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Réfer. : AL0010
Auteur : Georges Aurach.
Titre : Le don de Dieu.
S/titre : Suivi d'une autre version par A. Poisson.

Editeur : J.-C. Bailly. Paris.
Date éd. : 1988 .


**** A T T E N T I O N ****

Ce document étant sujet à droits d'auteur, n'est composé que du début, et des tables éven-
tuelles. Reportez-vous aux références ci-dessus
pour vous le procurer.

**** A T T E N T I O N ****
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Gutenberg Reprints
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COLLECTION ALCHIMIE-HERMETISME

LE PRECIEUX DON
DE DIEU
anonyme (XVe siècle)
DE l'ADMIRABLE
POUVOIR ET
PUISSANCE DE L'ART
R. Bacon (1557) (Repli de couverture) LA MONARCHIE
DU TERNAIRE
G. Dorn (1557)
DE DlSTILLATIONIBUS
J.B. Porta (1609)
COMMENTAIRE SUR LE
TRESOR DES TRESORS
DE C. DE GAMON
H. de Linthaut (1610)
L'OUVERTURE DE
l'ESCOLLE DE
PHILOSOPHIE
TRANSMUTATOIRE
D. de Planis Campy (1633)
L'ABREGE DES SECRETS
CHYMIQUES
P. Jean Fabre (1636)
HARMONIE MYSTIQUE
D. Laigneau (1636)
CABALE, MIROIR DE
L'ART ET DE LA NATURE
S. Michelspacher (1654)
TRAITE DE LA CHYMIE
C. Glaser (1668)
LE TOMBEAU DE LA
PAUVRETE
d'Altremont (1681)
LE FILET D'ARIADNE
Batsdorf (1695)
DICTIONNAIRE
HERMETIQUE
G. Salmon (1695)
CABALA MINERALIS
S. Ben Cantara (XVIIe siècle)
LES CLEFS DE LA
PHILOSOPHIE SPAGYRIQUE
J.B. Lebrethon (1722)
LA CLAVICULE DE LA
SCIENCE HERMETIQUE
anonyme (1751)

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Le don de Dieu
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+ Nino Rota + Vinci Verginelli dicatum


(Ms. N. 3 de la Collection Verginelli-Rota, Bibliothèque de l'Accademia dei Lincei, Rome)

Introduction et notes traduites de l'italien par Francesca Isidori


Copyright J.-C. Bailly 1988 ISBN 2-86554-016-2
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LE DON
DE DIEU

Introduction, transcription et notes par MINO GABRIELE
Suivi d'une autre version commentée par ALBERT POISSON

A Paris chez J.-C. Bailly, éditeur, 1988
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ABREVIATIONS
AA: Auriferae Artis quam Chemiam vocant, antiquis-
simi authores sive Turba Philosophorum, I-II, Basileae, 1572. BCC: J.J. Manget, Bibliotheca Chemica Curiosa, I-II,
Genevae 1702, réimp. Bologna, 1977. CAG: M. Berthelot -- C.E. Ruelle, Collection des anciens
alchimistes grecs, I-III, Paris, 1888-89, réimpr. Osnabrück, 1967. CMA: M. Berthelot, La chimie au Moyen âge, I-III,
Paris, 1893, réimpr. Osnabrück, 1967. FERGUSON: J. Ferguson, Bibliotheca Chemica, I-II,
Glasgow, 1906, réimp. Hildesheim, 1974. FESTUGIERE: A.-J. Festugière, La révélation d'Hermès
Trismégiste, I-IV, Paris, 1949-54. LINDSAY: J. Linsay, The origins of alchemy in graeco-
roman Egypt, London, 1970. LIPPMANN: E.O. Von Lippmann, Entstehung und Ausbreitung
der Alchemie, I-II, Berlin, 1919, 1931, III, Weinheim, 1954. STAPLETON: H.E. Stapleton, G.L. Lewis and F. Sherwood
Taylor, The sayings of Hermes quoted in the MA' AL-WARAQI of Ibn Umail, dans « Ambix », 3 (1949), pp. 69-90. TC: Theatrum Chemicum, I-VI, Argentorati 1659-61,
réimp. Torino, 1981. THORNDIKE: L. Thorndike, A History of Magic and
experimental science, I-VIII, New York, 1923-58.
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INTRODUCTION
I. Le don et le vase

