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Réfer. : AL0800A
Auteur : Geber.
Titre : La Somme de la perfection.
S/titre : ou l'abrégé du magistère
parfait. Livre premier.
Editeur : André Cailleau. Paris. B. d. Ph. C. T-I.
Date éd. : 1741 .
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pict

L A S O M M E D E L A P E R F E C T I O N

OU L'ABREGE DU MAGISTERE PARFAIT
D E G E B E R, PHILOSOPHE ARABE.
Divisé en deux livres.
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L I V R E P R E M I E R.
Avant-propos et Chapitre I.
DE LA MANIERE D'ENSEIGNER l'Art de Chimie, & de ceux qui sont capables de l'apprendre.
pict Ai réduit brièvement en cette
Somme de la Perfection toute la Science de Chimie, ou de la Transmutation des Métaux. Dans mes autres Livres, j'en avais fait plusieurs
Recueils que j'avais tiré & abrégé des

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86 LA SOMME DE GEBER.
Ecrits des Anciens: mais en celui-ci j'ai achevé
ce que je n'avais qu'ébauché en ceux-là.
J'y ai ajouté en peu de paroles ce que j'avais
omis dans les autres; j'y ai mis tout
au long ce que je n'avais dit ailleurs qu'imparfaitement,
& j'y ai déclaré entièrement
& aux mêmes endroits ce que j'avais celé
dans mes autres Oeuvres. Et je l'ai fait
afin de découvrir aux personnes intelligentes
& sages l'accomplissement & la perfection
d'une si excellente & si noble partie de
la Philosophie. Ainsi, ô mon cher Fils! je
puis t'assurer avec vérité que dans les Chapitres
généraux de ce Livre, j'ai mis suffisamment
le Procédé de cet Art tout entier
& sans nulle diminution. Et je proteste devant
Dieu, que quiconque travaillera comme
ce Livre enseigne de le faire, il aura la
satisfaction d'avoir trouvé la véritable fin
de cet Art, & d'y arriver. Mais, mon Cher,
je t'avertis aussi que celui qui ignorera les
Principes naturels de la Philosophie, est
fort éloigné de cette Connaissance, parce
que le véritable fondement, sur lequel il
doit appuyer son dessein, lui manque: comme
au contraire celui-là en est bien près qui
connaît déjà les Principes naturels des Minéraux.
Ce n'est pas que pour cela il ait
encore la véritable racine, ni la fin profitable
de cet Art très caché: mais ayant
plus de facilité à en découvrir les Principes,

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LA SOMME DE GEBER. 87
que celui qui forme quelque projet de notre
Oeuvre sans en connaître la voie ni la
manière, il est aussi moins éloigné que lui
de l'entrée de cette Science. Mais celui
qui connaîtra tous les Principes de la
Nature [1], quelles sont les Causes des Minéraux,
& de quelle manière la Nature les
forme, il n'y a que fort peu à dire qu'il ne
sache l'Oeuvre toute entière, quoique sans
ce peu-là qui lui manque, il soit absolument
impossible de faire notre Magistère.
Parce que l'Art ne peut pas imiter la Nature
en toutes ses Opérations, mais il l'imite
seulement autant qu'il lui est possible. Et
c'est ici un Secret que je te révèle, mon Fils,
qui est que ceux qui recherchent cet Art,
& les Artistes mêmes, manquent tous en ce
qu'ils prétendent imiter la Nature en toute
l'étendue & en toutes les différences & les
propriétés de son action. Applique-toi
donc soigneusement à étudier nos Livres,
& attache-toi surtout à celui-ci [2]. Considère
& médite mes paroles attentivement


[1] Outre les quatre Eléments, celui qui prétend parvenir
qui sont la Terre, à la Science de l'Oeuvre
l'Eau, l'Air & le Feu, Physique. M. Salomon.
qui sont les seuls Principes [2] Géber ayant dit au
que reconnaît la Philosophie commencement de ce Chapitre,
de l'Ecole, il y a les Principes qu'il a mis dans ce
Chimiques, qui sont le Livre le Procédé de l'Art
Sel, le Mercure & le Soufre, tout entier, autant qu'il est
dont la connaissance nécessaire, & qu'il y a ajouté
n'est pas moins nécessaire à ce qu'il avait omis dans
@

88 LA SOMME DE GEBER.
& très souvent, afin que t'étant rendu familière
notre manière de parler, & entendant
notre idiome ou langage particulier, tu
puisses pénétrer dans notre véritable intention
& la découvrir. Car tu trouveras dans
les Livres sur quoi faire un Projet assuré de
ce que tu cherches; tu y apprendras à éviter
toutes les erreurs, & par ce même
moyen tu sauras en quoi tu peux imiter la
Nature dans l'artifice de notre Oeuvre.


ses autres Traités, & déclaré & le plus utile de tous les
en celui-ci ce qu'il avait Livres que ce Philosophe a
celé dans les autres, il est composés sur la Transmutation
sans doute que cette Somme, des Métaux imparfaits.
ou Abrégé est le meilleur M. Salomon.
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C H A P I T R E II.
Division de ce Livre en quatre Parties.

V Oici l'ordre que je tiendrai en ce Livre: Premièrement, je parlerai succinctement des obstacles qui peuvent empêcher
l'Artiste de réussir & de parvenir à
la fin véritable [de l'Art]. A quoi j'ajouterai
les qualités que doit avoir celui qui
veut s'y appliquer. Secondement je convaincrai
les Ignorants & les Sophistes,
lesquels, à cause qu'ils ne peuvent comprendre
cet Art, & que par toutes les recherches
qu'ils en font, ils n'en retirent jamais
l'avantage ni le profit qu'ils s'étaient proposés,
posés
@

LA SOMME DE GEBER. 89
prétendent en détruire la vérité, en
soutenant que ce n'est rien du tout. Pour
cet effet je rapporterai premièrement toutes
leurs raisons, que je détruirai si évidemment,
qu'il n'y a personne de bon sens qui
ne voie que tout ce qu'ils allèguent contre,
n'a ni en tout, ni en partie, nulle apparence
de vérité. Troisièmement, je traiterai
des Principes naturels, c'est-à-dire des
Principes dont la Nature sert à faire ses
productions; j'expliquerai la manière dont
ils se mêlent ensemble dans les Mixtes, selon
qu'il se connaît par les Ouvrages de la
Nature; & je parlerai de leurs Effets suivant
l'opinion des Anciens Philosophes.
En quatrième & dernier lieu, je déclarerai
quels sont les Principes que l'on doit employer
pour la Composition de notre Magistère;
en quoi nous pouvons imiter la Nature,
& la manière de mêler & d'altérer ces
Principes selon le cours & la manière d'agir
ordinaire de la Nature; avec leurs Causes
& les Expériences manifestes qu'on en
peut faire, afin de donner moyen à l'Artiste
industrieux d'appliquer ces choses, &
de s'en servir à l'usage de notre Oeuvre.

Tome I. H
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90 LA SOMME DE GEBER.
pict

P R E M I E R E P A R T I E D U P R E M I E R L I V R E

Des empêchements à cet Art.
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C H A P I T R E III.
Division des empêchements.
C Es Empêchements en général viennent, ou de l'impuissance naturelle de l'Artiste, ou de ce qu'il n'a pas le
moyen de faire la dépense nécessaire, ou
de ce qu'il n'y peut vaquer à cause de ses
autres occupations. A l'égard de l'impuissance
naturelle de l'Artiste, elle vient, ou de
ses organes, qui sont ou faibles, ou tout à
fait corrompus; ou elle vient de son esprit
qui ne peut agir librement, soit par la mauvaise
disposition des mêmes organes, qui
sont ou pervertis, ou gâtés, comme
je l'ai dit, ainsi qu'il se voit aux Fous & Insensés;
soit parce que l'Esprit est plein de
fantaisies, & qu'il passe facilement d'une
opinion à une autre toute contraire; soit enfin
qu'il ne sache ce qu'il veut précisément,
ni à quoi se devoir déterminer.

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LA SOMME DE GEBER. 91
----------------------------------------

C H A P I T R E IV.
Des Empêchements à l'Oeuvre, qui peuvent
venir de la mauvaise disposition du Corps de l'Artiste.
V Oilà en gros quels sont les Empêchements à cet Oeuvre. Nous allons maintenant les examiner en détail, & l'un après
l'autre. Je dis donc que l'Artiste ne pourra
jamais faire notre Oeuvre, s'il n'a ses organes
entiers & sains: Par exemple, s'il
est aveugle, ou s'il est estropié des mains
& des pieds; parce que devant être le Ministre
de la Nature, il ne pourra pas s'en aider
pour faire les travaux nécessaires, &
sans lesquels l'Oeuvre ne peut être parfaite.
Il en sera de même, s'il a le Corps infirme
ou malade, comme ceux qui ont la fièvre,
ou qui sont ladres, à qui les membres tombent
par pièces; s'il est dans la décrépitude,
& dans une extrême vieillesse: car il est certain
qu'un Homme qui aura quelques-unes
de ces imperfections, ne pourra jamais de
lui-même, [& travaillant seul], faire l'Oeuvre,
ni la conduire à sa dernière perfection.

H ij
@

92 LA SOMME DE GEBER.
----------------------------------------

C H A P I T R E V.
Des Empêchements qui viennent de l'Esprit.

C E sont là les Empêchements que l'Artiste peut avoir de la part du Corps. Ceux qui peuvent lui survenir du côté de
l'Esprit, sont encore plus considérables &
plus nuisibles à l'accomplissement de l'Oeuvre.
Les voici. Un Homme, qui n'a pas
l'esprit naturellement assez bon pour rechercher
subtilement les Principes naturels
& pour découvrir quels sont les fondements
de la Nature & les artifices par lesquels on
peut imiter cette grande Ouvrière dans ses
Opérations; celui-là ne trouvera jamais la
véritable racine, ni le commencement de
cet Art très précieux. Car il y en a beaucoup
qui ont la tête dure, qui n'ont pas
l'Esprit de faire aucune recherche, qui ont
de la peine à concevoir ce qu'on leur dit le
plus clairement, & dans les termes les plus
intelligibles & les plus usités; & qui ne
sauraient qu'avec difficulté comprendre
les ouvrages qui se font ordinairement devant
leurs yeux. Il y en a d'autres qui conçoivent
aisément tout ce qu'ils veulent, &
qui, à cause de cette facilité qu'ils ont,
croyant bien souvent avoir découvert la
vérité, ils se heurtent opiniâtrement à leur

@

LA SOMME DE GEBER. 93
sens, quoique ce qu'ils s'imaginent ne soit
qu'une fantaisie vaine, absurde, & tout
à fait éloignée de la raison; parce qu'elle
n'a aucune conformité avec les Principes
naturels. Cela vient de ce que ces Gens-là,
ayant la tête remplie d'imaginations & de
vapeurs, ils sont incapables de recevoir les
impressions & les véritables notions des
choses naturelles. Il y en a aussi qui n'ont
pas l'esprit ferme ni arrêté, qui passent facilement
d'une opinion & d'un dessein à un
autre; qui croient parfois une chose comme
certaine, & qui s'y attachent sans nulle
raison; puis ils changent aussitôt de sentiment
& de volonté, avec aussi peu de fondement.
Et comme ils ont l'esprit volage,
ils entreprennent plusieurs ouvrages qu'ils
ne font seulement qu'ébaucher, sans en
achever jamais aucun. Il y en a d'autres
stupides comme des Bêtes, qui ne sauraient
comprendre aucune vérité en ce
qui concerne les choses naturelles; comme
sont les Fous, les Imbéciles & les Enfants.
[1]. D'autres ont simplement du mépris
pour notre Science, ne pouvant croire


[1] Il faut entendre ceux fuses, ils naissent dans l'ignorance
qui sont nés pour être ignorants, de toutes choses;
c'est-à-dire, qui sont mais il sont capables d'en
naturellement incapables de acquérir la connaissance par
comprendre les Vérités les leur étude & par leur travail,
plus claires & les plus intelligibles. à moins qu'ils ne soient
Les hommes tout à fait stupides. M. Sal.
n'ayant pas les Sciences in-

@

94 LA SOMME DE GEBER.
qu'elle soit possible; & ceux-là, la Science
les méprise tout de même, & elle les éloigne
d'elle, comme indignes d'arriver jamais
à l'accomplissement d'une Oeuvre si
précieuse. Enfin il y en a qui sont Avares
& Esclaves de leur argent. Ceux-là voudraient
bien trouver notre Art, ils sont
persuadés qu'il est véritable, & ils le cherchent
même par raisonnement; mais ils craignent
la dépense, & leur avarice est cause
qu'ils ne font rien. Tous ces Gens-là ne
sauront jamais notre Oeuvre. Car comment
ceux qui l'ignorent, ou qui ne se
soucient pas de la chercher, pourraient-
ils en avoir la connaissance?

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C H A P I T R E VI.
Des Empêchements extérieurs.
A Près avoir parlé dans les deux Chapitres précédents de tous les Obstacles provenant des deux parties essentielles de
l'Homme, qui peuvent l'empêcher de réussir
en cet Oeuvre il nous reste à dire ici un
mot des Empêchements, qui lui survenant
de dehors, peuvent tout de même rendre
son dessein inutile. Il y a des Gens fort spirituels
& adroits, qui ne sont pas même
ignorants dans les Ouvrages de la Nature,
qui la suivent & l'imitent en ses Principes,

@

LA SOMME DE GEBER. 95
& en toutes ses Opérations, autant qu'on
peut le faire; & qui outre cela ont l'imagination
assez forte pour pénétrer dans toutes
les choses qui se font régulièrement ici-bas
par les actions de la Nature. Et cependant
ces Gens-là, avec toutes ces lumières &
tous ces avantages, sont contraints d'abandonner
le Magistère, tout admirable qu'il
est, & ils ne sauraient y travailler, pour
être dans la dernière nécessité, & ne pouvoir
faire la moindre dépense. Il s'en trouve
d'autres qui ont de la curiosité pour cette
Science; mais soit, parce qu'ils sont ou
embarrassés dans les vanités du monde, ou
occupés dans les grands emplois, ou accablés
de soins; soit, parce qu'ils se donnent
entièrement aux affaires de la vie, notre
Science les fuit & s'éloigne d'eux. Voilà
tous les Obstacles qui empêchent les Hommes
de réussir dans notre Art.

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C H A P I T R E VII.
Conclusion de cette première Partie.
Quel doit être l'Artiste.
O N voit par les choses que nous venons de dire, que celui qui se veut appliquer à notre Oeuvre, doit avoir plusieurs
qualités. Premièrement. il doit être
savant & consommé dans la Philosophie

@

96 LA SOMME DE GEBER.
naturelle. Car quoiqu'il fût riche, qu'il
eût bien de l'esprit & beaucoup d'inclination
pour notre Art, il ne le saura jamais,
n'ayant pas étudié ni appris la Philosophie
naturelle: parce que cette Science lui donnera
des lumières & des ouvertures que son
esprit, quelque vif qu'il soit, ne lui saurait
suggérer. Et ainsi l'étude réparera le
défaut de l'intelligence naturelle. En second
lieu, il faut que l'Artiste ait naturellement
un esprit vif, pénétrant & industrieux,
parce que quand il posséderait toutes
les Sciences, si naturellement il n'a de
l'industrie & de l'adresse, il ne sera jamais
Philosophe. Car venant à faillir dans son
travail, il y remédiera sur l'heure par son
industrie; ce qu'il ne ferait pas, si, pour
corriger sa faute, il n'avait nulle autre aide
que sa Science toute seule. Comme par la
Science, qu'il aura acquise, il lui sera pareillement
facile d'éviter beaucoup de fautes,
où il pourrait tomber sans elle, &
s'il n'avait que sa seule industrie pour l'en
garantir. Parce que l'Art & l'Esprit s'entraident
mutuellement, & suppléent au
défaut l'un de l'autre. Il est encore nécessaire
que notre Artiste soit ferme & résolu
dans ce qu'il aura entrepris, & qu'il ne
s'amuse pas à changer incessamment, en faisant
tantôt un essai & tantôt un autre. Etant
très certain que notre Art ne consiste point
en
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LA SOMME DE GEBER. 97
en la pluralité des choses. Et ce n'est point
assurément en cela que gît sa perfection.
Car il n'y a qu'une seule Pierre, qu'une
seule Médecine, & qu'une seule Cuisson:
Et c'est en cela uniquement que consiste
tout notre Magistère, auquel nous n'ajoutons
aucune chose étrangère, & nous n'en
diminuons rien aussi, si ce n'est que dans la
préparation que nous lui donnons, nous
en ôtons ce qui est d'inutile & de superflu.
Une des choses qui est encore fort nécessaire à l'Artiste, c'est qu'il doit s'attacher
soigneusement à son travail, jusques
à ce qu'il l'ait entièrement achevé; & il ne
doit point l'abandonner à moitié fait; autrement
son Ouvrage, ainsi imparfait, au
lieu de lui donner du profit & de l'instruction,
ne lui causerait que du dommage & du
désespoir.
Il est encore nécessaire qu'un Artiste connaisse les Principes & les Racines principales,
& qui sont de l'essence de notre
Oeuvre. Car celui qui ne saura par où il
faut le commencer, n'en trouvera jamais
la fin. C'est pourquoi je te parlerai bien
au long de tous ces Principes en ce Livre,
& ce que j'en dirai sera assez clair & intelligible
aux Sages & aux Avisés, & suffira
pour leur donner l'intelligible de notre
Art.
Il faut de plus, que l'Artiste soit modéré, Tome I. * I
@

98 LA SOMME DE GEBER.
& qu'il ne soit pas sujet à s'emporter,
de peur que venant à se dépiter, il ne gâtât,
dans son emportement, l'Ouvrage qu'il
aurait commencé.
Il ne lui est pas moins nécessaire de conserver & d'épargner son argent, qu'il ne
doit pas dissiper en de folles dépenses, &
mal à propos, sur la vaine confiance du
succès de son Ouvrage, de crainte que
s'il ne réussissait pas, il ne tombât dans la
nécessité & dans le désespoir; ou que peut-
être, lorsque par son industrie & par son
raisonnement, il approcherait de la vérité,
& qu'il l'aurait presque découverte, il n'ait
pas de quoi la mettre en exécution, pour
s'être inconsidérément épuisé. Il en est de
même de ceux qui ne sachant rien, lorsqu'ils
commencent de s'appliquer à cet Art,
font des dépenses excessives & se ruinent
en mille choses inutiles. Car s'ils viennent
ensuite à découvrir la vérité, & la véritable
voie qu'il faut tenir, ils n'ont pas de quoi
pouvoir travailler. Ce que les afflige en
deux manières; & parce qu'ils ont inutilement dépensé leur argent, & qu'ils ont
perdu le moyen d'acquérir facilement &
bientôt une Science si admirable. Cette
Science n'est donc pas pour les Pauvres ni
pour les Misérables; au contraire elle est
leur Ennemie, & leur est entièrement opposée.

@

LA SOMME DE GEBER. 99
Mais je t'avertis qu'il n'est point nécessaire que tu dépenses ton bien à cette recherche.
Car je t'assure que si tu sais une
fois les Principes de cet Art, & que tu
comprennes bien ce que je t'enseignerai,
tu parviendras à l'entière perfection de
l'Oeuvre, sans qu'il t'en coûte guères, &
sans que tu sois obligé à faire aucune dépense
considérable en tout ton travail. Après
cela, si tu perds ton argent pour avoir
méprisé de suivre les avis & les enseignements
que je te donne dans ce Livre,
tu auras tort de me maudire & de t'en
prendre à moi, de ce que tu devras n'imputer
qu'à ton ignorance & à ta sotte présomption.
Voici un autre avis fort important que j'ai encore à te donner. Ne t'amuse point aux
Sophistications qu'on peut faire en cet Art;
mais applique-toi uniquement à la seule
perfection. Car notre Art ne dépend que
de Dieu seul, qui le donne & qui l'ôte
à qui lui plaît. Et comme il est tout-puissant
& infiniment adorable, & juste autant
que miséricordieux, il te punirait infailliblement
des tromperies que tu ferais par tes
Ouvrages sophistiques: Et non seulement
il ne permettrait pas que tu eusses la connaissance
de notre Art, mais il t'aveuglerait
& te ferait tomber de plus dans l'erreur,
& de l'erreur il te plongerait dans la
I ij
@

100 LA SOMME DE GEBER.
misère & dans le malheur, d'où tu ne sortirais
jamais. Et certes il n'est rien de si
misérable & de si malheureux qu'un Homme
à qui Dieu refuse la grâce de pouvoir
connaître & de voir la vérité, & de savoir
s'il a bien ou mal fait, après avoir longtemps
travaillé, & avoir poussé son Ouvrage
jusques à la fin, parce qu'il demeure
toujours dans l'erreur: Et quoi qu'il travaille
incessamment, il ne sort jamais de la
misère & du malheur où il est; & perdant
ainsi la plus grande consolation & la plus
grande joie qu'on puisse avoir en ce Monde,
il passe toute sa vie dans la pauvreté &
dans l'affliction, sans avoir de quoi se survenir
ni se pouvoir consoler.
Au reste, lorsque tu travailleras, prends bien garde à tous les signes qui paraissent
en chaque Opération ou Cuisson; retiens-
les soigneusement en ta mémoire, & tâche
d'en découvrir la Cause, en étudiant attentivement
les Livres de cette Science.
Ce sont là les qualités nécessaires à un véritable Artiste. Que s'il lui en manque
quelqu'une, je lui conseille de ne se point
appliquer à notre Art.

@

LA SOMME DE GEBER. 101
pict

S E C O N D E P A R T I E.
Où sont rapportées & réfutées les Raisons
de ceux qui nient l'Art de Chimie.
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C H A P I T R E VIII.
Division de ce qui sera contenu en cette
seconde Partie.
A Yant traité dans la première Partie de ce Livre, de ce qui peut empêcher de réussir en notre Art; & ayant suffisamment
parlé des qualités que doit avoir
celui qui s'y veut appliquer, suivant l'ordre
que nous nous sommes proposés, il
faut maintenant examiner ce que les Sophistes
& les Ignorants ont à dire contre la
possibilité de notre Science. Voyons donc
premièrement quelles sont leurs raisons &
nous les réfuterons ensuite, faisant voir
clairement aux Personnes intelligentes qu'elles
n'ont rien de solide ni de véritable.

I iij
@

102 LA SOMME DE GEBER.
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C H A P I T R E IX.
Raisons de ceux qui nient simplement l'Art.

I L y a de deux sortes de Gens qui nient notre Art, & qui tâchent de le détruire. Les uns le nient absolument, & les autres
ne le nient que sur diverses suppositions
qu'ils font. Voici comment raisonnent les
premiers.
I. Toutes les choses, disent-ils, sont distinguées en plusieurs Espèces différentes.
Et cela vient de ce que dans la composition
des Mixtes les Eléments ne sont pas mêlés
ni unis en même proportion en tous.
Ainsi, ce qui fait qu'un Cheval est d'une espèce
différente que celle d'un homme, c'est
que la proportion des Eléments est toute
autre dans la composition d'un Cheval,
que dans celle d'un Homme. Il en est généralement
de même des autres différences,
qui se remarquent en toutes choses, & il
en est par conséquent de même dans les
Minéraux. Car le mélange & la proportion
des Eléments dans les Mixtes, est ce qui leur
donne la forme & la perfection; & par ainsi
c'est ce qui en fait la différence d'avec
les autres choses. Or il est certain que cette
proportion nous est entièrement inconnue.
Comment donc pouvoir former un

@

LA SOMME DE GEBER. 103
Mixte, & en faire le mélange & la composition?
Que s'il est vrai, comme il l'est
en effet, que nous ignorions quelle est la
véritable proportion des Eléments dans l'Or
& dans l'Argent, il s'ensuit nécessairement
de-là que nous ne saurons jamais comment
il les faut former. Et partant, concluent-ils,
l'Art que vous dites qui fait
l'Or & l'Argent, est inutile & impossible.
2. D'ailleurs, quand on connaîtrait même exactement la véritable proportion des
Eléments, & combien il entre de chacun
d'eux dans la Composition de l'Or & de
l'Argent, on ne saurait pas pour cela la
manière de bien mêler & unir ces mêmes
Eléments ensemble pour en faire ces deux
Métaux; parce que la Nature ne les formant
que dans les Mines, qui sont cachées
dans le profond de la Terre, on ne la voit
point travailler. Ne sachant donc de quelle
manière se fait le mélange des Eléments,
dans la composition de l'Or & de l'Argent;
il est certain, par conséquent, qu'on
ne les saurait faire.
3. Mais supposé qu'on sût au juste, & la proportion des Eléments, & la manière
de les mêler, il ne s'ensuivrait pas, qu'en
faisant leur mélange, on pût bien proportionner
la chaleur, qui est l'Agent, par le
moyen duquel le Mixte se fait tel qu'il est,
& est rendu parfait. Car pour former les
I iiij
@

104 LA SOMME DE GEBER.
Métaux, la Nature se sert pour chacun
d'eux, d'un certain degré de chaleur, qui
nous est inconnu. Comme nous ne connaissons
point non plus toutes les autres
différentes Causes efficientes, sans le concours
desquelles la Nature ne saurait produire
ni achever ses Ouvrages. Et partant
puisque toutes ces choses nous sont inconnues,
il s'ensuit évidemment que nous devons
aussi ignorer la manière de faire
le Magistère.
4. Outre ces raisons qu'ils allèguent, ils se servent encore de l'expérience. Car ils
disent premièrement que depuis plus de
mille ans ençà, on sait que plusieurs Personnes
fort sages, se sont appliquées à la
recherche de cette Science; de sorte que
si on l'eût pu faire par quelque manière que
ce fût, il est sans doute que depuis un si
longtemps, elle devrait avoir été faite plus
de mille fois; cependant on n'en a jamais
ouï parler. Ils disent secondement qu'il y
a plusieurs Princes & plusieurs Rois, qui
ne manquaient ni de richesses ni d'Hommes
fort savants & fort éclairés, lesquels
ont souhaité passionnément de trouver cet
Art, qui ne l'ont pourtant jamais trouvé,
quelque étude & quelque dépense qu'ils
aient faite pour cela. Ce qui est une preuve
convaincante que ce n'est qu'une pure
imagination.

