cette humidité ou pierre
sont le Soleil & la Lune en vertu &
puissance, & aux éléments en nature:
Si le Soleil & s'ils n'étaient pas en ce compost,
& la Lune rien ne se ferait, & de cela ne se ferait
n'étaient mis pas Soleil & Lune, qui sont autres
avec le mer- & meilleurs que ceux du vulgaire, parce
cure, il ne qu'ils sont vivants, & que ceux du
s'en ferait vulgaire sont morts.
pas Soleil & Cette eau contient en soi tout ce
Lune. qui lui est nécessaire pour son amélioration,
& sa dernière perfection,
n'ayant besoin que du secours de l'art,
c'est-à-dire d'un feu artificiel & pro-
@

d'Ariadne. 67
portionné: & on ne peut errer qu'en On ne peut
ce commencement, c'est-à-dire au feu, errer qu'au
parce qu'il est difficile de trouver sa commencement
proportion. du travail.
Rasis dit que quand ce mercure naît,
qu'avec lui dans son ventre naissent le Le mercure
Soleil & la Lune; Enfin il y a tant de contient toutes
merveilles en ce mercure, qu'il contient les perfections
en soi non seulement toute la des êtres supé-
perfection métallique, mais encore rieurs & des
toutes les perfections de tous les êtres inférieur.
tant supérieurs qu'inférieurs; & en un
mot de toute la nature, & son animation L'animation
est la transformation de l'or en du mercure est
sperme, & ce sperme n'est que pur or la transforma-
spirituel. tion de l'or en
Ce mercure contient en soi un feu, sperme.
qui doit être repu & nourri de plus
grand feu au second régime de la pierre,
& ce feu du second régime doit
être enclos par ce second; les Philosophes
le nomment propre instrument. Ce que c'est
Ce mercure est de terre & d'eau, & que le propre
on le met dans l'oeuf tout frais & récent instrument.
avec tout son sang; c'est-à-dire
avec tous ses esprits; c'est pourquoi il
faut le sceller le plus promptement
qu'on pourra, avec le plus commode
sceau d'Hermès, dont sera parlé ci-
F ij
@

68 Le Filet
après, afin qu'il y soit sublimé & exalté
à nature d'air & de feu, comme dit
Arnault de Villeneuve.
Que les Chimistes ne cherchent
donc plus de dissolvants autres que celui-ci,
qui est le vrai dissolvant universel,
qui dissout tous corps, quelques
durs qu'ils soient, doucement,
amiablement & sans altération, ni corrosion
Dissolvant aucune. Qu'ils ne distillent plus
ridicule. des soixante muids d'eau de puits pour
en faire un, & que les Sophistes laissent
toutes leurs folles imaginations
pour en trouver un propre à leurs desseins,
& que les uns & les autres ne
se rompent plus la tête à en vouloir
faire avec divers sujets & diverses
Tous dissol- drogues.
vants autre Tous leurs dissolvants ne seront jamais
que l'eau des dissolvants qui puissent radicalement
Sages, ne dissoudre les corps sans corrosion
peuvent dis- & altération. Qu'ils étudient
soudre les donc, & qu'ils cherchent le moyen de
corps radi- faire ce divin dissolvant, qui dissout si
calement. bien tous les corps quelques durs qu'ils
Le mercure soient, & qui se dissout soi-même, qui
est l'abrégé est ce merveilleux mercure, qui contient
des merveilles en soi tout ce qu'il y a de parfait
de Dieu. au monde, & qui est l'abrégé des mer-
@

d'Ariadne. 69
veilles de Dieu: il est corporel & spirituel,
il est esprit & participe des
natures spirituelles.
Lorsque par une merveilleuse industrie
on a tiré ce mercure du lieu Quoique le
auquel il était caché par la Nature, mercure ait beau-
quoi qu'il ait encore beaucoup de superfluités, coup de super-
il n'en faut rien séparer; fluités, il n'en
& ceux qui prétendent qu'il y a du faut rien séparer.
phlegme ou des impuretés qu'ils disent
devoir être séparées, ne sont pas
bien éclairés ni habiles gens en cet
Art, d'autant que le feu des Philosophes
convertit tout cela en substance
spirituelle, pure & fixe: ce qu'aucun
Philosophe n'a enseigné que Pontanus,
& ceux qui en séparent quelque chose
gâtent l'ouvrage, & n'y pourront
arriver.
Mireris dit que la pierre est froide
& humide au commencement, & après
qu'elle est faite, chaude & sèche; que
néanmoins il n'y a qu'un régime à l'égard
de l'Artiste, qui tend à rendre la
pierre en sa perfection; ce qui ne se La parfaite
peut faire que par une parfaite digestion, digestion
à laquelle on ne peut arriver que se fait par
par diverses digestions particulières, diverses
qui produisent divers effets & plusieurs digestions
@

70 Le Filet
particuliè- couleurs: d'où il s'ensuit, que devant
res. qu'elle arrive à sa perfection, elle passe
de nature en nature, & de couleur en
couleur; de sorte qu'à l'égard de l'intention
de venir à la fin, il n'y a qu'un
régime & une opération; & quant à
la diversité des natures, il y a diversité
d'opérations.
Comment on Et quand le Philosophe dit: il monte
explique, au Ciel, c'est-à-dire au sommet de
qu'il monte l'oeuf; & qu'après il descend en terre,
au Ciel et c'est-à-dire au fond du même vaisseau.
descend en Quand là matière est noire, cette noirceur
terre. le nomme putréfaction; & lorsqu'elle
a perdu cette couleur, elle est
Ablution & appelée ablution & cération par quelques
cération ce Philosophes. Enfin tout le travail
que c'est. de la pierre moyennant la Nature,
n'est qu'une coction & digestion continuelle
de la même nature, par un
travail très simple & très aisé, pendant
le progrès duquel toutes les Planètes
La pierre a se font voir, c'est pourquoi la pierre
été appelée été appelée des noms des Planètes &
du nom des mêmes de ceux des minéraux.
Planètes & Devant que l'Artiste commence son
des minéraux. travail, il doit savoir & bien connaître
la matière propre, & le moyen de
la travailler comme il faut; il doit s'ar-
@

d'Ariadne. 71
mer d'une grande patience, être vigilant
& observer ponctuellement tout
ce qui se passera dans ses vaisseaux; d'autant
qu'il se doit régler sur ce qu'il verra;
il apprendra même par là, les
merveilles que Dieu a mises & cachées
dans la Nature, sur lesquelles faisant de
solides réflexions, il aura souvent des
lumières, auxquelles il n'aurait pu atteindre, Ce que doit |
ni même avoir la moindre espérance faire l'artiste |
de pouvoir les acquérir. Il en travaillant.
faut qu'il écrive tout pour sa consolation,
& afin que rien ne lui échappe:
& sur tout, que rien ne lui manque
de ce qui lui est nécessaire devant que
commencer son travail, dont il trouvera
un état dans l'article du Fourneau
ci-après déclaré.
Or le vrai moyen de conduire l'ouvrage L'artiste
à une bonne & due fin, c'est d'imiter doit imiter
la Nature, qui par une continuelle la nature.
& douce chaleur fait l'argent-
vif & le soufre dans la terre, sans quoi
l'Artiste ne ferait jamais rien qui vaille;
& ceux qui font autrement & à leur
fantaisie; ou se servent du mercure &
du soufre du vulgaire, travaillent en
vain, parce que l'intention de la Nature
& des Philosophes n'est pas cela;
@

72 Le Filet
mais bien qu'on prenne leur argent-vif
& leur soufre.
Il est constant que la Nature est longtemps
à les faire; mais quand elle est
jointe à l'art, & que l'art commence où
la nature a fini ses opérations, il en
vient à bout en peu de temps; & comme
l'art tout seul ne peut rien faire
sans la nature, la Nature qui a mis les
poids & les proportions dans la matière,
aide encore à l'Artiste à perfectionner
ce qu'elle avait commencé
seule, en travaillant avec lui & lui fournissant
son feu central ou interne: &
l'Artiste le feu externe proportionné,
avec les vaisseaux à peu près pareils à
ceux dont se sert ordinairement la même
nature.
Mais à cause qu'il faut élever la matière
à une perfection fort étendue,
pour en pouvoir perfectionner les métaux
imparfaits; il faut de temps en
temps augmenter le feu externe, qui est
la nourriture de la pierre, à mesure
qu'elle se fortifie, suivant le sentiment
de quelques Philosophes; nous en
parlerons à fond dans l'article du Feu.
Devant que finir ce Chapitre, il faut
que je mette ici une chose rare de
notre
@

d'Ariadne. 73
notre mercure Philosophal. Tout le
monde sait qu'il dissout assez facilement
les métaux, vous en savez la
raison qui a été dite ci-dessus, & pourquoi
il ne les corrode pas comme font
tous les autres dissolvants; & s'il les
dissout amiablement quelques durs
qu'ils soient, à plus forte raison il dissout
les choses moins compactes.
Or si on lui donne de l'oripeau à
dissoudre, cet oripeau deviendra en
un moment en bouillie fort claire, laquelle Merveille du
étant prise, par un tour de mercure philo-
l'Art, avec un pinceau de métal, & sophal sur le
appliquée sur du bois, du fer ou autre bois, le métal
matière, la dorera d'une dorure & autre matière
infiniment plus belle que celle dont qu'il pénètre
on se sert ordinairement, & qui durera beaucoup.
même beaucoup davantage, puis
qu'elle fait par pénétration dans les
matières, selon la dureté de leurs corps,
ce que la commune ne fait que superficiellement
& par application.
Ce secret doit en le méditant faire
bien penser à ceux qui en auront la
connaissance, à inventer cent beaux
ouvrages dont on ne s'est jamais avisé,
& cette grande pénétration en doit
être comme la base & le fondement.
G
@

74 Le Filet
Secret du Le corps mort est réduit en une terre
corps mort noire qui n'a plus que peu de sel
du mercure fixe ni de volatil, & qui pourtant étant
des Sages. trituré & réduit en poudre, est capable
par sa grande siccité d'attirer puissamment
l'esprit universel, lequel s'unissant
avec cette poudre lui donne de
nouveaux sels & esprits conformes à sa
première nature: ce qui est un autre
secret qu'aucun Philosophe n'a jamais
enseigné, & que je sais par expérience;
de sorte qu'on peut encore y trouver
une substance, qui n'est pas à mépriser.
Secret de De même en est-il des matières dont
la tête mor- on fait les eaux fortes communes &
te des ma- vulgaires, qui étant épuisées par l'Art,
tières dont de tous leurs esprits, en fournissent
on fait les encore plus d'une fois qui ne cèdent
eaux fortes. en rien aux premières, lorsqu'on se
donne la peine de faire ce que dessus.
Par ces exemples, on peut chercher
quelque chose de nouveau dans la plupart
des fèces & corps morts, des matières
dont se servent la Chimie & la
Médecine ordinaire. Je pourrais encore
ajouter quelqu'autre chose, mais
cela suffira pour aiguillonner les Curieux
au travail, & à la recherche de
@

d'Ariadne. 75
diverses merveilles qui sont encore
inconnues aux plus savants & meilleurs
esprits.

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C H A P I T R E IV.

Du Feu.


A près avoir simplement traité
de la matière de la Pierre & du
choix qu'on en devait faire, & encore
du mercure des Sages, qui sont deux
des principales clefs de tout l'ouvrage,
mêmes réfuté quelques opinions erronées;
il reste maintenant à parler du
feu, qui est la troisième & dernière
principale clef, que les Philosophes
n'ont point enseignée, que sous des
termes fort obscurs & énigmatiques;
disons que comme il ne se fait aucunes Le feu est
générations en ce monde sans le le Soleil des
Soleil, de même sans le feu qui est le Philosophes.
plus pur des éléments, & qui ne souffre
point de corruption, lequel les Sages Sans le feu
nomment leur Soleil, rien ne se rien ne se peut
fait & ne se peut faire en cet Art. Sans faire en cet art.
le feu la matière demeure inutile dans
la main de l'Artiste, & le mercure Philosophal
G ij
@

76 Le Filet
n'est qu'une chimère qui n'a
de subsistance que dans son imagination,
& qu'il ne peut réduire en acte.
Tout homme a ce Soleil élémentaire
en sa disposition, duquel il peut
se servir à son plaisir, lui donnant tantôt
plus & tantôt moins de chaleur,
afin d'en régler les degrés selon ses désirs,
& selon qu'il les juge nécessaires
aux opérations qu'il veut faire réussir;
mais de trouver ce degré proportionné
au fourneau & à la matière
qui est dans l'oeuf, c'est ce qui est très
difficile.
Artéphius l'a enseigné fort obscurément,
& Sendivogius en a plus parlé
que des autres parties de l'ouvrage, &
plus dit lui seul que tous les Philosophes
ensemble. Quand donc un homme
ne sait pas donner la proportion
du feu, il travaille toujours inutilement
& sans aucun fruit; & sans cela,
c'est-à-dire, sans cette troisième clef,
il ne peut jamais entrer dans le parterre
des Philosophes, à la porte duquel
elles sont attachées toutes trois,
mais si haut, qu'il n'y a que les grands
hommes qui puissent y atteindre, & si
quelqu'un voulait franchir les murs,
@

d'Ariadne. 77
il ne manquerait jamais de se tuer, à
cause de leur grande hauteur, & de la
profondeur du terrain.
Avançons & tâchons d'avoir cette
troisième clef, puisque nous avons déjà
les deux autres, & que sans elle nous
ne pouvons rien faire. Et pour prendre
les choses de loin, afin que rien
ne manque à notre instruction, disons.
Que la nature ne peut rien faire que
par un grand temps, quoi qu'elle peut
détruire une chose en peu. Que dans
ses oeuvres elle a de certaines bornes
qu'elle ne peut outrepasser, & qu'elle
contient aussi en soi tout ce dont elle
a besoin pour ses opérations & les productions
ordinaires. Elle engendre
bien les métaux, mais non pas les teintures,
quoi qu'elle les contienne, &
qu'en elle elles soient cachées, mais Le fils du
le fils du mercure & du soufre en est mercure & du
tout rempli; & c'est de lui seul qu'on soufre est tout
en doit espérer de fixes & d'invariables. rempli de
teintures.
La Nature a une propension à perfectionner La Nature ne don-
tous ses ouvrages, mais elle ne à ses ouvrages
ne peut d'elle-même leur donner qu'une simple
qu'une simple perfection, d'autant perfection si
qu'elle agit toujours simplement, si l'Art ne lui aide.
G iij
@

78 Le Filet
l'Art ne lui prête son secours, & n'agit
de concert avec elle. Or le moyen
dont l'Art ou l'Artiste se sert pour lui
aider, n'est autre chose que la chaleur
convenable, qui ne se trouve que
dans le feu.
Divers feux Les Philosophes ont accusé plusieurs
doivent être feux dans leurs écrits; savoir, ceux
rejetés, & du fient de cheval, du bain-marie, &
pourquoi. celui du charbon, pour détourner les
idiots du droit chemin, lesquels prenant
leurs dires à la lettre, se sont servis
de tous, sans avoir pu rencontrer
quoi que ce soit, & sans considérer que
tous ces grands hommes & ces maîtres
de l'Art, ne parlent jamais que
par énigmes & métaphores & similitudes;
car toutes ces chaleurs & ces
feux ne pouvant longtemps durer dans
un même degré & même tempérament,
doivent être rejetés, d'autant
qu'il faut absolument que le feu propre
à faire la coction du mercure & le
Le feu des changement des éléments ou des qualités
Philosophes élémentaires, les unes dans les
doit être autres, soit un feu égal, continuel &
égal & con- approchant de celui dont la Nature se
tinuel. sert pour la procréation des métaux:
Or il n'y a que le feu de lampe qui
@

d'Ariadne. 79
puisse faire cela, & avoir les qualités
nécessaires pour faire un si bel ouvrage, Le feu de
c'est pourquoi il est nommé le feu lampe est nom-
Philosophique, le feu secret & de génération; mée Philosophi-
& en effet; ce feu est un que secret & de
des plus grands secrets de l'Art. génération.
Ce feu de lampe ne peut être égal
& continuel, qu'avec un grand soin
& une grande peine, si on se sert de
la mèche ordinaire; c'est-à-dire, de
coton, d'autant qu'il faudrait que
l'Artiste veillât continuellement & sans
intermission; & que très souvent il
fût obligé de tirer une lampe & d'en
remettre à l'heure même: une autre
dans le fourneau, autrement elle
pourrait s'éteindre, à cause que cette
mèche se consumant fait en peu de
temps des champignons, qui font languir
au commencement, & ensuite
étouffent le feu; ce qui serait un travail
insurmontable & plus qu'Herculéen.
Mais pour soulager l'Artiste & lui
donner courage, il se peut exempter La mèche
de toutes ces peines, se servant de lui incombus-
mèche incombustible, qui se fait avec tible.
le Talc de Venise, ou l'alun de plume,
l'amiante, ou bien le Sel gemme préparés
G iiij
@

80 Le Filet
comme il faut; & pour tout travail,
il ne restera que celui de ne point
Qu'elle doit laisser manquer d'huile à sa lampe: ce
être la lam- qui est facile à faire, puisque cette
pe de l'ar- lampe doit être de celles de l'invention
tiste. de Cardan, qui se fournit d'huile
elle-même, & qui en contient plus
que le feu n'en peut consumer en
vingt-quatre heures.
Par ce moyen il aura la liberté d'aller
prendre l'air, & vaquer à ses affaires,
s'il lui en est survenu, sans
avoir la moindre inquiétude pour son
travail & son ouvrage. Et si ce feu
n'était pas continuel, c'est-à-dire, s'il
Lorsque la était éteint & que la matière fût refroidie,
matière est & ainsi eût manqué de sa
refroidie par nourriture ordinaire, l'Artiste le plus
l'extinction éclairé: du monde ne pourrait rétablir
du feu on ne son ouvrage par quelque artifice que
peut passer ce pût être. La raison en est, que la
plus avant. pierre est engendrée dans le feu, &
par le feu, qu'il est sa vie & sa nourriture;
& quand il est éteint, la pierre
meurt au même temps, & ne se peut
plus revivifier; c'est pourquoi il serait
obligé de recommencer à faire d'autre
mercure Philosophal, & aussi le surplus
des opérations qu'il aurait ci-
@

d'Ariadne. 81
devant faites.
Les Philosophes distinguent prudemment Feu interne &
deux feux, & disent que la central de la
matière qui est leur mercure, a son matière, &
feu interne & central, & que ce feu l'externe ou
seul ne suffit pas pour sa coction parfaite, élémentaire.
mais qu'il a besoin de la chaleur
du feu élémentaire pour mettre en
mouvement la chaleur de son feu naturel
assoupi & engourdi, c'est ce que
doit administrer ou fournir l'Art ou
l'Artiste, non pas dans une cour ou
jardin, ou bien tel autre lieu exposé à
l'air, comme on est obligé de faire en
quelques opérations Chimiques, parce En quel lieu
que l'air souffre souvent diverses il faut faire
altérations par un froid excessif, par l'ouvrage de
une trop grande abondance d'humidité, la pierre.
ou telles autres qualités, qui
sans doute feraient impression sur cette
matière très délicate, & ainsi détruiraient
entièrement l'ouvrage: c'est
pourquoi il faut être à couvert.
Et le fourneau Philosophal est le
lieu le plus propre pour cela, c'est là
dedans que la pierre se dissout, se calcine,
se coagule, se blanchit, se rougit,
& reçoit commodément sa dernière
perfection par la seule opération
@