« C'est là le mystère incommuniqué, qu'aucun des prophètes n'a osé divulguer par la parole;
mais ils l'ont révélé seulement aux initiés. Ils l'ont
appelé la pierre encéphale dans leurs écrits symboliques,
la pierre non-pierre, la chose inconnue
qui est connue de tous, la chose méprisée qui est
très précieuse, la chose donnée et non-donnée de
Dieu ». (1)
On peut se plaire à imaginer que, lorsqu'il y a environ 1 700 ans, à Panopolis (2), en Haute
Egypte, Zosime, l'alchimiste appelé en raison de
l'excellence de sa doctrine « la Couronne des Philosophes
» (3), écrivait ces mots, il avait sur ses
genoux un chat, et que de temps en temps il le
caressait avec un sourire quelque peu ironique et
détaché, semblable à l'air sournois de cet animal
sacré qui demande à l'homme attention et détachement
à l'instar d'un signe prophétique à peine
perçu.
Nous ignorons naturellement si les choses se passèrent ainsi; il nous reste toutefois l'ambiguïté
féline d'une phrase, de cette « chose donnée et
non-donnée de Dieu ». Le titre de l'ouvrage ici


1. Zosime, dans CAG, III, II, 1. Sur ce jeu verbal énigmatique « pierre non-pierre etc. » cf. M. Gabriele,
Enigmi e liriche d'alchimia tratti da antichi codici, dans
« Conoscenza Religiosa », 1 (1980), p. 55 et sq.
2. Cf. Lindsay, p. 343. 3. Olympiodore, dans CAG., II, IV, 26.
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présenté semble, au contraire, plus rassurant, car
il est question uniquement de « don de Dieu », ce
qui éloigne l'inquiétante possibilité d'une épiphanie
manquée, inhérente au « non-donné », et apaise
la cécité aussi bien de ceux qui, n'étant pas initiés,
ne comprennent pas les symboles, que des initiés
qui, tout en étant certains de pouvoir les déchiffrer,
n'en savent pas plus que les premiers. On
aimerait imaginer encore qu'en réfléchissant sur
l'inconscience de cette ignorance, Zosime souhaitât
préciser la possibilité du « non donné »; en effet
si le don n'est pas accueilli par incapacité à le
percevoir, c'est comme s'il n'existait pas, autrement
dit, si l'homme ne reconnaît pas quelque
chose il ne peut pas non plus le connaître car il
nie la mémoire du don et du donateur. Mais le
don, écrivent les alchimistes, est ce qui guérit,
accroît et renouvelle toute chose, il est la nourriture
qui permet et maintient la transformation
incessante et naturelle de la vie (1). Le don, par
conséquent, tout comme la vie, est devant les yeux
de chaque homme sans distinction. Celui qui est
guidé par la bonne volonté et surtout par l'amour
de Dieu et de ses semblables, celui qui est tempérant,
désintéressé, qui repousse le mensonge,
toute fraude, toute mauvaise action, tout sentiment
d'envie (2), celui-là peut le reconnaître avec sincérité
et fidélité et se nourrir de sa sagesse, sans aucun


1. Cf. M. Gabriele, Alchimia. La tradizione in Occidente secondo le fonti manoscritte e a stampa, Milan
1986, p. 14-5.
2. Attribué à Démocrite, dans CAG., IV, XIV; cf. M. Berthelot, Les origines de l'alchimie, Paris 1885,
p. 206.

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artifice. Cette nourriture devient alors gnose à
travers le travail de l'oeuvre alchimique qui précisément
« s'accomplit par la seule action de la
nature, et non par la main des hommes, comme
le croient quelques-uns » (1). L'alchimiste nous apparaît
ainsi sous son véritable aspect de gardien
conscient du don, et non pas de singe manipulateur,
comme le voudraient certaines idées fausses.
La communion entre l'homme, la nature et le
divin fait que le processus alchimique, considéré
comme un voyage dans les transformations métalliques
et astrales, ou dans le microcosme psycho-
physique de l'homme, ne soit en réalité que les
deux aspects d'une même « Sophia » (2). « Les philosophes
-- observe Cléopâtre (3) -- contemplent
la beauté de leur oeuvre comme la tendre mère
[contemple] le fruit de ses entrailles, puis
cherchent [comment ils la nourriront], de même
que la mère avec son enfant. C'est là que cet art
s'accomplit en employant au lieu de lait les eaux
[qu'il prépare]. Il imite le développement de l'enfant,
la façon dont il est formé et amené à la
perfection. Tel est le mystère caché sous le sceau ».
On attribue à Hermès un passage (4) où l'on décrit le processus de conception, gestation et
naissance de l'enfant comme la métaphore exacte
du processus alchimique: « par l'image du ventre