@

LA SOMME DE GEBER. 105
5. De plus, les Philosophes qui ont fait semblant d'enseigner cette Science dans
leurs Livres, ne l'ont pourtant point enseignée,
& on n'y a jamais pu découvrir cette
vérité. Ce qui fait voir évidemment que
cette Science n'est rien du tout.
6. Voici une autre de leurs raisons. Nous ne saurions imiter la Nature dans
les Compositions les plus faibles & les plus
aisées à détruire. Par exemple, nous ne
saurions faire un Cheval, ni quelque autre
Mixte semblable, quoi qu'ils soient
d'une Composition très faible, & qui est
presque sensible. Donc à plus forte raison
nous ne saurions faire la mixtion des deux
Métaux, laquelle est très forte; comme
il se voit par la grande difficulté qu'il y a
de les résoudre, & de les réduire en leurs
propres Eléments, & en leurs premiers Principes.
Outre que nous ne saurions même
connaître leur mixtion, ni par nos sens, ni
par aucune épreuve.
7. On ne voit point, disent-ils, qu'une Espèce se change en une autre, ni qu'elle
puisse y être réduite par aucun artifice. Par
exemple, que d'un Boeuf il s'en fasse une
Chèvre. Comment donc pouvoir changer
les uns en les autres les Métaux qui sont de
différente espèce entr'eux & du Plomb en
faire de l'Argent? C'est une chose qui
paraît ridicule & qui est tout à fait éloignée

@

106 LA SOMME DE GEBER.
de la vérité, fondée sur les Principes même
de la Nature.
8. Ils disent de plus: Il est certain que la Nature emploie mille ans à purifier les Métaux
imparfaits, & à leur donner la perfection
de l'Or. Comment donc un Homme,
qui pour l'ordinaire ne vit pas cent ans,
pourra-t-il vivre assez de temps pour transmuer
en Or les Métaux imparfaits, puisqu'il
lui faudrait mille ans pour le faire?
Que si on voulait dire que les Philosophes
achèvent en peu de temps, par leur Art, ce
que la Nature ne fait qu'en un grand nombre
d'années, parce qu'en beaucoup de
choses l'Art supplée au manquement de la
Nature. Ils répondent que cela ne se peut
point faire, surtout dans les Métaux; parce
que les Métaux n'étant faits que de vapeurs
très subtiles, & par ainsi n'ayant besoin,
pour leur cuisson, que d'une chaleur
tempérée, qui épaississe également en
eux-mêmes leur humidité particulière, afin
qu'elle ne s'enfuie ni ne les quitte point,
par quelque chaleur que ce soit, & qu'ils
ne demeurent pas privés de cette humidité,
qui n'est autre chose que le Mercure, qui
leur donne la malléabilité & l'extension,
il est certain que si par artifice on veut abréger
le temps que la Nature met à faire la
cuisson des Minéraux, & des Corps métalliques,
cela ne se pourra faire qu'en se servant

@

LA SOMME DE GEBER. 107
d'une chaleur plus forte que celle
dont la Nature se sert. Et ainsi cette chaleur
excessive, au lieu d'épaissir également
le Mercure, qui est l'humidité métallique,
elle le dissoudra & le dissipera en le faisant
sortir de la composition. Car c'est une
Maxime assurée, qu'il n'y a que la chaleur
douce & modérée qui puisse épaissir l'humidité
[Mercurielle] & lui faire prendre
Corps, ni qui en fasse une parfaite mixtion;
& que la chaleur trop violente la détruit.
9. Ils font encore une autre objection. L'Etre & la perfection des choses vient,
disent-ils, des Astres, comme étant les
premières Causes qui, dans les Corps sublunaires,
influent la Forme & la perfection,
& qui impriment dans la Matière le
mouvement qui tend à la génération, & à
la production, pour produire ou pour détruire
[les Individus] des Espèces. Or cela
se fait tout à coup & dans un instant, lorsqu'un
seul ou plusieurs Astres, par leur
mouvement régulier, sont arrivés dans le
Firmament à un certain point fixe & déterminé,
duquel vient l'Etre ou la Forme &
la perfection. Car toutes les choses d'ici-
bas reçoivent dans un moment leur Forme
& leur Etre d'une certaine position des Astres.
Et comme il y a plusieurs de ces positions,
& non pas une seule, & qui toutes
sont différentes les unes des autres; de

@

108 LA SOMME DE GEBER.
même que leurs Effets sont aussi différents
entre eux; il n'est pas possible que l'on
puisse remarquer ni distinguer exactement
une telle diversité, & une si grande différence
de positions; parce qu'y en ayant une
infinité, elle nous sont inconnues. Quelle
apparence donc qu'un Philosophe supplée
& répare en son Oeuvre le défaut qui y arrivera,
pour ne pas connaître la différence
des diverses positions, où les Astres se
trouvent successivement par leur mouvement
continuel; Mais supposons qu'un
Philosophe connaisse même certainement
quelle est la véritable position d'une ou de
plusieurs Etoiles, qui donne la perfection
aux Métaux; il ne fera pas encore pour cela
ce qu'il prétend. Car l'artifice ne saurait
en un instant préparer ni disposer quelque
Matière que ce puisse être à recevoir
une forme. Parce que la disposition, que
l'on donne à la Matière, est un mouvement
qui ne se peut faire que successivement
& peu à peu. Et partant les Astres influant
la Forme en un instant, & l'Artiste
ne pouvant en un instant disposer la
Matière à la recevoir; il est certain que
la Matière, sur laquelle on prétend introduire
la Forme de l'Or, ne la recevra
jamais.
10. Enfin, nous voyons, disent-ils, que régulièrement dans les choses naturelles, il

@

LA SOMME DE GEBER. 109
est bien plus facile de détruire une chose
que de la faire: Or il est constant que c'est
une chose très difficile que de détruire l'Or:
Comment donc prétendre de le faire?
C'est par ces raisons, & par quelques autres, qui n'ont pas plus d'apparence, que
ceux qui nient simplement notre Art, prétendent
en faire voir l'impossibilité. Mais
toutes ces raisons ne sont que des Sophismes,
que je réfuterai après avoir premièrement
établi la vraie intention pour
l'accomplissement de notre Oeuvre. Après
quoi je rapporterai & réfuterai aussi les raisons
de ceux qui nient cet Art sous quelques
conditions.

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C H A P I T R E X.
Que l'Art ne doit & ne peut pas même imiter
exactement la Nature en toute l'étendue de ses différentes actions, où il est parlé des Principes des Métaux.
A Vant que répondre à toutes ces raisons, il faut remarquer les Principes, qui servent de Matière & de fondement
à la Nature pour former les Métaux,
& qui selon quelques Philosophes, sont le
Soufre & l'Argent-vif, ont une composition
& une union très forte & resserrée
par ensemble. Et de là vient qu'il est fort

@

110 LA SOMME DE GEBER.
difficile de dissoudre & de désunir ces Principes.
Parce que ces deux Matières étant
mêlées, elles ne s'épaississent & ne s'endurcissent
ensemble, autant qu'il est nécessaire
pour être rendues malléables, [c'est-à-
dire pour pouvoir être étendues sous le
marteau] sans se casser & sans se désunir,
qu'à cause que leur mélange & leur digestion
ne se faisant dans les Mines que peu à
peu, que successivement, & durant un longtemps,
par une chaleur fort douce, & fort
modérée, qui les épaissit; il ne se perd &
ne s'exhale rien de leur humidité visqueuse.
Mais il faut tenir pour une Maxime générale & assurée: Premièrement, que nulle
Matière humide ne peut s'épaissir qu'auparavant
ses plus subtiles parties ne s'évaporent,
& que les plus grossières ne demeurent,
si dans la Composition il y a plus
d'Humide que de Sec: Secondement, que
le véritable & l'exact mélange du Sec & de
l'Humide consiste en ce que l'Humide soit
tempéré par le Sec, & le Sec par l'Humide;
& que des deux il se fasse une seule
Substance, laquelle soit homogène en toutes
ses parties, qui soit tempérée entre le
dur & le mou, & qui puisse s'étendre sous
le marteau. Ce qui n'arrive que par le mélange,
qui se fait durant un longtemps, de
l'Humide gluant & visqueux, & d'une Terre
très subtile, qui se mêlent ensemble exactement

@

LA SOMME DE GEBER. 111
par leurs moindres parties, jusques
à ce que l'Humide soit la même chose que
le Sec, & le Sec le même que l'Humide.
Or cette Substance subtile, que nous avons
dit qui devait s'exhaler de l'Humide ne se
résout & ne s'évapore pas tout à coup;
mais cela se fait lentement & peu à peu,
& en plusieurs milliers d'années; parce que
la Substance des Principes, dont la Nature
se sert est homogène, & toute uniforme;
c'est-à-dire, entièrement semblable.
Si donc cette Substance subtile s'exhalait
soudainement; comme l'Humide n'est
pas une chose différente du Sec (puisqu'à
cause de leur mélange si exact, ils ne sont
tous deux qu'une même chose) il est sans
doute que l'Humide ne pourrait s'exhaler
qu'avec le Sec: & par ainsi tout s'en irait
en fumée; & dans la résolution qui se ferait
de l'Humide, il ne pourrait point être
détaché ni séparé du Sec, étant si fortement
unis l'un avec l'autre. Nous en avons
une expérience convaincante dans
la Sublimation des Esprits. Car ces Esprits
venant à se résoudre soudainement
par la Sublimation, [c'est-à-dire, une partie
de ces Esprits, qui s'élèvent dans le
Vaisseau, se détachant de l'autre, qui demeure
au fond] l'Humide n'est point séparé
du Sec, ni le Sec de l'Humide, en sorte
qu'ils soient divisés entièrement dans les

@

112 LA SOMME DE GEBER.
parties dont ils sont faits, c'est-à-dire, séparés
dans leurs premiers Principes; mais
leur Substance monte toute entière, ou
s'il se fait quelque dissolution de leurs parties,
ce n'est que bien peu. Il est donc
vrai que ce qui fait épaissir les Métaux,
[ou leur Matière], c'est l'évaporation,
qui se fait successivement & également de
l'Humide subtil & vaporeux. Or nous ne
pouvons point faire cet épaississement de la
manière que la Nature le fait; & par conséquent
nous ne saurions imiter la Nature
en cela. Aussi il ne nous est pas possible
de l'imiter en toutes les différences de ses
propriétés: comme nous l'avons dit dans
l'Avant-propos de ce Livre. Nous ne prétendons
donc pas imiter la Nature à l'égard
de ses Principes, ni dans la proportion
qu'elle garde, lorsqu'elle mêle les Eléments,
ni dans la manière dont elle les
mêle les uns avec les autres; ni dans l'égalité
de la chaleur, par laquelle elle épaissit
& corporifie les Métaux; d'autant que ce
sont des choses, qui toutes nous sont impossibles,
& qui nous sont absolument inconnues.
Cela étant présupposé, nous allons
maintenant réfuter les raisons de ceux
qui, par leur ignorance, nient un Art si
excellent.

Chap. XI.
@

LA SOMME DE GEBER. 113
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C H A P I T R E XI.
Réfutation des Raisons de ceux qui nient
l'Art absolument.
Q Uand ils disent donc que nous ignorons la proportion des Eléments, que nous ne savons pas de quelle manière ils
sont mêlés, que nous ne connaissons point
au juste le degré de la chaleur qui épaissit
& corporifie les Métaux, & que
plusieurs autres causes, aussi bien que les
accidents que la Nature produit par ses actions,
nous sont inconnues: nous en demeurons
d'accord. Mais il ne s'ensuit pas
pour cela que notre Science soit impossible.
Car si nous ne pouvons pas savoir toutes
ces choses, nous ne nous soucions pas aussi
de les savoir; puisque la connaissance
que nous en aurions, ne pourrait de rien
servir à notre Oeuvre: & que pour la faire
nous nous servons d'un autre Principe &
d'une autre manière de produire les Métaux;
en quoi nous pouvons imiter la Nature.
A ce qu'ils nous objectent que les Philosophes & les Rois ont recherché cette
Science inutilement, je réponds en un mot,
Tome I. K
@

114 LA SOMME DE GEBER.
que cela n'est point vrai; parce qu'il est
certain qu'il y a eu des Rois (quoi que
fort peu), surtout parmi les Anciens, qui
l'ont sue, & que de notre temps même, il y
a des Personnes sages qui l'ont trouvée, par
leur seule industrie. Mais ils n'ont point
voulu la révéler ni de vive voix, ni par écrit
à ces sortes de Gens, comme en étant
indignes. De sorte que ces Gens-là n'ayant
jamais connu personne qui la sût, ils se
sont imaginé faussement, que personne ne
l'a jamais sue.
Pour ce qui est de ce qu'ils disent avec aussi peu de raison, que ne pouvant imiter la
Nature dans les plus faibles mixtions
qu'elle fait des Eléments, comme dans la
composition d'un Ane & d'un Boeuf, il
s'ensuit que nous pouvons encore moins
l'imiter dans les mixtions, qui sont plus
fortes, (telles que sont celles de Métaux:)
il est aisé de leur faire voir qu'ils se trompent
lourdement en plusieurs choses: Car
premièrement leur raisonnement n'étant
fondé que sur une comparaison qu'ils font,
ou sur une conséquence qu'ils tirent du
plus au moins; Cette conséquence n'est
pas de nécessité; mais de contingence; c'est-
à-dire, que cela ne conclut pas nécessairement;
mais il prouve seulement que cela
peut être, comme il peut être en plusieurs
occurrences. Et ainsi ce n'est pas une conviction,

@

LA SOMME DE GEBER. 115
qui puisse nous forcer à avouer
l'impossibilité de notre Art. Secondement,
il y a un autre moyen de leur faire connaître
leur erreur, en ce qu'ils ne font point
voir qu'il y ait aucune ressemblance, pas
même apparente, entre la composition
faible des Animaux, & la mixtion forte &
serrée des Minéraux. Et la raison en est,
parce que ce qui donne la perfection aux
Animaux & aux Végétaux, qui ont une
Composition faible, ce n'est pas la proportion
(des Eléments) ni la Matière qui
est mêlée avec proportion, ni les qualités
de cette Matière, dont la mixtion est
faite, ni la mixtion même qui est l'effet
de l'action & de la passion de ses qualités,
& qui n'est que l'union & l'assemblage des
premières qualités. Ce n'est, dis-je, nulle
de ces choses qui donne la perfection aux
Animaux & aux Végétaux: mais, selon
l'opinion de plusieurs, c'est l'Ame
sensitive & végétative, laquelle vient des
secrets de la Nature; c'est-à-dire, ou de
la Quint-essence, ou du premier Agent.
Ce que nous avançons sur le sentiment de
plusieurs, parce que c'est une chose que
nous avouons qui nous est cachée & inconnue.
C'est pourquoi encore que la composition
des Animaux & des Végétaux soit
faible; nous ne saurions pourtant ni les
faire, ni leur donner la perfection; parce
K ij
@

116 LA SOMME DE GEBER.
que nous ne saurions leur donner l'Ame,
qui est ce qui les rend parfaits. D'où il est
évident, que si nous ne pouvons donner
la perfection à un Boeuf, où à une Chèvre,
le défaut n'en vient pas de ce que nous
n'en saurions faire la mixtion; mais de la
part de l'Ame, que nous ne saurions leur
donner. Car pour ce qui est de faire une
Composition moins forte, ou plus forte;
comme d'en faire une moins faible, ou une
plus faible, nous en viendrons aisément
à bout par notre artifice, en imitant la
voie & le cours de la Nature. Il n'est
donc pas vrai ce qu'ils disent, Qu'il y a
plus de perfection dans les Métaux, que
dans les choses vivantes; puisqu'au contraire
il y en a moins, à cause que la perfection
des Métaux consiste plus dans la
proportion & dans la composition des
Eléments, qu'en autre chose: c'est-à-dire,
que dans l'Ame, qui donne la vie. Et partant,
comme les Métaux ont moins de perfection
que les Animaux & les Végétaux,
il nous est aussi plus facile de les parfaire
qu'eux. C'est ainsi que Dieu diversifie les
perfections de ses Créatures. Car dans celles,
dont la Composition naturelle est faible,
il a mis une plus noble & plus grande
perfection, par le moyen de l'Ame qu'il
leur a donnée. Et à celles dont il a fait la
Composition plus forte, & plus ferme (comme

@

LA SOMME DE GEBER. 117
sont les Pierres & les Minéraux) il leur
a donné une perfection beaucoup moindre
& moins noble, parce qu'elle ne consiste
que dans la seule manière de leur mixtion.
La comparaison qu'ils font n'est donc pas
juste ni bonne; car la composition d'un
Boeuf & d'une Chèvre, n'est pas ce qui
nous empêche de former un Boeuf & une
Chèvre; mais c'est la Forme (ou l'Ame)
qui donne la perfection à ce Boeuf & à
cette Chèvre, laquelle est plus excellente
& plus inconnue, que n'est la Forme, qui
donne la perfection au Métal.
Ils ne sont pas plus véritables, lorsqu'ils disent qu'une Espèce ne se change point
en une autre Espèce. Car une Espèce se
change en une autre, lorsqu'un Individu
d'une Espèce se change dans l'Individu
d'une autre. Car nous voyons qu'un Ver
se change naturellement, & même par artifice,
en une Mouche, laquelle est d'une
Espèce différente du Ver. D'un Taureau,
qu'on suffoque, il en naît des Mouches à
miel. Le Blé dégénère en Ivraie, &
d'un Chien mort il se forme des Vers, par
la fermentation de la putréfaction. Il est
vrai que ce n'est pas nous qui les faisons;
mais c'est la Nature, à laquelle nous fournissons
les choses nécessaires pour agir. Il
en est la même chose de la Transmutation
des Métaux. Ce n'est pas nous qui les

@

118 LA SOMME DE GEBER.
transmuons, c'est la Nature, à laquelle, par
notre artifice, nous préparons la Matière
& lui disposons les voies; parce que d'elle-même
elle agit toujours immanquablement,
& nous ne sommes que ses Ministres
dans les Opérations que nous lui faisons
faire par notre Art.
Ils prétendent fortifier ce raisonnement par cet autre, qui n'est pas moins imaginaire,
en disant que la Nature emploie
mil ans à former & à parfaire les Métaux,
qui est un terme auquel la vie d'un Homme
ne saurait atteindre. A quoi je réponds
que selon l'opinion des anciens Philosophes,
il est vrai que la Nature, agissant sur
ces Principes, y met ce temps-là. Mais soit
que la Nature fasse la perfection des Métaux
en mil ans, ou en plus de temps, ou
en moins, ou même dans un moment; cela
ne fait rien contre nous; parce que nous
ne pouvons point imiter la Nature en ses
Principes; ainsi que nous l'avons déjà
prouvé, & comme nous le ferons encore
voir plus amplement dans la suite. Il y en
a pourtant, & qui sont même sages & bien
éclairés, qui soutiennent que la Nature fait
bientôt son Opération; c'est-à-dire, en
un jour, & même en moins de temps. Mais
quand cela serait vrai, il ne nous serait
pas moins impossible d'imiter la Nature, en
la mixtion de ces Principes, comme nous

@

LA SOMME DE GEBER. 119
l'avons suffisamment prouvé. Le surplus
de leur raisonnement étant véritable je ne
le veux point aussi contester.
A ce qu'ils disent que la production & la perfection des Métaux vient de la position
d'une ou de plusieurs Etoiles, que nous
ignorons; Je réponds que nous ne nous
mettons point en peine de la position ni
du mouvement des Astres, & que cette
connaissance ne nous servirait de rien en
notre Art, & par conséquent elle n'est
point nécessaire. Car il n'y a point d'Espèce
de choses sujettes à la génération & à
la corruption, dont il n'y en ait tous les
jours de particulières, qui soient produites,
& d'autres qui ne soient détruites ou corrompues.
Ce qui fait voir évidemment que
la position des Astres est tous les jours
très propre, tant pour la production, que
pour la destruction des choses particulières,
en toute sorte d'Espèce. Il n'y a donc
nulle nécessité que l'Artiste observe, ni
qu'il attende la position des Etoiles;
quoique néanmoins cela pût servir. Mais
il suffit de préparer les choses à la Nature,
afin qu'elle, qui est sage & prévoyante,
les dispose aux positions propres, & aux aspects
favorables des Corps mobiles. Car
la Nature ne saurait faire son action, ni
donner la perfection à quoi que ce soit sans
le mouvement & la position des Corps

@

120 LA SOMME DE GEBER.
mobiles. Et par ainsi, si vous préparez
comme il faut votre artifice à la Nature, &
que vous preniez bien garde que tout ce
qui doit se faire dans le Magistère, soit
bien disposé, il est sans doute qu'il recevra
sa perfection par la Nature, sous une
position qui lui sera convenable, sans qu'il
soit nécessaire que vous observiez cette
position.
Aussi quand on voit un Ver se former d'un Chien, ou d'un autre Animal pourri,
nous n'avons que faire d'observer immédiatement
la position des Etoiles pour
connaître comment ce Ver a été produit:
mais il suffit seulement de remarquer les
qualités de l'air où est cet Animal qui pourrit,
& les autres Causes qui en font la pourriture,
sans le concours de la position des
Astres. Et cela seul nous apprend tout ce
qu'il faut faire pour produire des Vers à
l'imitation de la Nature. Parce que la Nature
trouve d'elle-même la position des Astres,
qui est nécessaire pour cela, encore
qu'elle nous soit inconnue.
Pour l'autre Objection qu'ils font, en disant que la perfection s'acquiert en un instant,
& cependant que notre préparation
ne se pouvant pas faire en un instant, il
s'ensuit nécessairement de là, que la
grand'Oeuvre ne saurait être parfaite par
l'artifice, & par conséquent que l'Art de
Chimie
@

LA SOMME DE GEBER. 121
Chimie n'est rien du tout. Je réponds qu'ils
ne sont pas raisonnables, & que c'est parler
en Bêtes & non pas en Hommes. Car
les propositions d'où ils tirent cette conséquence
n'ont nulle liaison avec elle. Ainsi
leur raisonnement est comme qui dirait: Un
Ane court, donc tu es une Chèvre. Et
la raison en est, qu'encore que la préparation
ne puisse se faire en un instant, cela
n'empêche pas toutefois que la Forme ou
la perfection n'arrive en un instant à la chose,
qui est préparée pour la recevoir. Car
la préparation n'est pas la perfection; mais
c'est une habilité ou une disposition à recevoir
la Forme.
Enfin, ils allèguent pour dernière raison qu'il est plus facile à l'Art de détruire les
choses naturelles que de les faire: ainsi
comme ils soutiennent que nous ne pouvons
détruire l'Or, ils concluent qu'il nous
est encore moins possible de le faire. A
quoi je réponds; que leur raisonnement ne
conclut pas nécessairement, pour nous forcer
à croire que l'on ne puisse pas faire
l'Or par artifice. Car il est vrai, que comme
il est difficile de le détruire, il est encore
plus difficile de le faire: Mais il ne
s'ensuit pas de là qu'il soit impossible. Et
la difficulté qu'il y a à détruire l'Or, vient
de ce que ses parties ayant une forte union
entre elles, il est évident que sa dissolution
Tome I. * L
@

122 LA SOMME DE GEBER.
doit être très difficile à faire. Et par ainsi
il est mal aisé de dissoudre l'Or. Et l'erreur
où ils sont de croire qu'il soit impossible de
faire l'Or, ne provient, que de ce qu'ils
ne savent pas l'artifice de le dissoudre, suivant
la manière d'agir ordinaire de la Nature.
Ils auront bien pu connaître, par divers
essais qu'ils auront faits, pour détruire
l'Or, que la Composition de l'Or était très
forte; mais ils n'ont pas reconnu jusques
où pouvait aller cette force, & ce qui la
pouvait vaincre, & en faire la dissolution.
J'ai ce me semble répondu suffisamment aux raisons imaginaires des Sophistes: Il
reste maintenant, mon Fils, à satisfaire à
ce que je vous ai promis, qui est d'examiner
les raisons qu'ont ceux qui nient notre
Art à de certaines conditions, & selon
quelques suppositions qu'ils font. Ensuite
nous traiterons des Principes, dont la Nature
se sert à la Composition des Métaux,
lesquels nous examinerons encore plus à
fond dans la suite; après quoi nous parlerons
des Principes de notre Magistère, &
nous traiterons premièrement de chacun de
ses Principes en particulier, nous réservant
d'en faire un Discours général dans le Livre
suivant. Commençons par mettre les
raisons des premiers, & par les réfuter.

@

LA SOMME DE GEBER. 123
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C H A P I T R E XII.
Différents Sentiments de ceux qui supposent
l'Art véritable.
C Eux qui supposent que cet Art est véritable, ne sont pas tous de même sentiment. Ce qui fait qu'il se trouve différentes
opinions touchant la véritable Matière
pour faire l'Oeuvre. Car les uns soutiennent
qu'il faut la prendre dans les Esprits.
D'autres assurent que c'est dans les
Corps, ou Métaux qu'elle se trouve: D'autres
dans les Sels & Aluns, les Nitres et
les Borax. Et d'autres enfin, disent que c'est
dans toutes les choses végétables qu'il faut la
chercher. De tous ces Gens-là, il y en
a qui disent vrai en partie, mais qui se
trompent aussi en partie; & il y en a d'autres
qui se trompent en tout, & qui trompent
tous ceux qui lisent leurs Livres, & qui
suivent leur Doctrine. Une si grande diversité
d'opinions fausses m'a bien donné de
la peine & m'a fait faire bien de la dépense.
Et ce n'a été que par une longue conjecture,
& après plusieurs expériences bien
pénibles & bien ennuyeuses, que j'ai
développé la vérité parmi tant de faussetés.
Je puis dire même que ces fausses
opinions m'ont souvent détourné du bon
L ij
@

124 LA SOMME DE GEBER.
chemin où j'étais, parce qu'elles étaient
opposées à mon raisonnement, & qu'elles
m'ont souvent jeté dans le désespoir. Que
tous ces Fourbes soient donc maudits à
jamais, puisque par leur fausse Doctrine
ils n'ont laissé à toute la Postérité que des
sujets de leur donner des malédictions, &
qu'au lieu d'enseigner la vérité, ils n'ont
laissé dans leurs Ecrits que des erreurs, &
des mensonges diaboliques, pour abuser
tous ceux qui s'appliquent à la Philosophie.
Et que je sois maudit moi-même, si je ne
corrige leurs erreurs, & si en traitant de
cette Science, je ne dis, & je n'enseigne
entièrement la vérité, autant qu'on le peut
faire dans une chose si admirable. Car on
ne doit pas traiter notre Magistère en des
termes qui soient tout à fait obscurs; ni on
ne doit pas aussi l'expliquer si clairement,
qu'il soit intelligible à tous. Je l'enseignerai
donc de telle manière qu'il ne sera nullement
caché aux Sages, quoi qu'il soit
pourtant bien obscur aux Esprits médiocres;
mais pour les Stupides & les Fous,
je déclare qu'ils n'y pourront jamais rien
comprendre.
Revenons à notre propos. Ceux qui ont cru que la Matière de notre Oeuvre se
devait prendre dans les Esprits, sont différents
entre eux. Car les uns ont dit que
c'était dans l'Argent-vif, les autres dans

@

LA SOMME DE GEBER. 125
le Soufre, & d'autres dans l'Arsenic, qui a
grande affinité avec ce dernier. Quelques-uns
ont soutenu que c'était dans les Marcassites,
d'autres dans la Tutie, d'autres dans
la Magnésie, & d'autres enfin dans le Sel
Ammoniac. Il n'y a pas moins de diversité
entre ceux qui ont cru que c'était dans les
Corps ou Métaux qu'on trouvait cette Matière;
parce qu'il y en a qui ont dit que
c'était Saturne, d'autre Jupiter, & d'autres
enfin, quelqu'un des autres Corps. Il y
en a encore d'autres qui assurent qu'il faut
la chercher dans le Verre; d'autres dans les
Pierres précieuses; d'autres dans les Sels,
dans les différentes sortes d'Aluns, de Nitres,
& de Borax. Il y en a d'autres enfin, qui
croient que l'Art se fait indifféremment de
toutes sortes de Végétaux; de sorte que
dans les différentes suppositions qu'ils font,
ils sont tous opposés les uns aux autres, &
ceux qui ne croient nulle de ces différentes
opinions, ou qui en combattent quelqu'une,
se persuadent que par ce moyen
ils détruisent absolument la Science. Et à
dire le vrai, ni les uns ni les autres ne disent
presque rien de véritable.