82 Le Filet
du feu, qui fait toute sa coction, &
tout ce qui est nécessaire à ce divin ouvrage.
Il ne faut aussi mettre ce fourneau
dans un lieu obscur, d'autant que
l'Artiste doit voir commodément tout
ce qui se passe au-dedans, par le moyen
de quelques petites fenêtres vitrées
qu'on y a faites exprès.
Le feu égal Ce feu doit être égal, modéré, continuel
modéré & pro- & proportionné à la quantité
portionné de la matière, laquelle proportion secrète
est difficile dépend de la prudence, de l'Artiste,
& artificiel qu'un Philosophe dit être artificiel
à trouver. à trouver; & lequel feu, tous les
Le feu doit Philosophes disent devoir être doux,
être du pre- lent & du premier degré; Nous enseignerons
mier degré. ci-après divers moyens infaillibles
pour le rencontrer; mais il ne
suffit pas d'avancer ces paroles en un
point de si grande importance, sans
l'autoriser par la raison & le témoignage
le plus sincère des Philosophes.
Une des principales raisons est que
l'intention de l'Art est de faire une
Médecine qui contienne en soi les
quatre qualités élémentaires dans un
tempérament d'égalité, & conséquemment
qu'il faut conserver la froideur
de l'eau, qui doit dominer en
@

d'Ariadne. 83
ce commencement; ce qui ne se peut Le feu externe
faire que par un feu très lent; par un doit seulement
feu doux, tempéré & continuel, qui mettre la natu-
puisse seulement mettre la Nature en re en mouvement.
mouvement, & insensiblement dessécher
l'humidité superflue de l'eau; &
si on faisait un plus grand feu, on Il faut conserver
consumerait cette froideur si nécessaire la froideur,
à conserver, & rien ne se dissoudrait, sans laquelle
ne se calcinerait & ne se coagulerait, rien ne se
parce que le grand feu est ennemi dissoudrait, &c.
capital de la froideur; mais ce
feu doux & modéré du premier degré,
est le seul propre à conserver cette
qualité, à dissoudre le compost; &
enfin à faire réussir ce bel ouvrage.
La seconde raison, c'est que la pierre La pierre en
en son commencement est en partie son commence-
fixe, & en partie volatile, & participe ment participe
plus du volatil que du fixe, ainsi plus du vola-
il faut se servir d'un feu doux & lent, que du fixe.
pour vaincre peu à peu cette volatilité
surabondante, en cuisant doucement
la pierre, l'accoutumant insensiblement
à souffrir le feu, qui de sa
nature est sec, & par ces qualités des
séche son humidité superflue sans altérer
tant soit peu sa froideur, & la
dispose à ne plus craindre aucun feu;
@

84 Le Filet
d'où on peut conclure, que par un
grand feu on ne conserverait pas la
froideur, on brûlerait les fleurs très
tendres du compost, & le vaisseau se
romprait par la violence des esprits
subtils & trop agités, qui seraient contraints
de se faire passage, & le tout
serait perdu sans aucune ressource.
Tous les Philosophes sont de ce même
sentiment, qu'il faut se servir de ce
feu lent & tempéré, parce qu'il n'y a
que celui-là seul qu'ils ont éprouvé capable
d'extraire les humidités corrompantes
sans aucune lésion des qualités
du compost, recommandant toujours
de ne s'ennuyer pas de la longueur du
travail, & blâmant la précipitation.
Le seul témoignage d'Hermès, outre
ce que dessus, devrait suffire pour notre
conviction, sans rapporter ici ceux
des autres Philosophes; néanmoins je
ne laisserai pas de le faire, afin qu'il
ne reste pas dans l'esprit de ceux qui
liront ce petit ouvrage, le moindre
doute de cette vérité, que je n'ai avancée
qu'après en être pleinement convaincu
moi-même.
Explication Hermès dit: Tu sépareras la terre
de ces mots: d'avec le feu, c'est-à-dire d'avec l'es-
@

d'Ariadne. 85
prit, ce qu'il explique lui-même, tu sépareras la
ajoutant le subtil de l'épais, doucement terre d'avec le
& suavement, & avec une grande feu, le subtil
conduite. Il ne pouvait pas mieux d'avec l'épais.
exprimer le premier degré du feu, qui
fait cette séparation dans l'oeuf Philosophal,
élevant doucement le subtil,
qui est la substance spirituelle, & laissant
la terrestre au fond; ce qui n'arriverait
pas, si on faisait grand feu, car
l'épais ou le terrestre monterait avec
l'esprit & le subtil, & tout se perdrait
dans cette confusion faute de conduite
& de jugement.
Au livre de Saturne, il est dit;
Que celui qui gouverne son travail par
un feu lent peut arriver au secret, d'autant
que faisant ainsi, les qualités les
plus délicates de la matière sont conservées
dans leur entier; & que la matière
ne se vitrifie pas, mais demeure
toujours en état d'être dissoute,
calcinée, &c. Gallicanus Moriennus,
Geber, Artéphius, & les autres, disent
la même chose. Mais il ne suffit
pas que ce feu soit lent & tempéré, il
faut, comme j'ai dit ci-dessus qu'il Le feu doit
soit encore égal & continuel, c'est ce être continuel.
qu'enseigne Morien, disant; prenez
@

86 Le Filet
bien garde d'oublier aucun de ses jours,
& faites que votre feu soit doux &
tempéré, & qu'il brûle toujours également.
Pour trouver ce feu, il faut consulter
la Nature qui fait ses opérations
dans la terre par la continuelle & douce
chaleur du Soleil. On doit aussi
prendre exemple sur la poule qui couve
ses oeufs & les fait éclore, par sa seule
chaleur, (au sentiment d'Arnaud
Pourquoi la de Villeneuve,) que l'Artiste doit
nature est si plutôt imiter que la première, d'autant
longtemps à que la Nature a besoin de plusieurs siècles
faire ses pour faire les métaux, à cause de
opérations. la trop grande lenteur de la chaleur
dont elle se sert, & que l'Elixir est réduit
en peu de temps en sa dernière
perfection, ce qui ne procède que de
la diversité de la chaleur & de la
coction; c'est pourquoi l'Art avance
son travail bien plutôt que la Nature.
Plusieurs Ce feu tempéré & du premier degré,
moyens de se peut trouver en tenant la main
trouver le par un long temps dans le fond de l'écuelle,
feu du pre- sans se brûler & souffrir aucune
mier degré. lésion, ou bien mettant des oeufs dans
l'écuelle où seront les cendres préparées;
& ainsi dans le temps prescrit par
@

d'Ariadne. 87
la Nature, ils viennent à éclore des
poussins, cela sera bien, & vous aurez
le premier degré du feu qui vous est
nécessaire, suivant le sentiment de ce
Philosophe: Pullifica concoctione foveri
non definit donec, &c. Et si ils
n'éclosent pas dans ledit temps, ou le
feu est trop faible, ou bien il est trop
fort, & aura brûlé le germe, & les
aura cuit; ce que vous connaîtrez
en les cassant, de sorte qu'il ne sera
question que de régler ce feu sur l'un
de ces défauts.
De même, si la noirceur ne paraît
dans quarante ou quarante-deux jours,
ou au plus cinquante-deux, c'est signe
que le feu est trop faible & qu'il le
faut augmenter, & continuant toujours
ce même feu, par son retardement
vous jugez avec certitude de
l'augmentation qui lui est nécessaire;
Et quand les Philosophes disent, que Explication
si le feu est trop faible, que la matière de ces termes
se morfond: c'est une de leur manière Quand le feu est
de parler, qui veut dire que le feu trop faible la
doit être augmenté, ou autrement matière se
qu'il sera longtemps, comme la Nature, morfond.
à réduire son ouvrage dans l'état
qu'on le désire. Ainsi on voit qu'il n'y
@

88 Le Filet
a point de péril à faire le feu faible,
& qu'il y en a à le faire trop fort, &
qu'il est mieux d'éviter ces deux extrémités.
Autre moyen Voici un autre moyen, qui est d'échauffer
de trouver premièrement le fourneau &
le premier les cendres de l'écuelle avec le feu de
degré de feu. quelques charbons; (ce qui se doit toujours
faire pendant 24. heures,) dans
lesquelles cendres vous aurez mis un
creuset vide que vous couvrirez, dans
le lieu où doit être posé l'oeuf Philosophal,
& de la même manière; &
après les 24. heures, les charbons étant
ôtés, vous introduirez la lampe fournie
d'huile d'olive & allumée du nombre
des fils de mèche que vous aurez
jugés à propos, & en même temps vous
mettrez dans ce creuset, du saturne ou
plomb fondu à petit feu dans un autre
creuset, en sorte qu'il ne soit que
seulement ou simplement fondu, &
qu'en posant un fétu dedans, il ne soit
point brûlé, & couvrant ledit premier
creuset & le fourneau, vous laisserez
cela à ce feu de lampe durant trois
jours sans intermission; & si vous
voyez après ledit temps que le saturne
demeure toujours fondu sans se con-
geler,
@

d'Ariadne. 89
geler, votre chaleur est bonne.
Toutefois cela n'est pas encore suffisant
pour être bien assuré, car cette
chaleur pourrait peut-être excéder la
juste proportion qui vous est nécessaire.
C'est pourquoi, pour le savoir au
vrai, il serait bon de mettre quantité
de petites lamines de saturne dans un
creuset que vous poserez dans ladite
cendre, auprès de l'autre creuset où
est le plomb fondu, le couvrirez de
même, & les laisserez là ensemble à ce
même feu durant trois jours astronomiques,
lesquels expirés, après avoir
ouvert vos vaisseaux; si vous voyez que
vos lamines ne soient aucunement fondues;
par cette chaleur, & que le plomb
de l'autre ne soit pas congelé, alors
vous êtes assuré d'avoir le premier degré
& régime du feu que vous cherchez
& qui vous est nécessaire pour votre
ouvrage, & pour faire dans son
temps la putréfaction ou corruption de
la matière, qui prend la couleur noire,
ainsi que nous dirons peu après.
Ce feu doux & du premier degré, Le premier de-
doit durer sans aucun changement jusqu'à gré du feu doit
la blancheur parfaite, dit Morien, durer jusqu'à
par ce qu'il est propre & nécessaire la blan-
H
@

90 Le Filet
cheur & fixation qui ne se fait qu'en la blancheur,
pourquoi. d'autant que depuis le commencement
de l'ouvrage jusqu'alors, le volatil
règne & surpasse le fixe, & on
peut errer & tout gâter, en donnant
un feu plus fort; mais quand on est
parvenu à cette couleur, on ne peut
plus faillir, d'autant qu'alors le soufre
de la matière ne se peut plus brûler,
& que le fixe a surmonté la nature
du volatil, vu que le volatil même
s'est fixé avec son soufre fixe, sans en
pouvoir jamais être séparé.
Comment le Arnault de Villeneuve dans sa Lettre
feu doit être écrite au Roi de Naples, veut que
augmenté à le feu soit augmenté à la blancheur
la blancheur. mais petit à petit jusqu'à la rougeur,
& de la rougeur encore peu-à-peu jusqu'à
la rougeur parfaite, conformément
aux termes de son Testament:
Donec colorum varietate lapis denudatus,
in niveo colore laetificet, & extune,
sine metu periculi sustinet poenas
ignis crescentis, donec colore
Pourquoi on tinctus purpureo, egrediatur è monumento
augmente le cum regia potestate. Et sa raison
feu à la & celle de quelques autres Philosophes,
blancheur c'est que pour lors tous les esprits
parfaite. sont fixés & sont capables de
@

d'Ariadne. 91
souffrir le feu qu'ils fuyaient auparavant:
& si on l'avait augmenté plutôt,
la force & violence des esprits aurait
sans doute rompu l'oeuf pour se
faire passage: outre que la froideur,
qui est une des qualités élémentaires
qu'il est nécessaire de conserver, aurait
été détruite, d'autant qu'elle n'est
pas compatible avec un feu fort.
Il y a néanmoins des Philosophes
qui ne sont pas de ce sentiment; & qui
disent; Que quand les anciens Sages
ont écrit d'augmenter le feu après la
blancheur parfaite, ils n'ont pas entendu Explication
que cette augmentation fût une du dire des
extension de chaleur, mais une prolongation Philosophes
de temps & de travail, d'autant touchât l'aug-
que ce même feu qui a pût conduire mentation
l'ouvrage jusqu'à sa perfection du feu.
& fixation au blanc, par sa continuation,
pourra aussi le pousser jusqu'au Raisons con-
rouge parfait, à cause que par cette vaincantes
continuation la pierre se change mieux touchant cette
& plus amiablement de couleur en augmentation philo-
couleur, & de nature en nature: outre sophique & non
que ce feu n'a plus à combattre Physiques.
aucune humidité, ni froideur comme
ci-devant, & que la pierre en l'état
qu'elle est, a en elle un feu plus étendu
H ij
@

92 Le Filet
qu'elle n'avait auparavant, & qu'elle
s'aide d'elle-même à se perfectionner
davantage & à recevoir l'impression
du feu, qu'elle contient déjà en
son caché.
On peut donc expliquer le dire
d'Arnault, selon cette subtile pensée,
& dire que les Sages nous insinuent
Il ne faut ainsi; qu'il n'en faut pas demeurer-là,
pas demeurer & que ce serait une perte notable, puisqu'on
au blanc, peut faire l'Elixir rouge, en peu
mais aller de temps, qui est sans comparaison
au rouge. beaucoup plus parfait, que le blanc
parce que le blanc ne contient que
trois éléments; savoir, l'eau, la terre,
& l'air, & que le rouge contient, encore
le feu, qui est le quatrième & le
plus pur de tous, lequel achève la
roue élémentaire & le dernier changement
des éléments ou des qualités élémentaires
les unes dans les autres, réduites
dans un tempérament parfait
d'égalité, contre leur inclination mutuelle
& naturelle de se faire une guerre
perpétuelle: & si; le feu n'entre
point dans l'Elixir blanc, il n'y exerce
pas sa dernière perfection & vertu
comme il ferait, si l'ouvrage était
conduit jusqu'au bout.
@

d'Ariadne. 93
Quant à moi, je donne les mains
à cette charmante explication, & tiens On ne peut
qu'il est plus sûr de continuer la même errer en con-
chaleur, parce qu'on ne peut errer tinuant le
en aucune manière; & que s'il y a même feu.
quelque mal à suivre cette voie, il ne
consiste que dans le retardement; comme
nous voyons arriver aux opérations
de la Nature, qui sont toutes
longues à cause de la faiblesse & débilité
de la chaleur qui lui aide à faire
son travail dans les entrailles de la
terre. Néanmoins on peut suivre le
sentiment d'Arnault avec assurance.
J'ai dit ci-devant, que si une fois
pendant le travail, le feu était éteint
& la matière refroidie, on ne pourrait
par quelque artifice que ce fût
réanimer ou pousser plus loin son ouvrage,
& qu'il fallait recommencer
le tout; Je le répète ici exprès pour L'Elixir blanc
avertir le lecteur, que si l'Elixir blanc étant refroidi ne
est refroidi, on ne peut plus le peut plus être
pousser au rouge, sinon en le rétrogradant; poussé au rouge.
c'est-à-dire, en dissolvant
dans de nouveau mercure Philosophal,
& recommençant l'ouvrage comme
auparavant, car c'est réduire l'Elixir
en sa première matière; il est vrai aussi
@

94 Le Filet
que le travail ne serait pas si long, à
cause des qualités & élévations que
cet Elixir avait déjà acquises par le
long travail précédent; ce qui est un
très grand secret, que je n'ai jamais
lu en aucun lieu. Il y a encore d'autres
feux dont je ne parle point ici,
parce qu'ils ne sont pas nécessaires à
cet ouvrage, & qu'ils ne feraient
Le feu natu- qu'embarrasser l'esprit; on les peut voir
rel, le non dans mon Dictionnaire, ils sont le feu
naturel & le naturel, le non naturel, & celui qu'on
contre nature nomme contre nature.
----------------------------------------
C H A P I T R E V.
De la Putréfaction.
I L y a des Philosophes qui divisent
le travail de la pierre en la sublimation,
déalbation & rubification;
mais sous chaque partie, il y en a
d'autres considérables qui y sont comprises
& sous-entendues; savoir, sous
la sublimation, l'extraction du mercure
la putréfaction. Sous la déalbation,
le cours de diverses couleurs
qui paraissent devant & après, & la
@

d'Ariadne. 95
première fixation des esprits de la matière
réduite en une couleur blanche,
qui est la première pierre. Et sous la
rubification, la dernière perfection de
la seconde pierre qui se rougissant fait
paraître plusieurs couleurs & diverses
sortes de rougeurs, & enfin se rougir
d'une couleur rouge invariable; & entre
ces trois parties, toutes les couleurs
qu'on se peut imaginer se font
voir diverses fois, jusqu'à ce que la
couleur de pavot ait pris leur place,
en laquelle couleur toutes les précédentes
se sont comme abîmées & sont
contenues.
Dans la putréfaction la couleur noire La couleur noire
règne, qui est la terre, dans la est le signe de
déalbation, la blanche, qui est l'air, la putré-
dans la rubification, la couleur faction.
rouge, qui représente le feu; ces trois
principales couleurs de la pierre, dans
lesquelles les autres sont contenues,
achèvent toute l'opération. La couleur
noire est le signe de la corruption
& bonne commixtion de l'humide
avec le sec terrestre; la blancheur, le signe
de la fin de l'humidité superflue; &
on continue le feu, la chaleur agissant
sur le sec, engendre la rougeur.
@

96 Le Filet
La putréfac- La putréfaction est la corruption de
tion est la la matière, ou du mercure Philosophal,
corruption qui se fait par le feu lent; car le
de la ma- fort consume & détruit; le feu lent
tière. au contraire, est appelé le feu de génération;
mais devant que la génération
se puisse faire, il faut nécessairement
Tant plus le que la corruption précède; sur
temps de la quoi pour la bien faire, il faut savoir
putréfaction que tant plus le temps en est prolongé,
est prolongé, tant plus elle est excellente, & partant
tant mieux que ceux qui la précipitent par augmentation
elle vaut. de feu, ne font rien qui
vaille, & ne peuvent jamais réussir
c'est pourquoi, un Philosophe disait
Omnis praecipitatio à diabolo.
Quand on a le degré du feu, & que
l'oeuf est bien scellé du sceau d'Hermès,
en sorte que rien ne respire,
c'est-à-dire qu'aucuns esprits de la matière
ne peuvent s'enfuir, à compter
du jour qu'on commence à travailler
cette matière ou ce mercure, lorsqu'il
Temps auquel est dans l'oeuf, au bout de quarante ou
la putréfac- quarante-deux jours, ou bien cinquante-deux
tion doit au plus tard, la noirceur
paraître. commence à paraître, qui est le signe
certain que la putréfaction se fait, &
que l'Artiste est dans le bon chemin;
Les
@

d'Ariadne. 97
Les Philosophes lui ont donné divers Les divers noms
noms, & l'ont appelée occident, de la putré-
ténèbres, éclipse, lèpre, tête de faction.
corbeau, mort, & la mortification
du mercure, pour par après ressusciter
plus clair, plus net, plus pur, Dans la putréfac-
& plus fort qu'auparavant, & par là tion la matière
reçoit & prend la vertu minérale prend la vertu mi-
du Soleil & de la Lune, qui s'y unissent nérale du Soleil
inséparablement, & que les Sages & de la Lune.
ont nommée le mariage Philosophal,
& l'anneau du souverain Le mariage
Lien. Philosophal.
De cette union de mâle & de femelle
de même nature & de même
espèce (car à la génération de chaque
chose il est nécessaire d'avoir son
semblable,) & suit l'ingrossation, ou
sublimation ès légers éléments; en
sorte que cette terre noire, par les
continuelles circulations qui se font
dans l'oeuf, qui retombent toujours
sur ce corps mort, qui est appelé par
les Sages, le corps, la terre, le fixe,
& le ferment; & la partie qui s'élève
qui est la spirituelle & la plus subtile,
ils l'ont nommée la partie volatile, Les circulations
qui retombant fait d'elle-même les font la calci-
imbibitions & calcinations nécessaires, nation, & la
@