1. Olympiodore, dans CAG. II, IV, 7; cf. Rosarium Philosophorum, dans AA, II, p. 235-36.
2. Cf. M. Gabriele, Alchimia, op. cit., p. 27 sq.; G. Fowden, The egyptian Hermes, Cambridge 1986,
p. 89-90, 121-22.
3. Dans CAG, IV, XX, 10. 4. Dans Stapleton, p. 76 et 77.
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maternel l'on entend l'intérieur du vase et les
choses qui sont en lui », ou encore: « sachez que
le mariage et la conception adviennent par putréfaction
dans la partie inférieure du vase. La naissance
de cet enfant généré par eux adviendra en
haut, dans l'air, c'est-à-dire dans la tête de leur
vase ».
C'est à la valence technique et mystique de ces mots que notre manuscrit renvoie, par son iconographie
et son contenu.
Les treize miniatures qui l'illustrent, à l'exception de la dernière (f. 29v) représentant un four,
sont caractérisées par l'apparition successive d'un
même vase à l'intérieur duquel se déroule la transmutation.
Il est surprenant de constater la similitude
formelle entre cette iconographie et celle de
l'utérus féminin représenté dans les traités de
médecine du Moyen Age (1), dérivés principalement
des écrits de Sorane d'Ephèse (2), le gynécologue le
plus illustre de l'antiquité qui vécut au IIe siècle
après Jésus-Christ. Cette similitude atteste d'une
manière quasiment sûre une influence iconologique
réciproque entre les images médicales et anatomiques
et les images alchimiques. Si l'on suit cette
tradition on ne sera donc pas étonné de trouver,
à la fin du XIVe siècle, le dernier dessin du traité
alchimique de Gratheus (3), qui représente une figure


1. Sur ce thème, même d'un point de vue symbolique et mystique, cf. R. Salomon, Opicinus de Canistris, London
1936, I, p. 317-21, II, taf. XLIV, abb. 79-83.
2. Cf. A. Mieli, Manuale di storia della scienza, Rome 1925, p. 436.
3. Cf. J. Van Lennep, Alchimie, Bruxelles 1984, p. 52-3, B. Obrist Les débuts de l'imagerie alchimique
(XIVe-XVe siècles), Paris 1982, p. 67 sq.

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Le don de Dieu
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Critères de transcription
La transcription est diplomatique. Nous nous sommes limité pour une compréhension moderne
du texte à développer les abréviations, à introduire
des apostrophes pour séparer les mots et à normaliser
l'accentuation, selon les règles de l'époque
c'est-à-dire que l'accent est mis uniquement là où
il est indispensable (ex. brulé mais brulee); en
revanche les majuscules ont été fournies selon
l'usage moderne. En outre nous sommes partiellement
intervenu, d'une façon discrète et sans
altérer le sens du texte, en adaptant une ponctuation
interprétative. Pour une prononciation moderne
compréhensible la graphie v a été substituée
à la graphie u. Nous avons, pour certains termes
ou expressions peu compréhensibles aujourd'hui,
donné en note leur équivalent moderne. Nous
rappelons que, l'ancien français confond souvent
le qui avec le que (ex. « jusques a tant qui
viennent » pour « jusques a tant que viennent » ou
bien « jusques a tant qu'ils viennent »).
< > signes qui contiennent nos interventions intégratives.
( ) signes qui contiennent tous les mots et les lettres ajoutés au texte par une autre main au
XVIe siècle, et à laquelle l'on doit les notes en
marge des ff. 20r et 23v. Cf. « Note au manuscrit ».
Pour les cas plus particuliers voir les notes détaillées
du texte.
Qu'il me soit permis de remercier Messieurs François Avril, Alberto M. Fortuna, Sylvain Matton,
pour leurs conseils au sujet de certains passages
de la transcription.

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[f. 1r](1) Premier chapitre
Un roi (2) lequel a la tête rouge et les yeux noirs et les pieds blanc et ce magistère croît
entre deux montagne (3) en sa forme.