L iij
@

126 LA SOMME DE GEBER.
----------------------------------------

C H A P I T R E XIII.
Raisons de ceux qui nient que l'Art soit
dans le Soufre.
C Eux qui ont cru que le Soufre était notre véritable Matière, après avoir travaillé sur ce Minéral, sans connaître en
quoi consiste la perfection de sa préparation,
ont laissé leur Ouvrage imparfait.
Car ils s'imaginaient qu'en le nettoyant &
le purifiant, il serait parfaitement préparé.
Et comme cette préparation se fait par la
Sublimation, ils crurent qu'il n'y avait qu'à
sublimer le Soufre pour lui donner toute la
perfection qu'il peut acquérir par la préparation:
& que c'était la même chose de l'Arsenic,
qui est semblable au Soufre. Mais venant
à faire la projection, ils ont vu que
leur Soufre, ainsi préparé, au lieu d'altérer les
Corps métalliques & les transmuer, comme
il le devait faire, se brûlait & s'en allait
tout en fumée, & que non seulement il
ne s'attachait pas inséparablement aux Métaux,
mais même qu'il s'en séparait en peu
de temps, sans qu'il en restât rien du tout;
& que les Corps, sur lesquels ils en avaient
fait la projection, se trouvaient plus impurs
qu'ils ne l'étaient auparavant. Comme
ils virent donc qu'ils s'étaient trompés

@

LA SOMME DE GEBER. 127
à faire leur Oeuvre, & étant néanmoins
persuadés (pour avoir longtemps pensé &
ruminé là-dessus) que la Science consistait
dans le Soufre tout seul, & ne s'y trouvant
pas, & croyant d'ailleurs qu'elle ne
peut se trouver en nulle autre chose, ils
ont inféré de là qu'elle était impossible.

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C H A P I T R E XIV.
Réfutation de ce que l'on vient de dire.

C 'Est ainsi que raisonnent ceux qui cherchent notre Science dans le Soufre. Mais il est aisé de faire connaître en peu
de mots à ces Gens-là qu'ils n'entendent
rien du tout dans le Magistère: & parce
qu'ils supposent que le seul Soufre vulgaire
est notre Matière, & à cause qu'encore
que ce qu'ils supposent fût vrai, ils se
trompent dans la manière de le préparer,
croyant qu'il n'y a autre chose à faire qu'à
le sublimer. Ressemblant en cela à un Homme,
qui depuis sa naissance jusques à la
vieillesse, aurait demeuré enfermé dans
une maison: lequel s'imaginerait que tout
le Monde n'aurait pas plus d'étendue que
la maison où il serait, & qu'il n'y aurait
autre chose au Monde, que ce qu'il voit
dans cette maison. Car ces Gens-là n'ont
jamais travaillé sur plusieurs Matières, &
L iiij
@

128 LA SOMME DE GEBER.
ils ne se sont jamais appliqués à beaucoup
d'Opérations, ni ne se sont pas beaucoup
peinés à faire des expériences. Ainsi ils n'ont
pu connaître d'où notre Matière se doit tirer
& d'où elle ne peut pas être prise. Et
comme d'ailleurs ils n'ont pas beaucoup travaillé,
ils ne savent pas aussi qu'elle est l'Opération
nécessaire pour donner la perfection
à l'Oeuvre, & qui sont celles qui ne la
peuvent pas donner. Mais ce qui a fait que
leur Ouvrage est demeuré imparfait, c'est
[qu'après leur préparation] leur Soufre est
demeuré adustible & volatil, qui est ce
qui gâte & corrompt les Corps métalliques
au lieu de les perfectionner.

----------------------------------------

C H A P I T R E XV.
Raisons de ceux qui nient que l'Arsenic
soit la Matière de l'Art, & leur Réfutation.
I L y en a d'autres qui étant persuadés que notre Médecine se devait nécessairement trouver dans le Soufre & dans l'Arsenic,
qui lui est semblable, & considérant
plus attentivement que les premiers, ce
qui empêchait sa perfection, ils l'ont non
seulement purgé de sa sulfuréité brûlante,
en le sublimant: mais ils ont encore tâché
de le dépouiller de sa terrestréité, ou de
ses parties terrestres & grossières, n'ayant

@

LA SOMME DE GEBER. 129
pu néanmoins lui ôter la volatilité. Et
ceux-là ont été trompés aussi bien que les
autres, lorsqu'ils ont voulu en venir à la
projection, parce que leur Médecine ne
s'est pas intimement ni fortement unie aux
Corps sur lesquels ils l'ont jetée: mais
elle s'est évaporée peu à peu, & a laissé
les Corps métalliques tels qu'ils étaient,
& sans aucun changement. Ce qui leur
a fait dire comme aux premiers, que
la Science n'était rien. Nous leur faisons
aussi la même réponse que nous avons déjà
faite aux premiers; & nous assurons de
plus que notre Science est véritable, parce
que nous la savons indubitablement,
pour l'avoir vue de nos yeux, & touchée
de nos propres mains.

----------------------------------------

C H A P I T R E XVI.
Raisons de ceux qui nient que la Matière
de l'Art soit dans le Soufre, l'Argent- vif, la Tutie, la Magnésie, la Marcassite, le Sel Ammoniac; & leur Réfutation.
I Il s'en est trouvé d'autres, qui ayant pénétré plus avant dans la nature du Soufre, l'ont purifié, lui ont ôté sa volatilité
& son adustion, & l'ont par ce moyen
rendu fixe, terrestre & mort: de sorte, qu'étant

@

130 LA SOMME DE GEBER.
mis sur le feu, il ne se fondait pas bien,
mais il se vitrifiait. Ce qui était cause que
dans la projection qu'ils faisaient de cette
Médecine sur les Corps, elle ne pouvait
pas se mêler avec eux, ni par conséquent
les altérer ni changer. D'où ils tirent la
même conséquence que les premiers [que
l'Art est impossible,] & nous leur répondons
aussi comme nous avons fait aux premiers,
qu'ils ont laissé l'Ouvrage imparfait
& tronqué, ne sachant pas comment il le
fallait parachever; parce qu'ils n'ont pas
su rendre leur Médecine entrante & pénétrante,
qui est sa dernière perfection. Il en
est de même touchant la préparation des
autres Esprits, & on y fait les mêmes fautes:
si ce n'est que dans l'Argent-vif & dans
la Tutie, nous sommes délivrés du plus
grand travail qu'il y ait à faire [dans la préparation
des autres,] qui est de leur ôter
l'adustion. Car ces deux choses-là n'ont
point de Soufre adustible & inflammable:
mais ils ont seulement une Matière volatile
& une terrestréité impure.
A l'égard des Magnésies & des Marcassites, elles ont toutes un Soufre adustible,
& la Marcassite en a encore plus que la
Magnésie. Toutes sont aussi volatiles, mais
l'Argent-vif & le Sel Ammoniac le sont
davantage que la Magnésie. Le Soufre est

@

LA SOMME DE GEBER. 131
moins volatil que l'Argent-vif ni que le
Sel Ammoniac; l'Arsenic, qui ressemble
au Soufre, est moins volatil que lui, la
Marcassite, moins que l'Arsenic; la Magnésie
ne l'est pas tant que la Marcassite, & la
Tutie l'est moins que la Magnésie, & que
tous les autres Esprits. Toutes ces choses
ont pourtant de la volatilité; mais les unes
en ont plus que les autres. Et c'est cette
volatilité qu'ont tous les Esprits, qui a fait
que ceux, qui ont voulu faire des expériences
& travailler dessus, se sont lourdement
trompés dans les Opérations qu'ils
ont faites, pour les préparer, & dans la
projection qu'ils ont essayé d'en faire. Et
de là ils ont inféré l'impossibilité de l'Art,
de même que ceux, que nous avons dit
qui supposaient l'Oeuvre dans le Soufre.
Ainsi nous n'avons autre chose à leur répondre,
que ce que nous avons déjà répondu
à ceux-là.

----------------------------------------

C H A P I T R E XVII.
Raisons de ceux qui nient que la Matière
de l'Art soit dans les Esprits, conjointement avec les Corps qu'ils doivent fixer.
I L y en a d'autres, qui s'étant appliqués à faire des expériences, ont tâché de
@

132 LA SOMME DE GEBER.
fixer les Esprits dans les Corps, sans avoir
donné auparavant nulle préparation aux
Esprits pour arrêter leur volatilité: mais
s'étant trompés tout de même, ils n'en ont
eu que du déplaisir & du chagrin. De manière
que, désespérant de réussir, ils ont été
forcés de mépriser la Science, & de déclamer
contre elle, comme la croyant fausse.
Ce qui les a troublés, & qui les a jetés
dans cette incrédulité, c'est que dans la
fusion des Corps, laquelle ne se fait que
par un feu violent, les Esprits qu'on jette
alors dessus, ne pouvant souffrir l'ardeur
du feu, à cause de leur volatilité qu'on ne
leur a point ôtée, ne s'attachent point fortement
aux Corps, mais les quittent & s'évaporent,
& il n'y a que les Corps qui
restent tous seuls dans le feu. Ces Gens-
là se trouvent encore parfois abusés d'une
autre manière. Car il arrive souvent que
les Corps mêmes s'en vont du feu avec les
Esprits; parce que les Esprits qui ne sont
pas fixes, & dont les parties sont très subtiles,
s'étant attachés & unis intimement
aux Corps; ces Esprits, venant à s'évaporer
par la violence du feu, enlèvent &
emportent nécessairement les Corps avec
eux [à cause que dans cette Composition
des Corps & des Esprits] il y a plus de
volatil que de fixe. Ce qui leur fait dire
comme aux premiers, que l'Oeuvre est

@

LA SOMME DE GEBER. 133
impossible. A quoi nous répondons aussi
comme nous avons fait à ce qu'ont dit les
premiers.
Voici la cause de leur erreur. Le Philosophe dit: Fils de la Science, si vous voulez
faire la Conversion ou la Transmutation
des Corps, d'imparfaits en parfaits: si cette
Transmutation se peut faire par quelque
Matière que ce puisse être, il faut nécessairement
qu'elle se fasse par les Esprits. Or
il n'est pas possible que les Esprits, qui ne
sont pas fixez auparavant, s'attachent & s'unissent
si bien aux Corps que leur union puisse
être de quelque utilité; comme il a été dit
ci-dessus, puisqu'ils s'exhalent & s'enfuient
au feu, & qu'ils laissent les Corps sans les avoir
nullement changés, & sans leur avoir
rien ôté de leurs impuretés. Que si les Esprits
sont rendus fixes, ils sont encore inutiles; parce
qu'en cet état ils ne peuvent pas pénétrer
les Corps, étant par la fixation devenus
Terre, qui n'a point de fusion. Et
quand bien même ils paraîtraient être fixes,
après avoir pénétré les Corps, à cause
qu'étant dans une chaleur faible ils ne s'évaporent
pas, ils ne sont pourtant point
fixes; parce qu'étant mis dans une forte
chaleur, ils se séparent des Corps, ou bien
& eux & les Corps s'en vont ensemble
en fumée. Donc, puisque l'Art ne se peut
trouver dans la Matière la plus prochaine,

@

134 LA SOMME DE GEBER.
& qui a le plus d'affinité avec les Métaux,
à plus forte raison ne se trouvera-t-il pas
dans une Matière éloignée & étrangère. Et
par conséquent il ne peut se trouver en nulle
chose.
C'est le raisonnement qu'ils font. A quoi je réponds qu'ils ne savent pas tout ce
qu'on peut savoir là-dessus: C'est pourquoi
ils ne trouvent pas tout ce qui se peut
faire. Et parce qu'ils ne peuvent faire ce
qu'ils ne savent pas, ils tirent de leur incapacité
une preuve, qu'ils croient très
forte, de l'impossibilité de l'Art.

----------------------------------------

C H A P I T R E XVIII.
De ceux qui nient que la matière de l'Art
se trouve dans les Corps, & premièrement dans le Plomb blanc, ou l'Etain, qu'on appelle Jupiter, & leur réfutation.
Q Uelques-uns ont cru que la Matière de l'Art se trouvait dans les Corps: mais ayant essayé d'y travailler, ils se sont
trompés, parce qu'ils croient que les deux
Espèces de Plomb, c'est-à-dire, le livide
ou noir, & le blanc (qui n'a pourtant pas une
blancheur nette & pure), étaient fort semblables
& s'approchaient fort de la nature
du Soleil & de la Lune; le livide beaucoup
du Soleil, & non pas tant de la Lune;

@

LA SOMME DE GEBER. 135
& le blanc beaucoup de la Lune, & peu
du Soleil. C'est ce qui fit croire à quelques-
uns d'entre eux, que Jupiter n'était différent
de la Lune que par ce qu'il avait le
cric, qu'il était mou, & qu'il se fondait
fort promptement. De sorte que s'imaginant
que sa fusion si prompte & sa mollesse
ne provenaient que d'une humidité superflue
qu'il avait; & que ce qui causait son
cric, c'était un Argent-vif volatil, qui était
entremêlé dans sa Substance: ils le mirent
au feu & le calcinèrent, après quoi ils le
tinrent dans un feu tel qu'il le pouvait souffrir,
jusqu'à ce que sa chaux fût devenue
blanche. Mais après cela, le voulant
remettre en son premier état, c'est-à-dire
le remettre en Corps malléable, comme il
était auparavant, ils ne le purent faire: ce
qui leur persuada que c'était une chose
impossible. D'autres ont fait reprendre
Corps à quelque peu de sa chaux par un
feu fort violent; mais ils ont trouvé qu'il
avait encore le cric, comme auparavant,
& qu'il était aussi facile à fondre, & cela
leur a fait croire qu'on ne saurait lui ôter
ces deux défauts par cette voie-là, & qu'il
était impossible de trouver le moyen de
l'endurcir.
D'autres s'étant opiniâtrez à travailler sur ce Métal, l'ont calciné & remis en son
premier état, puis ôtant sa Scorie, ils l'ont

@

136 LA SOMME DE GEBER.
recalciné à plus grand feu, & remis une
seconde fois en Corps: de manière qu'en
réitérant ces opérations, ils ont trouvé qu'il
s'était endurci, & qu'il n'avait plus le cric.
Mais n'ayant pu lui ôter entièrement sa
prompte fusion, ils se sont faussement persuadés
qu'on ne le saurait faire.
Il y en a eu d'autres, qui ayant essayé de lui donner de la dureté, & le rendre en
état de ne pouvoir être fondu que difficilement,
en mêlant avec lui des Corps durs,
se sont trompés tout de même, parce qu'il
a rendu aigre & cassant quelque Corps que
ce soit qu'on lui ait ajouté; sans que toutes
les préparations qu'ils aient pu leur donner,
leur aient de rien servi. Ainsi n'ayant
pu lui donner la perfection, ni par le mélange
des Corps durs, ni par aucun régime
de feu, étant rebutés par la longueur
du temps, qu'il faudrait pour découvrir le
Magistère [qu'ils croient trouver par-là,]
ils ont assuré que c'était une chose impossible.
D'autres enfin s'étant avisés de mêler plusieurs drogues différentes avec l'Etain,
& voyant que non seulement il n'en était
point changé, & qu'elles n'avaient nul
rapport ni affinité avec lui, mais qu'au
contraire elles le gâtaient, & faisaient un
effet tout contraire à ce qu'ils en attendaient,
ils ont jeté les Livres par dépit,
&
@

LA SOMME DE GEBER. 137
& secouant la tête, ils ont dit que notre
divin Art n'était qu'une niaiserie toute pure.
Et à tous ces Gens-là je réponds, comme
j'ai déjà fait aux autres ci-devant.

----------------------------------------

C H A P I T R E XIX.
Raisons de ceux qui nient que l'Art soit
dans le Plomb.
O N ne réussit pas mieux à travailler sur le Plomb. Il est vrai qu'étant mêlé avec les Corps, il ne les rend pas
cassants comme fait l'Etain, & qu'après sa
calcination il reprend corps, & revient
plutôt en sa nature que lui. Mais ceux qui
travaillent sur ce Métal, ne sauraient lui
ôter sa noirceur, parce qu'ils n'en savent
pas le moyen. Ainsi ils ne peuvent point
lui donner de blancheur qui soit permanente,
& quoi qu'ils aient pu s'imaginer,
il ne leur a pas été possible de l'unir si fortement
aux Corps fixes, qu'étant mêlé
avec eux, il ne s'enfuie à fort feu. Et
ce qui, dans la préparation de ce Métal, a
le plus trompé ceux qui ont cru que
la Science ne pouvait se trouver que dans
lui seul; c'est qu'après qu'il a été deux fois
calciné, & autant de fois remis en Corps,
tant s'en faut qu'il s'endurcisse en nulle manière,
qu'au contraire il devient plus mou
Tome I. M
@

138 LA SOMME DE GEBER.
qu'il n'était auparavant; & qu'avec tout
cela il ne perd aucune de ses mauvaises
qualités, qui sont la noirceur & la facilité
qu'il a à se fondre soudainement. C'est
pourquoi n'ayant pu rien faire de bon de
ce Métal, dans lequel ils avaient cru
qu'on pouvait facilement trouver la plus
véritable & plus prochaine Matière de la
Science, ils ont conclu de là que l'Art
n'était qu'une pure imagination. De manière
que ces Gens-là étant dans la même
erreur, que ceux dont nous venons de
parler, nous ne leur répondrons que la même
chose.

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C H A P I T R E XX.
Raisons de ceux qui soutiennent que l'Art
n'est pas dans le mélange des Corps durs avec les durs, & des mous avec les mous.
I L y en a qui ont essayé de mêler les Corps durs ensemble, & les mous aussi ensemble, à cause de la ressemblance qui
est entre eux, & qui ont cru que par ce
moyen ils se perfectionneraient les uns les
autres; & qu'ainsi ils seraient mutuellement
transmués. Mais ils ont été pareillement
trompés, parce que cela n'est pas possible.
Pour mêler, par exemple, le Cuivre ou

@

LA SOMME DE GEBER. 139
quelque autre Métal semblable avec l'Or
& l'Argent, ces Métaux imparfaits ne sont
pas transmués véritablement en Or ou en
Argent pour cela; & ils ne peuvent point
soutenir longtemps un feu violent, sans se
séparer d'avec les parfaits, qui demeurent
toujours, au lieu que les imparfaits sont
ou entièrement consumés, ou réduits en
leur première nature, qu'ils reprennent. Il y
en a néanmoins qui durent & qui subsistent
plus longtemps dans la composition & dans
le mélange qu'on en fait: & d'autres moins,
pour les raisons que nous dirons ensuite.
Les mauvais succès, que par leur ignorance
ces Gens-là ont eus, dans toutes leurs
brouilleries, les ont obligés à douter de
la vérité de la Science, & à soutenir que
ce n'était qu'une imposture.

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C H A P I T R E XXI.
Pourquoi ceux qui ont mêlé les Corps durs
avec les mous, & les parfaits avec les imparfaits ont nié la Science.
I L y en a eu d'autres qui ont cherché plus avant, & qui ont cru mieux rencontrer. Ceux-ci se sont imaginé en unissant
les Corps durs avec les mous, de
trouver le moyen de donner à cette composition
une dureté stable à toute épreuve,
M ij
@

140 LA SOMME DE GEBER.
& de donner aussi la perfection aux Métaux
imparfaits, en les unissant tout de même
avec les parfaits; & que généralement ils
se transmueraient, & seraient transmués
les uns par les autres d'une véritable transmutation.
Pour cet effet ils ont tâché de
trouver la ressemblance & l'affinité qui est
entre les Métaux, en subtilisant les Corps
grossiers & durs; tels sont le Cuivre &
le Fer, & en épaississant ceux de qui la substance
est plus subtile, comme est l'Etain
& le Plomb, qui est son semblable.
Ce qu'ils ont essayé de faire [tant par des
drogues qu'ils y ont ajoutées] que par le
régime du feu. Mais ceux qui ont fait ces
essais, se sont trompés dans le mélange
qu'ils ont fait des Corps. Car ou ils ont
rendu leur composition entièrement aigre
& cassante, ou bien ils l'ont trouvée trop
molle, sans avoir été altérée par le mélange
des Corps durs: ou trop dure sans avoir
été changée par les Corps mous, qu'ils
y avaient mêlés. Et par ainsi n'ayant pu
rencontrer la convenance ni l'affinité des
Métaux, ils ont dit que l'Art n'était qu'une
supposition.

pict
@

LA SOMME DE GEBER. 141
----------------------------------------

C H A P I T R E XXII.
Que l'Art ne se trouve ni dans l'extraction
de l'Ame [ou Teinture] ni dans le régime du feu.
D 'Autres ayant encore considéré la chose de plus près, ont prétendu altérer ou changer les Corps par l'extraction
de leurs Ames [c'est-à-dire de leurs Teintures]
& par ce même moyen d'altérer encore
tous les autres Corps. Mais quelques
essais qu'ils en aient faits, ils n'ont pu y
réussir. Et ainsi ils ont été trompés dans
leur espérance & dans leurs opérations,
aussi bien que ceux qui ont tenté de donner
la perfection aux imparfaits par le seul
régime du feu. Ce qui a été cause que les
uns & les autres ont cru l'Art impossible.
Et à tous ceux-là, nous faisons la même réponse
que nous avons faite ci-devant.

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C H A P I T R E XXIII.
Raisons de ceux qui soutiennent que l'Art
n'est ni dans le Verre ni dans les Pierreries.
C Eux qui ont cru que la Matière de l'Art se devait chercher dans le Verre
@

142 LA SOMME DE GEBER.
& dans les Pierreries, s'étant imaginé
que ces deux choses pouvaient altérer les
Corps, se sont trompés tout de même.
Parce que ce qui n'entre pas dans les Corps
& ne les pénètre pas, ne les peut altérer,
ni y faire aucun changement. Or il est certain
que ni le Verre, ni les Pierreries n'étant
pas véritablement fusibles, ne peuvent
ni entrer dans les Corps, ni les pénétrer.
Et par conséquent ces deux choses
ne peuvent point altérer les Corps. Et
quoique ceux qui ont travaillé là-dessus,
aient fait tous leurs efforts pour unir le
Verre avec les Corps, quand ils l'auraient
pu faire (quoi que ce soit pourtant une
chose très difficile) ils n'eussent pas fait
pour cela ce qu'ils prétendaient. Parce que
tout ce qu'ils auraient pu faire, c'eût été
de vitrifier les Corps, [c'est-à-dire les réduire
en une Matière semblable au Verre,
transparente & cassante comme est le Verre].
Cependant quoique ce défaut vienne
de la Matière dont ils se servent, ils
l'attribuent à la Science, & ils soutiennent
qu'elle ne saurait faire autre chose. Ainsi
ils infèrent de là qu'elle est fausse. Mais
je réponds à ces Gens-là, que ne travaillant
pas sur la véritable Matière, on ne
doit pas s'étonner s'ils finissent mal, & s'ils
ne réussissent pas; outre qu'ils n'ont pas
raison d'accuser la Science de leur propre
erreur.

@

LA SOMME DE GEBER. 143
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C H A P I T R E XXIV.
Motif de ceux qui nient que l'Art soit dans
les moyens Minéraux, dans les Végétables, & dans le mélange de quelque chose que ce soit.
E N voici d'autres qui s'imaginent qu'ils feront l'Oeuvre avec les Sels, les Aluns, les Nitres, & les Borax; mais quelque
opération qu'ils puissent faire sur ces
Minéraux, je suis sûr qu'ils n'y trouveront
pas ce qu'ils cherchent. Et partant, si
après avoir bien fait des expériences sur
ces Matières par leur Solution, leur Coagulation,
leur Assation, & par plusieurs
autres opérations, ils ne trouvent presque
rien qui puisse servir à la Transmutation,
ils ne doivent pas inférer de-là que ce divin
Art n'est pas véritable: puisque c'est
un Art qui se fait nécessairement, & qu'il
y en a plusieurs qui le savent. Ce n'est
pas qu'à prendre tout cela en général, on
ne puisse y trouver de quoi faire quelque
altération; mais il faudrait l'aller chercher
bien loin, & se donner bien de la peine
pour cela.
Ceux qui soutiennent que l'Oeuvre se peut faire de tous les Végétaux, réussiraient
encore plus difficilement. Ainsi, quoi

@

144 LA SOMME DE GEBER.
que ce qu'ils disent soit possible, on peut
dire néanmoins que c'est une chose impossible
à leur égard. Parce que leur vie ne
suffirait pas pour pouvoir faire ce qu'ils
prétendent. Et ainsi, si ces Gens-là ne
trouvent jamais l'Oeuvre, en se servant
seulement des Végétaux, ils ne doivent
pas conclure pour cela, qu'on ne la puisse
jamais faire par nul autre moyen.
Au reste, tous ceux de qui nous venons de rapporter les erreurs, n'ont supposé
chacun qu'une seule Matière pour être la
véritable, & ils ont condamné généralement
toutes les autres, & nous les avons
tous réfutés les uns après les autres. Il
y en a plusieurs, & même presque une infinité
d'autres, qui prétendent que pour
faire l'Oeuvre, on doit faire une Composition
de toutes ces diverses choses, ou au
moins de la plus grande partie, & les mêler
en différentes proportions. Mais ces Gens-
là sont tout à fait ignorants, & ne savent ce
qu'ils veulent faire. On peut dire même
qu'ils se trompent infiniment, parce qu'il
y a une infinité de différentes choses, qui
peuvent être mêlées les unes avec les autres,
& elles peuvent être mêlées en tant
de sortes, & par tant de différentes proportions,
que ces manières & ces proportions
sont tout de même infinies en nombre.
Et de-là il s'ensuit évidemment, qu'ils
peuvent
@

LA SOMME DE GEBER. 145
peuvent se tromper en une infinité de faons;
soit dans le trop, soit dans le moins.
Quoi que pourtant ils se puissent redresser,
pourvu qu'ils commencent à travailler dans
la véritable Matière. Pour moi, sans m'amuser
à faire de longs discours là-dessus,
à réfuter cette infinité, j'enseignerai en peu
de mots toute la Science, & ce qui peut
servir pour la connaître. Et par ce moyen
les Personnes sages qui m'entendent, pourront
éviter une infinité d'erreurs, qu'ils
commettraient dans le choix de la Matière
& dans leur travail. Mais nous
examinerons auparavant les Principes naturels
des Métaux; nous en donnerons la
Définition, & nous en rapporterons les
Causes, autant qu'il est expédient pour
notre divin Magistère; comme je l'ai fait
espérer au commencement de ce Livre.

pict
Tome I. N *
@

146 LA SOMME DE GEBER.
pict

T R O I S I E'M E P A R T I E DU PREMIER LIVRE

Des principes naturels & de leurs Effets.
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C H A P I T R E XXV.
Des Principes naturels & des Corps Métalliques,
selon l'opinion des Anciens.
S Uivant l'opinion des Anciens, qui, comme nous, ont soutenu la vérité de notre Art: Je dis que les premiers Principes
naturels, je veux dire ceux dont la Nature
se sert pour former les Métaux, sont
l'Esprit fétide, & l'Eau vive, qu'on appelle
autrement Eau sèche. Or j'ai dit ci-
devant qu'il y a deux Esprits fétides, l'un
qui est blanc en son intérieur, & rouge au
dehors; & l'autre qui est noir. L'un &
l'autre néanmoins, dans l'Oeuvre du Magistère,
ont disposition à devenir rouge.
J'expliquerai succinctement, mais suffisamment
& sans rien omettre, la Nature de
ces deux Principes, comment & de quelle
Matière ils sont formés. Je serai obligé,
pour cet effet, d'étendre mon Discours,