98 Le Filet
calcinations & qui tant plus elle continue de
est la pur- s'élever, tant plus elle se subtilise,
gation de & plus aussi elle calcine mieux ce
la pierre. corps, & cette calcination est la purgation
La calcina- de la Pierre; & le vrai signe de
tion parfaite la calcination parfaite, est la congélation
est la congé- du mercure, & la congélation
lation du est une fixation des esprits; en
mercure, & la telle sorte qu'après un grand temps,
la congéla- de noir & immonde qu'il était, il
tion une fi- semble qu'il ait été nettoyé, purgé,
xation des purifié & savonné, tant il a de blancheur;
esprits. c'est pourquoi les Maîtres de
L'Ablution de l'Art lui ont donné les noms de lavements,
la pierre. purgations, purifications, savonnements
& d'ablutions; au commencement
l'eau paraissait, car le
mais quand cette
eau est épaisse & que le noir se fait
voir, c'est pour lors la terre noire qui
se fait voir.
Par la putré- Il appert donc, que par cette putréfaction,
faction on on fait la séparation du pur
fait la sé- & de l'impur: ce que la Nature n'a
paration du pu faire, mais c'est à l'Artiste à qui ce
pur & de pouvoir est dévolu: ce qui étant bien
l'impur. fait, la matière ne peut plus demeurer
dans son espèce, ni dans sa forme,
mais bien dedans le genre & dans le
@

d'Ariadne. 99
sienne, & ainsi la matière est disposée
à recevoir la forme de tous les
métaux, & est une opération, qui
seule la dispose à la séparation de toutes
les parties qui la composent, n'étant
point permis à l'Artiste, ni même
aux Anges de détruire le genre, sans
une particulière permission de Dieu,
qui l'a ainsi voulu dès le commencement
& dès la création de tous les
Etres.
La nécessité de la putréfaction est La putréfac-
évidente, puisque sans elle l'ouvrage tion est néces-
ne se peut faire, d'autant qu'il ne se saire, & pour-
fait point de génération d'une nouvelle quoi.
forme si la première n'est corrompue;
c'est pourquoi cela se doit
faire en notre mercure, à cause des
imperfections qui l'accompagnent,
desquelles il le faut dégager par diverses
altérations. Or les signes d'une Tant plus la noir-
vraie & bonne putréfaction, sont ceur est grande
une noirceur très noire ou très profonde, tant mieux vaut
une odeur puante, mauvaise la putréfaction.
& infecte, dite des Philosophes,
toxicum et venenum, laquelle odeur
n'est pas sensible à l'odorat, mais seulement
à l'entendement; & quand
elle devient comme une huile très
I ij
@

100 Le Filet
Le volatil noire; & tant que cette couleur dure,
dure jusqu'à c'est la femelle qui domine, c'est-
la blancheur à-dire le volatil.
parfaite. La noirceur est la vraie putréfaction
ou corruption naturelle de la pierre,
& cette corruption est le principe de
nouvelle génération, & d" nouvelle
forme: & par la continuation de la
chaleur, la nouvelle forme s'introduit
& paraît, qui est la couleur blanche
tant désirée, qui en son commencement
n'est qu'un petit cercle blanc,
que Flamel nomme blancheur capillaire,
A la blan- qui s'augmente peu à peu &
cheur la insensiblement, & enfin vient en une
pierre est parfaite blancheur très éclatante, qui
privée de témoigne que la pierre est privée de
toute humidi- toute humidité superflue: & quand
té superflue. cette blancheur paraît, c'est signe que
A la blan- l'oeuvre approche de sa fixation; &
cheur la quand Hermès dans son Testament
pierre appro- dit, toute la force est convertie en
che de sa terre, c'est-à-dire en fixation.
fixation. Le mariage Philosophal de mâle &
Le vrai ma- de femelle, ou l'union du corps &
riage Philo- de l'esprit, se faut premièrement pendant
sophal quand la noirceur; & quand par l'opération
il se fait. l'esprit le spiritualise & volatilise
son corps, & que le corps cor-
@

d'Ariadne. 101
poralise & fixe l'esprit qui de sa nature
est volatil: pour lors ils sont
faits un, & ne peuvent jamais être Le corps de la
séparés & désunis, étant tous deux pierre devient
spirituels & corporels, mais d'une esprit.
corporalité spiritualisée.

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C H A P I T R E VI.

Elixir Blanc.

D Ans cette noirceur, la blancheur Couleur qu'on
est cachée, & entre ces voit entre la
deux couleurs plusieurs autres se font noirceur & la
voir; à savoir, quelque rougeur, la blancheur.
couleur de citron, & une couleur
verte, laquelle verdeur est le signe du Quand la pierre
commencement de la végétation de commence de
la pierre : après cette verdeur, on végéter.
voit une autre rougeur, & ensuite la Couleur qui
vraie blancheur, dans laquelle la se font voir
vraie rougeur est cachée; & entre la depuis la blan-
vraie blancheur & la vraie rougeur, cheur jusqu'à la
les couleurs précédentes se font encore vraie rougeur.
voir, mais elles ne durent pas
tant, & diverses rougeurs paraissent
devant la vraie rougeur, qui est de
couleur de Pavot.
I iij
@

102 Le Filet
La mère a man- Lorsque la mère a mangé son enfant;
gé son enfant c'est-à-dire, lorsque la terre
ce que c'est qui est le fixe, a bu toute son eau, qui
c'est. est le volatil, une simple blancheur
ne suffit pas pour la perfection de
l'Elixir blanc, d'autant que le milieu
Il a la cou- peut avoir encore de la noirceur; c'est
leur citrine pourquoi il faut continuer le feu jusqu'à
est le signe la couleur Citrine, qui dénote
de la parfai- que tout le composé est parfait au
te blancheur. blanc: & c'est alors une Nature neuve
exempte de toute terrestréité &
Divers noms sulfuréité corrompante. Cet Elixir
de la pierre s'appelle de plusieurs noms; savoir,
blanche. Soufre de nature, Soufre blanc, &
Elixir, ou la Pierre au blanc.
Un philosophe dit: Que dans le
même temps de la parfaite déalbation,
toutes les couleurs dont nous avons
parlé ci-dessus, se perdent & s'unissent
en elle: & comme la noirceur est
le principe de l'oeuvre & la première
La blancheur couleur qui paraît à nos yeux, de même
est la cou- la blancheur est la couleur moyenne
leur moyenne entre la noirceur & la rougeur;
entre la par laquelle couleur moyenne, il faut
noirceur & nécessairement passer pour aller à la
la rougeur. citrine, qui est la digestion parfaite:
de même, que la blancheur n'est autre
@

d'Ariadne. 103
chose que la purgation ou nettoiement La blancheur
de la noirceur, ce qui se fait est la purga-
par la seule continuation du feu. tion de la
En ce même temps, dis-je, l'âme noirceur.
entre dans son corps, & la teinture Quand c'est que
s'y joint aussi: cette union de l'âme l'âme entre dans
au corps est une oeuvre divine, parce son corps.
que cela dépend de Dieu seul & de
la Nature dans laquelle il agit; & ce
temps est celui auquel Morien dit qu'il
aura de grandes merveilles, qui est
celui de la déalbation, auquel l'âme L'âme fixe le
entrant dans son corps, le fixe & l'élève corps & le
en une teinture permanente au teint invaria-
blanc & au rouge; savoir, au blanc blement.
dans son extérieur, & au rouge dans
son caché: & cet Elixir blanc en son
manifeste qui contient l'or en son occulte,
est l'or blanc des Philosophes; L'or blanc des
& l'or rouge en prochaine puissance, Philosophes qui
c'est-à-dire en son caché. Et lorsque donne le poids de
cet Elixir blanc est projeté, il donne l'or aux métaux
le poids de l'or aux métaux qui reçoivent & pourquoi.
cette projection; ce qui n'arriverait
pas, si l'or n'était compris
sous cette substance blanche: cette
âme qui entre dans son corps, est la Distinction de
vertu de la matière, & l'esprit est la de l'âme & de
matière volatile. Dans le Livre des l'esprit.
I iiij
@

104 Le Filet
L'anneau d'or sept sceaux, cet Elixir blanc est nommé
couvert d'ar- Anneau d'or couvert d'argent;
gent. c'est-à-dire la Pierre des Philosophes,
qui en son profond est mâle & or,
& en son extérieur est argent &
femelle.
Que signifie On rencontre souvent dans les Livres
tuer & cou- des Sages les termes de tuer, couper
per la tête. la tête & semblables, qui ne veulent
dire autre chose, sinon fixer;
parce qu'en tuant un animal avec une
épée, qui est le feu des Philosophes,
son sang sort de son corps dans lequel
consistent & résident les esprits de sa
vie: de même, lors de la fixation,
toute la volatilité, qui représente le
Que signifie sang & les esprits, ne paraît plus;
la force des C'est ce que dit Hermès, en ces termes:
choses supé- Que la pierre a pour lors la
rieures & force des choses supérieures & des
inférieures. inférieures, c'est-à-dire des spirituelles
& corporelles qui sont unies ensemble
Incération dans la fixation. Et si cet Elixir
comment se blanc n'a pas d'ingrès ou fusion,
fait. il faut l'incérer peu à peu, ou goutte
à goutte avec l'huile blanche des Philosophes,
jusqu'à ce qu'elle flue comme
cire, dont la meilleure manière
est celle qui se fait par imbibition
@

d'Ariadne. 105

dans la multiplication, dont nous parlerons
ci-après. Quand on est parvenu
à cette blancheur parfaite, les
Philosophes disent qu'ils ont coupé Ce que c'est
les pieds à mercure, parce que tout que couper les
est réduit en fixation; & cette fixation pieds à
coupe aussi les pieds au volatil mercure.
des métaux imparfaits, ce qui sera
plus amplement expliqué dans l'Article
de la Projection.
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C H A P I T R E VII.

Elixir Rouge.

N Ous avons dit ci-devant, que
la Nature contient en soi tout
ce qui lui est nécessaire, & que pour
se perfectionner, elle n'avait besoin
que du secours de l'Art, qui lui fournit
un feu égal, continuel & proportionné,
avec lequel tout l'ouvrage se
fait dans un seul vaisseau, sans qu'il
soit nécessaire de l'ouvrir jusqu'à la
fin. Par la continuation de ce feu,
nous avons vu la noirceur ou la putréfaction
& corruption de la matière
& par cette même continuation sans
@

106 Le Filet
addition d'aucune chose, nous sommes
venus à la blancheur & fixation
des esprits avec son corps, qui ont
fait l'Elixir blanc parfait: De même
par la prolongation du feu, ce qui
était blanc & argent, devient rouge
& or parfait; c'est-à-dire, que le soufre
blanc de l'argent-vif des Philosophes,
devient leur soufre rouge &
leur Elixir parfait au rouge, que quelques-uns
Le crocus appellent Crocus, qui ne
des Philoso- change plus de couleur en couleur,
phes. qui retient celle du feu, qui alors
prédomine & condense en soi & en
son caché toutes les autres couleurs
précédentes.
Cet Elixir rouge, ou Pierre des
Philosophes au rouge, est celle qui
est la seconde, & qui a acquis sa dernière
Le signe du perfection, lorsque ce rouge ne
rouge par- change plus & qu'il est venu à la
fait. couleur du Pavot; & lorsqu'étant mis
au feu il fond comme de la cire, qu'il
y persiste & ne diminue point, ne faisant
ni fumée, ni aucun bruit ou pétillement,
& qu'il s'attache & s'unit
inséparablement avec toute lamine de
métal embrasée, & la teint de sa teinture,
la fixe & lui donne son poids
@

d'Ariadne. 107
& sa perfection auréique, & par même
moyen toute sa Nature & son excellente
incorruptibilité, en laquelle
tous les éléments y sont fortement mêlés
les uns dans les autres dans un
tempérament d'égalité, qui ne peut
plus souffrir d'altération, ni de contrariété.
Cette rougeur est nommée la Racine La rougeur est
du ferment du Soleil & de la dite la Racine
Lune: premièrement de la Lune, du ferment, du
parce que l'argent-vif dominant dans Soleil & de la
la première fixation, y donnait sa Lune.
couleur blanche; & dans la seconde,
c'est le soufre qui prédomine par la
vertu & impression du feu, qui est
attribué au Soleil.
L'ouvrage des Philosophes si excellent On achève
& si caché, est donc achevé, l'ouvrage par
sur lequel il est besoin de faire quelques où il a été
belles & solides réflexions, & commencé.
notamment qu'il a été commencé par
l'élément de la terre, qui a été réduite
en eau puis l'eau en air, l'air
en feu, & enfin le feu en fixation,
c'est-à-dire en terre, & partant qu'on
achève par où on avait commencé:
& c'est là ce que les Philosophes
veulent dire, quand ils parlent de la
@

108 Le Filet
Ce qu'enten- conversion des éléments les uns dans
dent les Phi- les autres, parce qu'ils symbolisent
losophes par & conviennent en matière prochaine,
la conversion laquelle conversion toute Philosophique,
des Eléments. & bien éloignée de celle
des Chimistes, qui font cent brouilleries
La sépara- sans raison ni jugement, car
tion des Elé- ils prétendent séparer les éléments les
ments par les uns des autres; ce qu'ils ne peuvent
Chimistes. faire parfaitement, d'autant qu'ils
sont naturellement inséparables.
Erreurs des Ils prennent ordinairement dans
Chimistes. toutes leurs opérations le contrepied
de celles des vrais Philosophes;
ne mettent-ils pas de l'or pour ferment
au rouge, & de l'argent pour
ferment au blanc: ce qui est contraire
au sentiment des Sages, qui veulent
que la pierre rouge & blanche
soient sous un même sujet, & sous
une même matière; Ils laissent même
leur travail à la moitié de l'opération,
pour le reprendre & le continuer
après un long temps, contre le
vrai chemin de parvenir au but, & de
la continuation sans intermission, que
les Sages ordonnent à l'imitation de
la Nature qui agit toujours & sans
aucune interruption de temps.
@

d'Ariadne. 109
Cet Elixir ou rouge ou blanc, donne
la vie aux métaux qui sont morts
dès qu'ils sont détachés de la Minière;
lesquels animés par la grande Effets de
perfection ignée qu'il leur communique, l'Elixir.
sont rendus capables de communiquer
leur vie, & rendre aussi la
vie à d'autres métaux qui sont demeurés
en arrière par leurs impuretés,
& la privation de la vie qu'ils
avaient dans les entrailles de la terre.
Quand on est parvenu à l'Elixir
parfait, il ne le faut point mettre
entre deux creusets d'Adaptation, sinon Quand c'est qu'il
quand on a mis de l'or minéral faut se servir du
purgé dissoudre dans le mercure Philosophal, creuset d'adapta-
qui est un amalgame, (& tion.
qui fait une Pierre beaucoup moins
parfaite que la première où on n'en
met point) devant que les mettre
cuire: auquel cas, il faut le mettre
dans l'un des creusets, dont est parlé
ci-dessus, & le poser pendant trois
jours & trois nuits, au feu de Réverbère
ou de verrier: après lequel temps;
on l'ouvre, & on trouve au fond une
terre séparée & sous l'Elixir, laquelle
terre n'est autre chose, sinon la terrestréité
& mauvais soufre de l'or qui
@

110 Le Filet
a été dissous dans ladite eau mercurielle:
& si ce soufre n'eût été séparé,
Ce qui empê- il eût empêché l'ingrès de la pierre
che l'ingrès dans les corps où elle eût été projetée,
de la pierre. car sa grande siccité empêche
Ce qui empê- qu'elle n'ait fusion; mais vous lui
che la donnez l'un & l'autre par les imbibitions
fusion. & multiplications lorsque vous
faites votre ouvrage, selon le dessein
des Philosophes.
Et quoique je demeure d'accord
que mettant de l'or pour ferment dissoudre
dans le mercure Philosophal,
on puisse faire la pierre: je ne dis
pourtant rien de contraire à ce que
j'ai avancé ailleurs, lorsque j'ai déclaré
qu'il n'y avait qu'une matière,
& un seul régime ou moyen d'opérer,
L'or minéral parce que cet or minéral est
quelque purgé homogène avec l'or Philosophique,
qu'il soit, quoi qu'accompagné de beaucoup de
a en soi mauvaises qualités & terrestréités; &
des qualités lorsque j'ai blâmé les Chimistes de
& terrestréi- mettre de l'or minéral pour ferment,
tés mauvaises d'autant qu'ils le font dissoudre
dans des eaux fortes, qui sont de
mauvais dissolvants & qui le gâtent,
& qu'ils n'ont pas la connaissance du
mercure des Sages, ni de sa matière;
@

d'Ariadne. 111
sans quoi ils ne peuvent jamais réussir
quand mêmes ils seraient dans
le vrai chemin d'opérer.

-------------------------------------------

C H A P I T R E VIII.

De la Multiplication.

Q Uand on est parvenu à cet
Elixir rouge parfait, il ne se
faut pas rebuter du long travail passé,
car on n'a encore fait que la moitié
de l'ouvrage, d'autant qu'il est en trop
petite quantité; & que s'en servant La multiplica-
aux maladies des métaux imparfaits tion est néces-
des végétaux, & des animaux, il serait saire, &
bientôt consumé s'il n'était multiplié, pourquoi.
& il serait fâcheux de recommencer
encore, comme fit Flamel
jusqu'à trois fois, un oeuvre si long
& si ennuyeux; c'est pourquoi il est
nécessaire d'ajouter ici le moyen de
le multiplier, sans prendre tant de
peine, & employer tant de temps qu'on
peut épargner, afin qu'ayant toujours L'Elixir est un
ce trésor en abondance, il ne puisse trésor inépuisa-
jamais nous manquer, d'autant qu'on ble lorsqu'il
le peut rendre inépuisable, le poussant est multiplié.
@

112 Le Filet
presque à l'infini par plusieurs
multiplications, qui l'augmentent notablement
en quantité & qualité; ce
qui sera expliqué ci-après.
Quelques demi-savants ont voulu
que, la multiplication fût impossible;
mais s'ils eussent bien considéré
de quelle manière la Nature se perpétue,
Toute chose ils eussent changé de sentiment,
naissante & car ils eussent appris que toute
croissante chose naissante & croissante, est
est multiplié multipliée & augmentée par sa semence,
par sa se- comme il est manifeste aux végétaux
mence. & animaux, & qu'il en est de
Différente même à peu près des métaux, qui ont
de la multi- pourtant cela de différence avec les
cation des autres êtres sublunaires, qu'ils ne se
autres êtres multiplient pas d'eux-mêmes comme
eux; mais aussi qu'ils se multiplient
presque à l'infini, lorsque l'Art en a
tiré la semence, qu'il purifie premièrement
de leurs terrestréités & hétérogénéités,
& ensuite pousse cette semence
à un tel degré, qu'elle fait des
générations prodigieuses, & qui surpassent
l'imagination.
L'ouvrage de la multiplication se
fait de deux manières; savoir, selon
l'espèce, & selon le nombre. Elle se
fait
@

d'Ariadne. 113
fait selon l'espèce par rétrogradation, Il y a deux ma-
en mettant du mercure Philosophal nières de faire
sur la moitié de votre poudre, en sorte la multiplication.
qu'elle n'en soit pas noyée ou couverte,
mais seulement à demi pour la
première fois, & aussi pour la dernière
ou la septième, ou bien si vous
en mettez davantage, que ce soit au
plus aux deux tiers; le mercure dissoudra
cette poudre ou cet Elixir qui
sera dans l'oeuf, lequel aura été scellé
du sceau d'Hermès, comme il a été
dit ci-devant, puis mis cuire sur les
cendres dans le fourneau Philosophal,
par le feu des Sages du premier degré,
ainsi qu'il a été fait dès le commencement;
car ce mercure qui est
cru, & qui n'a pas été cuit, décuit Ce que c'est
l'Elixir & le réduit en eau comme lui, que rétrogra-
c'est ce qui s'appelle rétrogradation. dation.
Et pour le conduire ou réduire au
même état de coction & de perfection
qu'il était auparavant, il faut cuire
de nouveau & recommencer l'ouvrage
comme la première fois; mais aussi
l'opération ne durera pas si longtemps
que la première, & ne sera au plus La première
que de cinq mois, à cause que le feu multiplication
central de la matière qui avait été portée ne durera
K
@