1. Pour les inscriptions en bas du f. cf. la « Note au manuscrit ».
2. Dans le ms. Sloane 256O, f. 5r on lit: « Rex ergo cuius caput est rubrum, oculi nigri, pedes albi, est magisterium
». Cette image royale représente le magistère
selon les trois couleurs fondamentales de différentes
phases de l'oeuvre: nigredo, albedo et rubedo (cf.
J. Ruska, op. cit., p. 125 sq., voir également le chapitre
De coloribus accidentalibus et essentialibus du Speculum
alchemie -- dans AA. II, p. 530-1 -- attribué à R. Bacon.
Pour les couleurs en alchimie: A.J. Hopkins, Alchemy,
child of Greek Philosophy, New York 1934, p. 42 sq.
Lippmann, I, p. 210 sq.; J. Read, Prelude to chemistry,
London 1939. p. 145 sq.; H.J. Sheppard, Colour symbolism
in the alchemical opus, dans « Scientia », 99 (1964),
p. 232-36. La relation corps humain -- couleurs -- métaux
existe déjà dans l'alchimie gréco-égyptienne: Zosime
(dans GAG, III, I, 3-5 et III, V, 1-3) attribue une valence
anthropomorphe à la transmutation des métaux, en mettant
en évidence l'unité spéculaire et la symbiose de la
métamorphose intérieure de l'alchimie avec celle de la
matière sur laquelle l'on opère, cf. la première partie de
l'introduction. Le corps humain est une métaphore du
vase et vice versa: « La tête de l'homme est semblable à
un appareil de condensation » (Le Livre d'El-Habîb, dans
CMA, III, p. 80; cf. M. Turâb Alî, op. cit., p. 141). Pour
le symbolisme du « Roi » en alchimie cf. M. Gabriele, Il
giardino, op. cit., p. 165-66.
3. La montagne représente la cucurbite de l'alambic, car de même que la montagne contient des mines d'or et
d'argent, la cucurbite sert à produire les deux métaux
précieux. Le sommet de la montagne correspond à la
partie supérieure de l'alambic (cf. M. Turâb Alî, op. cit.,
p. 141). Ce symbolisme se trouvait déjà chez Comarius
(dans CAG, IV, XX, 4).

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26
[f. 2r] Second chapitre
Ici sont dissous les corps en argent vif, et c'est eau, salée ou congelable, soit froid ou chaud,
lequel est départi d'une chose (1), et icelle tu
trouveras en plein champs et aux montagnes,
rivières en tous lieux et place. Les pauvres l'ont
aussi bien que les riches: c'est [f. 2V] (2) la chose
la plus vile et la plus noble qui soit au monde,
et pour ce tu dois cette nature purger et lui ôter
toute sa terrosité*, autrement il ne te profitera en
rien.

Le IIIe chapitre
Joins (3) le compagnon avec sa soeur tant honteuse, car si d'aventure le cas advient que [f. 3r]


1. La « chose » dont il est question est la matière première, c'est-à-dire la nourriture « spirituelle » qui alimente
toute la matière (cf. M. Gabriele, Alchimia,
op. cit., p. 14-25). Le fait qu'elle se trouve partout et
qu'elle appartienne à tout le monde est un topos courant
dans la littérature alchimique ancienne, déjà codifié dans
des recueils arabes du Xe siècle (cf. Stapleton, p. 75;
CMA, III, p. 125).
2. Dans les marges extérieure et inférieure du f. on peut lire les chiffres 3 et 4.
3. Le thème du mariage du roi et de la reine (frère et soeur, « soleil-soufre » et « lune-mercure », partie
« épaisse » et partie « subtile »), de même que celui du
plaisir de leur union, a son origine dans l'hermétisme
gréco-égyptien (cf. Comarius, dans CAG, IV, XX, 11), et
réapparaît dans l'hermétisme arabe (cf. CMA, III, p. 76
sq.; Stapleton, p. 76 sq.). Il est difficile de ne pas
percevoir dans la valeur cosmogonique et mystique de
cette union entre « corps » et « âme » (cf. A.-J. Festugière,
Hermétisme et mystique païenne, Paris, 1967, p. 235 sq.)
un parallèle avec la cosmologie platonicienne du Timée

##Note :* sa partie terreuse
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27
la belle dame reluisante épouse le sire rouge,
incontinent se colleront l'un et l'autre et seront
incontinent (1) conjoints ensemble, et de leur
même seront déliés et déconfits tellement que de
deux vers (=1) deviendront quasi (2) en un. Et saches
qu'il a trois couleurs, dont les autres ont prit
leur montre, car la première est noire et l'autre
blanche, et l'autre rouge. Des autres couleurs il
n'y faut point prendre garde. Et pour ce est il
de besoin faire conjonction de deux corps avant
que le magistère soit accompli, car [f. 3v] si n'y
avait que un corps seul jamais ne donnerait
teinture, et autant (=2) des quatre éléments faisant
deux (3).