@

LA SOMME DE GEBER. 147
& de faire un Chapitre particulier de chaque
Principe naturel. Ces Principes ont
néanmoins en général cela de commun
entre eux, que chacun d'eux est d'une
Composition très forte, & d'une Substance
qui est uniforme & homogène: parce
que dans leur Composition, les plus petites
parties de la Terre, sont tellement &
si fortement unies avec les moindres parties
de l'Air, de l'Eau & du Feu, que
nulle d'entre elles ne peut être séparée
d'aucune des autres, dans la résolution qui
se fait de tout le Composé. Au contraire,
elles se résolvent toutes ensemble, &
l'une avec l'autre, à cause de l'étroite liaison
qu'elles ont par ensemble, ayant été
mêlées & unies par leurs plus simples &
plus petites parties. Et cela par le moyen
de la chaleur naturelle, laquelle dans les
entrailles de la Terre, a été condensée &
multipliée également, selon le cours & la
manière ordinaire d'agir de la Nature, &
que leur Essence le requiert. Ce que je
dis conformément au sentiment de quelques
anciens Philosophes.

pict
N ij
@

148 LA SOMME DE GEBER.
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C H A P I T R E XXVI.
Des Principes naturels des Métaux, selon
l'opinion des Modernes.
I L y en a d'autres, qui ne sont pas de ce sentiment, & qui croient que ni le Vif-Argent ni le Soufre, tels qu'ils sont
naturellement, ne sont pas les Principes
[c'est-à-dire la Matière prochaine des
Métaux:] mais qu'auparavant ils doivent
être altérés & changés en une Matière
terrestre. Ainsi, ils soutiennent que le Principe,
dont la Nature se sert pour former
les Métaux, est une chose toute différente
de l'Esprit fétide [c'est-à-dire du Soufre]
& de l'Esprit fugitif [ou de l'Argent-vif.]
Et ce qui les a obligés à le croire, ç'a
a été premièrement que dans les Mines d'Argent,
& dans celles des autres Métaux,
l'on n'a jamais trouvé un Argent-vif ni
un Soufre, tels que nous les voyons, & que
la Nature les a produits; & qu'au contraire
on ne les trouve faits comme ils sont
que séparément, & chacun dans sa Mine
particulière. Secondement à cause, disent-
ils, qu'on ne va point d'une extrémité à
l'autre, sans passer par une disposition qui
tienne le milieu [entre ces deux extrémités].
Et partant, il est impossible [qu'une

@

LA SOMME DE GEBER. 149
Matière] passe de la mollesse de l'Argent-
vif, à la dureté d'aucun des Métaux, que
par une disposition moyenne entre la mollesse
de l'un, & la dureté de l'autre. Or
dans les Mines on ne trouve aucune Matière
qui ait cette consistance entre le dur & le
mou, & qui participe également de ces deux
choses, D'où ils concluent que ni le Vif-
argent, ni le Soufre ne sont les Principes
que la Nature emploie à former les
Métaux; mais que ce doit être quelque
chose qui se fait par l'altération de leur Essence;
laquelle se change naturellement en
une Substance terrestre. Ce qui selon eux,
se fait de cette sorte.
L'Argent-vif & le Soufre se changent premièrement en une espèce de Terre. Et
ensuit, de ces deux Substances terrestres,
il sort une vapeur fort subtile, & fort pure
par le moyen de la chaleur renforcée
dans les entrailles de la Terre, & cette double
vapeur est la Matière prochaine, ou le
principe des Métaux. Car cette vapeur
étant cuite & digérée par la chaleur tempérée
de la Mine, il s'en fait une certaine
manière de Terre, & par ce moyen elle
devient en quelque façon fixe. Après quoi
l'Eau minérale venant à couler au travers
de la Mine, & des pores de la Terre, elle
la dissout & s'unit ainsi avec elle également,
par une union naturelle & solide.
N iij
@

150 LA SOMME DE GEBER.
Ils disent donc que l'Eau, qui coule par
les cavités de la Terre, venant à trouver
une Substance terrestre, aisée à dissoudre,
elle la dissout & s'unit avec elle en égale
proportion, jusqu'à ce que cette Substance
ainsi dissoute de la Terre, & de
l'Eau, qui y coule & qui la dissout, ne
fassent qu'une même chose par une union
naturelle, & que ces deux choses soient
changées en nature Métallique, dans laquelle
tous les Eléments se rencontrent dans
une proportion nécessaire; y étant mêlés
& unis par leurs moindres parties, jusqu'à
ce que de ce mélange, il se fasse une Substance
uniforme & homogène. Ensuite ce
mélange s'épaissit & s'endurcit en Métal,
par une continuelle & longue digestion de
la chaleur des Mines. Voilà quelle est leur
opinion, qui n'est pas tout à fait conforme
à la vérité, quoi qu'elle en approche
beaucoup.

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C H A P I T R E XXVII.
Division de ce qu'il y a à dire des trois
Principes.
N Ous avons dit en général quels sont les Principes naturels des Métaux; il faut maintenant en traiter en particulier.
Ainsi, comme il y a trois Principes, nous

@

LA SOMME DE GEBER. 151
ferons un Chapitre de chacun, dont le
premier sera du Soufre, le second de l'Arsenic,
& le troisième de l'Argent-vif. Après
quoi nous parlerons des Métaux, qui
sont les effets, & qui sont formés de ces
Principes: & nous ferons tout de même
un Chapitre particulier de chacun d'eux.
Et enfin nous parlerons des fondements &
des opérations du Magistère, & nous en
déclarerons les causes.

----------------------------------------

C H A P I T R E XXVIII.
Du Soufre.
L E Soufre est une graisse de la Terre, qui s'est épaissie dans les Mines par le moyen d'une cuisson modérée, jusqu'à ce
qu'elle devienne dure & sèche, & lors elle
s'appelle Soufre. Or le Soufre a une
composition très forte, & il est d'une Substance
qui est semblable, & homogène en
toutes ses parties. C'est pourquoi on n'en
saurait tirer l'huile par la distillation, comme
on fait des autres choses qui en ont.
Et ceux qui entreprennent de le calciner,
sans rien perdre de sa Substance, qui
soit utile & considérable, perdent leur peine,
ne pouvant être calciné qu'avec beaucoup
d'artifice, & qu'il ne se fasse une
grande dissipation de sa Substance. Car de
N iiij
@

152 LA SOMME DE GEBER.
cent livres de Soufre que l'on mettra à calciner,
à peine en trouvera-t-on trois de
reste, après la calcination. On ne saurait
non plus le fixer, qu'il n'ait été calciné
auparavant. Néanmoins, en le mêlant avec
quelque autre Substance, on peut empêcher
qu'il ne s'envole & ne s'enfuie si
promptement, & le garantir de l'adustion.
Il se calcinera même étant mêlé. Mais si
on voulait tirer de lui la Matière de l'Oeuvre,
en le préparant par lui-même, on
n'y réussirait pas: parce qu'il ne se parfait
qu'étant mêlé avec autre chose, & sans lui
le Magistère est si long à faire, qu'on est
contraint d'en abandonner l'Ouvrage. Que
si on le joint avec son pareil, l'Arsenic,
il se change en Teinture, & il donne à
chaque Métal, le poids des Métaux parfaits;
il lui ôte ses impuretés, & il le rend
resplendissant. Il est rendu parfait par le
moyen du Magistère, sans lequel il ne
peut rien faire de tout ce que je viens de
dire: au contraire, il gâte & noircit les
Corps avec qui on le mêle. C'est pourquoi
on ne doit jamais s'en servir sans le
Magistère.
Mais si dans la préparation, on peut trouver le moyen de le mêler & de le joindre
amiablement aux Corps, c'est-à-dire
de l'unir si bien à eux, qu'il n'en puisse plus
être séparé, on découvrira par ce moyen

@

LA SOMME DE GEBER. 153
un des plus grands Secrets de la Nature; &
on saura une des voies de la perfection:
parce qu'il y a plusieurs voies qui
tendent & qui conduisent au même effet.
(1) Il y en a pourtant une qui est plus parfaite
que l'autre.
Un autre effet du Soufre est qu'il augmente assurément le poids de quelque Métal
que ce soit que l'on calcine avec lui,
& qu'avec le Soufre on peut rendre le
Cuivre semblable à l'Or. Il se joint aussi
avec le Mercure. Et si on les sublime tous
deux ensemble, on en fait du Cinabre.
Enfin on calcine aisément tous les Corps
ou Métaux avec le Soufre, hormis l'Or
& l'Etain; & le premier encore plus difficilement
que l'autre. Mais il n'est point
vrai que le Soufre puisse coaguler véritablement,
& avec quelque profit le Vif-
argent en Soleil & en Lune, & que cela
se fasse aisément & sans beaucoup d'artifice,
comme quelques Fous se le sont
imaginés. Néanmoins les Métaux qui ont
moins d'Argent-vif, & par conséquent
moins d'humidité, se calcinent plus facilement
par le Soufre; & au contraire, ceux qui
ont beaucoup d'Argent-vif ou d'humidité,


(1) Géber parle ici des peut donner la perfection
différentes Médecines, du aux Corps imparfaits, &
premier, du second & du desquelles la dernière est la
troisième Ordre, par lesquelles plus parfaite.
il prétend qu'on
@

154 LA SOMME DE GEBER.
se calcinent aussi plus difficilement. Mais
je proteste par le Dieu très haut, que c'est
le Soufre qui illumine, c'est-à-dire, qui
donne l'éclat, & qui perfectionne tous les
Corps, ou Métaux; parce qu'il est de lui-
même Lumière & Teinture.
Le Soufre a cela de plus, qu'il ne se dissout qu'avec peine; parce que parmi
ses parties, il n'y en a point qui tiennent
de la nature du Sel, en ayant seulement
d'oléagineuses, lesquelles ne se dissolvent
pas aisément dans l'Eau. J'en dirai la raison
ci-après dans le Chapitre du Dissolvant,
où je ferai voir manifestement ce
qui peut être dissous dans l'Eau, & ce qui
ne le peut point être.
Au reste le Soufre se sublime, parce que c'est un Esprit. Si on le mêle avec
Vénus, & que des deux on en fasse une
Composition, on en fait une couleur violette
fort belle. Il se mêle tout de même
avec le Mercure, & par la cuisson il s'en
fait un Azur fort agréable. Il ne faut pas
pourtant s'imaginer pour cela, que le
Soufre puisse lui-même servir à faire
l'Oeuvre des Philosophes. Car ce serait
une erreur, comme je le ferai voir clairement
dans la suite. Pour le choisir, il le
faut prendre massif & clair. En voilà assez
pour le Soufre.

@

LA SOMME DE GEBER. 155
----------------------------------------

C H A P I T R E XXIX.
De l'Arsenic.
L 'Arsenic est fait tout de même, d'une Matière subtile, & il est fort semblable au Soufre. C'est pourquoi on ne doit
point le définir autrement. Il y a néanmoins
cette différence entre eux, que l'Arsenic
donne facilement la Teinture blanche,
& fort difficilement la rouge; au
lieu que le Soufre teint aisément en rouge,
& difficilement en blanc. Or il y a de deux
sortes de Soufre & d'Arsenic; l'un qui est
jaune & l'autre rouge, qui tous deux servent
à notre Art, les autres espèces n'y
pouvant de rien servir. L'Arsenic se fixe
comme le Soufre; mais l'un & l'autre se
subliment mieux, si on les mêle avec des
Métaux réduits en chaux. Mais ni le Soufre
ni l'Arsenic, ne sont la Matière qui
donne la perfection à notre Oeuvre, parce
qu'ils ne sont pas parfaits pour pouvoir
donner la perfection. Ils peuvent néanmoins
y contribuer avec condition. On doit
choisir l'Arsenic qui soit clair, par écaille,
& point pierreux.

@

156 LA SOMME DE GEBER.
----------------------------------------

C H A P I T R E XXX.
De l'Argent-vif.
L 'Argent-vif, qui selon l'usage des Anciens, s'appelle autrement Mercure, est une Eau visqueuse, faite d'une Terre
blanche sulfureuse, très subtile, & d'une
Eau très claire, lesquelles ont été cuites
& digérées dans les entrailles de la Terre
par la chaleur naturelle des Mines, &
mêlées & unies fort exactement par leurs
moindres parties, jusqu'à ce que l'Humide
ait été également tempéré par le Sec, &
le Sec par l'Humide. C'est pourquoi il
coule fort aisément sur une superficie égale
& unie, à cause de la fluidité & de l'humidité
de son Eau: & il ne s'attache point
à ce qu'il touche, encore que sa matière
soit visqueuse & gluante; parce que la sécheresse
qui est renfermée dans lui, tempère
cette humidité & l'empêche de s'attacher
à ce qu'il touche. C'est lui, qui selon
l'opinion de quelques Anciens, étant joint
avec le Soufre, est la Matière des Métaux.
Il s'attache facilement à Saturne, à Jupiter,
& au Soleil; plus difficilement à la
Lune, & plus difficilement encore à Vénus
qu'à la Lune, mais jamais à Mars, si
ce n'est par artifice; & de-là l'on peut découvrir

@

LA SOMME DE GEBER. 157
un grand secret. Car il est ami des
Métaux, & étant de leur nature, il s'unit
aisément avec eux, & il sert de moyen ou
milieu pour joindre les Teintures: Et il n'y
a que l'Or seul qui aille au fond du Mercure,
& qui se noie dans lui. Il dissout
Jupiter, Saturne, la Lune & Vénus, &
ces Métaux se mêlent avec lui, & sans lui
l'on ne saurait dorer nul Métal. Il se fixe,
& il devient une Teinture d'une rougeur
très exubérante, pour parfaire les Corps
imparfaits, & d'une très grande splendeur:
& il ne se sépare jamais du Corps auquel
il est joint, tandis qu'il demeure en sa nature.
Le Mercure n'est pas néanmoins
notre Matière, ni notre Médecine, à le
prendre tel que la Nature le produit: mais
il peut y contribuer avec condition, aussi
bien que le Soufre.

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C H A P I T R E XXXI.
Des Effets des Principes naturels, qui sont
les Corps Métalliques.
N Ous avons maintenant à parler des Corps Métalliques, qui sont les effets, & qui sont formés de ces Principes.
Il y en a six en tout: l'Or, l'Argent,
le Plomb, l'Etain, l'Airain, ou Cuivre
& le Fer. Le Métal est un corps minéral

@

158 LA SOMME DE GEBER.
fusible, & qui se forge & s'étend sous le
marteau en toute dimension. Il est d'une
Substance serrée, & d'une très forte &
ferme composition. Les Métaux ont grande
affinité entre eux. Les parfaits ne communiquent
pourtant point la perfection aux
imparfaits, étant mêlés avec eux. Par exemple,
si l'on mêle du Plomb avec de l'Or,
lorsque ces deux Métaux sont en fusion;
le Plomb ne deviendra pas Or par ce mélange.
Car en mettant après cette Composition
au feu, le Plomb se séparera de l'Or,
& se consumera, partie par évaporation,
& partie par adustion, l'Or demeurant tout
entier en cette Opération; qui est une de
ses épreuves. Il en est de même des autres
Métaux imparfaits, selon la voie ordinaire
de la Nature. Mais il n'en est pas ainsi en
notre Magistère, où le Parfait aide & perfectionne
l'Imparfait, & ou l'Imparfait reçoit
de soi-même la perfection, sans qu'on
lui ajoute rien d'étranger, & où enfin l'Imparfait
est encore élevé à la perfection par
notre même Magistère. Et je prends Dieu
à témoin, qu'en ce Magistère le Parfait
& l'Imparfait se changent & se perfectionnent
l'un l'autre; qu'ils sont changés &
perfectionnés l'un par l'autre, & que chacun
d'eux se perfectionne par soi-même,
sans le secours d'aucun autre.

@

LA SOMME DE GEBER. 159
----------------------------------------

C H A P I T R E XXXII.
Du Soleil ou de l'Or.
N Ous avons parlé en général des Corps, ou des Métaux; il faut maintenant faire un Discours particulier de chacun
d'eux. Commençons par l'Or. L'or
est un Corps métallique, jaune, pesant,
qui n'a point de son, & fort brillant, qui
a été également digéré dans la Mine & lavé
pendant un longtemps par une Eau
minérale, qui s'étend sous le marteau, qui
se fond par la chaleur du feu, & qui,
sans se diminuer, souffre la Coupelle & le
Ciment. C'est là la Définition de l'Or,
d'où l'on doit inférer que nulle chose ne
doit être censée Or, si elle n'a toutes les
Causes & les Différences ou Propriétés qui
sont contenues en cette Définition. Il est
certain néanmoins que ce qui peut donner
véritablement & radicalement la Teinture,
l'uniformité & la pureté de l'Or à quelque
Métal que ce soit, peut généralement de
tous les Métaux en faire de l'Or. Et j'ai
remarqué que le Cuivre, ayant été converti
en Or par un effet de la Nature, il
s'ensuit qu'il peut l'être aussi par l'artifice.
Car j'ai vu dans les Mines de Cuivre,
d'où il coulait de l'Eau qui, entraînant avec
elle des paillettes de Cuivre fort déliées, &
les ayant lavées & nettoyées continuellement

@

160 LA SOMME DE GEBER.
& pendant un longtemps; cette Eau
venant ensuite à tarir, & ces paillettes ayant
demeuré trois ans ou environ dans du Sable
tout sec, j'ai reconnu, dis-je, que ces paillettes
ont été cuites & digérées par la chaleur
du Soleil, & j'ai trouvé parmi ces mêmes
paillettes de l'Or très pur. Ce qui m'a fait
croire qu'ayant été nettoyées par l'Eau
qui coulait, & puis également digérées
par la chaleur du Soleil, dans la sécheresse
du Sable, elles avaient acquis l'homogénéité
& l'uniformité que nous voyons
qu'a l'Or dans toutes ses parties. C'est
pourquoi, en imitant la Nature, autant
qu'il nous est possible, nous faisons
la même altération, & le même changement,
quoi qu'en cela pourtant nous ne
puissions ni ne devions pas même imiter la
Nature en tout.
L'Or est encore le plus précieux de tous les Métaux, & c'est lui qui donne la Teinture
rouge, parce qu'il communique sa
Teinture & sa perfection à tous les autres
Corps métalliques. On le calcine, & on
le dissout même; mais cela se fait sans nulle
utilité, & c'est une Médecine qui réjouit
& qui conserve le Corps dans la vigueur
de la jeunesse. L'Or se rompt & se
met en pièces facilement, si on l'amalgame
avec le Mercure; l'odeur du Plomb
fait aussi le même effet. De tous les Métaux
taux
@

LA SOMME DE GEBER. 161
il n'y en a point qui approchent plus
effectivement de sa Substance, que Jupiter
& la Lune, ni qui se mêlent mieux avec
lui. Saturne lui ressemble dans le poids, &
en ce qu'il n'a point de son, non plus que lui
& qu'il est aussi bien que lui exempt de rouille
& de pourriture. Vénus approche plus
de l'Or par la Couleur, comme elle lui est
encore plus semblable en puissance; &
après elle la Lune, puis Jupiter & Saturne,
& enfin Mars le moins de tous. Et en
cela gît l'un des Secrets de la Nature. Les
Esprits peuvent aussi être mêlés & unis à
l'Or, & il les rend fixes par un grand artifice,
qui ne tombera jamais dans l'esprit
d'un Homme, qui aura l'intelligence dure
& qui sera hébété.

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C H A P I T R E XXXIII.
De la Lune ou Argent.
L A Lune, qu'on appelle ordinairement Argent, est un Corps Métallique blanc d'une blancheur pure, qui est net,
dur, sonnant, qui souffre la Coupelle, qui
s'étend sous le marteau, & qui est fusible
par la chaleur du feu. La Lune est donc
la Teinture de la blancheur. Elle endurcit
Jupiter, & par artifice elle le change en sa
nature. Elle se mêle avec le Soleil, sans le
Tome I. O
@

162 LA SOMME DE GEBER.
rendre aigre ni cassant: mais à moins que
d'en savoir l'artifice, elle ne demeure pas
avec lui à toutes épreuves. Qui pourrait
néanmoins la subtiliser, puis l'épaissir & la
fixer, en l'unissant ensuite à l'Or, elle demeure
avec lui dans le feu, & elle ne s'en
sépare plus du tout. On la met sur le suc
des acides, tels que sont le Vinaigre, le
Sel Ammoniac & le Verjus, & il s'en
fait un fort beau Bleu céleste. L'Argent
est un Corps fort noble, mais il l'est moins
que l'Or. Il a sa Mine particulière & séparée,
encore que parfois il s'en trouve
dans les Mines des autres Métaux; mais
cet Argent-là n'est pas si bon que l'autre.
On peut le calciner & le dissoudre par un
grand travail, mais cela ne peut servir de
rien.

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C H A P I T R E XXXIV.
De Saturne ou du Plomb.
L E Plomb est un Corps métallique, noirâtre, terrestre, pesant, qui n'a point de son, & fort peu de blancheur, mais
beaucoup de lividité, qui ne souffre ni la
Coupelle ni le Ciment, qui est mou & aisé
à étendre sur le marteau, sans beaucoup
d'effort; & enfin qui se fond facilement sans
s'enflammer auparavant, ni rougir au feu.

@

LA SOMME DE GEBER. 163
Quelques Ignorants s'imaginent que de sa
nature, le Plomb s'approche de l'Or, &
qu'il lui est fort semblable; mais ce sont
des Gens qui n'ont ni sens ni entendement,
& qui ne sauraient d'eux-mêmes découvrir
aucune vérité, ni l'inférer des choses
qui sont un peu subtiles: ainsi ils en jugent
seulement selon leur sens, & selon les apparences
extérieures. Car ce qui les oblige
à croire qu'il y a beaucoup d'affinité entre
ce Métal & l'Or, c'est qu'ils voient
qu'il est fort pesant, qu'il n'a point de son,
& qu'il ne pourrit point non plus que l'Or.
Mais ils se trompent manifestement en cela,
comme nous le ferons voir ensuite.
Le Plomb a beaucoup de terrestréité;
c'est pourquoi on le lave, & par ce moyen
on le change en Etain. Ce qui fait voir que
l'Etain est plus proche que lui de la perfection.
On brûle le Plomb, & il s'en fait
du Minium, & en le mettant sur la vapeur
du Vinaigre, il s'en fait de la Céruse; &
quoiqu'il soit beaucoup éloigné de la
perfection, il se change pourtant fort aisément
en Argent par notre Art, & dans la
transmutation qui s'en fait, il ne retient pas
le même poids qu'il avait étant Plomb:
mais son poids diminue, & il se réduit au
véritable poids de l'Argent, & cela se fait
par le moyen du Magistère. Le Plomb
sert aussi à éprouver l'Argent dans la Coupelle,
O ij
@

164 LA SOMME DE GEBER.
nous en dirons la raison ci-après.

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C H A P I T R E XXXV.
De Jupiter ou de l'Etain.
L 'Etain est un Corps Métallique blanc d'une blancheur impure, livide, un peu sonnant, participant d'un peu de terrestréité,
qui a radicalement en soi le Cric.
Il est mou, & se fond aisément & soudainement
sans se rougir au feu; il ne souffre
ni la Coupelle ni le Ciment, & s'étend
en toute dimension sous le marteau; de
sorte qu'il peut être réduit en feuilles fort
déliées. Jupiter donc de tous les Corps
ou Métaux imparfaits, est celui qui a le
plus de ressemblance naturelle avec les
Corps parfaits, & qui s'approche le plus
du Soleil & de la Lune. Mais pourtant
plus de la Lune que du Soleil, comme je
le ferai voir clairement ci-après. Au reste,
comme ce Métal a reçu beaucoup de blancheur
par les Principes de sa composition,
cela fait qu'il blanchit les autres Corps
ou Métaux qui ne sont pas blancs. Il a néanmoins
ce défaut qu'il rend aigres & cassants
les Corps à qui on le joint, hormis Saturne
& le Soleil très pur. Jupiter a encore
cette propriété, qu'il s'attache fortement
au Soleil & à la Lune. C'est pourquoi il

@

LA SOMME DE GEBER. 165
ne s'en sépare pas facilement dans les épreuves.
Dans la Transmutation qui s'en fait
par notre Magistère, il reçoit une Teinture
rouge, qui le rend fort brillant, & il
acquiert le véritable poids de l'Or. On
peut l'endurcir & le purifier plus aisément
que Saturne, comme je le dirai ensuite. Et
qui saurait le Secret de lui ôter le défaut
qu'il a de rendre aigres & cassants [les Métaux
auxquels on le mêle] il aurait un
moyen infaillible de s'enrichir bientôt.
Parce qu'ayant beaucoup d'affinité avec
le Soleil & la Lune, il s'attacherait à eux,
sans pouvoir jamais en être séparé.

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C H A P I T R E XXXVI.
De Vénus ou du Cuivre.
V Enus est un Corps métallique, livide, qui tient beaucoup d'une rougeur obscure, qui rougit au feu, est fusible,
s'étend sous le marteau, résonne fortement,
& ne souffre ni Coupelle ni Ciment.
Vénus contient donc en apparence dans la
profondeur de sa Substance la couleur &
l'essence de l'Or. Elle se forge & s'enflamme
sans se fondre, comme font l'Argent
& l'Or. D'où l'on peut tirer un Secret.
Car elle est le milieu du Soleil & de la
Lune; elle se change facilement en l'un &

@

166 LA SOMME DE GEBER.
en l'autre de ces deux Métaux, & la transmutation
qui s'en fait est fort bonne, sans
beaucoup de déchet, & est aisée à faire. Elle
a une très grande affinité avec la Tutie,
qui lui donne une bonne couleur d'Or;
d'où l'on peut tirer du profit. Et comme
elle n'a point besoin d'être endurcie pour
pouvoir rougir au feu sans se fondre, on
doit se servir d'elle, plutôt que des autres
Métaux, dans la petite Oeuvre, & dans
la moyenne [dont il sera parlé dans le second
Livre,] mais non pas dans la grande.
Elle a néanmoins un défaut, que n'a pas
Jupiter, qui est qu'elle devient aisément
livide, & que les choses âcres & acides la
tachent. Et ce n'est pas un petit artifice
que de lui pouvoir ôter ce défaut-là, tant il
est profondément enraciné en elle.

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C H A P I T R E XXXVII.
De Mars ou de Fer.
M Ars ou le Fer est un Corps métallique, fort livide, qui a peu de rougeur, qui participe d'une blancheur impure,
qui est dur & inflammable, qui n'est pas
fusible au moins d'une fusion, laquelle se
fasse directement [ou sans addition] qui est
malléable, & qui a beaucoup de son. Or le
Fer est d'un rude travail [& difficile à être

@

LA SOMME DE GEBER. 167
mis en Oeuvre] à cause qu'il ne peut pas
être fondu. Que si on le fond sans y ajouter
la Médecine qui change sa nature, on
le joindra au Soleil & à la Lune, & il n'en
pourra être séparé par quelque épreuve
que ce soit, qu'avec un grand artifice.
Que si on le prépare auparavant que de le
joindre [aux Corps imparfaits], on ne
saurait plus trouver le moyen de l'en séparer;
pourvu que, sans changer sa nature
& sa fixité, on ne lui ôte seulement que
les impuretés qu'il a. Il peut donc aisément
servir de Teinture pour le rouge,
mais difficilement pour le blanc; & si on
le mêle avec le Soleil & la Lune, il ne
change point leur couleur; au contraire, il
l'augmente en quantité.