114 Le Filet
au plus que jusqu'à la perfection, & qui se
cinq mois. trouve dans l'oeuf, est notablement
Toutes les augmenté, & toutes les couleurs qui
couleurs se s'étaient fait voir dans la première
font voir opération, recommenceront à paraître
comme à la selon leur rang & l'ordre Précédent,
première opé- mais ils ne dureront pas tant à
ration, mais beaucoup près.
durent moins. Et lorsqu'on sera encore parvenu
au rouge parfait comme la première
fois, on recommencera derechef
comme ci-devant à mettre du mercure
Philosophal dans l'oeuf sur l'Elixir,
& on le mettra cuire de la même
A chaque mul- manière & au même feu; & on
tiplication réitérera cette opération tant & tant
le temps de de fois qu'on voudra, moyennant
l'ouvrage di- qu'on ait toujours de quoi fournir à
minue tou- faire du mercure: & à chaque multiplication
jours , & qu'on fera, le temps de l'ouvrage
pourquoi. diminuera toujours; & enfin
sera si court, qu'en moins de demi
quart d'heure tout le travail sera achevé,
par la raison susdite, que le feu
central de la matière a toujours plus
d'extension.
Ce n'est pas le tout que le temps
diminue si notablement chaque fois
qu'on recommence, mais l'Elixir aug-
@

d'Ariadne. 115
mente aussi, non seulement en quantité
de matière parfaite; mais encore La multipli-
il augmente à chaque fois en qualité, cation est en
c'est-à-dire, que si au commencement augmentation de
un poids n'allait que sur dix; à matière & de qua-
la première multiplication il ira sur lité, & de force
cent; à la seconde sur mil; à la troisième ou de vertu.
sur dix mille; à la quatrième
sur cent mille, & ainsi augmente toujours
de dix en dix à chaque multiplication;
& en continuant, il augmente
presque jusqu'à l'infini. D'où
on doit conclure, que si on s'était
contenté, lorsqu'on est parvenu au
blanc ou au rouge parfait, sans faire
les multiplications; outre qu'on aurait
eu peu d'Elixir, on se serait fait
grand tort, puisque les multiplications
de l'Elixir s'étendent si fort &
se font enfin en si peu de temps; & par
ce moyen, on se fait un fond & un
trésor inépuisable, qui vaut mieux
que tous les trésors du Monde unis
ensemble.
Il faut pourtant observer: Que
quand j'ai dit ci-dessus qu'on pouvait
emplir l'oeuf jusqu'à la moitié ou
aux deux tiers au plus, que cela se
doit seulement entendre, pour la première
K ij
@

116 Le Filet
opération; car pour les autres,
il y aurait du péril, à cause du feu
central & interne de la matière qui
augmente toujours à chaque multiplication,
& qui pourrait rompre le
verre, pour n'y avoir pas assez d'espace
ou d'air pour les circulations des
esprits; c'est pourquoi l'Artiste prudent
L'air qui est doit régler cet espace, à proportion
le vide du de l'extension du feu de la
vaisseau est matière; car l'air est une des clefs de
des petites l'oeuvre, sans laquelle on ne peut
clef de réussir, c'est-à-dire un des plus grands
l'oeuvre. secrets du travail de la Pierre.
Il est bon Mais quand vous avez retranché
d'avoir plu- de votre poudre à chaque multiplication,
sieurs four- si vous aviez d'autres fourneaux,
neaux à la pour cuire le mercure que
multiplica- vous lui ajouteriez pour la dissoudre;
tion, afin vous gagneriez bien du temps, & vous
de gagner du vous feriez quantité d'Elixir d'une
temps. élévation prodigieuse: & quand vous
n'avez pas de fourneaux autant qu'il
vous serait nécessaire, il faut mettre
chaque poudre à part dans des vaisseaux
de terre ou de verre bien bouchés
& mis dans un lieu sec, afin qu'il
n'y entre aucune poussière ou ordure,
ni aucun air humide; & à chaque
@

d'Ariadne. 117
vaisseau y mettre un écrit contenant
le nombre de ses multiplications, afin
de les mettre toutes d'une même qualité
& élévation, commençant toujours
par la plus éloignée, à mesure
que vous recommencerez.
Quand vos multiplications ont tant
d'étendue qu'elles se font dans l'espace
d'un miserere, à cause de leur
grande subtiliation, vous pouvez diminuer Diminution des
quelque fil de la mèche, d'autant fils de la mè-
que pour lors la matière n'a pas che nécessaire
besoin de tant de feu externe comme & quand.
par le passé, à cause qu'elle en a toujours
acquis de plus grand, à mesure
qu'elle a été multipliée, & il lui suffira
d'un feu si modeste & si faible,
qu'il ne fasse qu'exciter tant soit peu
son feu central. Et si votre matière Espèce de rétro-
est si subtile, à cause du grand nombre gradation.
des multiplications, qu'elle pénètre
les parois du vaisseau, il faudra en
demeurer là, & ne la pas pousser plus
haut: ou bien mettre peu de votre
poudre, & la noyer de votre mercure,
gardant toujours la proportion
de laisser vide au moins, les deux
tiers de votre vaisseau ou oeuf; quoi
faisant, vous vous satisferez; & augmenterez
@

118 Le Filet
toujours vôtre Elixir en
quantité & qualité par cette autre espèce
de rétrogradation.
La sublima- Nous avons dit ci-devant, ce que
tion Philoso- c'était que la sublimation Philosophale,
phale. & qu'elle est une exhalaison à
un plus haut degré de perfection; de
Tout le tra- sorte que tout le premier travail de
vail de la la pierre jusqu'au rouge parfait, en
pierre est ce sens, se doit appeler être sublimé
une perpé- de première sublimation; & les
tuelle subli- autres travaux de la pierre, ou les
mation, & multiplications, sont aussi des sublimations
toutes les de seconde, troisième, quatrième,
multiplica- cinquième, sixième & septième
tions sont sublimation, &c. d'autant que la
aussi des su- pierre est toujours élevée à une plus
blimations. haute perfection par chaque multiplication.
L'autre espèce de multiplication,
La multipli- qui est selon le nombre, se fait par la
cation selon projection d'un poids sur cent, &
le nombre. d'un poids de ces cent sur cent autres,
& encore de même, & c'est toujours
Médecine. Mais cette multiplication
de nombre, n'est dite multiplication
que très improprement,
d'autant que l'état de perfection de
la pierre diminue au lieu d'augmen-
@

d'Ariadne. 119
ter, & diminue toujours à proportion
qu'elle s'éloigne de sa dernière
sublimation; & cette décadence, est Autre espèce de
une rétrogradation simple, & non de rétrograda-
pas de la nature des précédentes. tion.
Mais la vraie multiplication Philosophale,
est une multiplication en
quantité & qualité de force & de
vertu, qui arrive à la matière dont
nous avons parlé ci-dessus.
Cet Elixir étant venu en sa perfection, Tant plus l'E-
est très pur & très subtil; lixir est parfait
& tant plus il est subtilisé par les imbibitions tant plus il est
& les multiplications, tant pondéreux, & a moins
plus il est pondéreux, l'or minéral est de volume, l'or mi-
de même qui augmente son poids à néral est de même,
mesure qu'il est plus purifié par le & celui de rivière
moyen de l'Art. Mais l'or de rivière, a beaucoup de volume
n'a pas une couleur auréique profonde, & manque de
étant à demi blanc faute de couleur.
coction, & ne monte que jusqu'à
quatorze carats, & à cause de cela
est plus léger, & a aussi plus de
volume que l'autre
pict
@

120 Le Filet
----------------------------------------
C H A P I T R E IX.
De la projection.
A Près tant de travaux finis,
& tant de difficultés surmontées,
l'Artiste est enfin arrivé à la
Le temps des joie tant désirée, & au temps des moissons,
moissons est comme disent quelques Philosophes;
la fin du Il ne tiendra plus qu'à lui de
travail & la jouir pleinement du fruit de ses labeurs
possession de & de son bonheur, usant avec
la pierre. grande prudence des grands biens
L'Artiste qu'il a en sa possession, c'est-à-dire
doit être avec une grande modestie & discrétion,
prudent à pour la gloire de Dieu, le bien
cacher son de son Eglise, & le soulagement des
trésor & sa pauvres, Dieu les lui ayant donné à
science & à ce sujet, & pour en bien user pour
les débiter. son propre salut, & non pas pour les
possessions des honneurs & vanités
de ce monde.
Il est donc maintenant question de
savoir, comment on doit se servir
de cette poudre admirable, afin de
purger les métaux imparfaits de leur
lèpre, & les convertir en or parfait,
ou
@

d'Ariadne. 121
ou en argent, suivant la qualité de
la poudre. Cette partie de l'ouvrage
s'appelle la projection qui se fait en
deux manières; La première, réduisant La projection
le métal en forme mercuriale, se fait en
c'est-à-dire en fondant le métal mou deux manières.
dans un creuset par le moyen d'un feu
convenable, ou bien les métaux durs,
comme le fer & le cuivre réduits en
lamines, & en forme de feu, c'est-
à-dire, enflammées ou ignifiées.
La projection qui se fait sur les métaux La projection
mous, comme le plomb & l'étain sur les métaux
est la plus excellente manière, la mous.
plus prompte & la plus commode, &
se fait comme il s'ensuit. On prend
cent poids de l'un ou de l'autre de ces
métaux, on les met fondre dans un
creuset; étant en cet état, vous
mettrez un poids de la poudre dans un
petit morceau de papier, & le jetez
dans ledit creuset, dans ce moment
l'Elixir se fond & pénètre le métal
fondu jusques dans son intime, d'où
il s'élève un grand feu, dans lequel
diverses couleurs paraissent; lesquelles
passées & le feu apaisé, après un
miserere, vous laisserez refroidir le
creuset, puis ôterez la matière, &
L
@

122 Le Filet
Dans la pro- vous verrez la séparation que l'Elixir
jection l'E- a faite des impuretés corrompantes
lixir fait la du métal; lesquelles rejetées,
la séparation vous conserverez le surplus, qui est
des impure- autre Médecine sur d'autre métal; c'est
tés du pourquoi, vous prenez un poids de
métal. ces cent convertis en Médecine, &
faites comme devant, & tout est encore
Médecine, laquelle est frangible
comme du verre, & vous réitérerez
toujours cette même opération, jusqu'à
ce que votre matière devienne
de la même couleur que l'or le plus
pur.
Pourquoi il Il serait bien-aisé de rencontrer à
ne faut pas point nommé le nombre des poids,
projeter sur & la juste proportion que l'Elixir en
autant de convertirait tout d'un coup, sans tant
métal que de fois réitérer la même opération,
l'Elixir en mais je n'en parlerai point; car il ne
peut conver- faut pas se servir de cette voie, d'autant
tir tout qu'il y aurait trop de perte, par
d'un coup. la réaction qui se ferait: Et en la faisant
comme ci-dessus, la poudre en
convertira bien davantage, c'est pourquoi
il est mieux d'opérer par degrés.
De même quand on veut s'en servir
en Médecine, pour l'animal ou pour
le corps humain, il faut dissoudre un
@

d'Ariadne. 123
grain d'Elixir dans un esprit convenable Comment il
à la nature de la maladie, comme faut se servir
dans de l'esprit de vin, de miel, de l'Elixir en
ou d'autre: même dans de l'eau, s'il Médecine.
est expédient, en petite quantité,
c'est-à-dire environ une verrée, puis
prendre peu de cette verrée, & le
mettre encore sur une autre verrée,
& continuer ainsi jusqu'à ce que vous
voyez que la couleur ou teinture soit
devenue faible, & de cette manière
l'Elixir sera bien proportionné pour
être pris par la bouche en petite quantité
dans une verrée de liqueur propre
à la maladie, ou dans un bouillon,
ou bien appliqué sur une maladie
externe, comme nous dirons ci-
après.
La première raison en est, que si Première
on en mettait une si grande quantité Raison.
tout d'un coup, l'Elixir serait noyé,
& sa vertu ne s'étendrait pas si loin,
que si vous n'y en mettiez qu'une petite
portion.
La seconde raison, c'est que la Seconde
pierre n'a pas acquis sa grande extension Raison.
& élévation, que successivement
& de degré en degré, & qu'il faut se
servir des mêmes voies pour la faire
L ij
@

124 Le Filet
rétrograder sans lui causer de violence,
& la bien réduire à la proportion requise
pour s'en servir avec sûreté par la
bouche ou par application extérieure.
Autre maniè- Ou bien, on met en projection,
re de pro- un poids sur mil du corps plus prochain
jection. fondu, & on met le vaisseau
au four à quatre registres, & il est
laissé là pendant trois jours astronomiques
pour se bien mêler, lui donnant
petit feu au commencement, &
l'augmentant de temps en temps & de
degré en degré selon l'Art; lequel
temps passé, on laisse doucement refroidir
le vaisseau, ayant ôté la plupart
du feu, & laissant mourir le reste
de lui-même faute de nourriture: Et
quand le tout sera froid, prendre encore
mille poids, les faire fondre, &
prendre un poids de ces mille qui ont
été convertis; cela est fait en un jour,
& réitérer encore la même opération,
& cela se fait en un instant, qui est
L'Elixir s'é- un grand secret.
tend davanta- Or le métal le plus prochain est celui
ge sur le mé- qui symbolise davantage avec l'Elixir,
tal le plus parce qu'il est plus facilement
proche de plus promptement & plus parfaitement
sa nature converti, que ceux qui en sont
@

d'Ariadne. 125
plus éloignés, & conséquemment qui ou espèce &
ont moins de convenance avec lui, pourquoi.
quoi qu'il les perfectionne tous, mais
avec moins d'étendue les uns que les
autres; d'autant que la Nature qui est
projetée sur sa même nature, s'y
unit plus promptement & plus facilement
que dans un autre corps qui lui
est étranger.
Quand on fait la projection sur la La projection
Lune, l'Elixir a bien de l'étendue, sur la Lune, a
parce qu'elle approche de la perfection, bien de l'éten-
& qu'elle ne manque que due, & pourquoi.
d'un peu de coction, de fixité & de
couleur, il répare tous ces défauts,
lui donnant le poids de l'or; mais il
fait la séparation de ce que cette Lune
avait d'impur & de mélange d'autres
métaux imparfaits, dont les soufres
étaient combustibles; mais quand la Comment il faut
projection se fait sur le mercure commun faire la pro-
ou du vulgaire, bien purgé par jection sur le
le sel & le vinaigre & passé par le mercure du vul-
chamois, ou bien mis dans un mortier gaire.
de pierre ou de verre, avec du
saindoux de porc, & pareille quantité
de térébenthine, & là bien battu
& mêlé, puis versé par inclination,
il est excellemment purgé en
L iij
@

126 Le Filet
peu de temps de toute terrestréité, &
La meilleure c'est à mon avis la meilleure & la plus
manière de prompte manière de le préparer; car
purger le tout ce qu'il a d'impur demeure dans
mercure com- cette graisse, & il sort de ce mortier
mun. aussi beau que de l'argent.
Quand on veut faire la projection
sur ce mercure purgé de l'une de ces
manières, il la faut faire comme il
La projection suit. On met le mercure dans un creuset
sur le mer- sur peu de charbons ardents afin de
cure commun l'échauffer, & lorsqu'il frémit ou
purgé ne sé- commence à bouillir & à vouloir fuir;
pare rien c'est alors qu'il faut projeter peu de
n'y ayant votre poudre dessus, laquelle sentant
plus d'impu- la chaleur, se fond à l'heure même,
reté. pénètre ledit mercure, & l'environnant
de toutes parts, l'empêche de
s'exhaler; & quand ils ont été ainsi,
un petit quart-d'heure, & que toutes
les couleurs ont cessé, ôtant le
feu, vous laissez doucement refroidir;
pour lors la conversion est faite, &
les pieds & les ailes du mercure ont
été coupés, puisqu'il est fixe, &
qu'il a perdu toute sa volatilité; mais
dans ce mercure l'Elixir n'a rien séparé,
d'autant qu'il n'y a point trouvé
d'impureté & de terrestréité corrom-
@

d'Ariadne. 127
pante, & qu'il est tout de sa nature.
Il y a deux belles raisons pour lesquelles Pour quelles
l'Elixir sépare le pur de l'impur raisons, l'E-
des métaux imparfaits. La première, lixir sépare
c'est que la pierre étant très le pur de
pure & parfaite, est aussi tout feu, & l'impur.
le feu ne peut souffrir aucune impureté
& corruption, non pas mêmes
celles autres éléments avec lesquels
il sympathise. La seconde, c'est que
ces impuretés sont des corps étranges
à la pure nature métallique, avec
lesquels les métaux parfaits ne se peuvent
parfaitement unir. Cette seule Les teintures
raison bien appuyée de l'expérience des corps étranges
devait convaincre d'erreur tous ceux à la nature métal-
qui prétendent donner aux métaux lique ne peuvent
imparfaits, des teintures tirées des s'y unir parfai-
corps étranges, & qui ne conviennent tement, & pour-
point en nature & espèce avec quoi.
eux.
Les métaux ont leur mercure qui
est pur, mais ils ont deux soufres;
l'un pur, & l'autre impur, mauvais
& combustible. Quand donc on fait
la projection sur un métal, l'Elixir
s'attache toujours fortement à ce qui
est pur comme lui, qui est le mercure
& le soufre pur, & chasse ce qui
L iiij
@

128 Le Filet
ne l'est pas, par les raisons précédentes,
La projection Et ceux qui font la projection sur
sur le mercu- le mercure des métaux, ne font pas
re des métaux mal, mais ils se donnent bien de la
imparfaits. peine, emploient beaucoup de temps
& de dépenses inutiles, puisque l'Elixir
de lui-même purge les métaux
de leurs hétérogénéités, & s'attache
fortement à leur mercure & leur bon
soufre, qui de sa nature est très fixe
& très pur; duquel soufre pur, &
séparé du soufre brûlant & impur, si
l'Artiste faisait projection sur quelque
Le mercure & métal, comme sur la Lune, il ne lui
le soufre pur donnerait pas la couleur auréique, le
des impar- poids, le volume & le son de l'or,
faits ne peut d'autant que le soufre seul, ni le mercure
donner d'au- seul ne peuvent produire une
tre teinture teinture auréique, mais bien lorsqu'ils
que celle du sont joints & unis ensemble, &
métal auquel qu'ils sont réduits en leur principe,
il a été tiré digérés selon l'Art & poussés jusqu'à
car il ne la perfection auréique: or ce soufre
peut donner n'ayant pas ces qualités ne peut donner
que celles une telle teinture, mais seulement
qu'il a. au plus, celle du métal duquel
il a été tiré.
Quand la projection est faite une
ou deux fois, comme nous avons dit
@

d'Ariadne. 129
ci-devant, elle est Médecine, mais Moyen d'ôter la
elle est frangible; & lorsqu'elle vient frangibilité.
en un état qu'elle n'est plus Médecine,
& qu'elle est encore frangible,
le secret de lui ôter cette frangibilité,
est de la passer à la coupelle, sans y
ajouter du plomb, d'autant qu'elle se
purifiera bien d'elle-même dans l'espace
de trois heures, & vous l'aurez
exempte de ce défaut.
A l'égard des métaux durs, lorsqu'ils La projection
sont réduits en plaques ou lamines, sur les métaux
il est nécessaire de les mettre durs.
dans un feu; qui leur communique
fortement son impression ignée, en
sorte qu'elles ne paraissent que feu;
pour lors un peu de votre Elixir mis
dessus, les convertit parfaitement en
or ou argent, suivant la qualité de
l'Elixir, d'autant que par le moyen de
cette forte ignition, l'Elixir se fond
& pénètre ces métaux, jusques dans
leur intime, à cause que leurs pores
sont ouverts.
Cette pénétration & conversion se Autre manière
fait encore mieux, lorsqu'on dissout de projection sur
un grain de l'Elixir dans un esprit, les métaux durs.
comme est l'esprit de vin, d'eau de
pluie ou de rosée cinq ou six fois
@