(36 d-e): cf. N.I. Boussoulas, L'être et la composition
des mixtes dans le « Philèbe » de Platon, Paris, 1952,
p. 36 sq. Pour l'influence du Timée dans l'alchimie arabe
cf. P. Kraus, op. cit., II, p. 48 s.
1. Correction interlinéaire due vraisemblablement au copiste.
(=1) Pour les appels de notes (avec un signe '=') portant sur des problèmes de transcription ou de traduction, se
reporter aux notes complémentaires page 50.
2. « casi » = quasi (cf. ms. Sloane 2560, op. cit., f. 6v: « ut duo qui fuerant unum quasi corpore fiant »).
3. Les quatre éléments aristotéliciens sont le résultat des combinaisons de quatre qualités « contraires » (chaud
et froid actifs, humide et sec passifs). Celles-ci se
combinent, deux à deux, uniquement dans la relation
actif/passif (cf. R. Halleux, Les problèmes des métaux
dans la science antique, Paris, 1974, p. 97 sq.). Une
iconographie alchimique qui explique ces processus apparaît
au C. 16 du dialogue qui se trouve au début de la
Pretiosa Margarita Novella (Venise, 1546) de Bonus.

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28
Le IVe chapitre
C'est de tourner la nature des éléments (1), et c'est que nous fassions du corps esprit. Et en
notre science premièrement [f. 4r] nous faisons
du gros subtil (2), et des corps nous faisons eau et
du sec moite et ce qui s'ensuit après. Et puis nous
faisons de l'eau un corps, en telle sorte que les
corps soient décorporés* et les décorporés corporés
(3). Et ce qui s'ensuit maintenant c'est ce qui
est en haut est devenu comme celui d'en bas, et
celui d'en bas comme celui d'en haut (4), Et les
corps qui sont ainsi dissous sont venus de la
nature de l'esprit (=3) et jamais ne se départe.
Donc (=4) si tu vois venir la matière [f. 4v] devenir
noire, réjouis toi, car c'est le commencement de
l'oeuvre.

Le Ve chapitre
Comme la plus grande partie de cette eau est devenue une terre noire et brûlée, comme (=5)


1. Cf. Cléopâtre, dans CAG. IV. XX, 17. 2. « Crassum fac subtile », maxime de la Table d'Emeraude, un ouvrage dérivé probablement d'un original
grec aujourd'hui perdu et qui a été rédigé en arabe
aux alentours du Xe siècle et traduit en latin au XIIIe;
cf. Plessner et Ruska déjà cités. Pour la tradition du
texte imprimé en latin voir Ferguson, I, p. 391-93.
3. Il s'agit des deux espèces dans lesquelles, selon Zosime (dans CAG, II, IV. 32; cf. Festugière, I, p. 252-
53), se divise la teinture; cf. également Marie (dans CAG,
II, IV, 40).
4. Autre affirmation très célèbre de la Table d'Emeraude, dans laquelle on déclare, en substance, la doctrine
de l'unité de toutes les choses et de l'interdépendance
sympathique entre microcosme et macrocosme.

##Note :* rendus spirituels
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Le Très-Précieux Don de Dieu
version transcrite par A. Poisson
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Avertissement
Dans les numéros 8 et 9 de la revue « La Tour Saint-Jacques » publiés de janvier à avril 1957,
Eugène Canseliet proposait aux amateurs une transcription
d'un manuscrit daté du XVIIe siècle, et
intitulé « Le Très-Précieux Don de Dieu ».
Dans une courte présentation du texte, il déclarait
avoir effectué cette transcription dans la nuit du 9
au 10 janvier 1920 sur une « pièce unique et merveilleuse
difficilement obtenue en communication
pour tout juste 24 heures ».
En fait, il s'agit probablement de la copie relevée quelques trente années auparavant par Albert Poisson,
lequel relate, dans les notes qui vont suivre,
dans quelles circonstances, il fit cette importante
découverte.
La version proposée par Albert Poisson, et à sa suite par Eugène Canseliet, comporte quelques différences;
plus longue de texte; elle n'est illustrée
que de douze figures sur treize, par ailleurs, elle
semble plus tardive par rapport au manuscrit reproduit
ici.
Quant à son attribution à un certain Georges Aurach, l'hypothèse présentée dans notre introduction
tend à accréditer la thèse d'un Georges Aurach
plutôt copiste et commentateur éclairé que créateur.
Cette version tardive est cependant importante car elle annonce toute une lignée de copies du « Très-
Précieux Don de Dieu », parmi lesquelles nous donnerons
sous peu la reproduction d'une des versions
les plus achevées et les plus complètes tant pour le
texte que pour les illustrations.
Les pièces annexes qui suivent et qui datent du mois de mars 1891, sont constituées de la transcription
et de notes de la main d'Albert Poisson sur la
version sus-mentionnée du « Donum Dei » ainsi que
de courts mais précieux commentaires sur les figures,
qu'il rédigea alors.
J.-C. Bailly
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LE PRECIEUX DON DE DIEU
On n'a qu'à lire ce petit traité avec beaucoup d'attention pour avoir une parfaite connaissance de la plus
belle de toutes les Sciences. L'auteur promet d'y développer
ce grand mystère que tous les anciens philosophes
ont rendu si obscur et si énigmatique, soit qu'ils
aient voulu en dégoûter ceux qui s'y appliquent, soit
qu'ils aient voulu leur imposer et les tromper. Soit très
persuadé, dit notre Philosophe que je vous apprendrai
ce grand art d'une manière si claire et si intelligible
que les plus ignorants mêmes comprendront très facilement
tout ce que je dirai et que je ne proposerai rien
que je n'ai vu et que je n'aie fait moi-même.
Il faut savoir en premier lieu que ceux qui travaillent à tout autre chose qu'à la nature, se trompe, parce que
tout autre fuit et n'est pas propre pour notre art. Car
enfin pour faire un homme il faut un homme, et une
bête ne peut naître que d'une bête; chaque chose
faisant son semblable et rien ne peut donner à une
autre ce qu'il n'a point lui-même.
Or je conseille à ceux qui n'ont point une entière connaissance de cet art, de ne s'y point embarquer,
s'ils ne veulent se résoudre de faire de grandes dépenses,
dont peut-être la fin ne sera qu'une malheureuse
mendicité, et qu'un cruel désespoir. La chose est à la
vérité fort difficile à trouver et plusieurs sont devenus
fous en la cherchant, mais aussi quand on la sait on
est assez riche. Elle n'a pas besoin de plusieurs choses,
une seule suffit, elle coûte peu car il n'y a qu'une
pierre, qu'une médecine, qu'un vaisseau, qu'un régime
et qu'une disposition, et cette Science est très véritable.
Non, jamais les Philosophes n'eussent put parler de
tant de couleurs différentes, et dire comme elles se
succèdent les unes aux autres, s'ils ne les avaient vues