----------------------------------------

C H A P I T R E XXXVIII.
De la différence des Métaux imparfaits à
l'égard de la perfection.
D E ce que nous venons de dire, il est évident que de tous les Corps imparfaits, Jupiter est le plus éclatant, le plus
lumineux, & qui a le plus de perfection.
Ainsi, dans la transmutation, il se change
en Soleil & en Lune, avec bien moins
de déchet que pas un. Mais quoi que
l'Oeuvre, que l'on fait de lui, ne soit pas

@

168 LA SOMME DE GEBER.
difficile à faire, toutefois le travail en est
long, à cause qu'il se fond fort promptement.
Après Jupiter, Vénus se transmue
le plus parfaitement. Elle est néanmoins
difficile à manier: mais le travail en est
plutôt fait que celui de Jupiter. Saturne
vient ensuite, car il ne se transmue pas si
bien ni si parfaitement que Vénus; il se
manie pourtant fort aisément, mais le travail
qu'on fait sur lui dure fort longtemps,
& est long à faire. Enfin Mars est celui de
tous les Métaux imparfaits, qui se transmue
avec le plus de déchet, qui est le plus
malaisé à manier, & celui de qui le travail
dure le plus. Moins donc les Corps imparfaits
ont de disposition à être promptement
fondus, tels que sont Vénus & Mars,
plus ils sont difficile à être transmués. Et
ceux qui se fondent plus aisément, reçoivent
très facilement la transmutation. Ceux
aussi qui sont plus livides, plus impurs, &
qui ont le plus de crasses terrestres, se
transmuent avec plus de peine, & reçoivent
le moins de perfection. Or toutes les
différences de perfections que nous venons
de remarquer, se trouvent dans la moindre
& la moyenne Oeuvre seulement:
car dans la grand'Oeuvre, toutes les perfections
sont égales; c'est-à-dire, que les
Métaux imparfaits, qui sont transmués,
reçoivent tous une même & égale perfection,
tion,
@

LA SOMME DE GEBER. 169
quoiqu'ils ne soient pas aussi aisément
& aussi entièrement transmuez les uns que
les autres, comme nous venons de le faire
voir. Il reste à dire quelle est la disposition
dans les Métaux imparfaits, qui fait
qu'il y en a qui sont plus aisés à manier
les uns que les autres, & que le travail en
est ou plus long & plus court.
Nous avons parlé des Principes naturels des Corps métalliques, & nous avons traité
de chacun de ces Principes, & de ces
Corps séparément dans autant de Chapitres
particuliers, & nous n'avons rien
avancé qui ne soit conforme au sentiment
& à la doctrine de ceux qui ont pénétré
dans le plus profond de la nature, &
qui l'ont vue à découvert, & que nous
n'ayons appris & éprouvé par les longues
& laborieuses expériences que nous en
avons faites. Il reste maintenant, pour
l'accomplissement de cet Ouvrage, à
expliquer par ordre, en cette dernière Partie
tous les Principes du Magistère, &
à découvrir la perfection que nous avons
vue, & en déclarer les Causes.

pict
Tome I. * P
@

170 LA SOMME DE GEBER.
pict

Q U A T R I E M E E T D E R N I E R E
PARTIE DU PREMIER LIVRE
Qui traite des Principes artificiels de
l'Art.
----------------------------------------

C H A P I T R E XXXIX.
Division des choses contenues en cette Partie,
où il est parlé en passant de la perfection, de laquelle il sera traité dans le second Livre.
N Ous avons deux choses à faire en cette dernière Partie. Premièrement à parler des Principes [artificiels] du Magistère,
& en second lieu de la perfection. Ces
Principes sont les diverses Opérations dont
l'Artiste se sert pour faire le Magistère.
Il y en a de plusieurs sortes, car la Sublimation,
la Descension, la Distillation, la Coagulation,
la Fixation, & la Cération,
sont autant d'Opérations particulières, &
qui sont toutes différentes les unes des autres.
Nous traiterons de chacune séparément.
Pour ce qui est de la perfection,
elle consiste à avoir la connaissance de

@

LA SOMME DE GEBER. 171
plusieurs choses: premièrement de celles,
par le moyen desquelles on peut parfaire
l'Oeuvre; secondement de celles qui contribuent
à la perfection; puis de la chose
même qui donne la dernière perfection.
Et enfin des choses, par le moyen desquelles
on connaît si le Magistère a toute
la perfection qu'il doit avoir, ou s'il ne l'a
pas. Les choses par lesquelles on parvient
à l'accomplissement de l'Oeuvre, consistent
dans une Substance manifeste, dans
des couleurs pareillement manifestes, &
dans les Poids de chacun des Corps [ou
Métaux] qui doivent être transmués, &
de ceux qui ne doivent point recevoir de
transmutation, les considérant dans la Racine
de leur nature; je veux dire, tels
qu'ils sont naturellement, sans qu'il intervienne
aucun artifice; & les considérant
aussi dans leur Racine, tels qu'ils peuvent
devenir par l'artifice; en considérant encore
les Principes de ces mêmes Corps,
selon leur profondeur, & tels qu'ils sont
dans leur intérieur; & selon leur manifeste
ou extérieur, comme ils sont dans leur nature,
tant sans artifice que par artifice.
Car si l'on ne connaissait les Corps et
leurs Principes dans le profond, & dans
l'extérieur de leur nature, tels qu'ils peuvent
être par l'artifice, & tels qu'ils sont
sans artifice, l'on ne connaîtrait pas ce
P ij
@

172 LA SOMME DE GEBER.
qu'ils ont de superflu, ni ce qui les approche
de la perfection, ni ce qui les en
éloigne; & ainsi l'on ne pourrait jamais
parvenir à la perfection de leur transmutation.
La considération des choses qui aident à la perfection, consiste à connaître premièrement
la nature des choses que nous
voyons d'elles-mêmes & sans artifice s'attacher
au Corps, & y causer quelque
changement, comme sont la Marcassite,
la Magnésie, la Tutie, l'Antimoine, &
la Pierre Lazuli. Secondement à connaître
ce qui nettoie les Corps, sans néanmoins
s'y attacher, comme sont les Sels,
les Aluns, les Nitres, les Borax & toutes
les autres choses qui sont de même nature.
Et enfin à connaître la vitrification, laquelle
purifie & nettoie par la ressemblance
de nature.
A l'égard de ce qui fait la perfection, elle consiste dans le choix de la pure Substance,
c'est une Matière qui a pris son
origine de la Matière de l'Argent-vif, &
qui en a été produite. Cette matière n'est
pas pourtant l'Argent-vif en sa nature, ou
tel qu'il est naturellement, ni en toute sa
Substance; mais c'en est seulement une
partie. Encore n'est-ce pas une partie de
l'Argent-vif à le prendre tel qu'il est présentement;

@

LA SOMME DE GEBER. 173
c'est-à-dire, au sortir de la Mine;
mais lorsque notre Pierre est faite.
Car c'est notre Pierre qui illumine & qui
empêche que les Métaux imparfaits ne
soient brûlés, & qu'ils ne s'enfuient de
dessus le feu, ce qui est une marque de la
perfection.
Enfin, ce qui fait connaître si le Magistère a ou n'a pas toute sa perfection,
consiste dans les épreuves que l'on fait par
la Coupelle, par le Ciment, par l'Ignition, par
l'Exposition que l'on fait du Métal transmué
sur la vapeur des Acides, par l'Extinction,
par l'Addition ou le mélange du
Soufre qui brûle les Corps; par la Réduction
qui se fait des Corps [en leur propre
nature] après avoir été calcinés; & enfin
par la facilité ou la difficulté qu'ont les
Corps à s'attacher à l'Argent-vif. Nous
allons expliquer toutes ces choses, avec
leurs Causes, & avec des expériences aisées,
par le moyen de quoi l'on connaîtra
qu'en tout ce que j'ai avancé, je n'ai rien
dit qui ne soit véritable. Car ces expériences
seront si évidentes, qu'il n'y aura
personne qui n'en demeure d'accord. Mais
premièrement nous parlerons des Principes
[extérieurs ou artificiels] du Magistère,
ou des Opérations [dont on se
sert pour le faire,] en commençant par
la Sublimation, & continuant de suite
P iij
@

174 LA SOMME DE GEBER.
dans l'ordre que nous jugerons être le plus
nécessaire.

----------------------------------------

C H A P I T R E XL.
De la Sublimation en général, & pourquoi
on l'a inventée.
L A raison pour laquelle on a imaginé & inventé la Sublimation, ç'a été, parce que ni les Anciens ni nous, n'avons
rien trouvé, & que ceux qui viendront
après nous ne pourront jamais rien trouver,
qui puisse s'unir aux Corps, que les
Esprits, ou au moins que ce qui a tout
ensemble la nature du Corps & de l'Esprit.
Or l'expérience nous fait voir que
les Esprits, sans être purifiés par quelque
préparation, étant projetés sur les Corps,
ou Métaux imparfaits, ou ne leur donnent
pas de couleur parfaite, ou les corrompent
entièrement, & les brûlent, &
les noircissent. Et cela, plus ou moins,
selon la diversité des Esprits. Car il y a
des Esprits qui brûlent & qui noircissent,
comme le Soufre, l'Arsenic & la Marcassite:
& ceux-là corrompent & salissent entièrement
les Corps. Et il y en a d'autres qui
ne brûlent pas; mais qui sont volatils, & qui
s'enfuient par la chaleur, telles que sont
toutes les sortes de Tuties & le Vif-Argent.

@

LA SOMME DE GEBER. 175
Et ceux-là ne donnent aux Corps que des
Couleurs imparfaites. En voici les raisons.
La première sorte d'Esprits brûlent
& noircissent [les Corps sur lesquels on
les projette,] ou parce que l'on ne leur
a pas ôté leur onctuosité adustive & brûlante
qui s'enflamme facilement, & par
conséquent qui noircit: ou parce qu'on
leur a laissé leur terrestréité, laquelle noircit
tout de même. Et ce qui fait que la
seconde sorte d'Esprits ne donne pas de
Couleur qui soit parfaite, c'est la seule
terrestréité [qui ne leur a pas été ôtée]
& qui donne aux Corps une Couleur livide
& noirâtre, lorsqu'on en fait projection
sur eux. L'adustion fait aussi le même
effet.
Pour éviter ces inconvénients, les Chimistes ont imaginé un moyen d'ôter l'onctuosité
(qui est ce qui fait l'adustion)
aux Esprits qui en ont, & d'ôter à tous
les Esprits en général les fèces terrestres
qui causent cette couleur livide. Ce
qu'ils n'ont pu faire par nulle autre opération,
que par la Sublimation seule. Car
le feu, en élevant les Esprits, lorsqu'on
les sublime, en élèvent toujours les parties
les plus subtiles. Et par conséquent
les parties les plus grossières demeurent
dans le fond du vaisseau. Ce qui fait voir
évidemment que la Sublimation purifie
P iiij
@

176 LA SOMME DE GEBER.
les Esprits, en séparant d'eux la terrestréité
qui empêchait qu'ils ne fussent entrants;
c'est-à-dire, qu'ils ne pussent pénétrer
les Corps, & qui était la cause de
la couleur imparfaite & impure, que ces
Esprits leur communiquaient. Or on voit
manifestement que par la Sublimation
les Esprits sont dépouillés de cette terrestréité;
parce qu'ayant été sublimés,
ils sont plus resplendissants & plus diaphanes;
qu'ils entrent & pénètrent avec plus
de facilité dans l'épaisseur des Corps, &
qu'ils ne leur impriment pas une couleur
désagréable, comme ils faisaient, avant
que d'avoir été sublimés. Il est encore
évident que la Sublimation ôte l'adustion
aux Esprits, parce que l'Arsenic, qui,
avant que d'être sublimé, était mauvais,
& prenait feu tout aussitôt; après l'avoir
été, il ne s'enflamme plus: mais étant
mis sur le feu il s'évapore sans brûler.
Ce qui se fait tout de même dans le Soufre,
comme on le trouvera, si l'on veut
l'éprouver. Les Chimistes ayant donc remarqué
qu'il n'y avait que les Esprits
tous seuls, qui, en s'attachant aux Corps
& en les pénétrant, peuvent les changer
& les altérer; & n'ayant rien trouvé qu'ils
pussent substituer aux Esprits, & avec
quoi ils pussent faire le même effet; il a
fallu nécessairement les préparer & les purifier

@

LA SOMME DE GEBER. 177
par la Sublimation, n'y ayant que
cette Opération qui le puisse faire. Et
partant ç'a été la cause pour laquelle on
l'a inventée. Nous allons dire maintenant
ce que c'est, & de quelle manière elle se
fait, sans rien omettre.

----------------------------------------

C H A P I T R E XLI.
Ce que c'est que la Sublimation; comment
se fait celle du Soufre & de l'Arsenic, & des trois degrés du feu qu'il y faut observer.
L A Sublimation est l'élévation qui se fait par le feu d'une chose sèche, en sorte qu'elle s'attache au vaisseau. Il y
a de diverses sortes, selon la différence
des Esprits que l'on doit sublimer. Car
l'une se fait avec une forte ignition, ou
inflammation du [Vaisseau & de la Matière:]
l'autre avec un feu médiocre; &
l'autre enfin par un feu lent & doux. Le
Soufre & l'Arsenic doivent être sublimés
de cette dernière façon. Car comme ils
ont de deux sortes de parties, les unes très
subtiles, & les autres grossières, qui toutes
sont jointes ensemble également & très
fortement, si l'on venait à sublimer ces
deux sortes d'Esprits par un feu violent,
toute leur Substance monterait sans aucune

@

178 LA SOMME DE GEBER.
séparation de leurs parties subtiles
d'avec les grossières; elle monterait même
non seulement sans être purifiée, mais
encore étant toute noire & brûlée. Pour
pouvoir donc séparer la Substance terrestre
& impure de ces Esprits d'avec la partie
subtile, il faut nécessairement se servir de
deux moyens. Le premier est d'avoir un
régime de feu bien proportionné, & l'autre
de purifier ces deux Esprits en les mêlant
avec des fèces, parce que les fèces
avec lesquelles on les mêle [ayant auparavant
mis le tout en poudre] s'attachent
aux parties les plus grossières & les retiennent
avec elles, affaissées dans le fond
de l'Aludel [c'est-à-dire du Vaisseau sublimatoire]
& les empêchent de monter.
C'est pourquoi l'Artiste se doit servir de
trois différents degrés de feu pour la Sublimation
de ces Esprits. Le premier doit
être proportionné de telle sorte qu'il n'y
ait que ce qui a été altéré, purifié, &
rendu plus lucide, qui monte, & que l'on
voit manifestement, que ce qui s'élève
est effectivement purifié & nettoyé, par
les fèces terrestres qu'on y a mêlées. Le
second degré de feu consiste à faire élever
& sublimer par un feu plus fort tout ce
qui est de pure Substance, qui, dans la
première Sublimation, a demeuré engagé
dans les fèces, de manière que l'Aludel

@

LA SOMME DE GEBER. 179
& les fèces mêmes rougissent, ce que
l'Artiste remarquera visiblement. Le troisième
degré est de faire un feu fort doux,
sans mêler plus aucune fèces à ce qui a
été déjà sublimé & purifié par leur moyen
& leur mélange, dans les précédentes
Sublimations; de manière qu'il n'en monte
presque rien, & que ce qui montera
par ce degré de feu, soit très subtil. Ce
qui est une chose absolument inutile à
l'Oeuvre, parce que c'est cela même,
qui dans l'Arsenic & dans le Soufre, est
cause qu'ils s'enflamment & se brûlent.
La raison donc pour laquelle on fait la
Sublimation du Soufre & de l'Arsenic,
c'est afin qu'en séparant leur terrestréité
impure, par un régime de feu qui soit
propre & convenable, & faisant exhaler
leurs parties les plus subtiles & vaporeuses
(qui est ce qui les rend adustible,
& qui cause la corruption) il ne nous en
reste que cette partie qui consiste en une
égalité; (c'est-à-dire, qui n'est ni trop
subtile ni trop grossière, & qui fait une
simple fusion sur le feu sans aucune adustion,
qui s'exhale & s'en aille en fumée,
& sans qu'elle s'enflamme.
Au reste, il est aisé de faire voir que ce qui est le plus subtil, est ce qui rend
adustible, ou qui cause l'adustion. Car le
feu change facilement en sa nature tout

@

180 LA SOMME DE GEBER.
ce qui lui est le plus semblable. Or dans
toutes les choses adustibles, c'est-à-dire
qui brûlent, facilement, tout ce qu'elles
ont de subtil est plus semblable au feu,
& ce qui est encore plus subtil, lui est
encore plus semblable: Et par conséquent,
ce qui sera très subtil, le sera aussi
beaucoup plus. L'expérience le démontre
tout de même. Car le Soufre & l'Arsenic,
qui n'ont point été sublimés, s'enflamment
& prennent feu tout d'abord,
& le Soufre encore plutôt que l'Arsenic;
mais quand on les a sublimés, ils ne s'enflamment
plus directement, c'est-à-dire
d'eux-mêmes; mais ils se fondent & se
liquéfient, puis ils s'évaporent, & s'exhalent
sans s'enflammer. D'où il est évident
que ce que nous avons avancé est véritable.

----------------------------------------

C H A P I T R E XLII.
Des Fèces des Corps Métalliques, qu'il
faut ajouter aux Esprits pour les sublimer, & quelles doivent être leur quantité & leur qualité.
I L faut prendre les fèces d'une Matière qui ait le plus de rapport avec les Esprits que l'on veut sublimer & avec laquelle
ils se puissent mêler mieux & plus

@

LA SOMME DE GEBER. 181
intimement; parce qu'une Matière, à laquelle
les Esprits s'uniront plus exactement,
retiendra beaucoup mieux leurs
fèces & leurs terrestréités quand on les
sublimera, qu'une autre qui n'aurait aucune
affinité avec eux. Et la raison en est
assez évidente d'elle-même. Il est d'ailleurs
aisé de faire voir qu'il faut mêler
des fèces dans la Sublimation des Esprits;
parce que si on sublimait le Soufre & l'Arsenic
avec les fèces de quelque chose de
fixe, leur Substance se sublimerait nécessairement
toute entière sans être purifiée,
& sans aucune séparation du pur d'avec
l'impur; comme le savent ceux qui en
ont fait l'expérience. Or qu'il faille que
les fèces aient du rapport avec ces deux
Esprits, & qu'ils se mêlent ensemble exactement
& en toute leur Substance, la raison
en; est parce que si ce mélange ne se
faisait pas de la sorte, il vaudrait autant
n'y rien ajouter: à cause que la Substance
des Esprits monterait & se sublimerait
toute entière, sans qu'il se fît nulle séparation
du pur d'avec l'impur, & sans être
nullement purifiée. Car puisque lorsqu'on
sublime ces Esprits sans les mêler avec des
fèces, leur Substance monte & se sublime
toute; il faudrait aussi qu'il arrivât la même
chose en les sublimant avec des fèces
avec lesquelles ils ne seraient pas mêlés

@

182 LA SOMME DE GEBER.
parfaitement. J'en parle comme savant,
& comme l'ayant vu par expérience. Car
ayant fait ma Sublimation sans y ajouter
des fèces, ou en y en mettant, sans que les
Esprits s'unissent à elles jusque dans le
profond, j'ai perdu ma peine, n'ayant
point trouvé que les Esprits eussent été
purifiés après avoir été sublimés de la sorte.
Mais les ayant sublimés ensuite avec
la Chaux de quelque Corps Métallique,
mon Opération a bien réussi; & j'ai trouvé
que ces Esprits avaient été facilement
& parfaitement purifiés par ce moyen. Les
fèces doivent donc être prises de la Chaux
des Métaux, parce qu'avec ces Chaux,
la Sublimation se fait facilement, & elle
est fort difficile à faire avec quelque autre
chose que ce soit. Il n'y a donc rien dont
on se puisse servir au lieu de ces fèces ou
de ces Chaux. Ce n'est pas que la Sublimation
ne se puisse absolument faire sans la
Chaux des Corps, mais je puis assurer
que sans cela elle est fort difficile, & d'un
travail à désespérer ceux qui le feront, à
cause de sa longueur. Il est vrai que la
Sublimation qui se fait sans fèces & sans
aucune Chaux des Corps a cet avantage
qu'elle est plus abondante, au lieu qu'elle
est beaucoup moindre avec les fèces,
& moindre encore avec les Chaux. Mais
aussi il n'y a pas tant de peine, & il ne

@

LA SOMME DE GEBER. 183
faut pas tant de temps à la faire.
Après la Chaux des Corps il n'y a rien dont on se puisse plus utilement servir dans
la Sublimation, que des Sels préparez,
& de tout ce qui est de même nature
qu'eux. Car avec les Sels la Sublimation
est fort abondante, & on sépare fort facilement
ce qui a été sublimé d'avec les
fèces & d'avec les Sels, parce que ceux-
ci se dissolvent, ce que ne fait nulle autre
chose, dont on se sert pour intermède.
Pour ce qui est de la proportion des fèces, on les doit mettre en égale quantité,
c'est-à-dire poids pour poids, avec ce
qui doit être sublimé. Mais il suffira à un
Artiste, qui saura tant soit peu son métier,
de ne mettre que la moitié des fèces
à proportion de ce qu'il sublimera. Et
il fera un mal habile Homme s'il s'y trompe.
Mais un Artiste expert, ne mettra
qu'une fort petite portion de fèces, à l'égard
de ce qu'il doit sublimer: parce que
moins il y en aura, & plus abondante sera
la Sublimation, pourvu toutefois qu'on
diminue le feu à proportion de la diminution
des fèces. Car il faut donner le feu
dans la Sublimation, à proportion des
fèces. Ainsi il faut faire le feu doux,
quand il y a peu de fèces; l'augmenter,
s'il y en a plus; & le faire fort, quand il
y en a beaucoup.

@

184 LA SOMME DE GEBER.
Mais parce que l'on ne saurait mesurer le feu, & qu'un Homme, qui n'est
pas Artiste, s'y peut facilement tromper,
tant à cause de la diverse proportion des
fèces [que l'on doit observer] qu'à cause
de la différence des Fourneaux, & du bois
dont on se sert, & même de la diversité
des Vaisseaux, & de la manière de les ajuster
dans le Fourneau: qui sont des choses
à quoi l'Artiste doit soigneusement prendre
garde. Voici une règle générale que
l'on doit suivre pour tout cela. Il faut
d'abord faire un feu fort doux, pour tirer
tout ce qu'il y a de phlegme dans ce que
l'on veut sublimer. Après quoi, si par
ce premier degré de feu, l'on voit qu'il
ait monté quelque autre chose que le
phlegme, il ne faudra pas augmenter le
feu tout à coup, mais peu à peu, afin de
pouvoir tirer, par le même degré du feu
fort doux, la partie la plus subtile de la
Matière que l'on sublime, & qu'il faut
ou mettre à part, ou jeter, parce que
c'est ce qui fait l'adustion. Et il faudra
augmenter le feu quand il aura monté
quelque peu de cette partie subtile, ou
du moins une quantité qui ne soit pas
considérable. Pour le connaître, on n'aura
qu'à passer une languette de drap ou
un tuyau enveloppé de soie ou de laine,
dans le trou qui est au haut de l'Aludel.
Car
@

LA SOMME DE GEBER. 185
Car s'il ne s'attache que peu de chose à
la languette, ou que ce qui s'y attachera
soit bien pur, ce sera une marque que le
feu est trop doux, & qu'il faut l'augmenter.
Que si au contraire, il s'en attache
beaucoup, ou si ce qui s'y attachera est
impur, c'est un signe que le feu est trop
fort, & qu'il le faut diminuer. Mais s'il
s'en attache beaucoup, & de bien pur,
on aura trouvé le véritable degré du feu,
selon la proportion des fèces. Or on connaîtra,
en retirant la languette de l'Aludel,
si ce qui sublime est pur ou impur:
Comme de la quantité & de la pureté ou
de l'impureté de ce qui s'y attachera,
on pourra facilement imaginer & trouver
quel doit être le véritable régime du feu
dans toute la Sublimation, sans s'y pouvoir
tromper.
A l'égard de la nature des fèces, dont on se doit servir pour la Sublimation, les
meilleures sont les Ecailles ou Paillettes
de Fer, ou bien de Cuivre brûlé, qu'on
appelle communément [Aes Ustum]
parce qu'ayant moins d'humidité, elles
boivent plus aisément le Soufre & l'Arsenic,
& s'y attachent plus fortement comme
le savent ceux, qui en ont fait l'expérience.