130 Le Filet
rectifiées, dont on emplit un verre
& qu'on prend une plume dont on
imbibe le petit bout de la peluche de
ladite liqueur, de laquelle peluche
on touche légèrement en divers endroits
les lamines enflammées; C'est
une merveille surprenante, de voir
qu'en un moment la pénétration la
conversion, la teinture & la fixation
sont faites; & ces métaux bien plus
légers que l'or, reçoivent aussi en
même temps le poids & le volume de
l'or si l'Elixir est au rouge, & toutes
les qualités de l'argent si l'Elixir est
au blanc.
Objection. On m'objectera ici, que l'Elixir
projeté en cette manière sur les métaux
durs & enflammés, ne peut les
convertir entièrement comme ils font,
en or & en argent parfait, suivant la
qualité de l'Elixir; d'autant que j'ai
dit ci-devant, que quand la projection
se fait sur les métaux mous l'Elixir
fait la séparation du pur & de
l'impur des dits métaux réduits en forme
mercurielle, & ne s'attache qu'à
leur pur; or les métaux durs ont quelquefois
plus d'impuretés que les
mous, lesquelles l'Elixir ne sépare pas
@

d'Ariadne. 131
du corps des dites lamines, & par conséquent
ne les convertit pas entièrement,
puisque les impuretés y demeurent,
qui sont des corps étrangers
avec lesquels l'Elixir ne se peut
parfaitement unir. Je réponds qu'il
est vrai qu'il n'en fait pas alors la séparation,
à cause de leur forte union
avec le corps terrestre qu'il ne peut
détruire; mais s'ils viennent à être
travaillés & fondus ou mis aux
épreuves ordinaires, c'est alors que
ladite séparation se fait & que le pur
se détache de l'impur avec lequel il
ne peut avoir de parfaite union.
Et quoique je n'aie parlé dans la
projection que de l'Elixir rouge, la
même chose se fait par l'Elixir blanc,
sur les métaux imparfaits, qu'il congèle
& teint & fixe en argent, qui reçoit
le poids de l'or, d'autant que cet
Elixir blanc est l'or blanc, auquel il
ne manque que la couleur, ou un
peu de coction, parce qu'il n'est composé
que de trois éléments, & que le
feu qui est: le quatrième ne lui a pas Erreurs des chi-
donné sa dernière perfection. Les mistes & des
ignorants croient que la congélation, ignorants.
teinture & fixation Philosophiques,
@

132 Le Filet
sont des opérations diverses & différentes;
La congéla- mais les Sages ne reconnaissent
tion, tein- ces trois choses, que pour une
ture & fi- seule & même opération Philosophique,
xation ne quoi que s'en soient plusieurs
sont qu'une dans l'entendement.
même opéra- Il y a des Plantes qui congèlent le
tion. mercure; mais à la coupelle, tout
La congéla- s'en va en fumée, à cause que la congélation
tion impar- est imparfaite, de même que
faite s'en va celle qui se fait à la fraîcheur de la
en fumée lors cave, & qui fait des rubis.
des épreuves. Il y a bien des gens qui manquent
de jugement, quand ils prétendent
perfectionner les métaux imparfaits
par des choses corrompantes, &
par celles qui sont de diverses natures,
& même moins parfaites qu'eux.
Erreur des Qu'ils apprennent aujourd'hui que
Chimistes & les métaux, mêmes les imparfaits,
des ignorants ne teignent point & ne fixent point
à l'égard mais qu'ils sont teints & fixés, d'autant
des métaux. que leur soufre manque de coction
& est impur; c'est pourquoi il
n'y a que le soufre de l'or & de l'argent
des Philosophes qui soit capable
de les congeler, teindre & fixer
parfaitement & en même temps, à cause
de leur coction & digestion par-
@

d'Ariadne. 133
faite. Quand je dis qu'il n'y a que le
soufre du Soleil & de la Lune, je dis
vrai; parce que l'argent-vif de soi n'a
point de vraie teinture métallique,
ni blanche ni rouge, mais bien le
soufre, qui a même la vertu de digérer,
congeler & coaguler le mercure.
Or si les métaux imparfaits ne peuvent Les métaux im-
teindre, à plus forte raison les parfaits ne peuvent
petits minéraux qui ne conviennent teindre, à plus
point avec la Nature métallique, & forte raison les
conséquemment sont des corps étranges. petits minéraux
On a souvent éprouvé la fixation qui sont d'une
du mercure par l'esprit de la Lune autre nature &
métallique, mais cette Lune diminue espèce.
toujours de poids aussi bien que d'esprit La fixation du
qu'elle communique au mercure; mercure par
or si cette Lune métallique qui approche l'esprit de la
de la perfection, ne peut fixer Lune.
le mercure qu'en se détruisant elle-
même, que pourront donc faire tous
les minéraux ensemble qui sont éloignés,
& qui n'ont point de convenance
avec les métaux. Et quand les Lorsque les Phi-
Philosophes ont parlé des Herbes losophes ont
pour la fixation, il paraît qu'ils n'ont parlé des Herbes
dit cela que métaphoriquement ou pour la fixation
comparativement, & que leur Lunaire du mercure
@

134 Le Filet
comme ils n'est autre chose que la plus pure
ont entendus substance de leur Lune pour le blanc;
cela. & de leur or, ou Elixir rouge, pour
le rouge, & cette plus pure substance
est l'esprit métallique, qui ne peut
être plus pur que dans l'Elixir.
Ce que c'est Voyons maintenant ce que c'est que
que teindre teindre, suivant les Philosophes, c'est
suivant les donner sa nature & sa perfection à la
Philosophes. chose qui est teinte; or si vous donnez
une autre teinture que celle de
Le noeud gor- l'or ou de l'argent des Sages, vous
dien des ne teindrez pas en or ou en argent,
teintures mais en la nature de la teinture, qui
coupé & dé- n'est ni or ni argent, & qui n'étant
truit. pas de la nature des métaux, ne peut
pas s'unir parfaitement avec eux, car
toute chose produit & engendre son
semblable: or n'étant pas de la nature
métallique, elle n'engendrerait
pas du métal, mais une chose semblable
à soi, ou à sa nature, ou au
plus quelque chose qui semblerait
être métal & ne le serait pas en effet;
c'est pourquoi telles teintures s'en
vont au feu, & ceux qui les font, au
grand chemin du gibet.
@

d'Ariadne. 135
-------------------------------------------

C H A P I T R E X.

Des merveilles & vertus de la
Pierre blanche sur l'Animal
le Végétal & le Minéral.

N Ous avons enseigné dans le
Chapitre précédent, le moyen
de se servir de la Pierre pour la Médecine
des métaux & en celui-ci, il
nous faut traiter des petits Minéraux,
des Végétaux & des Animaux, où
nous verrons encore l'élévation ou
exaltation éminente de la pierre sur
divers beaux sujets, qui doivent être
aussi secrets & aussi cachés que la
pierre même, qui fait tant de prodiges,
aussi bien que l'étonnement
des esprits les plus éclairés.
Un homme qui a une fois fait cet
Ouvrage avec les multiplications susdites,
n'a plus rien à désirer en ce
Monde, sinon d'avoir la liberté d'en
user sans crainte, envers les sujets
dont nous avons parlé ci-dessus; car Le vrai Philo-
hors de la il ne doit avoir que du mépris sophe ne doit
pour tout ce qu'il y a d'éclatant avoir que
@

136 Le Filet
du mépris en l'Univers, puis qu'il a en ses mains
pour tout ce la Médecine universelle qui purge à
qui est du fond les corps humains & métalliques,
monde. à la connaissance de laquelle
peu de personnes sont parvenues.
La Médecine Cette Médecine guérit parfaitement
universelle toutes les maladies de quelques natures
est l'Elixir qu'elles soient, aux trois règnes
parfait. de la Nature; elle fortifie & rétablit
l'homme, quelque proche de la mort
qu'il soit; & enfin le rajeunit par son
extrême subtilité & pureté qui éloignent
toute corruption.
L'Elixir blanc fait merveilles aux
maladies de tous les animaux, & particulièrement
Les femmes à celles des femmes,
ont plus de avec lequel elles ont plus de sympathie,
sympathie ainsi que dit un savant Philosophe,
avec cet Eli- qu'avec l'Elixir rouge, le prenant
xir qu'avec dissous dans une potion convenable
le rouge. au mal; & lorsqu'on se veut
précautionner contre le mauvais air,
on en prend à jeun de dissous dans de
l'esprit de vin, comme nous avons enseigné
ci-devant, & il donne une force
& vigueur nonpareille pour résister
à tout air corrompu, & à la
Peste même, préserve de plusieurs
maladies qui ne font que commencer;
car
@

d'Ariadne. 137
car c'est la vraie Lune potable des L'Elixir blanc
Anciens, de laquelle ils ont écrit une est la vraie
infinité de choses surprenantes. Lune Potable des
Entr'autres choses, que si une femme Anciens.
voulait se renouveler, & rendre Moyen de se
son corps aussi vigoureux qu'il était renouveler.
en sa jeunesse, s'étant mise par trois
fois dans un bain d'herbes odoriférantes,
avec lesquelles elle aurait nettoyé
son corps, & s'être essuyée; elle
se mettrait dans un autre Bain sans
herbes, dans lequel on aurait mis
trois grains d'Elixir blanc dissous dans
une chopine d'esprit de vin six fois
rectifié, & ayant seulement demeuré
un quart-d'heure dans ce Bain, en
sortirait sans s'essuyer, mais irait à
l'heure même devant un grand feu,
dont la chaleur ferait sécher cette eau
précieuse sur son corps, & ferait tel
effet, qu'outre la vigueur qu'elle donnerait,
elle rendrait tout le corps
d'une beauté & blancheur extraordinaire.
Hermès même en demeure
d'accord, mais il veut qu'on en ait
pris à jeun sept jours de suite dissout
en quelque liqueur; & que si la même
personne fait cela tous les ans,
qu'elle vivra exempte de plusieurs
M
@

138 Le Filet
maladies, & prolongera sa vie de
plusieurs années sans aucunes incommodités.
Cet Elixir mis en dissolution
dans une chopine d'esprit de vin,
cinq ou six fois rectifié, tant qu'il en
Vraie huile pourra dissoudre, est la vraie huile
de Talc des de Talc des Anciens, qu'ils ont toujours
Anciens. cachée, quoi qu'ils en aient dit
tant de belles choses, & notamment
pour la décoration du visage, y en
mettant dessus une ou deux gouttes,
lesquelles s'étendent d'elles-mêmes
par toute la face, & lui donnent une
blancheur si grande qu'elle surprend.
De nos jours, une petite Paysanne
toute brûlée des ardeurs du Soleil
auquel sa naissance l'obligeait d'être
exposée, après s'être bien lavée & décrassée
le visage; deux Dames de condition
pour faire l'épreuve d'une liqueur
qu'on leur avait vendue pour
la vraie huile de Talc, & qui l'était
en effet, lui en mirent deux gouttes
sur le visage & continuèrent trois
jours de suite, après lesquels cette
petite fille parut si changée & si blanche
qu'on avait peine à la reconnaître.
@

d'Ariadne. 139
Voici encore une autre chose bien
particulière. Une Dame de ma connaissance,
à laquelle on avait fait
présent de quelques gouttes de cette
huile, s'en étant servie, comme il est
dit ci-dessus, entretint son visage si
beau, & si frais pendant toute sa vie,
qui fut assez longue, qu'après sa mort
elle ne parut que très peu changée,
& cette eau ou huile avait non seulement
pénétré sa peau, mais avait
passé jusqu'à son crane, qui après
avoir été treize ans en terre, fut vu
aussi beau & aussi blanc que de l'argent.
Ce Secret sans doute détruirait
le Proverbe, qui dit: Que laver
un Ethiopien est peine perdue,
car puis qu'il passe jusqu'au crane, il
le blanchirait & ferait pour cet effet
tomber plus d'une peau, ou en ferait
le changement entier sans cela.
Les Philosophes, pour cacher cet Les Philosophes
Elixir & son usage, lui ont donné le ont nommé cet
nom d'huile de Talc: ce qui a obligé Elixir dissout
bien des gens à travailler sur la huile de Talc
Pierre portant ce nom, qui véritablement pour le cacher.
fait quelque petite chose,
mais ce n'est rien en comparaison de
nôtre Elixir, préparé comme nous
M ij
@

140 Le Filet
avons dit.
Usage de L'eau préparée comme celle du
l'eau du bain Bain, dont nous avons parlé; mise
susdit pour au pied des arbres languissant & moribonds,
les arbres les ravive & rétablit en peu
& plantes de temps, & leur fait porter abondance
moribondes. de fleurs & de fruits. Les Plantes
délicates & qui ont de la peine à
venir dans les climats d'un tempérament
contraire à celui qui leur est
naturel, en étant arrosées, deviennent
aussi vigoureuses que si elles
étaient dans leur terroir & solage
propre, & ordonne de la Nature.
Divers beaux On peut avec cet Elixir faire des
effets sur métamorphoses & changements prodigieux
tous corps. sur tous sujets, comme sur
l'émeri, l'acier, le corail, le jaspe,
le porphyre, le marbre, & quantité
d'autres choses, quoi qu'on n'y conçoive
aucune proportion ou homogénéité,
Fait des sinon très éloignée; car qui
pierres pré- croirait qu'il fut capable de changer
cieuses. les pierres, soit naturelles, soit artificielles,
en pierres précieuses, d'ôter
Ote les ta- toutes les taches de celles qui en ont,
ches de ce qu'il fait pourtant, en les plongeant
celles qui seulement dans la liqueur, puis
en ont. les suspendant pour les faire sécher à
@

d'Ariadne. 141
l'air & au Soleil, & continuant cela
deux ou trois fois; & si c'était une
pierre fine ou diamant qui eût des
taches, le chauffant premièrement à
cause de sa dureté difficile à pénétrer,
il les efface & le rend d'un état admirable,
& plus beau cent fois qu'auparavant.
En voici un exemple surprenant,
Le Sieur Casteleon qui demeurait
dans la ville d'Aix; acheta un Diamant D'un diamant
d'Alençon qu'il mit au feu, puis d'Alençon en
dans une fiole où il y avait de l'Esprit faire un fin.
de vin cinq ou six fois rectifié,
dans lequel il avait mis de l'Elixir
blanc autant que cet esprit en avait
pu dissoudre, le retira de là lorsqu'il
jugea qu'il n'avait plus de chaleur; il
le remit au feu, & fit de même le mettant
dans une autre fiole pareille à la
première, réitéra une troisième fois
à le remettre au feu, puis le remit
dans la première fiole; il le mit encore
au feu une quatrième fois, &
après le plongea dans cette seconde
fiole: d'où l'ayant retiré, il s'en alla
le vendre comme un véritable Diamant
fin, dont il eut une somme
considérable.
@

142 Le Filet
Change le L'Elixir réduit le cristal en diamant
cristal en en, agissant sur lui si puissamment,
diamant fin. qu'il lui donne non seulement
l'éclat, le poids & la dureté du diamant,
mais le rend diamant en effet,
en le plongeant plusieurs fois dedans
de l'Esprit de vin qui aurait dissous
de l'Elixir comme ci-dessus; mais il
faut observer, de ne guère chauffer le
cristal pour la première fois, de crainte
qu'il ne se calcine; mais on le peut
davantage à la seconde, à cause que
la liqueur qui l'a pénétré, le préserve
de cet accident; & la troisième fois,
il faut le rougir bien fort, afin qu'il
soit mieux pénétré.
Cet Elixir ôte les taches des Perles
& les blanchit d'un blanc plus éclatant
que leur naturel, ôte la couleur
à celles qui sont jaunes, leur en imprimant
une naturelle. Il dissout sur
un feu doux les semences des Perles,
& même les plus grosses, en sorte
qu'étant réduites en une pâte, un
Fait des per- Artiste en peut former de telle grosseur
les fins plus & figure qu'il lui plaira, qui seront
fine que les non seulement fines, mais encore
naturelles. auront plus de poids, & une
plus belle eau qu'elle n'avaient
@

d'Ariadne. 143
auparavant.
L'Elixir rend le verre malléable, Rend le verre
susceptible de toutes couleurs, & capable malléable.
d'extension comme le métal,
lui ôtant sa frangibilité: ce qui le
rend plus précieux sans comparaison
que l'or même, qui n'est pas diaphane
comme le verre. Secret qui a été
perdu du temps de l'Empereur Tibère,
par la mort de celui qui lui présenta
un vaisseau de cette espèce de verre,
dont il fit l'épreuve en sa présence
avec son marteau & une petite Enclume
qu'il avait portés exprès. Secret
que les Sages ont tenu caché du
depuis, pour les raisons qu'on peut
penser.
Enfin cet Elixir fait tant de merveilles
que je n'aurais jamais fait, si
je voulais mettre ici tout ce qu'on en
a dit & écrit; je me contenterai d'en Rend le linge
dire encore une seule particularité, ou étoffe in-
qu'on aurait peine à croire, si un combustible.
homme digne de foi n'en avait rendu
un témoignage authentique, qui est,
qu'un linge ou autre chose pénétrable
& de matière combustible qui aura
été trempé dans ladite eau, le feu
ne le pourra consumer, ni même lui
@

144 Le Filet
donner la moindre atteinte: Je laisse
à penser à ceux qui liront ceci, d'où
peut lui venir tant de propriétés, &
tant d'effets admirables.
Le même Elixir guérit aussi toutes
les maladies externes du corps, comme
sont les ulcères, cancers, écrouelles,
loups, paralysies, blessures, &
telles autres maladies, étant dissous
dans une liqueur convenable, & appliqué
sur le mal par le moyen d'un
linge imbibé de la liqueur, ou bien
appliqué en forme d'emplâtre, comme
il sera dit dans l'Article qui suit,
qui est l'Elixir rouge.
Les hommes s'en peuvent aussi servir
fort utilement, aussi bien que les
femmes en toutes les maladies qui
leur arrivent, de quelque nature
qu'elles soient, ou extérieures ou
intérieures, & toutes celles dont les
animaux sont affligés.
pict
Des
@

d'Ariadne. 145
-------------------------------------------

C H A P I T R E XI.

Des merveilles de la Pierre rouge,
plus abondantes que celles de la
Pierre Blanche.