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et s'ils n'avaient fait l'oeuvre, mais je le répète, ceux
qui travaille hors de la nature se trompe et sont des
trompeurs.
Notre pierre se fait d'une chose, et se fait d'une chose animale, végétale et minérale. Attachez vous donc
uniquement à la nature, parce que la nature et l'art ne
se perfectionne point dans une multitude de chose, et
quoiqu'on lui donne plusieurs noms différents, ce n'est
toujours qu'une seule chose, que la même chose, ainsi
il faut que l'agent et le patient soit dans le genre d'une
seule et même chose, et différentes choses dans l'espèce,
de la même manière que la femme est différente de
l'homme, or la matière est ce qu'on appelle patient,
parce qu'elle souffre et reçoit l'action et la forme est
ce qu'on appelle l'agent parce qu'elle agit et imprime
l'action dans la matière qu'elle se rend semblable et
celle-ci appelle et désire naturellement et avec passion
la forme parce que sans elle, la matière serait imparfaite.
Apprenez donc à connaître la Nature des choses, si vous voulez réussir, car je ne puis vous déclarer le nom
de notre Pierre, ce que j'en ai dit doit suffire pour vous
faire connaître ce que c'est que les philosophes appellent
la pierre toute chose et ils disent vrais. Car d'elle-
même et en elle-même elle contient tout ce qui est
nécessaire à la perfection; les pauvres l'ont également
comme les riches, elle se trouve partout, elle est composée
de corps, d'âme et d'esprit, et elle change de nature
en nature jusqu'à ce qu'elle soit dans sa perfection.
Les philosophes ont dit que notre pierre se fait d'une chose et cela est vrai, car tout notre magistère se fait
avec notre eau qui est le sperme de tous les métaux et
tous les métaux se réduisent et se résolve en elle, car
le corps imparfait se convertit en cette eau et ces Eaux
jointes avec notre Eau, font une Eau nette et claire,
qui purifie toutes choses, et c'est cette Eau précieuse et
utile de laquelle et avec laquelle se fait notre Magistère.
Pour peu qu'on ait d'Expérience on sait assez l'ordre
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55
qu'il faut garder dans les degrés du feu; il faut que
dans la Solution il soit fort, médiocre dans la Sublimation,
tempéré dans la Putréfaction, un peu plus
grand quand l'oeuvre est au blanc, et fort dans le rouge.
Mais si par malheur ou par ignorance vous manquez
dans le feu, vous devez désespérer de réussir, il faut
donc que renonçant à tout autre occupation vous vous
donniez sans partage et avec grand assiduité en notre
opération.
Mais pour revenir à notre matière de la pierre, servez- vous donc de la vénérable nature, car elle ne se perfectionne
que dans sa nature même. N'y ajoutez rien
d'étrange, soit poudre soit tout autre chose, parce que
des natures différentes ne sauraient perfectionner notre
pierre, et il n'y entre rien qui ne soit sorti d'elle même,
et si on y ajoute quelque chose d'étrange, d'abord elle
se corrompt et on en saurait faire ce qu'on souhaite;
de là vous voyez que vous ne tenez encore rien si dans
le commencement de la Cuisson la composition ne se
fait point de choses semblables, sans aucune opération
des mains.
Aussi, afin que ceux qui cherchent ce précieux secret ne se fatiguent point inutilement, il déclare que ce
magistère n'est autre chose que cuire l'argent-vif et le
Souffre jusqu'à se qu'ils deviennent une même chose.
L'argent vif empêche le Souffre de se brûler, et le
Souffre empêche l'argent vif de s'envoler et de se
dissiper; si le vaisseau est bien ferme, cela est facile à
comprendre par l'exemple suivant, ce qui cuit dans
l'eau commune ne peut se brûler, tandis qu'il y reste
de l'eau, mais dès que l'eau est consommée, ce qui
était avec elle se brûle immanquablement, c'est pour
cela que les philosophes ont tant recommandé qu'on
eut soin de bien fermer le vaisseau, afin que notre eau
bénite ne s'évapore point. J'ordonne donc que dans le
commencement on fasse un feu fort doux afin d'accoutumer
notre eau au feu sans se soucier qu'elle y soit,
tandis que vous verrez notre eau calme et sans sublimation,