Tome I. Q
@

186 LA SOMME DE GEBER.
----------------------------------------

C H A P I T R E XLIII.
Des fautes que l'on peut faire, & qu'il
faut éviter, à l'égard de la quantité des fèces & de la disposition du Fourneau en sublimant le Soufre & l'Arsenic. De la manière de faire les Fourneaux, & de quel bois on se doit servir.
A Fin donc que l'Artiste évite toutes les fautes qu'il pourrait faire par ignorance en sublimant ces deux Esprits,
je l'avertis premièrement que s'il y mêle
beaucoup de fèces, rien de l'Esprit ne se
sublimera, à moins qu'il n'augmente le
feu à proportion, comme je l'ai déjà dit,
en enseignant la manière de bien proportionner
le feu. Que s'il se met fort peu
de fèces ou que ces fèces ne soient de la
chaux des Métaux, & s'il manque à trouver
la proportion du feu, les Esprits,
qu'on veut sublimer, monteront tous
tels qu'ils sont, sans être nullement purifiés.
J'ai tout de même enseigné le moyen
de trouver cette proportion. On peut
encore manquer par le Fourneau. Car un
grand Fourneau fait un grand feu: & s'il
est petit, il en fait un petit, pourvu que
le bois qu'on y met, & que les Registres
[ou les trous] qu'on fait aux Fourneaux

@

LA SOMME DE GEBER. 187
pour donner de l'air, soient faits à proportion.
Si l'on mettait donc beaucoup
de Matière à sublimer sur un petit Fourneau,
il ne donnerait pas assez de chaleur
pour la pouvoir élever. Et si l'on en
mettait peu dans un grand Fourneau, le
trop grand feu dissiperait toute la Matière,
& la réduirait en fumée. De même,
quand le Fourneau est fort épais, il fait
un feu resserré & fort, & s'il est mince,
le feu en est rare & faible; & en cela on
se peut aussi tromper. Si les Registres du
Fourneau sont grands, il fera un feu clair
& grand, & le feu sera faible s'ils sont
petits. De même, quand le Vaisseau est
posé, s'il y a une grande distance entre
lui & les côtés du Fourneau, il fera un
grand feu, qui sera moindre, s'il y a moins
d'espace entre eux. Et en tout cela on
fait souvent de grandes fautes.
Pour les éviter, l'Artiste doit faire son Fourneau conforme au degré du feu qu'il
veut donner. Ainsi, s'il veut faire un feu
fort & violent, il doit faire son Fourneau
épais avec de grands Registres, & si
large qu'il ait un grand espace entre son
Vaisseau sublimatoire & les côtés du Fourneau.
Que s'il veut que son feu soit médiocre
ou faible, il doit donner à toutes
ces choses une étendue plus médiocre &
plus petite.
Q ij
@

188 LA SOMME DE GEBER.
Je vais t'enseigner le moyen de trouver toutes ces proportions, & celle qui sera
la plus propre, pour quelque Opération
que tu veuilles faire, & je te dirai comment
tu en dois faire l'expérience pour
en être assuré.
Si tu veux donc faire une grande Sublimation, tu dois avoir un Aludel si grand,
que toute la Matière que tu mettras dans
le fond de ton Vaisseau ne tienne qu'un
empan de hauteur. Tu mettras ensuite cet
Aludel dans un Fourneau si large, que
le Vaisseau étant posé au milieu, il y
ait tout au moins deux pouces de distance
entre lui & les côtés du Fourneau, auquel
il faudra faire des trous, ou Registres,
qui soient espacés également, afin
que la chaleur se communique également
par tout. Après tu mettras une barre de
fer épaisse d'un pouce au milieu du Fourneau,
qui soit fortement appuyée sur les
deux côtés & élevée au-dessus du fond du
Fourneau d'un bon empan, sur laquelle
tu poseras ton Aludel, que tu joindras
d'espace en espace au Fourneau, afin
qu'il soit plus ferme. Alors, fais du feu,
& prends garde si la fumée sort bien, & si
la flamme va librement par tout le Fourneau;
& si elle est tout autour de l'Aludel.
Car si cela est, ce sera une marque
que la proportion est bien observée; sinon

@

LA SOMME DE GEBER. 189
la proportion n'est pas bonne, & il
faudra élargir les Registres. Après quoi,
si l'Opération se fait mieux, cela sera bien
de la sorte; sinon la faute proviendra de
ce qu'il n'y aura pas assez d'intervalle entre
le Fourneau & l'Aludel. Ainsi il faudra
ratisser les côtés du Fourneau, pour donner
plus d'ouverture & de jour; puis essayer
comment cela fera continuant à ratisser
les côtés du Fourneau, & à agrandir
les Registres jusqu'à ce qu'il ne reste
plus de fumée au-dedans, que la flamme
paraisse claire autour de l'Aludel, & que
la fumée sorte librement par les Registres.
Cette instruction suffit, quelque quantité
de Matière que l'on veuille sublimer, pour
imaginer & pour trouver la juste proportion
du Fourneau, celle de la grandeur
des Registres qu'il y faut faire, & celle
encore de la distance qu'il doit y avoir
entre l'Aludel & le Fourneau.
Pour ce qui est de l'épaisseur du Fourneau, elle dépend du feu que vous y
voulez faire. Car si votre feu doit être
grand, il faut que le Fourneau ait plus
d'épaisseur; & cette épaisseur doit être
toujours d'un bon empan. Que si le feu
est médiocre, le Fourneau sera assez épais
de la largeur de la main. Et si le feu est
petit, il suffira que le Fourneau ait deux
pouces d'épaisseur. Cette même proportion

@

190 LA SOMME DE GEBER.
se doit encore prendre du bois, dont
l'Artiste se sert. Car le bois solide & serré
fait un feu fort, & qui dure beaucoup.
Celui qui est spongieux & léger, fait un
feu faible & qui ne dure guères. Le bois
sec fait un grand feu, mais de peu de durée.
Le bois vert, au contraire, fait le
feu faible, & qui dure longtemps.
C'est donc par l'espace qui est entre l'Aludel & les côtés du Fourneau, par la
grandeur & la petitesse des Registres, par
l'épaisseur ou la délicatesse des murs du
Fourneau, & par la diversité du bois, que
l'on connaîtra véritablement les divers
régimes & les différents degrés du feu.
Comme ce sera de l'ouverture grande ou
petite, tant des Registres que des Portes,
par où l'on met le bois dans le Fourneau,
& de la quantité & différence du bois
dont on se sert, que l'on connaîtra quelle
doit être précisément la durée du feu,
& combien chaque sorte de feu durera
également, dans un même degré. Ce qui
est très nécessaire & d'une grande utilité
à l'Artiste; parce que cette connaissance
lui épargnera plus de peine qu'on ne saurait
croire. C'est pourquoi on doit mettre
en pratique, & faire expérience de tout
ce que nous venons de dire; n'y ayant
que la pratique & l'exercice qui puissent
rendre un Homme habile & expert en
toutes ces choses.

@

LA SOMME DE GEBER. 191
----------------------------------------

C H A P I T R E XLIV.
De quelle matière & de quelle figure l'Aludel doit être.
P Our avoir un bon Aludel, ou Vaisseau sublimatoire, il faut qu'il soit fait de verre & fort épais. Car il ne serait
pas bon de toute autre matière, n'y ayant
que le verre qui soit capable de retenir
les Esprits, les empêcher de s'exhaler &
d'être consumés par le feu; à cause que
le verre n'a point de pores; au lieu que
les autres matières étant poreuses, les Esprits
sortent & s'en vont peu à peu, au
travers de leurs pores. Les Métaux même
ne valent rien à faire ces sortes de
Vaisseaux; parce que les Esprits ayant
une grande affinité avec eux, ils les pénètrent,
s'y attachent, & passent par conséquent
aisément tout au travers, comme
on le doit inférer de ce que nous avons
dit ci-devant, & comme l'expérience le
fait voir. D'où il s'ensuit qu'il n'y a point
d'autre matière que le verre seul, dont
nous puissions utilement nous servir à faire
les Vaisseaux sublimatoires.
Il faut donc faire une Cucurbite de verre qui soit ronde, dont le fond ne soit pas
fort arrondi, mais presque plat, au milieu

@

192 LA SOMME DE GEBER.
de laquelle il faut faire en dehors un cercle
ou ceinture de verre, qui l'environne
tout autour; & sur ce cercle il faut élever
une paroi ronde, qui avance autant
en dedans que le couvercle de la Cucurbite
a d'épaisseur; afin que dans cet espace le
couvercle puisse entrer à l'aise & sans peine,
& il faut que ce couvercle ait autant
de hauteur ou environ, qu'en a la paroi
de la Cucurbite au-dessus du cercle. De
plus, il faut faire deux couvercles à proportion
de la concavité de ces deux parois,
lesquels soient égaux, de la grandeur
d'un empan, qui soient faits en
pointe ou en pyramide; au sommet de
chacun desquels il y ait deux trous égaux,
& assez grands, pour y pouvoir faire entrer
une grosse plume de poule, comme
il se verra plus clairement, par ce que je dirai
ci-après. Or la raison en général pour
laquelle on doit faire l'Aludel de la manière
que je viens de dire, c'est afin
que l'Artiste en puisse tourner & remuer
le couvercle, comme il lui plaira; & que
ces deux pièces joignent si exactement l'une
à l'autre, que s'il est besoin qu'elles
demeurent sans être lutées, les Esprits pour
cela ne puissent point en sortir. Que si
quelqu'un peut imaginer quelque chose
de mieux & de plus propre [pour faire
cette Opération;] ce que j'enseigne ici,
ne
@

LA SOMME DE GEBER. 193
ne doit pas l'empêcher de s'en servir.
Il y a encore une autre raison particulière qui oblige à faire l'Aludel comme
je l'ai dit; qui est, afin que la partie supérieure
de la Cucurbite [c'est-à-dire tout
ce qui est au-dessus de la ceinture de verre]
entre entièrement dans son couvercle;
& qu'ainsi la Cucurbite y entre jusqu'à
moitié. Car la fumée ayant cela de
propre, qu'elle monte toujours, & qu'elle
ne descend jamais; je crois avoir trouvé
par-là le meilleur moyen qu'on puisse
imaginer pour empêcher que les Esprits
ne s'échappent, & ne se dissipent point; ce
que par l'expérience l'on trouvera être
vrai.
Au reste, il y a une Maxime générale qu'il faut observer en toutes les Sublimations,
qui est, que l'on doit nettoyer &
vider fort souvent le haut du couvercle
de l'Aludel, en ôtant ce qui aura monté,
de crainte que s'il s'y assemblait trop de
Matière, elle ne retombât dans le fond
du Vaisseau; & qu'ainsi, comme il faudrait
recommencer souvent, la Sublimation
ne fût trop longtemps à se faire. Il
faut encore avoir soin d'ôter & de mettre
à part la Poudre qui aura monté, & qui
se trouvera proche du trou, qui est au
haut du couvercle, & ne la pas mêler
avec ce qui sera fondu & entassé par grumeaux,
Tome I. * R
@

194 LA SOMME DE GEBER.
& avec ce qui se trouvera clair
& transparent; soit qu'il soit demeuré au
fond, soit qu'il soit monté, & qu'il se
soit attaché aux côtés du Vaisseau: parce
que toutes ces Matières ont moins d'adustion,
que ce qui aura monté proche du
trou du couvercle; comme je l'ai fait voir
ci-devant par raison & par expérience.
Au reste, on connaîtra que la Sublimation sera bonne & bien faite, si la Matière
sublimée est claire & luisante, & si
elle ne se brûle & ne s'enflamme point.
C'est ainsi que se doit faire la Sublimation
du Soufre & de l'Arsenic, pour être parfaite.
Que si l'on ne trouve pas la Matière
telle que nous venons de le dire; il faudra
la resublimer par elle-même, [c'est-
à-dire sans y rien mêler,] en observant
toutes les circonstances que nous avons
marquées, jusqu'à ce qu'elle soit de la
manière que nous avons dite.

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C H A P I T R E XLV.
De la Sublimation du Mercure.
N Ous avons maintenant à parler de la Sublimation de l'Argent-vif, & à dire pourquoi on la doit faire. Cette Sublimation
ne consiste qu'à purger parfaitement
le Vif-argent de sa terrestréité, & à

@

LA SOMME DE GEBER. 195
lui ôter son aquosité ou humidité superflue.
Car n'ayant point d'adustion, [c'est-
à-dire ne se pouvant brûler], nous ne devons
point nous mettre en peine de la
lui ôter.
Le meilleur moyen qu'il y ait de séparer la terrestréité superflue de l'Argent-
vif, c'est de le mêler avec des fèces, ou
avec des choses avec lesquelles il n'ait nulle
affinité. Pour cet effet on se servira,
par exemple, de toutes les sortes de
Talc, ou bien de Coquilles d'oeuf calcinées,
ou de verre pilé fort menu, & de
toutes les sortes de Sels, après les avoir
préparés [ou décrépités]. Car tout cela
le nettoie & le purge fort bien. Au lieu
que tout ce qui a affinité avec lui, à la
réserve des Corps parfaits, non seulement
ne les nettoie point, mais le corrompt
& le noircit; parce que ce sont
des choses qui toutes ont un Soufre combustible,
lequel, dans la Sublimation, venant
s'élever avec l'Argent-vif, le gâte
& le corrompt. Ce qui se voit manifestement
par l'expérience. Car si l'on sublime
le Mercure avec de l'Etain ou du
Plomb, on trouvera que cette Sublimation
l'aura rendu tout noir. Il vaut donc
mieux la sublimer avec qui n'a nulle
ressemblance naturelle avec lui, qu'avec
les choses qui lui sont semblables. Il est
R ij
@

196 LA SOMME DE GEBER.
vrai néanmoins que si ces choses-là n'avaient
point de mauvais Soufre, la Sublimation
de l'Argent-vif se ferait mieux
avec elles, qu'avec toutes les autres:
parce que, comme il s'unirait mieux avec
elles, elles le nettoieraient aussi beaucoup
mieux. Ainsi le Talc est le meilleur intermède,
ou moyen qu'on puisse employer
pour sublimer le Mercure, parce que ces
deux Matières n'ont nulle affinité, & que
d'ailleurs le Talc n'a point de Soufre.
Pour ôter de l'Argent-vif l'humidité superflue, lorsqu'on le mêle aux chaux,
avec lesquelles on le doit sublimer, il
faut le broyer & le mêler avec elles en
arrosant l'Amalgame avec du vinaigre,
ou avec quelque autre liqueur semblable,
jusqu'à ce qu'il ne paraisse point de
Mercure. Et ensuite on fera évaporer, sur
un feu doux, la liqueur dont on l'aura
arrosé. Car par ce moyen l'aquosité du
Mercure s'évaporera aussi. Mais il faut
prendre garde que la chaleur soit si douce,
qu'elle ne fasse pas monter toute la
Substance du Mercure. En l'arrosant donc,
le broyant, & le faisant évaporer doucement
par plusieurs fois, on lui ôtera la
plus grande partie de son humidité, &
ce qui en restera, s'en ira en le sublimant
une seconde fois. Or lorsqu'on le verra
plus blanc que la neige, & qu'il demeurera

@

LA SOMME DE GEBER. 197
attaché au côté du Vaisseau sublimatoire,
comme s'il était mort [n'ayant plus
nul mouvement;] ou il faudra lors recommencer
à le sublimer par lui-même,
sans aucune fèces, à cause que ce qu'il a
de fixe s'attache aux fèces, & il y tiendrait
si fortement qu'il n'y aurait plus
moyen de l'en pouvoir séparer: ou bien
il faudra par après en fixer une partie,
comme je l'enseignerai ensuite dans un
Chapitre que je ferai exprès pour cela;
& resublimer sur cette partie fixe ce qui
restera afin de le fixer tout de même, &
le mettre à part. Et pour savoir s'il sera
fixe, on en fera l'essai en le mettant sur
le feu. Car s'il fait une bonne fusion, on
doit être assuré que la partie qui n'est pas
fixe a été suffisamment sublimée. Que si
cette partie n'est pas bien fondante, vous
lui ajouterez quelque peu d'Argent-vif
qui ait été sublimé, mais qui ne soit pourtant
pas fixe, & vous le resublimerez jusqu'à
ce qu'il devienne fusible. Et quand
vous le verrez fort blanc, luisant & transparent,
c'est une marque qu'il est parfaitement
sublimé & purifié. Et s'il n'a pas
toutes ces qualités, ce sera un signe que
la Sublimation n'est pas parfaite.
N'épargnez donc point votre peine à le purifier par la Sublimation. Car telle
que sera la purification que vous lui aurez
R iij
@

198 LA SOMME DE GEBER.
donnée, telle sera aussi la perfection
qui s'en suivra, dans la projection que
vous en ferez sur les Corps imparfaits,
& sur l'Argent-vif cru, c'est-à-dire qui
n'aura point été préparé. C'est pourquoi
il y en a eu, qui par la projection qu'ils
en ont faite sur les Corps imparfaits, l'ont
changé ou en Fer, ou en Plomb, ou
en Cuivre, ou en Etain. Ce qui n'est
provenu que de ce qu'il n'a pas été bien
purifié, c'est-à-dire qu'on ne lui a pas
ôté sa terrestréité, & son aquosité superflue,
ou qu'on n'en a pas séparé le Soufre ou
l'Arsenic qui étaient mêlés avec lui.
Que si on le purifie parfaitement par la
Sublimation, & si on lui donne la perfection
qu'il peut avoir, ce sera une Teinture
pour le blanc fixe & véritable, qui
n'aura pas sa pareille.

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C H A P I T R E XLVI.
De la Sublimation de la Marcassite.
A Près avoir suffisamment parlé de la Sublimation de l'Argent-vif, & pourquoi on la fait; voyons maintenant comment
on doit sublimer la Marcassite. On
la sublime en deux manières: l'une sans
faire rougir l'Aludel, & l'autre en le faisant
rougir. Ce qui se fait ainsi, à cause

@

LA SOMME DE GEBER. 199
qu'elle est composée de deux différentes
Substances qui sont un Soufre pur, mais
qui n'est pas fixé, & un Argent-vif mortifié.
La première de ces Substances peut
servir de Soufre, & l'autre peut tenir lieu
d'Argent-vif mortifié & médiocrement
préparé. Nous pouvons donc prendre
cette dernière Substance de la Marcassite,
& nous en servir au lieu d'Argent-vif; &
ainsi nous n'aurons que faire de l'Argent-
vif, ni de prendre la peine de le mortifier.
Or pour sublimer la Marcassite, il
la faut broyer, & la mettre dans l'Aludel,
& faire sublimer tout son Soufre par une
chaleur qui soit si bien conduite, que le
Vaisseau ne rougisse point; ayant soin
d'ôter fort souvent le Soufre qui se
sublimera, pour la raison que nous en
avons dite; augmentant ensuite le feu peu
à peu, jusqu'à ce que l'Aludel & la Marcassite
même deviennent rouges. Et la première
Sublimation de la Marcassite se doit
faire dans le Vaisseau sublimatoire, jusqu'à
ce que le Soufre en soit séparé; puis
continuer tout de suite l'Opération, dans
le même Vaisseau, jusqu'à ce que toutes
les deux parties sulfureuses de la Marcassite
soient sorties. Ce que tu reconnaîtras
évidemment par les expériences suivantes.
Quand tout le Soufre sera sublimé, tu R iiij
@

200 LA SOMME DE GEBER.
verras que ce qui se sublimera par après,
sera d'une couleur très blanche, mêlée
d'un bleu céleste, fort clair & fort agréable.
Tu le connaîtras encore de la manière
que je vais te dire. Tout ce qui sera
de nature sulfureuse, brûlera, prenant
feu, & jetant une flamme semblable
à celle que fait le Soufre. Au lieu
que ce qui est sublimé à la seconde fois,
& après que tout le Soufre sera monté,
ne s'enflamme point, & n'a nulle des autres
propriétés du Soufre, c'est-à-dire
qu'il n'en a ni la couleur, ni l'odeur; mais
il ressemblera à de l'Argent-vif mortifié
par plusieurs Sublimations.

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C H A P I T R E XLVII.
Du Vaisseau propre à bien sublimer la Marcassite.
O N ne peut point avoir de cette Matière qu'en sublimant la Marcassite d'une manière toute particulière. Pour
cet effet, il faut avoir un Vaisseau de
terre bien fort & bien cuit, qui soit long
de la moitié de la hauteur d'un homme,
c'est-à-dire environ de trois pieds, &
large à y pouvoir mettre la main. Ce
Vaisseau sera de deux pièces, afin que le
fond, qui doit être fait de la forme d'un

@

LA SOMME DE GEBER. 201
plat fort creux, puisse se démonter & se
rejoindre au corps du Vaisseau; & il faut
qu'il soit plombé bien épais, depuis la
bouche jusqu'à une palme près du fond.
Après quoi on lui appliquera un chapiteau,
ou chape, qui doit avoir un bec
fort large. Voilà quel doit être le Vaisseau
pour faire cette Sublimation. Ayant
bien joint ensemble avec de bon lut les
deux pièces de ce Vaisseau, mis la Marcassite
dans le fond, & ajusté le chapiteau,
on le posera dans un Fourneau,
qui soit propre à donner une forte ignition
à la Matière, c'est-à-dire qui la fasse
bien rougir, comme est celle qu'on donne
à l'Argent & au Cuivre pour les fondre,
en cas que l'on ait besoin d'un tel
degré de feu. On fermera l'ouverture du
Fourneau avec une plaque ou un rond
qui ait une ouverture au milieu, par où
l'on fera passer le Vaisseau, & on lutera
cette plaque tout autour du Fourneau &
du Vaisseau, de peur que si le feu venait
à passer entre deux, il ne nuisît à l'Opération,
& qu'il n'empêchât la Matière,
qui se sublimera, de s'attacher aux côtés
du Vaisseau. Il faudra faire à cette plaque
quatre petits Registres, que l'on pourra
laisser ouverts & fermer quand il sera besoin,
ou pour donner plus d'air, ou même
pour jeter par-là du charbon dans le

@

202 LA SOMME DE GEBER.
Fourneau. On fera encore quatre autres
Registres semblables dans les côtés du
Fourneau, qu'on placera de telle manière,
que chacun de ceux-ci se trouve
entre deux de ceux qui seront à la plaque.
Et ces Registres serviront tout de même
à jeter du charbon dans le Fourneau.
On fera encore six ou huit petits trous,
larges à pouvoir y mettre le petit doigt,
qui demeureront toujours ouverts, afin
que la fumée du Fourneau puisse librement
sortir par là. Il faut que ces trous
soient faits entre la plaque & les côtés
du Fourneau.
Au reste, un Fourneau, pour être propre à donner une bonne ignition, doit
avoir les côtés hauts de deux coudées,
& il faut qu'au milieu il y ait une plaque de
fer percée de plusieurs petits trous, qui
soit fortement lutée avec les côtés du
Fourneau. A l'égard des trous, on doit
les faire étroits par-haut, allant toujours
en élargissant par bas, & ils doivent ressembler
à une pyramide ronde. On les
fait de cette manière afin que la cendre,
les charbons & les autres choses qui
tomberont dedans, en sortent plus aisément,
& que par ce moyen ces trous, demeurant
toujours ouverts, l'air entre plus
librement par-là dans le Fourneau. Car
plus un Fourneau reçoit d'air par les trous

@

LA SOMME DE GEBER. 203
d'en bas, plus il est propre à donner un
grand feu, & à faire une forte ignition,
c'est-à-dire à enflammer & à rougir la
Matière, comme l'expérience te le fera
connaître si tu mets la main à l'oeuvre.
La raison pour laquelle le Vaisseau, dont on se sert pour sublimer la Marcassite,
doit être fort long, c'est afin que
sa plus grande partie, étant hors du Fourneau,
& par conséquent fort éloignée de
la chaleur, elle ne s'échauffe point, &
que les vapeurs, qui monteront de la
Matière qui sublime, rencontrant les côtés
du Fourneau frais, elles s'y attachent,
& qu'elles ne trouvent point d'issue, ni
rien qui les consume, ni qui les détruise,
comme elles feraient si le Fourneau était
largement échauffé partout. Je le
sais par expérience, car ayant voulu faire
cette Sublimation dans de petits Aludels,
je trouvai que rien ne s'était sublimé,
par ce que l'Aludel étant fort court,
il avait été autant échauffé en haut qu'en
bas. Ce qui avait été cause que tout
ce qui sublimait s'exhalait continuellement
en fumée, & sans que rien s'attachât
aux côtés du Fourneau, tout s'en
allait peu à peu par les pores, que la chaleur
avait ouverts. C'est donc une règle
générale pour toutes les Sublimations,
que le Vaisseau doit être long, afin qu'il

@

204 LA SOMME DE GEBER.
y en ait une bonne partie qui ne ressente
point la chaleur, & qui soit toujours
froide.
J'ai dit qu'il fallait plomber ou vernir, la plus grande partie de l'Aludel [pour
faire bien la Sublimation de la Marcassite.]
C'est afin qu'à l'endroit où on le plombera,
il n'y ait point de pores; parce
que autrement les vapeurs qui monteraient
pendant la Sublimation s'échapperaient
par là. C'est pourquoi on plombe
tout l'endroit du Vaisseau où elles montent,
afin de les empêcher de sortir. Mais
on ne plombe point le fond, parce que
[comme le Vernix, qu'on fait au Vaisseau
de terre avec du Plomb, est une vitrification,]
& que le fond de l'Aludel,
étant continuellement dans le feu, il rougit,
ce Vernix ou cette vitrification, se
fondrait; & par conséquent la Matière
se fondrait, & se vitrifierait aussi; le verre
ayant cela de particulier, que [lorsqu'il
est en fusion] il n'y a rien qu'il ne détruise,
& qu'il ne change en sa nature.
L'Artiste ayant considéré toutes ces choses, & en sachant les causes & les
raisons, comme nous venons de les dire,
il allumera le feu sous son Aludel, qu'il
continuera d'entretenir toujours jusqu'à
ce qu'il soit assuré par les épreuves
qu'il en fera, que tout ce qui pouvait se

@

LA SOMME DE GEBER. 205
sublimer de sa Matière soit monté. Cette
épreuve se fait par le moyen d'une petite
verge de terre, qui soit bien cuite, &
qui ait un trou au milieu qui la perce jusqu'à
moitié de sa longueur, qu'on fera
entrer dans l'Aludel par le trou qui est en
haut & qu'on approchera à un pouce près
de la Matière qui se sublime. Et après que
l'on aura tenu là quelque temps cette verge,
on la retirera. Et si l'on voit qu'il soit
entré quelque chose de la Matière dans le
trou de cette verge, ce sera une marque
assurée que la Sublimation ne sera pas achevée.
Que s'il n'y a rien, tout sera entièrement
sublimé. Cette épreuve servira pour
toutes les autres Sublimations.

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C H A P I T R E XLVIII.
De la Sublimation de la Magnésie & de
la Tutie, & des Corps imparfaits.
L A Sublimation de la Magnésie & de la Tutie, se fait pour la même raison, & de la même manière, que nous
venons de dire que se sublime la Marcassite.
Car toutes ces Matières ne peuvent
être sublimées sans une forte ignition,
[c'est-à-dire sans que la Matière & l'Aludel
ne rougissent,] & ne demeurent

@

206 LA SOMME DE GEBER.
longtemps en cet état). C'est pourquoi
ces Matières se subliment toutes pour la
même raison, ont les mêmes causes, les
mêmes expériences, & conviennent toutes
généralement en cela, que toutes les
Matières qui se subliment avec ignition,
ou inflammation, se subliment sans aucune
addition de fèces; parce qu'elles en ont
assez en elles-mêmes, & plus qu'il n'est
nécessaire; ce qui est cause qu'elles sont
si difficiles à sublimer.
Tous les Corps imparfaits se subliment de la même manière. Et il n'y a point
d'autre différence, si ce n'est que le feu
doit être bien plus fort pour faire leur Sublimation,
que pour celle de la Magnésie,
de la Marcassite & de la Tutie. Il n'y a
point de différence non plus entre les
Sublimations particulières de chaque
Corps, si ce n'est qu'il y en a quelques-
uns qui ne sauraient se sublimer, si on
ne leur ajoute quelque Matière qui leur
aide, & qui les élève, au lieu que les
autres n'en ont point besoin.
Or il y a deux choses à observer dans la Sublimation des Corps, qui la rendent
plus aisée, comme l'expérience l'a fait
voir. La première est, qu'il ne faut pas
mettre beaucoup de Matière tout à la fois
dans le fond de l'Aludel, parce que s'il

@

LA SOMME DE GEBER. 207
y en avait quantité, la Sublimation ne
s'en ferait pas bien. L'autre est qu'il faut
que le fond de l'Aludel soit tout plat, &
nullement creux, afin que le Corps, dont
on ne fera qu'une couche fort mince, &
toute unie, dans le fond du Vaisseau,
puisse être élevée par tout également. Vénus
& Mars sont les deux Corps qui ont
besoin d'addition pour les élever, à cause
qu'ils sont fort longs à fondre. On ajoute
pour cet effet de la Tutie à Vénus,
& de l'Arsenic à Mars; & avec ces deux
Matières, ces Métaux se subliment facilement,
parce qu'ils ont grande conformité
avec eux. Avec cette précaution,
on les sublimera de la même manière
que la Tutie & les autres Matières, &
on observera la même méthode, & la même
épreuve que dans la Marcassite.