A Près avoir amplement déduit
plusieurs effets merveilleux
de la Pierre blanche, qui pourtant
ne contient que trois éléments,
& qui n'a pas encore acquis la dernière
perfection de la Nature & de
l'Art, d'autant qu'il lui manque l'élément
du feu, qui la rendrait parfaite
en toutes manières, par le tempérament
de cet élément avec les
trois autres, qui vivent après ensemble
dans une concorde & amitié fraternelle,
nonobstant leur contrariété
naturelle; c'est pourquoi l'Elixir rouge L'Elixir rouge
est bien autre chose que le blanc, est toute autre
envers toutes les maladies des animaux, chose que le
végétaux & minéraux, ayant blanc.
bien plus de force, de perfection &
d'extension: aussi en faut-il bien
moins pour leur parfaite guérison,
N
@

146 Le Filet
ce qu'il est aisé de concevoir;
Car comme tout ce qui est épars
dans la circonférence d'un cercle, est
amassé dans son centre en pouvoir,
à savoir en un seul Soleil; de même
toutes les vertus Médicinales
Pourquoi l'E- partagées aux plantes, poissons, oiseaux,
lixir guérit animaux terrestres, minéraux
toutes mala- & pierres précieuses, sont ramassées
dies chau- en notre Soleil ou Elixir, qui les contient
des, froides, toutes, ayant en soi toutes les
chaudes & qualités élémentaires dans un parfait
humides. tempérament, & dans une perfection
éminente & digestion complète; c'est
pourquoi il peut seul guérir toutes
maladies, froides ou chaudes, humides
& sèches; ce que les autres choses
ne peuvent pas faire, d'autant
qu'elles n'ont chacune qu'une petite
participation très faible de vertu pour
une maladie particulière.
Je ne répète point ici ce que j'ai
Tout ce que dit de l'Elixir blanc, pour en faire
fait l'Elixir comparaison avec le rouge; mais je
blanc, le dirai seulement, que tout ce que fait
rouge le fait le blanc, le rouge le fait encore
encore mieux mieux, & en moins de temps, pour
& pourquoi. les raisons précédentes, & je n'ex-
@

d'Ariadne. 147
cepte rien sinon la couleur aux choses
qui doivent être blanches, parce
qu'elle leur est naturelle. Et s'il me
faut encore ajouter quelque raison,
c'est que, quoique le blanc contienne
virtuellement en soi la qualité du
feu, il ne le contient pas si parfaitement
que le rouge, d'autant que le
feu n'a pas encore surmonté en lui
les qualités élémentaires, comme il
a fait dans le rouge.
Quand donc l'Elixir rouge est accompli Le vrai or
il est le vrai or potable des potable des
Anciens Philosophes, mille fois plus Anciens.
excellent que celui qui se fait avec
l'or minéral, quelque épuré & raffiné
qu'il soit, notamment s'il est multiplié
sept fois, comme nous avons
dit en son lieu, faisant toutes sortes Guérit toutes
de guérisons en bien moins de temps, maladies plus
& en beaucoup moindre quantité, promptement
étant dissous dans une liqueur convenable que le blanc.
à la maladie, & préparé comme
nous avons dit de l'Elixir blanc.
Quelques Médecins défendent de Objection des
donner de l'Elixir blanc ou rouge Médecins.
pour les maladies internes du corps
humain, lorsque l'un ou l'autre ont
N ij
@

148 Le Filet
été multipliés; d'autant, disent-ils,
que la Nature ne demandant qu'à
être aidée, son feu intérieur & potentiel
pourrait bien surmonter &
détruire l'archée ou le feu central de
la Nature, qui ne demande seulement
que du secours, par similitude
Solution de de vertu & de substance. Mais ils ne
l'objection. considèrent pas, qu'ayant été multipliés
l'un & l'autre, on ne les donne
pas au Malade, ni en quantité, ni avec
toute sa qualité, puis qu'on les doit
faire rétrograder par la dissolution
qu'on en fait dans un esprit, ou bien
dans une liqueur qui doit être plus
abondante en l'un qu'en l'autre, &
à proportion de son élévation; &
quand même ils ne seraient pas multipliés,
il faudrait les dissoudre &
proportionner à la force du sujet &
Il ne faut à la qualité de la maladie: mais ils auraient
pas prendre la meilleure raison de dire, qu'on
de l'Elixir s'abstient d'en user seulement lorsqu'on
après qu'il a s'en est servi en projection,
été projeté quand même ce ne serait qu'une fois,
sur un métal ce qui est vrai & très remarquable.
imparfait, Je veux pourtant mettre ici un
mais devant. moyen commode & extraordinaire
@

d'Ariadne. 149
pour s'en servir, sans qu'ils puissent Moyen commode
y trouver à redire, & pour satisfaire pour s'en
pleinement ces Messieurs, qui font servir sûre-
tant les scrupuleux, lorsque les meilleurs ment en toute
Remèdes viennent par un autre maladie.
canal que le leur, & qui ne voudraient
pas se donner la peine qu'il
faut prendre, comme je l'ai enseigné
ci-devant; c'est d'en prendre le poids
d'un grain de blé, & le faire avaler
dans une liqueur, à un animal: par
exemple à un Veau, ou à un Mouton,
ou bien le quart d'un grain à une volaille,
& 4. ou 5. heures après faire tuer
cet animal, qui aurait souffert l'effort
du feu de la pierre, si la proportion
n'était pas juste, & le Malade
après que telles viandes sont cuites,
pourrait s'en servir en assurance, ou
en bouillon, ou bien autrement; c'est
ce que je conseillerais volontiers à
ceux qui voudraient seulement s'en
servir par précaution, & même quelquefois
à ceux qui sont malades.
Encore faut-il aussi prescrire un
moyen de s'en servir pour les maladies
du dehors. Quand on a dissous Son usage pour
de cet Elixir, ou de l'autre dans un les maladies
N iij
@

150 Le Filet
extérieures, esprit ou liqueur, on en peut mettre
même pour un peu dans les huiles, essences
les végétaux. quintessences, esprits, ou toutes autres
drogues, médicaments, & toute autre
sorte de Médecine extérieure,
même dans de la cire, ou des onguents
pour en faire des emplâtres
qui procureraient en bref une parfaite
guérison, non seulement aux
animaux, mais encore aux végétaux
& minéraux atteints de leurs maladies
ordinaires.
Convertit en L'Elixir rouge convertit en un
un instant instant les métaux en or parfait, &
tous métaux fait la séparation de tout ce qui est
en or parfait superflu, impur & d'une autre nature
& espèce que de la métallique;
les rend fixes en un moment, les
teint d'une couleur invariable, leur
donne le poids, le volume, & le
son de l'or; & d'autant qu'il n'en faut
que fort peu pour convertir beaucoup
Les Sages de métal en sa propre nature, les Sages
l'ont appelé lui ont donné le nom de ferment
ferment & c'est-à-dire levain, par comparaison
pourquoi. d'un peu de levain, qui fermente
beaucoup de farine réduite en pâte.
Cet élixir étant dissous dans quelque li-
@

d'Ariadne. 151
queur, comme nous avons dit en traitant
de l'Elixir blanc, peut convertir
en or parfait, tous métaux durs réduits
en lamines rougies & embrassées
par le feu, se servant de la plume,
ainsi qu'il est amplement dit en
l'Article de la Projection fol. 120.
Il y a des Philosophes qui disent La quintessence
que la quintessence du Sol est l'huile du Soleil est
incombustible, de laquelle on a tant l'huile in-
fait de bruit autrefois; & que toute combustible.
graisse, huile ou cire, où il y aura de
cette liqueur dans laquelle on aura Toute graisse
dissous de l'Elixir, s'enflammeront & ou huile où
brûleront toujours, sans se consumer, il y aura de
y ayant une fois mis le feu: cette liqueur,
de même en est-il d'un linge, d'une s'enflammera
étoffe, ou autre matière combustible, sans se con-
qui aura une fois été imbibée de cette
liqueur.
L'Elixir rouge multiplié, ou non,
(mais le multiplié fait mieux) préparé
& employé comme il est ci-dessus,
dit, convertit le verre & le cristal en Convertir le
rubis fins, en escarboucles, en émeraudes, verre & le
turquoises, opales, saphirs, cristal en
topazes, & généralement en toutes pierres
sortes de pierres précieuses, c'est ce précieuses.
N iiij
@

152 Le Filet
Rend le verre qu'enseigne Raymond Lulle, & même
& le cris- qu'il rend le verre & le cristal
tal malléa- malléables, leur donnant la dureté
ble. & l'extension du métal, ce qu'on ne
peut assez estimer: même, pour des
ouvrages exquis dans les Mathématiques.
Toutes ces belles & merveilleuses
productions de l'une & de l'autre
C'est ici la Pierre, sans parler d'une infinité d'autres,
vraie curio- devraient exciter aux personnes
sité que les qui sont hors du commun; c'est-à-
gens d'esprit dire, aux personnes curieuses & de
devraient tâ- jugement, un ardent désir d'apprendre
cher d'ap- le moyen de faire cet ouvrage des
prendre, & ouvrages, & ce secret des Philosophes,
non les sot- afin de contenter leur curiosité,
tises & so- par les Expériences que nous avons
phistications enseignées, & pour la conservation
des Chimistes de leur santé, plutôt que pour le désir
ignorants. d'acquérir des richesses, que tout
homme d'esprit & de vertu doit mépriser.
Et pour leur donner Lieu d'avoir
ces pensées, je leur dirai pour
conclusion de ce petit travail.
Que quelques Philosophes vont
bien au delà de tout ce qui est dit
ci-dessus; car ils assurent que cette
@

d'Ariadne. 153
science contient encore en soi, un
effet plus admirable & plus souhaitable,
que tous les précédents; puisque Autre effet
ceux qui sont assez heureux de la plus admirable
posséder, quelques méchants qu'ils & souhaitable
fussent auparavant, sont dans un que tous les
instant & tout d'un coup changés en précédent.
leurs moeurs, & deviennent gens de
bien, ne se mettant pas en peine de
tout ce qui est en ce monde, qu'ils
méprisent, avec toutes les satisfactions
des gens, les ambitions, les
vanités & les richesses, ne souhaitant
plus que de s'unir à Dieu, qui
est la vraie richesse, & le souverain
contentement de l'homme, auquel
soit honneur & gloire pendant toute
l'éternité. Ainsi soit-il.

F I N.

@

154 Le Filet
Le Fourneau Philosophal.

V Ous voila pleinement instruits
des trois principales clefs, il est
maintenant question de travailler &
de mettre la main à l'oeuvre, ce que
vous ne pouvez faire sans avoir la matière
prête, un Fourneau pour la préparer,
qui est celui de Pigré, de calcination,
ou à quatre registres, un
oeuf Philosophique d'une hauteur &
grosseur convenable, & proportionné
à l'écuelle où seront les cendres,
& l'écuelle aussi au Fourneau Philosophal.
Or comme la première proportion
est celle du Fourneau, & que
toutes les autres en dépendent, afin
de parler justement de toutes en particulier;
il est expédient de commencer
par le Fourneau, & d'en faire la
juste description, & même déclarer
de quelle matière il doit être composé,
& de quelle forme.
Prenez tant de terre grasse que vous
en ayez suffisamment pour faire votre
Fourneau, nettoyez la de toutes
pierres & la pétrissez avec une masse;
devant que de la pétrir pesez la pre-
@

d'Ariadne. 155
mièrement, & en écrivez le poids sur
un papier, crainte de vous tromper:
Mettez deux onces de limailles de fer
sur chaque livre de terre, fiente de
cheval, & bourre bien écharpée à discrétion;
mêlez bien le tout ensemble,
l'humectant d'urine pour la bien lier;
& quand la terre sera ainsi préparée,
vous commencerez la fabrique de votre
Fourneau, ainsi qu'il ensuit.
Sur une planche, ou un ais rond
d'un pouce d'épais & de dix pouces de
diamètre; il faut élever ledit Fourneau,
& lui donner deux pouces d'épaisseur
& douze pouces de hauteur,
à prendre du fond en dedans, lequel
dedans sera de sept pouces de diamètre.
A quatre pouces & demi, il
y aura des deux côtés un verre en forme
ronde, ou un oeil, d'un pouce de
diamètre chacun, se répondants l'un à
l'autre en droite ligne. La porte pour
y introduire la Lampe sera de deux
pouces trois lignes de hauteur, & de
largeur d'un pouce huit lignes, qui
commencera dès le bas du Four, c'est
à dire dès la planche.
A neuf pouces de hauteur, seront
@

156 Le Filet
fichés d'égale distance en triangle
trois lames de fer, dans la parois dudit
Fourneau, chacune de la largeur
d'environ un pouce, & qui le seront
d'autant au-dedans, pour soutenir le
vaisseau contenant les cendres; au
bout de chaque lame de fer, il y aura
un trou afin d'arrêter ledit vaisseau
percé de trois trous à son bord, d'égale
distance aux trous des dites lames.
Sur ce Four, s'adaptera un chapiteau
de même épaisseur, uniment,
de la hauteur de cinq pouces
& demi au-dedans; au milieu duquel
il y aura un trou au haut d'environ huit
lignes de diamètre, pour donner issue
à la fumée, & sera ce chapiteau en
figure de poire comme s'il y avait
une poignée de la hauteur de quatre
doigts, pour le poser & ôter facilement.
Ce chapiteau sera en dehors
d'environ neuf à dix pouces de hauteur,
& ce trou ne se doit jamais boucher,
pour laisser toujours libre
sortie de la fumée.
Le Fourneau ainsi fait, doit être mis
en lieu propre pour bien sécher; c'est
à savoir, en un lieu chaud, ou à l'air
@

d'Ariadne. 157
pendant l'Eté, en un endroit ou le
Soleil ne donne pas durant la grande
chaleur, d'autant qu'il sécherait trop
tôt; & ainsi, il pourrait s'ouvrir en
quelques endroits & devenir presque
inutile, ou du moins il faudrait réparer
ce défaut, mais il est mieux de
le laisser sécher doucement & à l'aise.

Figure du Fourneau.


%%
@

158 Le Filet
Parties du Fourneau, par
pièces séparées.
pict
@

d'Ariadne. 159
De l'Ecuelle.
L E bord dudit vaisseau ou écuelle
que quelques-uns appellent le
Cendrier, laissera tout à l'entour demi
pouce de vide, sans toucher aux
parois dudit Fourneau, afin de laisser
cet espace libre & la fumée de la Lampe.
Le dit vase ou vaisseau qui sera de
cuivre en forme d'écuelle n'aura que
cinq pouces de profondeur, six d'entrée,
& demi-pouce de bord; & il
sera toujours meilleur de cuivre que
de toute autre matière, d'autant que
la chaleur du feu de la Lampe, échauffera
mieux les cendres, & que le feu
ou la chaleur s'y proportionnera mieux
& plus commodément; outre qu'étant
de cette matière, elle ne sera pas
sujette à se rompre comme si elle était
de terre, & ne dépensera pas tant
d'huile, pour les raisons qu'on peut
penser.

@

160 Le Filet
Figure de l'Ecuelle ou
Cendrier.
pict
Les Cendres.
L Es Cendres doivent être de bois
de chêne, si faire se peut, bien
salées ou tamisées; puis passées plusieurs
fois par l'eau bouillante afin
qu'il n'y reste aucun sel; car s'il y en
restait, quand il serait échauffé par
la chaleur du feu de la Lampe, il ne
manquerait de rompre l'oeuf, & de
faire répandre dans les cendres votre
matière qui est très précieuse, & qu'il
faut conserver avec un grand soin. Il
est
@

d'Ariadne. 161

est bien mieux de se servir des cendres
de bois de chêne, que de tout autre
bois, parce qu'elles sont plus douces;
c'est pourquoi les Philosophes le prescrivent
ainsi, disant; Que Cadmus,
c'est-à-dire l'Artiste, tua le Serpent
avec sa lance contre un creux de chêne,
cette manière de parler des Sages,
est bien facile à expliquer; car un
chêne ne peut pas être plus creux,
que quand il est réduit en une cendre
privée de son sel.

De l'Oeuf Philosophal.

L E vaisseau qui doit contenir la
matière des Sages, lorsqu'elle
est préparée pour être mise en oeuvre,
est nommé de plusieurs noms. Premièrement, Vaisseau
vaisseau Philosophal, d'autant Philosophal.
qu'il a été inventé par les Philosophes.
Il a été dit oeuf, d'autant qu'il
est fait en figure d'un oeuf. Puis sublimatoire, Sublimation.
parce que la Pierre y est sublimée
& élevée à une plus haute perfection;
puis Crible, d'autant que la Crible.
matière étant élevée par la chaleur au
sommet du vaisseau, & ne pouvant
monter plus haut, redescend goutte à
O
@

162 Le Filet
goutte, comme fait de l'eau qui passe
Sphère. par un crible; il est appelé Sphère,
à cause qu'il est fait en forme ronde &
Le lion vert. Sphérique. Le Lion vert, le vieil
Le vieil Lion; & enfin, Sépulcre, à cause que
lion. la Pierre y est ensevelie & mortifiée:
Sépulcre. Et tout l'ouvrage de la Pierre se fait
en ce seul vaisseau.
Cet oeuf doit être enseveli dans les
cendres de l'écuelle, préparées comme
nous avons dit, & bien séchées,
devant qu'être mises dans ce vaisseau,
deux doigts d'épais tout autour de
l'oeuf, & pressées un peu avec les
mains, en sorte qu'elles n'excèdent
pas la hauteur de la matière qui sera
dans ledit oeuf, lequel oeuf ne sera
rempli qu'au tiers, ou au plus qu'à la
moitié de sa capacité, lorsqu'on se
servira du premier ou du troisième
moyen de le sceller hermétiquement,
afin que les circulations aient plus d'étendue
& se fassent mieux, de crainte
que les esprits de la matière étant subtils,
ne rompissent le vaisseau.
Ce vaisseau doit être de verre bien
fort, ou double, & capable d'endurer
le feu, comme fait le verre de Lorraine,
d'autant qu'un oeuf de toute autre
@

d'Ariadne. 163
matière ne serait pas si propre, à cause
qu'étant de verre, qui est un corps
transparent, l'Artiste peu voir à travers,
par les petites fenêtres mises exprès
au Fourneau, les couleurs qui paraîtront,
& les changements qui s'y
feront; ce qui lui est absolument nécessaire
pour son instruction, & afin
qu'il se gouverne suivant qu'il le jugera
expédient. Le col dudit oeuf doit être
d'environ demi-pied, avec une ouverture
à y pouvoir mettre le doigt;
& s'il est plus long, il faudra retrancher
le superflu, comme il sera dit ci-
après; lequel oeuf sera premièrement
scellé du Sceau d'Hermès, dont voici
la figure & les différentes manières
de le faire.


pict

O ij
@

164 Le Filet
Des Sceaux d'Hermès.
L E premier Sceau se fait, en faisant
fondre le col de l'oeuf, qui
est de verre, pour lequel il faut donner
le feu de fusion peu à peu, mettant
entre le feu & l'oeuf une tuile
percée; & lorsqu'on voit que le col
du vaisseau commence à s'incliner par
la chaleur du feu qui le fond; il faut
avoir des ciseaux qui soient forts, &
couper le col de ce vaisseau par l'endroit
où le verre est comme coulant;
cela fait une compression qui unit les
bords du verre inséparablement, ou
bien on peut le serrer en pointe en
tortillant le col du vaisseau peu à peu,
mais après il faut mettre le petit bout à
la flamme de la chandelle, ou de la
lampe, afin qu'il se forme un petit
bouton, qui bouche bien exactement
un petit trou qui demeure ordinairement
au bout du tortillis, & qui
est presque imperceptible.
Or comme ces sortes de vaisseaux
ont communément le col plus long
qu'il ne faut, & qu'il est nécessaire
d'en retrancher une partie qui pour-
@

d'Ariadne. 165
rait incommoder, j'ai jugé à propos
de mettre ici la manière de faire ce
retranchement, sans appréhender la
rupture du vaisseau. Il y a trois manières
de faire cette opération; c'est-
à-dire, de rompre & casser le verre
également en travers.
La première, en appliquant un fer
rouge pour commencer la fente ou la
fissure.
La seconde, en faisant trois tours
d'un fil soufré, à l'entour du col du
vaisseau, s'il est gros & épais.
Et la troisième, en échauffant le
col du vaisseau en le tournant à la
flamme de la lampe ou de la chandelle,
s'il est petit & mince; & lorsque
le verre est bien échauffé par l'un
des dits moyens, il le faut essuyer, &
jeter dessus quelques gouttes d'eau
froide, qui feront une fente, qu'il
faudra continuer & conduire jusqu'au
bout, avec de la mèche d'arquebuse
allumée, en échauffant le verre &
soufflant sur le charbon de la mèche.
Et ainsi on ne risque jamais les vaisseaux.
Le second Sceau d'Hermès, est en
mettant deux oeufs l'un sur l'autre, &
@

166 Le Filet
les lutant ou fermant bien ensemble,
avec du verre fondu, & comme font
les Verriers, ainsi que démontre la
seconde figure. Par ce moyen, il y a
bien de l'espace & de l'air pour les
circulations; c'est pourquoi on pourrait
mettre davantage de matière dans
l'oeuf inférieur, ou bien dans celui
qui est dessous. Cette manière me
plaît bien plus que la première, parce
que les vaisseaux sont bientôt bouchés,
& ainsi les esprits de la matière
retenus, qui par la longueur du temps
du Sceau se dissipent, & l'ouvrage ne
peut réussir faute de les avoir conservés
& retenus par la diligence requise,
qui pour cette raison est la condition
principale & la plus essentielle.
Le troisième moyen me plaît encore
davantage, & je le conseille plutôt
que les deux autres, d'autant que
le Sceau est fait presque en un moment,
qui est avec un bouchon de
verre, qu'on scelle avec l'oeuf, par le
moyen du verre fondu, qui est tout
prêt, ou autre bon lut convenable.
Je ne dis pas qu'il faut que l'oeuf ait
été échauffé à l'endroit par lequel il
doit être scellé, & le bouchon aussi
@

d'Ariadne. 167
car cela est trop trivial, & ceux qui
savent travailler n'y manquent jamais,
parce qu'autrement ils ne réussiraient
pas.
Le fourneau, l'écuelle & l'oeuf Philosophal,
sont les trois vaisseaux absolument
nécessaires à l'opération du
grand oeuvre, accusés & recommandés
par tous les Philosophes, & sans
lesquels ou l'un d'eux, on ne peut
jamais réussir. Ces vaisseaux sont très
bien décrits dans Flamel, mais quelquefois
il ne leur donne qu'un nom,
qui est celui de triple Vaisseau, quoi
qu'il parle de chacun en particulier.