...........................................................

67
Première figure Notre médecine est seulement composée de la nature Le Roi dont la tête est rouge, dont les yeux sont noirs et les pieds blancs est notre Magistère et il naît
sur deux montagnes couvertes d'arbres.

Deuxième figure Allons chercher la nature des quatre éléments au sein de la terre
Ici commence la solution des philosophes et se fait notre argent vif.

Troisième figure La pierre est composée des quatre éléments Ici les corps sont entièrement dissous en notre argent- vif et il se fait une eau mobile et blanche comme la
larme.

Quatrième figure La putréfaction des philosophes est à la tête du corbeau une noirceur transparente et claire
Ici les corps sont en putréfaction et ils deviennent une terre noire.

Cinquième figure La tête du corbeau une noirceur transparente Ce qui paraît ici au-dessus de la matière n'est autre chose que des vapeurs, ou des esprits ou de la fumée,
et cette terre qui est au-dessus de l'eau descendra et il
naîtra des vers
Ici est cette terre noire, jaunâtre et bourbeuse des ph(ilosoph)es et elle se tient au-dessus de l'eau.

Sixième figure la tête du corbeau La terre noire et bourbeuse des philosophes dans laquelle il naît des vers qui se dévorent les uns les
autres.

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68
Septième figure La tête du corbeau L'huile des philosophes Ici il naît un fils nouveau appelé Elixir. Cette terre noire et limoneuse est changée en argent-vif comme
auparavant et quand elle est dissoute de couleur d'huile,
on l'appelle huile des philosophes.

Huitième figure La maison obscure Le soufre des philosophes Ici la matière commence de blanchir et le dragon dévore ses ailes.

Neuvième figure La maison obscure Le soufre des philosophes Ici la matière est entièrement dépouillée de sa noirceur et elle devient blanche comme du lait.

Dixième figure La cendre des cendres Ces vapeurs noires sont rentrées dans leurs corps d'où elles étaient sorties et il s'est fait une conjonction
de la terre avec l'eau et la cendre se fait.

Onzième figure La rose blanche
Douzième figure La rose rouge
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69
Notice sur ce manuscrit
L'original a été vendu le 6 mars 1891, aux enchères, 28, rue des Bons-Enfants, pour la somme
de 17 francs. Chacornac l'avait poussé pour moi
jusqu'à (x) francs. Il fut adjugé à Vigot. Ce dernier
pour me consoler, eut l'extrême obligeance de me
le prêter.
C'était un petit manuscrit in 8, cartonné portant sur le dos le titre: Le don de Dieu chimique;
composé de 35 pages de textes et de 12 figures
coloriées (1) hors texte avec verso en blanc. Il était
d'une bonne écriture, le style et l'orthographe me
font penser que c'était une copie de la fin du
XVIIe siècle. Chaque page était encadrée d'un filet
rouge absolument comme dans la présente copie.
J'ai conservé l'orthographe ou plutôt les fautes d'orthographe telle qu'elles se trouvaient dans
l'original, jusqu'à la nomenclature des figures.
Les figures assez bien dessinées et exécutées avec beaucoup de soin ont dans l'original des
couleurs plus pâles, plus passées, que dans la
présente copie. Je les ai reproduites scrupuleusement,
mais je n'ai pas copié le fond qui encadrait
chaque matras. En effet dans l'original chaque
matras repose sur une prairie verdoyante ornée
d'arbres et de fleurs. Mais je les ai omises, cela
n'ayant aucune importance, et étant complètement
accessoire et simple dans un but ornemental.