----------------------------------------

C H A P I T R E XLIX.
De la Descension & du Moyen de purifier
les Corps par les Pastilles.
A Près la Sublimation, nous avons à parler de la Descension, de laquelle nous dirons les usages & la pratique toute
entière. On l'a inventée pour trois usages.
Le premier, afin que la Matière
qui a été enfermée dans le Vaisseau, qu'on


@

208 LA SOMME DE GEBER.
appelle le Descensoire chimique, étant en
fusion, descende & sorte par le trou qui
est au fond de ce Vaisseau, & que nous
connaissions par là, que cette Matière
s'est fondue d'elle-même.
Le second usage de la Descension, est qu'elle garantit de la Combustion les Corps
qui sont faibles [c'est-à-dire qui s'évaporent
facilement étant en fusion,] quand
ils ont repris corps après avoir été calcinés.
Car quand on veut faire reprendre
corps aux Métaux qui ont été réduits en
chaux, comme c'est une chose qui ne se
peut pas faire tout à la fois, mais successivement,
& une partie après l'autre: si
la partie, qui est redevenue en sa première
nature de Métal, ne se séparait pas
d'abord du reste, qui est en chaux; & si
elle devait demeurer en fusion jusqu'à
ce que toute la chaux fût fondue, & eût
repris corps; il est certain qu'une
bonne partie de ce qui s'est premièrement fondu,
s'exhalerait. Il a donc fallu trouver une
invention pour séparer d'abord ce qui se
fond, afin de l'ôter de dessus le feu, qui
le fait exhaler: Et cela se fait par le moyen
du Vaisseau Descensoire.
Le dernier usage de la Descension, c'est qu'elle dépure les Corps, en les séparant
des choses qui leur sont étrangères. Car
tout ce qui est de pur, se fond & descend,
&
@

LA SOMME DE GEBER. 209
& par ainsi, tout ce qui n'est pas de sa même
nature demeure dans le Vaisseau.
Voilà les usages de la Descension.
Disons maintenant comment elle se fait, & comment doit être fait le Vaisseau dont
on se sert pour la faire. Il faut que ce
Vaisseau soit fait en pointe, & que ses
côtés, qui doivent être fort unis, aillent
toujours en rétrécissant également par bas,
se terminant en pointe dans le fond, comme
un entonnoir, afin que tout ce qui se
fondra descende facilement dans le fond,
sans que rien ne l'arrête. Le couvercle
de ce Vaisseau (s'il en doit avoir un) sera
fait comme un plat tout uni, & de telle
manière qu'il joigne fort exactement
au Vaisseau; & tous deux doivent être
faits de bonne terre, & bien ferme, qui
ne se fêle ni ne se crevasse pas aisément
au feu, quelque fort qu'il puisse être.
On mettra dans ce Vaisseau la Matière
qu'on a dessein de faire descendre, étant
en fusion, sur des verges rondes, qui
soient faites de terre bien cuite, &
qu'on appliquera dans le Vaisseau de telle
manière qu'elles soient plus proches du
couvercle que du fond. Après quoi on y
mettra le couvercle, qu'on joindra exactement
au Vaisseau; & ensuite on allumera
des charbons sur ce couvercle, que
l'on entretiendra continuellement avec le
Tome I. S
@

210 LA SOMME DE GEBER.
soufflet, jusqu'à ce que toute la Matière
étant fondue, elle descende dans le Vase,
qui est au-dessous. Que si la Matière est
difficile à fondre, au lieu de la mettre sur
ces verges de terre, on la posera sur une
plaque, ou toute unie, ou tant soit peu
creuse, de laquelle elle puisse couler facilement
lorsqu'elle sera fondue, en
inclinant le haut du Vaisseau Descensoire,
pour la faire tomber. Car de cette manière
la Matière, se tenant mieux & plus
longtemps sur la plaque, que sur des verges
de terre, elle en recevra aussi mieux
l'impression du feu; & par conséquent
elle se fondra beaucoup mieux. Outre
qu'en penchant de fois à autres le Vaisseau
Descensoire, on pourra connaître
plus aisément quand la Matière sera fondue.
Voilà quelle est la manière de purger les Corps par la Descension. Mais on les
purge encore mieux de leurs terrestréités
par les Pastilles, en leur faisant reprendre
Corps après les avoir calcinés. Et
cette façon de les purifier, est la même
que celle qui se fait par le Descensoire.
En voici la manière. Il faut prendre le
Corps qu'on veut purifier, & le mettre
ou en menues pièces, ou en limaille, ou,
pour mieux faire, en chaux, & le mêler
avec quelque chaux qui ne soit point fusible.

@

LA SOMME DE GEBER. 211
Puis mettre le tout dans le Descensoire,
& le fondre à fort feu, jusqu'à ce
que le tout, ou la plus grande partie, se
soit remise en Corps. Car nous avons
trouvé par expérience, que les Corps
sont nettoyés par ce moyen de beaucoup
de terrestréité. Ce n'est pas pourtant que
par-là, ils soient entièrement purifiés,
comme ils le peuvent être parce que nous
savons être capable de donner la perfection.
Mais c'est une mondification, qui
leur est utile, & qui les rend plus propres
à la transmutation, lorsque l'on fait projection
sur eux de la Médecine; pour leur
donner la perfection; étant pour eux une
préparation à la recevoir. Nous dirons
dans la suite tout ce qui est nécessaire pour
cela.

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C H A P I T R E L.
De la Distillation; de ses Causes, & des
trois manières de la faire; par l'Alambic, par le Descensoire, & par le Filtre.
N Ous avons maintenant à parler de la Distillation & de ses Causes. La Distillation est une élévation qui se fait
des vapeurs aqueuses, dans un Vaisseau
propre. Il y en a de plusieurs sortes, selon
S ij
@

212 LA SOMME DE GEBER.
la diversité des choses qu'on peut distiller.
Ainsi il y en a une qui se fait par le
feu, & l'autre sans feu: La première se
fait en deux manières, ou par l'élévation
des vapeurs dans l'Alambic, ou par le
Descensoire chimique, par le moyen duquel
on tire l'huile des Végétaux. La Distillation
qui se fait sans feu, est celle que
l'on fait par le Filtre.
Le principal usage de toutes les Distillations en général, c'est pour purifier les
Liqueurs des fèces, lesquelles, étant mêlées
& confondues avec elles, les rendent
troubles; & pour les empêcher aussi par
ce moyen de se gâter & de se corrompre.
L'usage particulier de la Distillation, qui se fait par l'élévation & par le moyen
de l'Alambic, c'est pour avoir une Eau
pure, sans mélange d'aucune fèces. Car
l'expérience fait voir évidemment, que
l'Eau qui a été distillée deux ou trois fois,
ne laisse ni ne dépose nulle fèces terrestres.
Or ce qui oblige d'avoir des Liqueurs
ainsi purifiées, c'est afin que si on
a besoin d'abreuver, ou de faire quelque
imbibition sur les Esprits, ou sur les Poudres
médicinales, on la puisse faire avec
une Eau si pure, qu'après qu'elle sera
exhalée par la chaleur, elle ne laisse aucune
impureté qui infecte, ni qui gâte nos
Médecines, ni les Esprits que nous aurons
purifiés.

@

LA SOMME DE GEBER. 213
Pour ce qui est de la Distillation, qui se fait par bas ou par le Descensoire, on
ne l'a inventée qu'afin de tirer de ce que
l'on distille, l'huile toute pure & naturelle.
Parce que l'on ne peut la tirer naturelle
ni combustible par l'Alambic, & on
la tire ainsi par le Descensoire, afin de
conserver sa couleur, qui est mêlée parmi
sa Substance. Car il peut arriver qu'on ait
besoin de cette couleur.
L'autre espèce de Distillation, qui se fait sans feu par le moyen du Filtre, est
pour avoir seulement de l'Eau bien claire.
Nous allons voir maintenant comment l'on
doit faire toutes ces Distillations, & nous
en dirons par même moyen les Causes &
les Expériences.
La Distillation par l'élévation des vapeurs ou par l'Alambic, se fait en deux
manières: ou en posant une Cucurbite
dans une terrine pleine de cendres, qui
servent d'intermède, ou en mettant la Cucurbite
dans un Chaudron ou dans quelque
autre Vaisseau de cuivre plein d'eau,
& en l'accommodant tout autour avec des
herbes ou de la laine, de peur que si elle
n'était ainsi arrêtée & soutenue, elle ne
vacillât dans l'eau, & qu'elle ne se rompît,
en venant à heurter contre les bords
du Vaisseau, avant que la Distillation fût
achevée. Or il y a cette différence entre

@

214 LA SOMME DE GEBER.
ces deux Distillations, que celle qui se
fait avec les cendres, se fait à un feu plus
grand, plus âpre, & plus fort; & que
celle du bain se fait par une chaleur douce
& lente, parce que l'eau, qui sert d'intermède
ou de milieu, dans cette dernière
espèce de Distillation, ne s'échauffe
pas si fortement que fait la cendre. Et
c'est pour cela que dans celle-ci, ce qui
distille est coloré, & que les parties les
plus grossières & terrestres montent aussi
bien que les subtiles; au lieu que dans celle
qui se fait au bain il n'y a que les parties les
plus subtiles qui s'élèvent, sans être colorées,
& elles ressemblent bien plus à
de l'Eau toute simple. D'où il s'ensuit que
dans la Distillation au bain, il se fait une
séparation plus subtile des parties de la
Matière qu'on distille, que par celle qui
se fait au feu de cendres. Ce que je sais
par expérience. Car ayant distillé de l'huile
par le feu de cendres, je trouvai mon
huile qui avait passé dans le Récipient,
sans que presque elle eût été altérée; &
pour faire la séparation de ses parties, je
fus contraint de la distiller par le bain,
sans quoi je ne l'aurais jamais pu faire.
Mais l'ayant distillée au bain pour la seconde
fois, je séparai mon huile en ses
parties élémentaires, & je tirai une Eau
très blanche & très claire d'une huile,

@

LA SOMME DE GEBER. 215
qui était parfaitement rouge. De sorte
que toute la rougeur de l'huile demeura
dans le fond de la Cucurbite. Ce qui fait
voir évidemment que c'est par le seul
moyen de cette Distillation, que l'on
peut faire la véritable séparation des Eléments,
de tous les Végétaux, de tout ce
qui en provient, & de toutes les choses
qui leur ressemblent; comme c'est
par le Descensoire qu'il faut tirer l'huile
des mêmes Végétaux, & de tout ce qui
leur est semblable. Et c'est aussi par le
Filtre que l'on clarifie toutes sortes de
Liqueurs, ainsi que le savent ceux qui
en ont fait l'expérience: comme au contraire
ceux qui ne savent pas ceci, n'ont
jamais travaillé aux Distillations, étant une
chose aisée à apprendre à ceux qui voudront
la pratiquer.
Pour faire la Distillation au feu des cendres, il faut avoir une terrine qui soit forte,
& la poser sur un Fourneau semblable
à celui que nous avons décrit pour faire
la Sublimation: prenant garde qu'il y ait
la même distance entre la terrine & les
côtés du Fourneau, & que le Fourneau
ait tous les mêmes Registres, pour la raison
que nous avons dite en cet endroit-
là. On met dans le fond de la terrine
des cendres sassées d'un pouce d'épais,
& dessus ces cendres on pose la Cucurbite,

@

216 LA SOMME DE GEBER.
que l'on couvre tout autour des mêmes
cendres jusqu'au cou. Après quoi, l'on
met dans cette Cucurbite ce que l'on veut
distiller ainsi. Puis l'on y ajuste le Chapiteau,
de telle sorte, que le cou de
celle-là entre entièrement dans le cou de
celui-ci, & qu'il aille jusqu'à son rebord,
de peur que rien de ce que l'on veut distiller,
& surtout les Esprits, ne puissent
sortir. Cela fait, on lute bien le Chapiteau
& la Cucurbite ensemble, par l'endroit
où ils se joignent; puis on applique
le Récipient, dans le cou duquel le bec
du Chapiteau doit entrer jusqu'à moitié;
& ensuite on enveloppe l'endroit, par où
ces deux Vaisseaux se joignent, d'un linge
trempé de blanc d'oeufs, de crainte que
rien ne s'exhale par-là. Enfin le linge
étant sec & toutes choses bien disposées,
on fait du feu dans le Fourneau pour
faire la Distillation. Or la Cucurbite &
son Chapiteau doivent être de verre.
Et pour ce qui est du feu; il le faut augmenter
autant qu'il sera nécessaire, pour
faire la Distillation, & jusqu'à ce qu'il ait
tiré toute l'humidité de la Matière.
La Distillation qui se fait au bain, est semblable à celle qui se fait au feu des
cendres, à l'égard de la Cucurbite & de
l'Alambic. Mais elle en est différente, en
ce qu'au lieu d'une terrine, on se sert d'une
chaudière
@

LA SOMME DE GEBER. 217
chaudière de fer, ou plutôt de cuivre,
que l'on ajuste sur un Fourneau, de la
même manière que nous avons dit ci-devant.
Et dans le fond de la Chaudière,
on fait une couche de foin, de laine, ou
de quelque autre matière semblable, de
l'épaisseur de trois travers de doigts: Et
sur cette couche l'on pose la Cucurbite avec
son Alambic, accommodés & lutés
comme nous venons de le dire: En sorte
qu'il y ait du foin tout autour de la
Cucurbite, jusqu'au cou de l'Alambic,
de peur qu'elle ne vint à se casser. Sur
cette couche on met de petites baguettes
déliées, ou des sarments, & par-dessus
tout cela de gros grès, ou cailloux,
afin que par leur pesanteur, faisant enfoncer
le Vaisseau Distillatoire, & le foin
que l'on a mis autour, il tienne par ce
moyen le Vaisseau ferme & assujetti, &
qu'il l'empêche de vaciller & de s'élever
sur l'eau; ce qui pourrait le faire rompre,
& être cause que la Distillation serait
entièrement perdue. Ensuite on remplit
d'eau la Chaudière, & on fait du feu
dessous pour la faire bouillir, [ayant
soin de la remplir d'autre Eau chaude, à
mesure que celle qui est dedans s'exhale]
continuant de le faire jusqu'à ce que tout
soit distillé.
On fait la Distillation par le Descensoire Tome I. * T
@

218 LA SOMME DE GEBER.
avec un Vaisseau de verre, auquel on applique
un couvercle de même matière, y
ayant mis auparavant ce que l'on veut faire
distiller. On les lute ensemble, on fait
du feu dessus, & la Distillation descend
dans le Récipient ou le Vaisseau, qui est
dessous pour le recevoir.
A l'égard de la Distillation qui se fait par le Filtre, ou par la Languette, on la
fait de cette sorte. On met dans un Bassin
de verre ou de terre, la Liqueur que
l'on veut filtrer. On aura des Languettes
[de drap blanc faites en pointe] bien lavées
& bien nettes; on les trempera dans
de l'Eau, on couchera le bout le plus
large dans le fond de la terrine, & le bout
le plus étroit pendra hors du Bassin, sur
un autre Vaisseau qu'on mettra pour recevoir
la Liqueur. L'Eau dont la Languette
sera abreuvée, distillera la première, puis
la Liqueur du Bassin se filtrera: & si l'on
trouve qu'elle soit louche, on la remettra
dans le Bassin, & on la refiltrera jusqu'à
ce qu'elle soit bien claire & bien
nette.
Je ne m'amuserai point à prouver ces Opérations, parce qu'elles sont si aisées
d'elles-mêmes, qu'elles n'ont besoin d'aucunes
preuves.

@

LA SOMME DE GEBER. 219
----------------------------------------

C H A P I T R E LI.
De la Calcination, tant des Corps que
des Esprits, de ses Causes, & de la manière de la faire.
A Près la Distillation, nous avons à parler de la Calcination. La Calcination est la Réduction qui se fait d'une
chose en poudre, par la privation de
l'humidité, qui lie & unit ses parties ensemble.
L'usage pour lequel on l'a inventée,
est afin d'ôter, par l'action du feu,
le Soufre brûlant, qui gâte & qui infecte
les Corps où il se trouve. Il y a plusieurs
sortes de Calcinations, selon la diversité
des choses qui doivent être calcinées. Car
on calcine les Corps ou Métaux, on calcine
les Esprits, & on calcine les autres
choses étrangères, c'est-à-dire qui n'ont
nulle affinité ni avec les Corps ni avec les
Esprits, & toutes ces Calcinations se font
pour des fins toutes différentes. Premièrement
les Métaux imparfaits étant de
deux sortes, les uns durs, comme sont
Vénus & Mars, les autres mous, tels
que sont Jupiter & Saturne, on les calcine
pour diverses intentions: l'une générale
& l'autre particulière. La première,
c'est pour leur ôter par la violence du
T ij
@

220 LA SOMME DE GEBER.
feu, ce Soufre qui les corrompt & les
rend noirs. Car ce n'est que par la Calcination
qu'on peut brûler & consumer le
Soufre adustible de quelque chose que
ce puisse être. Les Métaux, par exemple,
étant des Corps solides & épais, & leur
mauvais Soufre étant caché & renfermé
dans la Substance de l'Argent-vif, qui est
répandue & mêlée par tout le Métal [puis
que c'en est la partie principale, & celle
qui fait la liaison & la continuité de toutes
les autres,] c'est par conséquent l'Argent-
vif qui empêche ce Soufre de pouvoir
être brûlé [lorsqu'on met les Métaux
dans le feu, & qu'ils y fondent ou qu'ils y
rougissent.] Ainsi il faut nécessairement
rompre & diviser la continuité du Métal,
afin que le feu agissant librement sur toutes
ses moindres parties, il puisse plus
facilement brûler ce Soufre, qui ne sera
plus défendu par l'humidité & la liaison
de l'Argent-vif.
La Calcination se fait encore pour un autre dessein, qui concerne généralement
tous les Métaux: Qui est que par ce moyen
on les purifie de leur terrestréité. Car l'expérience
nous a fait connaître, qu'en calcinant
plusieurs fois les Métaux, & en les
remettant par après en Corps, ils se purifient
& se raffinent, comme nous le ferons
voir ensuite.

@

LA SOMME DE GEBER. 221
Pour ce qui est de la Calcination des Corps, ou Métaux mous, outre qu'elle
les dépouille de leur mauvais Soufre,
& qu'elle les purifie de leur terrestréité,
ce que la Calcination fait en tous les
Corps, elle sert encore en particulier à
les endurcir & à les rendre capables de
rougir au feu, pourvu qu'on fasse cette
Opération plusieurs fois avec adresse.
Nous en parlerons plus particulièrement
dans le second Livre. Car l'expérience
nous fait voir évidemment que par cette
invention, les deux Métaux mous s'endurcissent,
& Jupiter encore davantage
& plutôt que Saturne.
On calcine les Esprits pour les mieux disposer à devenir fixes, & à se résoudre
en Eau. Car tout ce qui est calciné est
plus fixe, & se dissout plus aisément que
ce qui ne l'est pas. Et la raison en est,
par ce que les parties de ce qui a été calciné,
étant devenues plus subtiles par l'action
du feu [qui en a séparé la terrestréité
& l'humidité volatile, ainsi qu'il a déjà
été dit,] ces parties se mêlent plus facilement
avec l'Eau, & elles se changent aussi
par conséquent plus facilement en Eau;
comme on le connaîtra si l'on en fait
l'expérience.
A l'égard des choses étrangères [c'est- à-dire qui ne sont ni Métaux, ni Esprits,]
T iij
@

222 LA SOMME DE GEBER.
on les calcine pour servir à la préparation
qu'il est nécessaire de donner aux Esprits
& aux Corps, de laquelle nous traiterons
plus amplement dans le Livre suivant.
Mais cette calcination ne contribue rien à
la perfection des Corps, ni à celle des
Esprits.
Il est donc évident qu'il y a plusieurs sortes de Calcinations, & que cette diversité
ne provient que de la différence
des choses qui peuvent être calcinées. Car
les Corps se calcinent tout autrement que
les Esprits, & que les autres choses. Et
les Corps mêmes ne se calcinent pas tous
de la même manière, parce qu'ils sont différents
entre eux. Ainsi les Corps mous
peuvent être calcinés en général, ou par
le feu seulement, sans y rien ajouter, ou
en y ajoutant le Sel préparé, ou en l'y
mettant tel qu'il est sans nulle préparation.
Pour faire la Calcination par le feu seulement, on prend un Vaisseau de terre,
fait comme un plat, bien fort & bien
cuit, qu'on pose sur le Fourneau Calcinatoire,
lequel doit être fait de la manière
que nous avons ci-devant décrit le
Fourneau à donner une forte ignition, &
dont nous parlerons encore ensuite. Et
l'on pose ce Vaisseau de telle sorte dans
le Fourneau, que l'on ait la liberté d'y
mettre des charbons dessous, & qu'il y

@

LA SOMME DE GEBER. 223
ait assez d'espace pour les souffler. On
met ensuite du Plomb ou de l'Etain
dans ce Vaisseau, qui est fortement appuyé
sur un trépied de fer, ou sur trois
cailloux, & qui est encore affermi par
trois ou quatre autres cailloux, que l'on
serre entre lui & les côtés du Fourneau,
afin qu'il ne puisse branler. Après quoi,
on fait sous le Vaisseau assez de feu pour
faire fondre le Plomb ou l'Etain que l'on
y a mis. Quand le Métal sera fondu, &
que l'on verra une peau noire se former
dessus, par le moyen du feu, on la retirera
avec une Spatule de fer, ou de quelque
autre matière, qui ne se puisse brûler,
pour de cette peau en faire la chaux. Et
on continuera à ôter cette peau [à mesure
qu'elle se formera] jusqu'à ce que
tout le Métal soit réduit en poudre. Que
si c'est le Saturne que l'on calcine, il faudra
mettre les peaux que l'on en aura tirées,
[& qui se mettront en poudre,]
sur un plus grand feu, que celui avec lequel
on l'aura fondu, & les y tenir jusqu'à
ce que sa chaux devienne fort orangée.
Que si l'on calcine du Jupiter, il
faudra mettre ses peaux sur un feu qui
ne soit pas si fort, [que celui où l'on
mettra le Saturne,] & l'y laisser jusqu'à ce
que sa chaux soit parfaitement blanche.
Mais il y a ici une chose à quoi l'Artiste T iiij
@

224 LA SOMME DE GEBER.
doit prendre garde, qui est que Saturne,
étant réduit en chaux, reprend
Corps fort aisément, ce que Jupiter ne
fait qu'avec peine; parce qu'autrement il
pourra faillir, si, lorsqu'il aura retiré les
peaux, ou la poudre de Saturne, & qu'il
l'aura mise sur un plus grand feu, il ne
prend garde à si bien régler ce feu, qu'il
empêche que ce Métal ne reprenne
Corps, avant que sa chaux soit parfaite,
& qu'elle devienne orangée. Je l'avertis
donc que pour bien faire cette Opération,
il doit donner le feu fort tempéré, & ne
l'augmenter que peu à peu & par degrés,
jusqu'à ce que Saturne soit bien calciné,
afin qu'il ne reprenne pas Corps; & qu'ainsi
l'on puisse sûrement augmenter le feu
pour parfaire entièrement sa chaux.
Voici une autre précaution que l'Artiste doit prendre lorsqu'il calcinera Jupiter.
Car si à cause de la difficulté qu'il y a de
le remettre en Corps, après qu'il est calciné,
il arrivait qu'il ne pût pas l'y remettre,
mais ou il demeurât toujours en
chaux, ou que cette chaux se vitrifiât,
il se tromperait, s'il croyait que pour
cela il fût impossible de faire reprendre
Corps à ce Métal, lorsqu'il serait une
fois calciné. Je l'avertis donc que s'il ne
donne le feu fort à la chaux de Jupiter,
il ne le remettra point en Corps: & il se

@

LA SOMME DE GEBER. 225
peut faire même qu'il ne l'y remettra pas
encore pour cela, parce qu'il pourra se
vitrifier. Car Jupiter, dans le profond de
sa Substance, a un Argent-vif volatil,
qui s'enfuit lorsque l'on tient ce Métal
longtemps dans le feu: & par ce moyen il
demeure privé de son Humidité propre &
naturelle. De sorte qu'en cet état il sera
plus propre à se changer en Verre qu'en
Métal, étant une Maxime assurée, Que
tout ce qui a perdu son Humidité naturelle
ne se peut fondre que pour se vitrifier.
D'où il s'ensuit que pour mettre Jupiter
en Corps [après sa Calcination] il
faut faire un feu violent, qui fasse fondre
sa chaux d'abord & tout à coup, autrement
il ne s'y remettra point. La pratique
& le travail t'apprendront la manière
de bien faire cette Opération.
On calcine ces deux Métaux par l'addition du Sel, qui contribue beaucoup
par son acuité à les calciner, en jetant
dessus, lorsqu'ils sont en fusion, plusieurs
pincées de Sel l'une après l'autre, que
l'on mêle, en remuant fortement avec
une Verge de fer, le Métal lorsqu'il est
en fusion, & jusqu'à ce que par ce mélange
il soit réduit en poudre. Après quoi
on achève de parfaire leur chaux de la
manière, & avec toutes les précautions

@

226 LA SOMME DE GEBER.
que nous venons de dire. Il y a encore
cette différence dans cette dernière Calcination
de ces deux Corps, que Saturne
après avoir été calciné la première fois,
reprend plus aisément Corps que Jupiter;
mais que sa chaux n'est pas plus aisée à
parfaire que celle de Jupiter; Ce qui
provient de ce que Saturne a une humidité
plus fixe, & qu'il a bien plus de terrestréité,
que n'en a Jupiter.
Vénus & Mars se calcinent aussi, mais comme ces deux Métaux sont fort difficiles
à fondre, on ne les calcine d'aucune
des deux manières dont nous venons de
parler. Cela se fait ainsi. On fait des Lamines
de ces deux Métaux, que l'on met
dans un fort feu, mais qui ne soit pourtant
pas si fort qu'il les puisse fondre. Car
comme ces Métaux ont beaucoup de terrestréité
& de Soufre adustible & volatil, ils
se calcinent aisément de cette sorte. Parce
que la grande quantité de terrestréité, qui
est mêlée parmi leur Argent-vif, en sépare
la continuité, en empêchant que les parties
de cet Argent-vif ne soient unies
& contiguës les unes aux autres. Ce qui
fait qu'il y a des pores dans ces Métaux,
par où le Soufre trouvant un passage libre,
sort & s'en va en fumée; & dans lesquels
le feu, entrant pareillement avec liberté, il

@

LA SOMME DE GEBER. 227
brûle ce Soufre & l'élève en vapeur. Et
par ce moyen les parties de ces Métaux,
se trouvant plus éloignées les unes des autres,
cet éloignement & cette discontinuité
sont cause qu'elles sont aussi plus facilement
réduites en poudre. Et il est aisé
de juger par l'expérience, que cela se
fait ainsi. Car si vous mettez une Lamine
de Vénus dans un fort feu, vous verrez
qu'il en sortira une flamme bleuâtre, telle
qu'est celle que fait le Soufre, & vous
trouverez ensuite, au-dessus de votre Lamine,
plusieurs écailles qui se mettront
en poudre. Parce que le Soufre se brûle
plus facilement dans les parties, qui sont
les plus exposées au feu, & sur lesquelles
il agit plus fortement, telles que font les
parties extérieures.
A l'égard du Fourneau, dont on se doit servir pour faire cette Calcination, il doit
être le même que celui de la Distillation,
dont nous avons parlé ci-devant, si ce
n'est qu'il doit y avoir une grande ouverture
en haut, afin que la fumée puisse librement
sortir. Il faut mettre au milieu
du Fourneau les Lamines de ces deux Métaux
que l'on veut calciner, afin que le
feu les environne également, & de tous
côtés. Et pour ce qui est du Vaisseau où
l'on mettra ces Lamines, il doit être d'une
terre forte & bien cuite, de crainte

@

228 LA SOMME DE GEBER.
qu'il ne vint à fondre par la violence du
feu, & il doit être fait comme une terrine,
ou un plat bien épais.
Reste à parler de la Calcination des Esprits. Elle se fait lorsque étant presque
fixes, on leur donne un feu qu'on augmente
par degrés & peu à peu, jusqu'à
ce qu'ils puissent souffrir un feu très fort.
Le Vaisseau, dans lequel on les mettra
pour les calciner, doit être rond & d'un
verre bien épais, de peur qu'il ne se fonde,
que l'on bouchera fort exactement,
& qu'on posera ensuite dans un Fourneau,
tel qu'est le dernier que nous avons décrit.
On se sert du même Vaisseau & du même Fourneau pour calciner toutes les autres
choses; néanmoins nous ne sommes
point embarrassés à les retenir, ni à les
empêcher de s'exhaler, qui est ce qui
donne le plus de peine dans la Calcination
des Esprits; parce que rien ne fuit ni
n'est volatil que les seuls Esprits, & ce
qui a affinité avec leur nature.