De la Lampe.

L A lampe dont on se doit servir,
est celle qui est de l'intention de
Cardan, qui se fournit d'huile pendant
un grand temps, & donne loisir
à l'Artiste de se reposer lorsqu'il en a
besoin, sans crainte que le feu s'éteigne
faute de nourriture, & il ne se
faut pas contenter d'une seule lampe,
mais il faut toujours en avoir une
supernuméraire au nombre des Fourneaux
que vous ferez travailler, afin
@

168 Le Filet
que tirant une lampe d'un Fourneau,
vous y en puissiez introduire une autre
toute prête allumée & fournie
d'huile, dans le même moment.
Par ce moyen la chaleur de votre feu
sera toujours continuée dans l'égalité
requise, pourvu que le nombre
des fils de la mèche ne soient point
augmentés ni diminués.
Figure de la Lampe.
pict
Le
@

d'Ariadne. 169
Le Crochet.

I L sera nécessaire d'avoir encore
un instrument un peu longuet,
fait par le bout en forme de crochet,
pour abattre la suie que la fumée
de la Lampe aura fait monter,
& qui se sera attachée au fond de
l'écuelle, laquelle pourrait ralentir
le degré du feu, ou l'augmenter,
en sorte qu'il empêcherait entièrement
son action & le mouvement de
la matière.

Figure du Crochet.


pict

Les Balances.

P Uis qu'il faut que toutes choses
soient proportionnées, & que
l'Artiste conduise son ouvrage avec
une grande prudence, il doit avoir
deux paires de Balances accompagnées
P
@

170 Le Filet
ou assorties de leurs poids convenables;
savoir une à peser jusqu'à
sept livres, qui servira à peser la matière
Philosophale de laquelle on fait
le dissolvant; & l'autre, qui pourra
peser depuis sept ou huit onces jusqu'à
un grain, pour savoir au vrai
combien on fera de dissolvant, à chaque
fois qu'on en aura besoin, combien
on en mettra dans l'oeuf, & enfin
quand l'ouvrage sera terminé &
parfait, le poids de la poudre qui en
sera issue, car à moins de cela, ce serait
travailler sans ordre, sans connaissance
de cause, sans plaisir, &
sans instruction, & même comme
des aveugles; c'est-à-dire, que ce serait
agir à l'Artiste en étourdi & en
bête, & non pas en bon & vrai Philosophe,
qui se doit rendre raison de
tout, & en parler pertinemment aux
autres lorsqu'il est expédient.
L'Artiste ayant prêt tout ce qui lui
est nécessaire pour travailler; c'est-à-
dire, la matière, tous les vaisseaux
propres & ustensiles ci-dessus, & sa
fourniture d'huile d'olive, qui est la
plus propre, la plus pure, & celle
qui fait moins de fumée; doit avant
@

d'Ariadne. 171
que de commencer son travail, avoir
fait à son fourneau quinze jours devant,
un feu de quelques charbons,
afin d'ôter doucement toute son humidité,
& augmenter ce feu de temps
en temps pour achever de le bien faire
sécher; mais s'il est parfaitement sec,
& qu'il ait déjà servi à quelques opérations,
le feu de huit jours suffira
& même celui que vous serez obligé
de faire, pour découvrir au vrai le
premier degré du feu, par lequel vous
êtes obligé de commencer.
Il ne sera pas hors de raison, d'enseigner
encore une autre matière propre
à faire fourneaux de toutes sortes,
& dont on se sert en diverses
opérations; & même cette matière
est commode à faire des creusets,
d'autant que l'Artiste les doit savoir
faire & en avoir toujours, à cause
qu'il pourrait se rencontrer en des
lieux où il lui serait impossible d'en
pouvoir recouvrer, s'il en avait besoin;
Je pourrais pourtant m'abstenir
de mettre cela dans ce Livre, d'autant
qu'il est trouvé dans tous ceux
des Chimistes; mais pour ne donner
pas la peine de les chercher chez
P ij
@

172 Le Filet
les Libraires, & d'y avoir recours,
j'ai jugé à propos de l'insérer ici,
& ensuite expliquer les figures & caractères
Chimiques dans une Table
gravée, mise à la fin de ce petit
ouvrage.
Des Luts.
C Ette matière se nomme ordinairement
Lut, d'autant qu'on
s'en sert à lutter les vaisseaux qu'on
expose au feu violent, & pour faire
divers fourneaux & toutes sortes de
lutations. Elle est composée de terre
argileuse, qui ne soit pas trop grasse
de peur qu'elle fasse des fentes, &
qui ne soit pas aussi trop maigre, ni
sableuse, crainte qu'elle n'ait pas assez
de liaison.
Cette terre doit être détrempée
avec de l'eau, dans laquelle on aura
délayé de la crotte de cheval en grande
quantité, & aussi de la suie de
cheminée, afin que l'un & l'autre
communiquent à l'eau, un sel qui donne
la liaison & la résistance au feu.
Que si on se veut servir de ce même
Lut pour enduire & lutter les
@

d'Ariadne. 173
vaisseaux de verre & de terre: qu'on
expose au feu ouvert, & principalement
pour les retortes; il y faudra
ajouter un sel commun, c'est-à-dire
marin, ou de la tête morte d'eau
forte, du verre pilé, & des paillettes
de fer, qui tombent en bas de l'enclume
des Forgerons, & vous aurez
un Lut qui fera si bonne résistance au
feu, qu'il sera impénétrable aux vapeurs,
jusque-là qu'il sert de retorte,
lorsque celles de verre sont fondues,
par la longueur & par la grande
violence du feu de flammes, qu'on
donne sur la fin des opérations qui se
font sur les minéraux.
Quand il faut joindre des vaisseaux
ensemble, & qu'ils ne sont pas exposés
au feu ouvert; il y a trois
sortes de Luts.
Le premier, est celui qui se fait
avec les blancs d'oeufs battus & réduits
en eau par une longue agitation,
dans lesquels il faut tremper
des bandelettes de linge, sur lesquelles
il faut mettre de la poudre de
chaux vive rendue fort subtile, puis
poser une autre bande de linge mouillé,
& encore recommencer par trois
P iij
@

174 Le Filet
fois à poudrer, & mettre autres bandes
de linge. Mais il faut prendre
garde de ne jamais mêler la poudre
de la chaux vive avec l'eau des blancs
d'oeufs, d'autant que le feu occulte de
cette chaux les brûlerait & les endurcirait,
qui est une faute ordinaire de
beaucoup d'Artistes.
On peut aussi tremper de la vessie
de porc, & de celle de boeuf, dans
l'eau des blancs d'oeufs sans se servir
de la chaux, & principalement dans
la rectification & dans l'alcoolisation
des esprits ardents, qui se tirent des
choses fermentées.
Le second Lut est celui qui se fait
avec de l'amidon ou de la farine cuite
& réduite en bouillie avec de l'eau
commune, cela lui suffit pour lutter les
vaisseaux qui ne contiennent pas des
matières si subtiles.
Le troisième n'est rien autre chose
que du papier coupé par bandes, plié
& trempé dans l'eau, qu'on met à
l'entour du haut des cucurbites, tant
pour empêcher que le chapiteau ne
rompe la cucurbite, que pour empêcher
les vapeurs de s'exhaler. Cette
lutation n'a point de lieu, que lors-
@

d'Ariadne. 175
qu'on évapore & qu'on retire quelque
menstrue qui ne peut être utile à quelqu'autre
opération.
On fait encore un bon Lut, pour
les fissures des vaisseaux, & pour les
joindre ensemble, lorsqu'ils doivent
souffrir une grande violence de feu;
Il y en a de deux sortes.
Le premier, c'est celui qui se fait Lut propre
avec du verre réduit en poudre très pour lutter
subtile, du Karabé ou du succin & du les Sceaux
borax qu'il faut détremper avec du d'Hermès.
mucilage de gomme Arabique, qu'on
appliquera aux jointures des vaisseaux,
ou à leurs cassures; & après
que cela sera bien séché, il faudra
passer un fer rouge par dessus, qui
leur donnera une liaison & une union
presque parfaite avec les vaisseaux.
Que si vous adaptez le col de la
cornue au Récipient pour les distillations
des eaux fortes, & des esprits
des sels; il faut prendre simplement
du Lut commun, & de la tête-morte
de vitriol, ou d'eau-forte, avec une
bonne poignée de sel marin, qu'il
faut bien pétrir ensemble, avec de
l'eau dans laquelle on aura dissous le
P iiij
@

176 Le Filet
sel, & boucher avec ce Lut, l'espace
qui joint le Récipient & la cornue
ensemble, & le faire sécher à une
chaleur lente, afin qu'il ne fasse point
de fentes; que s'il arrivait qu'il se
fendît, il faut avoir soin d'en refermer
les fentes à mesure qu'elles se
font, parce que cela est de grande
conséquence, pour empêcher l'exhalaison
des esprits volatils.
F I N.

@

pict

T A B L E
DES MATIERES
contenues en ce Livre.

A

A Blution, ce que c'est. pag. 70.98
Abus des Chimistes, Souffleurs &
Chercheurs de pierre. 10,21,25
L'air est au vide du vaisseau qui est une
des petites clefs de l'oeuvre. 116
Quand c'est que l'âme entre dans son
corps. 103
Distinction de l'âme & de l'esprit. là même.
L'animation du mercure, est la transformation
de l'or en sperme. 67
Anneau d'or couvert d'argent. 104
L'argent-vif a la propriété de voler, & le
soufre de fixer. 62
Dans cet Art on ne parle pas vulgairement.
2
@

T A B L E
L'art de la pierre passe les forces de la
nature. 14
L'art détruit entièrement le mercure, & le
rétablit meilleur qu'il n'était. 46
Pourquoi Dieu a donné aux anciens Philosophes
l'art de la pierre. 14
L'Artiste doit imiter la nature. 71
Le bon Artiste ne fait point de violence à
la nature. 59
Ce que doit faire l'Artiste en travaillant. 71
L'Artiste doit être secret & prudent à cacher
son trésor & sa science, & à les
débiter. 120

B

L Es Balances. pag. 169
Il ne faut pas demeurer au blanc, mais
pousser jusqu'au rouge parfait; & pourquoi.
92
A la blancheur, la pierre approche de sa
fixation. 100
La blancheur est la privation de la noirceur.
103
A la blancheur le corps de la pierre devient
esprit, & l'esprit se corporalise. 101
La blancheur n'est point parfaite, sinon
lorsque la citrinité paraît. 102
A la blancheur la pierre est privée de toute
@

D E S M A T I E R E S
humidité superflue. 100
La blancheur est sa couleur moyenne, entre
la noirceur & la rougeur. 102

C

L A calcination parfaite est la congélation
du mercure, & la congélation
une fixation des esprits. pag. 98
Les cendres. 160
Figure du cendrier. là même.
Ce que c'est que cération. 70
Les circulations font la calcination & la
purgation de la pierre. 97
Il y a trois clefs principales en cet Art,
quelques, autres de moindre importance.
5
Comment se faisait le commerce au commencement
du Monde. 18
Changement du commerce, quand; &
pourquoi. 19
Le mercure des Philosophes congèle le
mercure vulgaire, mais ne le fixe pas. 64
La congélation, teinture & fixation, ne
sont qu'une même opération. 132
La congélation imparfaite s'en va en fumée
lors des épreuves. là même.
Ce qu'entendent les Philosophes par la
conversion & séparation des éléments; &
@

T A B L E
leur séparation inepte par les Chimistes.
128
Comment la pierre convertit les métaux
en or ou en argent. 36
D'ou vient que l'or commun & minéral ne
peut convertir & teindre les autres métaux
en or. 37
Toute chose est de ce en quoi elle se convertit.
31
La couleur noire est le signe de la putréfaction
de la matière. 95
Couleurs qui se font voir entre la noirceur
& la blancheur. 101
La couleur blanche est la purgation de la
noirceur. 103
La couleur blanche est la moyenne entre
la noire & la rouge. là même.
La couleur citrine est le signe de la parfaite
blancheur. là même.
Couleurs qui se font voir depuis, la blancheur
parfaite, jusqu'à la rougeur parfaite.
101
Couper les pieds à mercure, ce que c'est.
105
Le couteau ou épée des Philosophes. 104
La création du Monde. 16
Ce que c'est que création. là même.
Quand il faut se servir du creuset d'adaptation.
109
@

D E S M A T I E R E S.
Crible. 161
Crochet & sa figure. 169
Le Crocus des Philosophes. 106

D

L A digestion parfaite se fait par diverses
digestions particulières. pag. 69
La diminution des fils de la mèche est nécessaire,
& quand. 117
Le mercure est un aimable dissolvant de
tous les corps. 64
Le mercure & le soufre sont les vrais dissolvants
de tous les métaux. là même.
Tous dissolvants autres que l'eau des Sages
ne peuvent dissoudre les corps radicalement.
68
Dissolvant ridicule d'un Chimiste. là même.
Tout corps est dissous par son esprit. 54
Ce qui dissout, & ce qui est dissous, doivent
être de même nature. là même.
Les Eaux fortes ne dissolvent pas radicalement,
& ne s'unissent pas aux matières
qu'ils séparent en menues parties, &
s'en vont en fumée; mais le dissolvant
des Sages est une eau permanente qui
s'unit d'autant qu'elle est de la même
nature. là même.
@

T A B L E
Pourquoi on fait la dissolution, & sa nécessité.
51.52
Quel dissolvant il faut prendre. 26
Les Dragons des Philosophes mangent
toujours, & ne dorment jamais qu'ils
ne meurent à l'heure même. 48
Le Dragon est, la terre & la substance
fixe. 63

E

P Ourquoi les Eaux fortes ne dissolvent
pas radicalement les métaux, mais
les gâtent & corrompent. pag. 25.54
Les eaux fortes éloignent les corps de l'espèce
des métaux. 55
Elixir blanc, ou la pierre au blanc. 101
Comment il convertit les métaux en argent.
36
Il fait la séparation du pur & de l'impur
des métaux imparfaits; & pourquoi.
38.127
Il s'unit parfaitement avec les métaux; &
pourquoi. 48
Il anime le mercure des métaux, d'autant
qu'il est sa semence. 27
Il est la Médecine universelle. 136
Il est la vraie Lune potable des Anciens.
137
@

D E S M A T I E R E S.
Les Philosophes l'ont caché sous le nom
d'huile de Talc. 139
Divers beaux effets de l'élixir blanc sur
tous corps. 109.140
Fait des pierres précieuses, & ôte les taches
de celles qui en ont. là même.
D'un diamant d'Alençon en fait un fin. 141
Change le cristal en diamant fin. 142
Ote les taches des perles, & fait des perles
fines. là même.
Rend le verre & le cristal malléable. 143
Guérit toutes maladies extérieures des animaux,
& son usage. 144
Moyen commode, pour s'en servir sûrement
par la bouche en toute maladie, &
même par précaution. 123.149
Il n'en faut pas prendre par la bouche, après
qu'il a été projeté sur un métal imparfait,
mais devant. 148
Les femmes ont plus de sympathie avec
l'élixir blanc, qu'avec le rouge. 136
Son usage pour les maladies des arbres, &
de tous végétaux. 140.149 & 150
L'élixir s'étend davantage sur le métal le
plus proche de sa nature ou espèce; &
pourquoi. 124 & 125
Tant plus l'élixir est parfait, tant plus il est
pondéreux, & a moins de volume; l'or
minéral est de même, & celui de rivière
@

T A B L E
a beaucoup de volume, & manque de
couleur & de coction. 119
L'Elixir blanc étant refroidi, ne peut plus
être poussé au rouge; & pourquoi. 93
L'Elixir est un trésor inépuisable, lorsqu'il
a été multiplié jusqu'à sept fois. 111
Elixir rouge, ou la pierre parfaite au
rouge. 105
Comment l'élixir convertit les métaux en
or. 36
L'Elixir rouge est toute autre chose que
le blanc. 145
L'Elixir rouge fait tout ce que fait le
blanc, & encore mieux & en moins de
temps; & pourquoi. 146
L'Elixir rouge est le vrai or potable des
Anciens. 147
Pourquoi l'élixir rouge guérit toutes maladies,
chaudes, froides, sèches & humides.
146
La Médecine universelle est l'élixir parfait.
136
L'Elixir rouge convertit le verre & le
cristal en pierres précieuses & les rend
malléables. 151
Toute graisse, cire ou huile où il y aura
de cette liqueur, s'enflammera sans se
consumer. là même.
Rend un linge, & autres étoffes spongieuses
gieuses
@

D E S M A T I E R E S.
incombustibles. 143
Autre effet plus admirable & souhaitable,
que tous les précédents. 153
C'est à cet élixir que les Curieux devraient
aspirer, & non aux sophistications des
Ignorants. 152
On ne peut errer qu'au commencement du
travail. 67
Erreur des Chercheurs de la pierre. 25
Erreur des Ignorants touchant les métaux.
35
Erreur des Chimistes & Ignorants. 108.131
Figure de l'Ecuelle ou Cendrier. 160
Pourquoi les Sages ont écrit comme ils
ont fait. 7.15
Les Philosophes n'ont écrit que pour les
Enfants de la Science. 5
L'épée & le couteau des Philosophes. 104
Le moyen d'expliquer les Livres des Sages.
1.11.22
Qui explique parfaitement un Philosophe
peut expliquer facilement les autres. 46
Explication de la pierre, minérale, végétale
& animale. 28
Explication de ces mots. Le vent le porte
en son ventre. 56
Explication de ceux-ci. Il monte au Ciel &
descend encore en terre. 70
Explication de ces termes. Tu sépareras la
@

T A B L E
Terre d'avec le feu, le subtil d'avec
l'épais. 85
Explication de ce dire. La Mère a mangé
son enfant. 101
Explication de celui-ci. Couper la tête,
tuer. 104
Explication de ces termes. La force des
choses supérieures & inférieures. 67.104
Explication de ces mots. Quand le feu
est trop faible, la matière se morfond. 87
Explication subtile du dire des Philosophes,
touchant l'augmentation du feu. 91
F
F Aussetés des Sophistes, & comment
il faut les traiter. pag. 34
Ferment; les Sages ont donné ce nom à
l'élixir parfait; & pourquoi. 150
Le Feu. 75
Le Feu est le Soleil des Philosophes. là même.
Sans le feu rien ne se peut faire en cet
Art. là-même.
Divers feux doivent être rejetés; & pourquoi.
78
Le feu des Philosophes doit être doux
égal & continuel. là même & 85
Le feu de Lampe est nommé le feu Philo-
@

D E S M A T I E R E S.
sophique, secret & de génération. 79
Le feu interne & central de la matière, &
l'externe ou l'élémentaire. 81
Le feu égal, modéré & proportionné, est
artificiel & difficile à trouver. 82
Plusieurs moyens de trouver premier degré
du feu. 86
Le premier degré du feu doit durer au
moins jusqu'à la blancheur parfaite; &
pourquoi. 89
On ne peut errer en continuant le même
degré du feu. 93
Si on veut augmenter le feu à la blancheur,
de quelle manière on le doit faire. 90
Quand le feu est trop faible, la matière
se morfond; que veut dire cette manière
de parler. 87
Sur l'augmentation du feu externe, subtile
explication. 91
Raisons convaincantes touchant cette augmentation
Philosophique, & non réelle
& physique. là même.
Le feu naturel, le non naturel, & le feu
contre nature. 94
Figure du Fourneau Philosophal. 157
Parties séparées du Fourneau. 158
Le fils du mercure & du soufre est tout
rempli de teintures. 77
La fixation du mercure par l'esprit de la
Q ij
@

T A B L E
Lune. 133
Lorsque les Philosophes ont parlé des herbes
pour la fixation du mercure, comment
ils ont entendu cela. là même.
& 134.
La force des choses supérieures & inférieures,
ce que c'est. 104
Moyen d'ôter la frangibilité. 129
Ce que c'est que la fusion. 57
Ce que c'est qui empêche la fusion. 110