1. Il a été récemment vendu en Angleterre un exemplaire de cet ouvrage en latin, sur vélin, écriture semi-
gothique, au prix de 350 francs (14 livres sterling) (prix
exact 364 F).

**** A T T E N T I O N ****

Fin du texte de ce document, ce document étant sujet à droits d'auteur.
**** A T T E N T I O N ****




TABLE DES MATIERES

Introduction ............................... 5

Note au manuscrit et bibliographie ......... 19 et 21

Critères de transcription .................. 24


LE DON DE DIEU ................................ 25

Notes complémentaires ...................... 50

Avertissement .............................. 52


LE PRECIEUX DON DE DIEU ....................... 53

Notice d'A. Poisson ........................ 69

Notice sur Georges Aurach .................. 70

Commentaire sur les douze figures
du Précieux don de Dieu .................... 74


LE DON DE DIEU (manuscrit présenté par
Mino Gabriele) ............................. 83
@

.... Ici est la reproduction du manuscrit
(non faite dans cette version)
@




La présente reproduction du manuscrit
« LE PRECIEUX DON DE DIEU » a été établie d'après l'exemplaire de la Bibliothèque
de l'Academia dei Lincei à Rome.
Nous l'avons reproduit avec un grand souci
de fidélité.

Il a été tiré 600 exemplaires tous numérotés,
sur papier Rivoli blanc. 50 exemplaires ont
été reliés par la Reliure d'Art à Limoges,
numérotés de I à L, qui constituent l'édition
originale.


Exemplaire n° 000234

Achevé d'imprimer sur les presses de l'Imprimerie Chirat 42540 Saint-Just-la-Pendue Dépôt légal 1988 n° 4163 pour le compte de J.-C. Bailly, Editeur

Reproduction partielle ou totale réservée (C) BAILLY - 1988
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Gutenberg Reprints ------------------
COLLECTION ALCHIMIE-HERMETISME
L'ENFANT HERMAPHRODITE DU SOLEIL ET DE LA LUNE Hautnorthon (1752) LA CLAVICULE DE LA PHILOSOPHIE HERMETIQUE T.F. Géron (1753) (Repli de couverture) CHANSONS INTELLECTUELLES SUR LA RESURRECTION DU PHENIX M. Maier (1758) DISCOURS PHILOSOPHIQUE SUR LES TROIS PRINCIPES S. Stuart de Chevalier (1781) LA LUMIERE TIREE DU CAHOS L. Grassot (1784) LE ROMAN ALCHIMIQUE L. Lucas (1857) HISTOIRE DE LA CHIMIE F. Hoefer (1869) NICOLAS FLAMEL A. Poisson (1893)

Couverture: J.-C. Bailly
@


Dans l'histoire de l'imagerie alchimique, le
Donum Dei, plus connu sous le titre « Précieux »
ou « Très-Précieux Don de Dieu » est l'un des
manuscrits qui a été le plus recopié par les amateurs
de l'antique science d'Hermès. Il a connu
de nombreuses variantes, depuis sa version primitive
qui ne comportait qu'une douzaine de figures
jusqu'à des versions plus élaborées auxquelles
on peut rattacher, le prestigieux Splendor Solis
oeuvre majeure de cette lignée des « manuscrits
alchimiques à vases ».
Notre version est à la fois l'une des plus anciennes
connues et l'un des tous premiers manuscrits
alchimiques illustrés du domaine français. Le
texte, traduit du latin et calligraphié vers la fin
du XVe siècle, vient commenter douze miniatures
représentant des vases animés, figurations pour
l'alchimiste de l'oeuf cosmique, augmentées d'une
treizième: L'Athanor.
La plupart des auteurs ont souligné l'extrême intérêt
de cette oeuvre. Notre reproduction est accompagnée
d'une introduction par Mino Gabriele, qui,
faisant le point sur ses sources les plus anciennes,
y décèle une origine arabe; et de la transcription
du manuscrit. On y a joint la copie d'une
autre version du Don de Dieu établie par Albert
Poisson en 1891, et accompagnée de ses commentaires.
Cette copie, qui fut aussi publiée par
Eugène Canseliet dans la revue « La Tour Saint-
Jacques » en 1957, présente un texte un peu plus
long, et constitue une version plus récente.

TIRAGE LIMITE
460 F

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