H

H Ermès Trismégiste le Père des Philosophes,
vivait l'an du Monde,
2072. pag. 20
La vraie huile de Talc des Anciens. 138
La quintessence du soleil est l'huile incombustible.
151

I

I Ncération, ce que c'est. pag. 57
Comment se fait l'incération. 104
Ce qui empêche l'ingrès de la pierre. 110
Ce que c'est que le propre Instrument. 67
@

D E S M A T I E R E S.
L

DE la lampe. pag. 167
Quelle doit être la Lampe de l'Artiste.
80
Figure de la Lampe. 168
Le Lion vert & le vieux Lion. 162
Comment il faut expliquer les Livres des
Sages. 1.11.22
Des Luts & lutations. 172
Lut pour les Sceaux d'Hermès. 175

M

M Alice des Sophistes contre la Science
Hermétique. pag. 10
Le mariage Philosophal. 24.97.100
La matière de la pierre. 21.24.18
Les diverses matières sur lesquelles les
Chercheurs ont travaillé. 25.28
Pourquoi le mercure du commun & vulgaire,
ne peut être la matière de la
pierre. 39
Pourquoi les petits minéraux ne peuvent
être la matière de la pierre. 30
Il y a deux matières de la pierre. 22
Qualités de la matière de la pierre. 26.47
La matière de la pierre est la semence de
@

T A B L E
l'or & de l'argent, qu'on doit prendre.
23
Matière prochaine de la pierre. 39
La matière de la pierre bien clairement
désignée. 44
La matière de la pierre suivant Flamel. 45
Tous métaux, excepté seulement le mercure
commun, peuvent servir de matière
à la pierre. 38
La matière unique de la pierre ne se peut
pas trouver ailleurs. 47
La matière étant unique, ne se prépare
aussi que d'une manière. là même.
La Nature se sert d'une matière, & l'Art
d'une autre. 41
Toutes les matières ci-dessus sont homogènes
avec celles des Philosophes, quoi
que revêtues de diverses formes accidentelles.
49
La matière est vile & précieuse en même
temps. 50
Il ne faut pas se servir de matière, dont les
Philosophes se sont servis pour comparaison.
49.50
Ce que c'est que la réduction en première
matière. 51
Lorsque la matière est refroidie par l'extinction
du feu, on ne peut la pousser
plus avant. 80
@

D E S M A T I E R E S.
La mèche incombustible. 79
La pierre parfaite est la Médecine Universelle.
136
La Nature & l'Art ne peuvent faire la pierre,
sans le mercure des Philosophes.
15.24.65
D'où vient que les Sages ont tant caché
leur mercure. 15
Ce que le mercure des Philosophes contient
en soi. 62
Comment se fait le mercure Philosophal.
42
Divers noms du mercure des Sages; &
pourquoi. 63
Le moyen d'avoir le mercure des métaux.
39
Le mercure & le soufre dont se servent les
Philosophes, ne sont pas ceux du vulgaire.
43
Le mercure d'Hermès est un aimable dissolvant
de tous les corps. 64
Le mercure & le soufre sont les vrais dissolvants
des métaux. là même.
Le mercure des Philosophes congèle le
mercure du vulgaire, mais ne le fixe
pas. là même.
Pourquoi le mercure Philosophal a une
teinture permanente. 65
Le mercure des Sages contient toutes les
@

T A B L E
perfections des Etres supérieurs & des
inférieurs. 67
Si le Soleil & la Lune n'étaient mis avec le
mercure; il ne s'en ferait pas Soleil &
Lune. 66
Le mercure d'Hermès est l'abrégé des merveilles
de Dieu dans la Nature. 68
Quoique le mercure Philosophal ait beaucoup
de superfluités, il n'en faut rien
séparer. 69
Merveilles du mercure Philosophal sur le
bois, le métal & autres matières qu'il
pénètre beaucoup. 73
L'Art détruit entièrement le mercure & le
rétablit meilleur qu'il n'était. 46
Le mercure commun peut servir à la projection;
& pourquoi. 39
Il n'y a que le Sel des minéraux qui se réduit
en mercure. 31
Les merveilles & vertus de la pierre blanche.
135
Les merveilles & vertus de la pierre rouge,
plus abondantes que celles de la
pierre blanche. 145
La différence qu'il y a entre métaux & les
minéraux. 30
Les métaux sont nommés grands minéraux,
& les autres petits minéraux. là même.
Les métaux sont de même nature, & ne
diffèrent
@

D E S M A T I E R E S.
diffèrent entr'eux que par accident. 27
La Nature n'avait pas fait les métaux & les
minéraux au commencement; & pourquoi,
puisqu'elle les a fait du depuis.
17
Invention de plusieurs métaux. 19
La première matière des métaux, est eau
ou mercure. 31
La première matière des métaux est argent-
vif & soufre. 28
Ce que c'est que les maladies des métaux.
39
Les métaux n'ont point précisément de
vie. là même.
Ce que c'est que la vie des métaux. là même.
Que prétend-on dire, quand on dit que
les métaux sont morts. là même.
Les minéraux ne peuvent teindre parfaitement
les métaux; & pourquoi. 32
D`où vient que dans les Mines de plomb,
il se trouve quelquefois de l'or & de
l'argent. 35
Dans tous les mixtes, les trois principes
naturels y sont contenus ; savoir, sel,
soufre & mercure. 21
Invention de la monnaie & de l'art de
graver, & de quelle matière était faite
la première. 18
R
@

T A B L E
Quand la monnaie d'or a commencé,
& son premier nom. 19
Le temps des moissons est la fin du travail
& la possession de la pierre. 120
La pierre est un trésor inépuisable quand
elle est multipliée. 111
La multiplication est nécessaire; pourquoi.
là même.
Toute chose naissante & croissante, est
multipliée par sa semence. 112
Différence de la multiplication des métaux,
& de celles des autres êtres. là même.
Il y a deux manières de faire la multiplication;
savoir, selon l'espèce & selon
le nombre. 113
La première multiplication ne dure au plus
que cinq mois; & pourquoi. là même.
A chaque multiplication le temps diminue
toujours de beaucoup. 114
La multiplication est une augmentation de
matière, de qualité, force & vertu. 115
Quand on fait la multiplication, toutes les
couleurs se font voir comme à la première
opération, mais le temps en diminue
toujours à mesure qu'on en fait.
114
Quand il faut diminuer quelque fil de la
mèche, en faisant la multiplication. 117
@

D E S M A T I E R E S.
Toutes les multiplications sont des sublimations.
118
La multiplication selon le nombre. là même.
Il est bon d'avoir plusieurs fourneaux garnis
de tout ce qui leur est nécessaire,
lors de la multiplication, afin de gagner
le temps en les faisant travailler. 116

N

L A Nature contient tout ce qui lui est
nécessaire. pag. 8
La Nature n'avait pas fait les métaux & les
minéraux au commencement du Monde;
& pourquoi. 17
Dans l'Ouvrage de la pierre l'intention de
l'Art & de la Nature sont différentes. 40
La Nature ne donne à ses Ouvrages qu'une
simple perfection, si l'Art ne lui aide. 86
Pourquoi la Nature est si longtemps à faire
ses opérations. 95
Négoce. Voyez Commerce.
La noirceur est le signe certain de la putréfaction.
4.8
Les divers noms de la pierre des Philosophes.
62
Divers noms du mercure des Sages. 70
La pierre a été appelée des noms des
R ij
@

T A B L E
Planètes & des Minéraux. 70

O

O Euf Philosophal. pag. 161
Plusieurs figures de l'oeuf Philosophal.
162
L'or Philosophal a été argent devant qu'être
or; & pourquoi. 36
Or blanc des Philosophes qui donne le
poids de l'or aux métaux imparfaits; &
pourquoi. 103
L'or minéral, quelque purgé qu'il soit, a en
soi des qualités & terrestréités mauvaises
étant comparé avec l'élixir. 110
D'où vient que l'or commun & minéral,
ne peut convertir les autres métaux en or
ainsi que fait l'or philosophal. 37
Le vrai or Potable des Anciens. 147
Pourquoi la pierre s'appelle le grand Oeuvre,
& l'oeuvre Divin. 11
L'Ouvrage de la pierre va au-delà de la
capacité de l'homme. 13
L'Ouvrage de la pierre ne se peut faire sans
le mercure Philosophal. 65
L'Ouvrage de la pierre est un Jeu d'enfant,
& un Ouvrage de femme. 14
L'Ouvrage s'achève par où il a été commencé.
107
@

D E S M A T I E R E S.
En quel lieu il faut faire l'Ouvrage de la
pierre. 81

P

E N cet Art on ne parle pas vulgairement
pag. 5
La Nature ne donne qu'une simple perfection
à ses Ouvrages, si l'Art ne lui
aide. 77
Ce qui rend l'homme Philosophe. 22
Il faut que celui qui veut être Philosophe,
étudie la Nature. 13
Pourquoi les Philosophes sont appelés
Sages. 8
Pourquoi les Philosophes ont nommé leur
Art du nom de pierre; là même.
Les Philosophes sont les trésoriers de la
providence Divine. 12
Pourquoi Dieu a donné l'Art de la pierre
aux anciens Philosophes. 14
Le vrai Philosophe ne doit avoir que du
mépris pour tout ce qui est au Monde.
135 & 136
La pierre a divers noms. 4
La pierre a été appelée du nom des Planètes
& des minéraux. 70
Il n'y a que les Ignorants qui nient la possibilité
de la pierre, mais tous les Savants
R iij
@

T A B L E
la croient. 11
Différence d'entre toutes les choses créées,
& la pierre des Sages. 9
La pierre est un don de Dieu. 12
Pourquoi la pierre s'appelle le grand oeuvre,
& l'oeuvre Divine. 11
L'Ouvrage de la pierre va au-delà de la
capacité des hommes. 13
L'Art de la pierre passe les forces de la
Nature. 14
Quelquefois les Anges & les Démons empêchent
le succès du travail de la pierre.
13
La Nature & l'Art ne peuvent faire la pierre
sans le mercure des Sages. 15
Qualités de la matière de la pierre. 26
Celui qui veut faire la pierre, doit prendre
la semence de l'or & de l'argent. 23
Comment on doit entendre que la pierre
est minérale, végétale & animale. 28
Le travail de la pierre est un Jeu d'enfant
& un Ouvrage de femme. 14
Le travail de la pierre n'est qu'une sublimation
perpétuelle, & cette sublimation
que sa fixation. 58
La pierre demeure volontiers au feu; &
pourquoi. 9
La pierre est composée de corps & d'esprit.
51
@

D E S M A T I E R E S.
La pierre blanche & la pierre rouge sont
sous un même sujet. 44
Les poids des Philosophes que l'esprit humain
ne peut savoir. 24.45
La préparation de la pierre. 58
Pourquoi les Sages ont tant caché la préparation.
là même.
Dans tous les mixtes les trois principes
naturels y sont contenus; savoir, sel,
soufre & mercure. 21
La projection. 120
La projection se fait en deux manières. 121
Dans la projection l'élixir fait la séparation
des impuretés du métal. 122
La projection sur les métaux mols. 121
Autre manière de projection. 124
La projection sur la Lune a bien de l'étendue;
& pourquoi. 125
La projection sur le mercure des métaux
Imparfaits. 128
La projection sur le mercure commun. 125
La projection sur le mercure du vulgaire
purgé, ne sépare rien n'y ayant plus
d'impuretés. 126
Il ne faut pas projeter sur autant de métal
que l'élixir en peut convertir tout d'un
coup; & pourquoi. 122
La projection sur les métaux durs. 129
Autre manière de projection sur les métaux
R iiij
@

T A B L E
durs. là même.
La meilleure manière de purger le mercure
commun. 126
La putréfaction. 94
Les divers noms de la putréfaction. 97
La putréfaction est la corruption de la
matière. 96
La putréfaction est nécessaire; & pourquoi.
99
Tant plus la noirceur est grande, tant
mieux vaut la putréfaction. là même.
Tant plus le temps de la putréfaction est
prolongé, tant meilleure elle est. 96
Temps auquel la putréfaction doit paraître.
là même.
Par la putréfaction on fait la séparation du
pur & de l'impur. 98
Dans la putréfaction la matière prend la
vertu minérale du Soleil & de la Lune.
97

Q

L A quintessence du Soleil est l'huile
incombustible. pag. 151

R

C E que c'est que réduction en première
matière. pag. 51
@

D E S M A T I E R E S.
Il n'y a qu'un régime comme il n'y a
qu'une matière. 6
Moyen de se renouveler. 137
Toute chose est de ce en quoi elle se résout.
22
Ce que c'est que rétrogradation. 113
Espèce de rétrogradation. 117
Autre espèce de rétrogradation. 119
Rouge parfait. 106
La rougeur est nommée la racine du ferment
du Soleil & de la Lune. 107
Ruses des Philosophes 4. 6

S

L Es Philosophes ont été appelés Sages;
& pourquoi. pag. 3
Les Sceaux d'Hermès. 164
La Science d'Hermès s'appelle la Science
secrète & Art divin; & pourquoi. 3
Ce qui a décrié la Science des Philosophes.
10
Malice des Sophistes Ignorants contre la
Science des Philosophes. là même.
On ne peut apprendre la Science d'Hermès,
que par révélation Divine ou par
un Maître. 3
Belle raison des Philosophes pour cacher
leur Science. 20
@

T A B L E
Adam a eu toutes les Sciences infuses dans
le moment de sa création, & les a enseignées
à ses Enfants. 17
Secret du corps mort des matières du mercure
des Sages. 74
Secret du corps mort des matières dont on
fait les Eaux fortes. là même.
Il n'y a aucun vrais secrets pour faire or
ou argent, que celui de la pierre. 34
Il n'y a que le sel des minéraux qui se réduit
en mercure. 31
Il n'y a que les sels métalliques qui soient
propres pour faire la pierre. 40
Il n'y a que le sel marin qui soit bien
avec l'or. là même.
Le sel est le corps terrestre dont parlent les
Philosophes. 43
Chaque chose porte sa semence pour la
conservation de son espèce. 23
Celui qui désire faire la pierre, doit prendre
la semence de l'or & de l'argent, autrement
ne fera rien. là même.
Pour quelle raison l'élixir sépare le pur
avec l'impur des métaux imparfaits.
127
La conversion des Eléments par les Philosophes.
108
La séparation ridicule des Eléments par les
Chimistes & les Ignorants. là même.
@

D E S M A T I E R E S.
Le signe de la couleur rouge parfaite. 106
Faussetés des Sophistes, & comment il
faut les traiter. 34
Le soufre pur des corps imparfaits peut
fixer le mercure en corps imparfait. 33
Le soufre a la propriété de fixer, & l'argent-vif
celle de voler. 62
Sphère. 162
La sublimation contient en soi plusieurs
opérations. 56

T

L E travail de la pierre n'est qu'une perpétuelle
sublimation, & toutes les
multiplications sont aussi des sublimations.
pag. 118
Le travail de la pierre n'est qu'une sublimation
perpétuelle, & cette sublimation
que sa fixation. 58
Différence de la sublimation Philosophale
& Chimique. 53.118
Sublimatoire. 161
Les petits minéraux ne peuvent teindre
parfaitement les métaux; & pourquoi.
32
Si les teintures d'une nature étrange pouvaient
teindre un métal, elles leur donneraient
les leurs & non celles de l'or
@

T A B L E
& de l'argent qu'elles n'ont pas. là même.
Les teintures des corps étranges à la nature
métallique, ne peuvent s'y unir parfaitement;
& pourquoi. 127
Le mercure & le soufre des imparfaits ne
peut donner d'autre teinture que celle
du métal, duquel il a été tire ou extrait;
car il ne peut donner que celle qu'il a.
128
Si les métaux imparfaits ne peuvent teindre,
à plus forte raison les petits minéraux
qui sont d'une autre nature & d'une
autre espèce. 133
Le fils du mercure & du soufre, est tout
rempli de teinture. 77
Les teintures blanche & rouge sont contenues
dans l'âme de la pierre. 52
Erreur des Chimistes & des Ignorants, à
l'égard des teintures. 132
Ce que c'est que teindre suivant les Philosophes.
134
Toutes teintures sont fausses, excepté celles
du Soleil & de la Lune. 32
Le noeud Gordien des teintures coupé &
détruit. 134
Tuer, couper la tête, qu'est-ce à dire.
104
Têtes mortes des matières du mercure des
@

D E S M A T I E R E S.
Sages, & de celles dont on fait les Eaux
fortes. 74
Les Philosophes sont les Trésoriers de la
providence Divine. 12

V

L E Vaisseau Philosophal. pag. 161
Le triple Vaisseau. 167
Quand la pierre commence de végéter. 101
Le Vent le porte en son ventre, que signifie
cela. 56
Vertus & propriétés de la pierre blanche.
135
Vertus & propriétés de la pierre rouge.
145
Les métaux n'ont pas une vie semblable
à celles des végétaux. 29
Ce que c'est que la vie des métaux. là même.
Le volatil ou la femelle, règne & dure
jusqu'à la blancheur parfaite, & pour
lors le fixe ou le mâle commence. 100

Fin de la Table des Matières.
@

pict

Extrait du Privilege du Roy.
P Ar Grace & Privilege du Roy, donné
à S. Germain le 2e jour de Decembre
1671. Signé D'Alence; il est permis au
Sr Charles Angot, d'imprimer les
Livres d'Hermés, de Geber, d'Artephius,
de Trevisan, de Basile, d'Arnaud de Villeneuve
& autres Traitez Chymiques, pendant
le temps de neuf années; avec défenses
à tous Libraires & autres d'imprimer
lesdits Livres, sous les peines portées par
l'original du present Extrait.

Ledit sieur Angot a cedé son droit de Privilege à Laurent D'Houry
aussi Libraire à Paris.

Registré sur le Livre de la Communauté des Imprimeurs & marchands Libraires de
Paris. Signé D. THIERRY, Syndic.

Achevé d'imprimer pour la premiere fois le sixiéme d'Octobre 1694.

@

pict

MEMOIRE DE LIVRES. Chymiques.
Artephius, Flamel, Synesius & le Traité
du Mercure de Riplée. in 4.
Traité du Feu & du Sel, par Vigenere.
in 4.
Triomphe de l'Archée ou la Medecine universelle,
par Aubry. in 4.
Chymie de Barlet. in 4.
Fourneaux Philosophiques de Glauber. 8x.
----- Son Oeuvre Minerale. in 8.
Oeuvres Chymiques du P. Castaigne. in 8.
Rudimens de Chymie de Locques. in 8.
Elemens de Chymie par Davisson. in 8.
Harmonie Chymique de Lagneau. in 8.
Secrets de la Medecine Métallique, par
Du Chesne, Sieur de la Violette. in 8.
Prototype parfait de l'Art Chymique. in 8.
Chymie de Thibaut, dit le Lorrain. in 8.
----- de Crollius. in 8.
----- de Beguin. in 8.
----- de le Faivre. en 2 Vol. in 12.
----- facile & charitable en faveur des
Dames, augmentée. in 12.
Bibliotheque des Philosophes Chymiques,
@

Tome second, contenant cinq Traitez,
dont la Somme de Geber. in 12.
Triomphe Hermetique. in 12.
Lettre d'un Philosophe sur Aristée. in 12.
Oeuvres du Cosmopolite, avec ses Lettres
nouvellement imprimées. in 12.
Pilote de l'Onde vive, 2e Edition augmentée.
in 12.
La lumiere sortant des Tenebres. in 12.
Avantures du Philosophe Inconnu. in 12.
Discours de la liqueur d'Alkaëst. in 12.
Turbe des Philosophes, avec la parole
delaissée de Trevisan. in 12.
Lettre Philosophique de Du Val. in 12.
Tombeau de la pauvreté. in 12.
-- De Semiramis ouvert aux Sages. in 12.
CLIII. Aphorismes Chymiques. in 12.
Segerus de Secretis Adeptorum. in 4.
Chimica Vanus. in 4.
Lullij Testamentum. in 8.
Jo. Fabri Panchymicum 3. Vol. in 8.
----- Myrothecium Spagiricum. in 8.
----- Palladium Spagiricum. in 8.
Rhenani Opera Chymiatria; in 8.

Et plusieurs autres Anciens, Latins,
ou Français.
@
@

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