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C H A P I T R E LII.
De la Dissolution.
L A Dissolution, c'est la Réduction qui se fait d'une chose solide & sèche en
@

LA SOMME DE GEBER. 229
Eau ou en Liqueur. Cela se fait par le
moyen des Eaux subtiles, âcres & pontiques
ou mordicantes, qui n'ont nulle
fèces: comme est le Vinaigre distillé, le
Verjus, les Prunes aigres, & les Poires
qui ont beaucoup d'acrimonie, le Jus
de Grenades pareillement distillé, & les
autres Liqueurs semblables. On l'a inventée
pour rendre par son moyen plus subtiles
les choses qui ne sont pas bien fondantes
ni entrantes, & qui ont des Esprits
fixes fort utiles, qui sans cette Opération
se perdraient, aussi bien que les
autres choses qui sont de la nature des
Esprits. Car il est certain que tout ce qui
se dissout est nécessairement ou Sel ou
Alun, ou d'une nature semblable. Or
les Sels & les Aluns ont cela de propre,
qu'ils rendent fusibles les choses auxquelles
on les ajoute avant qu'elles se vitrifient.
Et par ainsi les Esprits étant dissous,
ils donneront une fusion toute semblable.
Et comme ces Esprits ont naturellement
une grande affinité, tant avec les Corps,
qu'entre eux-mêmes, s'ils ont la fusion,
il s'ensuit nécessairement qu'ils entrent dans
les Corps, qu'ils les pénètrent, & qu'en
les pénétrant, ils les transmuent. Or afin
qu'ils puissent faire cet effet, il faut qu'après
qu'un Corps a été dissous & coagulé,
on lui ajoute, avec grand artifice, quelque

@

230 LA SOMME DE GEBER.
Esprit qui ait été purifié auparavant,
sans pourtant qu'il ait été rendu fixe,
& les sublimer tous deux ensemble tant
de fois que l'Esprit demeure uni avec le
Corps qui lui communique une fusion
plus prompte, & que dans la profusion l'empêche
de se vitrifier. Car les Esprits ont
cela de particulier, qu'ils ne se vitrifient
jamais, & qu'ils empêchent les choses,
auxquelles ils sont mêlés, de se vitrifier,
tandis qu'ils demeurent avec elles. L'Esprit
donc qui retient plus la nature
de l'Esprit, sera celui qui garantira
le mieux de la vitrification. Or l'Esprit
qui n'est que purifié, est moins altéré,
& a plus la nature d'Esprit que celui qui
est purifié, fixé, calciné & dissous. C'est
donc cette sorte d'Esprit qu'il faut ajouter
[au Sel & à l'Alun:] car par leur mélange
il se fait une bonne fusion, un ingrés
ou facilité d'entrer & de pénétrer, & une
fixation permanente & durable.
Nous avons dit qu'il n'y avait que les Sels, les Aluns, & les choses semblables
qui se dissolvent. Ce que nous pouvons
prouver par l'expérience que nous en avons
faite sur toutes les choses naturelles;
c'est-à-dire sur les Minéraux, les
Végétaux & les Animaux. Car ayant
essayé sur toutes ces choses, nous avons
trouvé qu'il n'y a que cela seul qui puisse

@

LA SOMME DE GEBER. 231
se dissoudre. D'où nous inférons que tout
ce qui se dissout, doit nécessairement être
de leur nature. Et partant, puisque
nous voyons que ce qui a été calciné &
dissous plusieurs fois, se dissout après cela
fort facilement, nous jugeons de là,
que tout ce qui est calciné participe de la
nature des Sels ou des Aluns, & qu'il a
toutes les mêmes propriétés.
Or il y a deux manières de faire la Dissolution: l'une par le fumier échauffé,
& l'autre par l'eau bouillante, qui toutes
deux se font pour la même fin, & font
tout le même effet. La première se fait
en mettant ce qui est calciné dans un Matras
de verre, sur quoi on versera une fois
autant de Vinaigre distillé, ou de quelque
autre Liqueur semblable; & ayant
bien luté la bouche du Matras en sorte
que rien ne puisse exhaler, on l'enterrera
dans du fumier échauffé, & on l'y laissera
trois jours durant pour se dissoudre. Après
quoi on séparera par le Filtre,
ce qui aura été dissous, & ce qui ne l'aura
pas été, on le calcinera une seconde fois,
puis on le remettra en Dissolution, comme
on a déjà fait continuant à faire cette
Opération, jusqu'à ce que tout soit entièrement
dissous, ou au moins le plus grande
partie, selon le besoin qu'on en aura.
La Dissolution qui se fait par l'eau
@

232 LA SOMME DE GEBER.
bouillante, est beaucoup plus tôt faite, &
est meilleure. Voici comment on la fait.
On met tout de même ce qui a été calciné
dans un Matras avec du Vinaigre. On
bouche bien le Matras, de peur que rien
n'exhale. On le pose ensuite dans une
Chaudière pleine d'eau & de foin, de la
même manière que nous avons dit qu'il
fallait faire pour la Distillation au bain.
Après cela on fait du feu dessous. On
fait bouillir l'eau une bonne heure. On
distille ce qui est dissous, que l'on met
à part; & on calcine une seconde fois ce
qui a demeuré sans se dissoudre, jusqu'à
ce que tout soit entièrement dissous.

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C H A P I T R E LIII.
De la Coagulation, de ses Causes, & des
divers moyens de coaguler le Mercure, & les Médecines dissoutes.
L A Coagulation est une Opération par laquelle on réduit une chose liquide en une Substance solide, en lui
ôtant son aquosité ou humidité. On l'a inventée
pour deux usages. L'un est pour
endurcir l'Argent-vif, l'autre pour dessécher
les Médecines qui sont dissoutes,
en ôtant l'humidité mêlée avec elles. Il
y a donc autant de différentes Coagulations
tions,
@

LA SOMME DE GEBER. 233
qu'il y a de diverses choses à coaguler.
Car l'Argent-vif se coagule d'une
manière, & les Médecines & les autres
choses dissoutes d'une autre. Il y a même
deux manières différentes de coaguler
l'Argent-vif; l'une en lui ôtant toute son
humidité naturelle; & l'autre en épaississant
cette humidité jusqu'à ce qu'elle s'endurcisse.
De quelque manière néanmoins
que l'on veuille faire cette Coagulation,
elle est très difficile; & il faut être bien
habile, & fort adroit pour la faire, à cause
de l'union & de la composition très
forte de ses parties. J'enseignerai dans ce
Chapitre tout ce qu'il y a à faire pour
cela.
Il y en a eu qui se sont imaginé, que pour le coaguler, il n'y avait qu'à le conserver
& à le tenir longtemps dans un feu
modéré; mais ayant cru l'avoir congelé par
ce moyen, après l'avoir retiré de dessus
le feu, ils ont trouvé qu'il était aussi coulant
qu'auparavant. Ce qui les ayant étourdis
& surpris, ils ont soutenu fortement
que sa Coagulation était impossible.
Il y en a d'autres, lesquels supposant par
les Principes naturels, que tout ce qui est
humide se dessèche par la chaleur du feu,
ont cru qu'ils le coaguleraient en continuant
à le tenir longtemps dans un feu qui
lui fût propre. Et en effet ils l'ont poussé
Tome I. V
@

234 LA SOMME DE GEBER.
jusque-là qu'ils en ont fait, les uns une
Pierre ou Poudre blanche, & les autres
une Pierre ou Poudre rouge & orangée;
mais qui n'était ni fondante ni entrante.
Et n'ayant pu deviner d'où provenait la
cause de cette diversité, ils ont laissé cette
Opération comme une chose inutile.
D'autres ont essayé de le coaguler avec
des Médecines, & ils se sont trompés.
Car, ou ils ne l'ont point coagulé; ou
l'ayant rendu plus subtile par la chaleur,
ils l'ont fait évaporer insensiblement; ou
la Coagulation qu'ils en ont faite, n'était
pas en forme de Métal. De sorte que ne
sachant à quoi attribuer un effet si contraire
à leur intention, ils ont désespéré
d'en venir à bout. D'autres ont fait, avec
beaucoup d'industrie & d'artifice, certaines
Compositions, desquelles, ayant fait
projection sur le Mercure, ils l'ont coagulé;
mais inutilement, parce qu'ils l'ont
converti en un Corps ou Métal imparfait,
dont ils n'ont point connu la cause non
plus que les autres; n'ayant pas assez
d'expérience pour cela. J'expliquerai ici
toutes ces Causes, afin que l'Artiste puisse
découvrir par-là le moyen d'en faire la
Coagulation.
Mais pour mieux connaître ces Causes, on doit remarquer auparavant que l'Argent-vif,
comme je l'ai déjà dit plusieurs

@

LA SOMME DE GEBER. 235
fois, est d'une Substance uniforme; je
veux dire qu'il a ses parties toutes semblables
& d'une même nature. D'où il s'ensuit
qu'il n'est pas possible, en le tenant
peu de temps sur le feu, de lui ôter son
aquosité ni de l'épaissir. Et partant les
premiers dont nous avons parlé n'ont pas
réussi à le coaguler, pour s'être trop précipités
à faire leur Opération. L'Argent-
vif d'ailleurs étant d'une Substance subtile,
il s'enfuit de dessus le feu. C'est
pourquoi le trop grand feu fait faillir ceux
qui le font exhaler. De plus l'Argent-
vif se mêle plus facilement avec le Soufre,
l'Arsenic & la Marcassite, parce qu'il est
de même nature qu'eux. Et c'est ce qui
fait qu'étant mêlé avec ces Minéraux, il
semble qu'il soit coagulé, non pas pourtant
qu'en cet état il ait l'apparence d'un
Corps métallique: mais il parait seulement
comme si on l'avait amalgamé avec
du Plomb, ou comme si c'était de l'Antimoine,
ou quelque autre chose semblable;
parce que ces Matières, avec lesquelles
on le mêle, étant volatiles, elles
ne peuvent pas le conserver ni le maintenir
dans le feu, jusqu'à ce qu'il puisse se
faire Corps: mais elles s'en vont & s'évaporent
avec lui par la chaleur. Et c'est ce
qui trompe ceux qui prétendent le coaguler
en le mêlant ainsi. Outre cela, le Vif-
V ij
@

236 LA SOMME DE GEBER.
argent a beaucoup d'humidité en sa composition
naturelle, que l'on n'en saurait
séparer, si l'on n'a l'adresse de faire un feu
violent, & de l'y tenir sans qu'il puisse
s'échapper; & si l'on ne trouve le moyen
de le conserver dans un feu qui lui soit
propre & convenable. Or j'appelle un feu
propre & convenable à l'Argent-vif, celui
qu'on augmente à proportion qu'il le
peut souffrir, jusqu'à ce qu'on lui ôte enfin
son humidité, ne lui en laissant qu'autant
qu'il lui en faut pour être fusible,
comme le sont les Métaux; parce que s'il
n'y avait point du tout d'humidité, il ne
serait pas fusible. Et c'est là la faute que
font ceux qui le coagulent en une Pierre
blanche ou rouge, qui n'a nulle fusion.
Pour ce qui est des Couleurs qui surviennent à cette poudre, il est aisé d'en
deviner la cause, si l'on considère que
l'Argent-vif a naturellement en soi des parties
sulfureuses, l'un plus l'autre moins,
lesquelles peuvent en être séparées par artifice.
Le Soufre ayant donc cette propriété,
Qu'étant mêlé en plus grande ou en
moindre quantité avec l'Argent-vif, il
rend toute la Composition rouge ou orangée,
ainsi que l'expérience le fait voir
dans le Cinabre artificiel, qui n'est fait
que de ces deux Matières. Le Soufre étant
séparé du Vif-argent, celui-ci ne produira

@

LA SOMME DE GEBER. 237
par conséquent que la Couleur blanche
par le moyen du feu. C'est donc-là
ce qui fait cette diversité de Couleurs,
lorsque l'Argent-vif a été coagulé en Pierre
ou en Poudre. Le Vif-argent a encore
une impureté terrestre & sulfureuse mêlée
dans sa Composition, qui infecte nécessairement
toutes les Coagulations que
l'on en saurait faire. Et de-là vient le
manquement de ceux, qui, en le coagulant,
en font un Corps ou un Métal
imparfait. Et c'est encore pour cela, que
selon la différence des Médecines, dont
on se sert pour le coaguler, il s'en forme
différents Corps ou Métaux. Car si la Médecine
ou l'Argent-vif que l'on coagule,
ont un Soufre qui ne soit pas fixe; de cette
Composition il s'en fera un Corps ou
Métal mou comme il s'en fera un dur, si
le Soufre est fixe. De même, si le Soufre est
blanc, le Corps ou Métal qui s'en formera
sera blanc: & si le Soufre est rouge,
le Corps sera pareillement rouge.
Que si le Soufre n'est pas tout à fait blanc,
le Corps, qui en sera formé, ne sera pas
aussi parfaitement blanc; ni parfaitement
rouge, si le Soufre n'est pas tout à fait
rouge. Enfin, si le Soufre est terrestre &
livide, le Corps sera impur: comme au
contraire il sera pur, si le Soufre n'a point
d'impureté terrestre. Car c'est une Maxime

@

238 LA SOMME DE GEBER.
constante, Que tout Soufre [Métallique]
qui n'est pas fixe, forme un Corps
livide; ce que ne fait jamais le Soufre
fixe, au moins de lui-même. Ainsi, selon
que la Substance du Soufre sera pure
ou impure, le Corps ou Métal, qui s'en
formera, sera pur ou impur.
La même diversité peut provenir du Vif-argent seul, sans le mélange du Soufre,
& il fera tout de même des effets
tout différents, selon qu'il aura été purifié
& préparé par les Médecines qui le
coaguleront. C'est pourquoi l'on peut
manquer tout de même dans la Coagulation
du Mercure, & il se peut changer
différemment par les Médecines que l'on
emploiera pour la faire. Ainsi, parfois
l'Argent-vif se coagule en Plomb, parfois
en Etain, d'autrefois en Cuivre, & quelquefois
en Fer. Ce qui arrive à cause de
l'impureté des Médecines: Comme lors
qu'il se coagule en Or ou en Argent, ce
changement ne peut provenir que de la
bonté ou de la pureté de ce qui en fait la
coagulation. (1)
Voyons maintenant de quelle manière on peut coaguler l'Argent-vif. Cela se
fait en le précipitant souvent, c'est-à-dire


(1) La Médecine, qui leur. La Médecine, qui
coagule le Mercure en or est rouge, le coagule en
& en Argent, le fait tant Or: Celle qui est blanche,
par sa pureté que par sa cou- le coagule en Argent.
@

LA SOMME DE GEBER. 239
en le faisant tomber du haut du Vaisseau
dans le fond, par le moyen d'un feu fort
& violent, parce qu'un tel feu lui ôte
facilement son aquosité ou humidité, [qui
est ce qui empêche la Coagulation.] Pour
cet effet, il le faut mettre dans un Vaisseau
qui soit fort haut, afin que lorsqu'il
viendra à s'élever, il trouve un lieu frais,
où il puisse demeurer attaché aux côtés du
Vaisseau, qui n'auront pas été échauffés,
à cause de sa hauteur. Ce Vaisseau doit
être exactement bouché, de crainte que
le Vif-argent n'en sorte & ne s'enfuie,
mais qu'il y demeure jusqu'à ce que par
une forte chaleur, le Vaisseau ayant rougi,
il se précipite & retombe au fond &
qu'il remonte & retombe à plusieurs reprises,
& tant de fois qu'enfin il devienne
fixe.
C'est là la première manière de le coaguler. En voici une autre. Il faut le tenir
longtemps sur un feu qui lui soit propre
& proportionné, l'ayant mis dans un Matras
de verre, qui ait le cou fort long &
la panse large, qu'on laissera tout ouvert,
afin que l'humidité de l'Argent-vif puisse
s'évaporer insensiblement.
On le coagule encore autrement par une Médecine qui lui est propre, la composition
de laquelle j'enseignerai ci-après
plus clairement, & autant qu'il est nécessaire:

@

240 LA SOMME DE GEBER.
Et pour ne laisser rien à dire sur ce
sujet, je vais la décrire ici par avance,
selon l'expérience que j'en ai faite plusieurs
fois. C'est une Médecine qui le pénètre
& s'unit intimement à lui par ses moindres
parties, avant qu'il puisse s'évaporer par
la chaleur du feu. Et de-là on doit inférer
nécessairement que cette Médecine doit
être faite de choses qui aient beaucoup
de conformité avec lui: comme sont tous
les Corps Métalliques, & le Soufre, & l'Arsenic,
qui sont des Esprits. Mais comme
nous ne voyons point que nul des Corps
puisse donner à l'Argent-vif une Coagulation
permanente & véritable: & qu'au
contraire il les quitte & se détache d'eux
par la chaleur, quelque grande affinité
qu'ils aient ensemble: Il s'ensuit de-là que
nul des Corps Métalliques ne le pénètre,
ni ne s'attache intimement à lui. Et par
conséquent la Médecine, dont nous parlons,
doit être d'une Substance plus subtile,
& avoir une fusion plus liquide, que
n'ont les Corps Métalliques. D'ailleurs,
nous ne voyons point aussi que les deux
autres Esprits, demeurant en leur nature,
& tous tels qu'ils sont, fassent sur l'Argent-vif
une Coagulation fixe & permanente,
mais entièrement volatile, impure &
noire. Volatile parce que les Esprits le
sont; noire & impure à cause du mélange
de
@

LA SOMME DE GEBER. 241
de leur Substance terrestre & adustible.
Et par ainsi il s'ensuit évidemment que de
quelque Matière que ce soit que se prenne
cette Médecine, ce doit être nécessairement
une chose, dont la Substance soit
très subtile & très pure, qui s'unisse intimement
à l'Argent-vif par la conformité
de sa nature; qui ait une fusion très facile
& fort liquide, & qui soit coulante comme
de l'Eau, ou de la Cire, & de l'Huile;
& enfin qui soit fixe & permanente,
résistant à tous les efforts du feu. La Médecine,
qui aura toutes ces propriétés,
coagulera l'Argent-vif, & le transmuera
en Or & en Argent.
Je viens de te déclarer le moyen d'inventer cette médecine, & je t'ai dit comment
tu la pourras découvrir, te l'ayant
indiquée en termes propres. C'est à toi
maintenant à t'appliquer soigneusement à
la rechercher, & tu la trouveras. Néanmoins,
afin que tu n'aies pas sujet de te
plaindre, que je n'en aie pas assez dit,
j'ajoute que cette Médecine se prend des
mêmes Corps Métalliques préparés avec
leur Soufre ou Arsenic, & même du Soufre
seul & de l'Arsenic seul préparés, &
encore des Corps Métalliques tous seuls.
Mais je t'avertis qu'elle se fait plus facilement,
plus prochainement, & plus parfaitement
de l'Argent-vif tout seul. Car la
Tome I. * X
@

242 LA SOMME DE GEBER.
Nature embrasse plus amiablement sa propre
nature; elle s'unit & se plaît mieux avec
elle qu'avec toute autre qui lui serait
étrangère. Outre que l'Argent-vif étant effectivement
composé d'une Substance très
subtile; il est aussi beaucoup plus facile de
tirer de lui cette Substance subtile [qui
est nécessaire pour faire la Médecine] que
de quelque autre chose que ce soit.
Pour ce qui est de la manière de faire cette Médecine, ce doit être par la Sublimation,
comme je l'ai déjà suffisamment dit.
Et à l'égard de la fixation [qu'il lui faut
donner] j'en parle dans un chapitre exprès.
Il reste à dire un mot de la Coagulation des Corps qui ont été dissous; elle
se fait en les mettant dans un Matras, que
l'on posera dans une terrine pleine de cendres,
l'y enterrant jusqu'au cou, & tenant
ces Vaisseaux sur un feu doux & tempéré,
jusqu'à ce que toute l'aquosité de
la Matière, qu'on veut coaguler, soit
évaporée.

pict
@

LA SOMME DE GEBER. 243
----------------------------------------

C H A P I T R E LIV.
De la Fixation, de ses Causes, & de la
Manière différente de fixer les Corps & les Esprits.
L A Fixation est une Opération par laquelle une chose qui s'enfuit du feu, est rendue en état de le pouvoir
souffrir, sans s'évaporer. La raison pour
laquelle on l'a inventée, c'est afin que la
Teinture, le changement & l'altération
que fait la Médecine, dans le Corps qu'elle
altère, y demeurent toujours, sans
que cette Teinture & cette altération
changent, ni qu'elles puissent en être séparées
par quelque degré de feu que ce
soit.
Il y a de plusieurs sortes de Fixations, selon la diversité des choses qui peuvent
être rendues fixes. Ces choses sont, premièrement
quelques Corps ou Métaux
imparfaits, tels que sont Saturne, Jupiter
& Vénus. Secondement les Esprits,
savoir le Soufre & l'Arsenic dans le premier
degré; Mercure dans le second; &
dans la troisième la Marcassite, la Magnésie,
la Tutie & les autres choses de cette
nature.
Pour ce qui est des Corps ou Métaux X ij
@

244 LA SOMME DE GEBER.
imparfaits, on les fixe en les calcinant
& en leur faisant ensuite reprendre Corps.
Car par la Calcination ils sont purifiés du
Soufre combustible & volatil qui les corrompt,
c'est-à-dire de leur imperfection,
comme il a été suffisamment expliqué
dans le Chapitre précédent, où
nous avons traité de la Calcination.
Le Soufre & l'Arsenic se fixent en deux manières. La première se fait en les sublimant
tant de fois par eux-mêmes dans un
Aludel, qu'ils deviennent fixes. Ainsi le
tout consiste à les fixer promptement. Et
pour cet effet il faut trouver le moyen de
faire & de réitérer en peu de temps plusieurs
Sublimations de ces deux Matières.
Ce qui se fera par le moyen de deux Aludels
avec leur double couvercle, de telle
manière que la Sublimation s'en fasse
continuellement, & sans interruption, jusqu'à
ce que ces deux Esprits soient rendus
fixes. De sorte que l'on mettra d'abord,
dans le second Aludel, tout ce qui sera
sublimé & monté dans le couvercle du
premier, en continuant à faire ainsi les Sublimations
de suite, & l'une après l'autre,
sans laisser s'arrêter & s'attacher au côté de
l'Aludel ce qui s'élève de ces deux Matières;
les faisant sublimer incessamment,
tant qu'il ne s'élève ni se sublime plus rien
par la chaleur du feu. Car plus on fera de

@

LA SOMME DE GEBER. 245
Sublimations en moins de temps, & plutôt
& mieux on les fixera.
Et c'est cela même qui a fait imaginer la seconde manière de faire la Fixation de
ces deux Esprits, laquelle se fait en précipitant
& faisant tomber au fond du Vaisseau
ce qui monte à mesure qu'il se sublime,
afin qu'il demeure toujours dans la chaleur,
jusqu'à ce qu'il soit fixe. Et cela se
fait avec un Vaisseau de verre fort haut,
duquel on doit luter le fond, parce
qu'autrement il se casserait: puis avec une
spatule de fer ou de pierre, on fait tomber
en bas [ou est la chaleur] ce qui monte
& s'attache au côté du Vaisseau, continuant
à faire toujours tomber ce qui s'élève,
jusqu'à ce qu'il se fixe & qu'il ne
monte plus.
Pour ce qui est de l'Argent-vif, la Fixation se fait de même que celle du Soufre
& de l'Arsenic; si ce n'est qu'on ne
saurait fixer ces deux derniers, si auparavant,
par cette dernière manière de Fixation,
on ne sépare avec adresse leurs
plus subtiles parties qui sont inflammables.
Ce qu'il n'est pas nécessaire de faire à l'Argent-vif,
parce qu'il ne s'enflamme ni ne
se brûle point au feu. On doit donner aussi
au Soufre & à l'Arsenic une chaleur beaucoup
plus tempérée pour les fixer, qu'à
l'Argent-vif. Il y a encore cette différence,
X iij
@

246 LA SOMME DE GEBER.
qu'il faut bien plus de temps à les fixer
qu'à fixer l'Argent-vif, & que comme ils
s'élèvent beaucoup plus que lui, à cause
qu'ils sont plus subtils, il faut aussi que le
Vaisseau, dans lequel on les sublimera,
soit plus haut.
On fixe ainsi la Marcassite, la Magnésie & la Tutie. Après qu'on les aura sublimées
une fois, & que, par cette Sublimation,
on en aura eu ce qu'on en veut avoir,
il en faudra jeter les fèces ou ordures,
puis on les resublimera par elles-mêmes,
en remettant ce qui se sera élevé au
haut du Vaisseau sur ce qui aura resté
dans le fond, jusqu'à ce que ces Matières
deviennent fixes.

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C H A P I T R E LV.
De l'Incinération.
L 'Incinération est le ramollissement qui se fait d'une chose dure ou sèche, & qui n'est pas fusible, pour la rendre liquide &
coulante. D'où il est aisé de juger, que
cette Opération n'a pas été inventée, qu'afin
qu'une chose, qui par défaut de fusion, ne
pouvait entrer dans un Corps Métallique,
pour l'altérer & le changer, fût tellement
ramollie qu'elle devint fluide & entrante.
Ce qui a fait croire à quelques-uns que

@

LA SOMME DE GEBER. 247
l'Incération se devait faire avec des choses
liquides, telles que sont les Huiles &
les Eaux. Mais cela n'est point vrai, étant
une chose tout à fait opposée aux Principes
naturels du Magistère, & condamnée
manifestement d'erreur, par la manière
d'agir de la Nature. Car nous ne voyons
point que l'humidité que la Nature a mise
dans les Corps Métalliques, par la nécessité
qu'ils avaient d'être fondus & ramollis,
soit une humidité qui puisse être bientôt
consumée [comme est l'humidité des
Huiles & des Liqueurs,] puisqu'au contraire
c'est une humidité permanente, &
qui dure autant que les Métaux eux-mêmes.
Et de vrai, si cette humidité pouvait
être évaporée en peu de temps par la chaleur
du feu, il faudrait nécessairement
qu'après que les Métaux auraient été ou
rougis au feu, ou fondus une fois seulement,
ils n'eussent plus du tout d'humidité.
D'où il s'ensuivrait qu'on ne pourrait
plus ni forger ni fondre quelque Métal
que ce fût, qui aurait été une fois rougi
dans le feu.
Afin donc d'imiter la Nature dans ses Opérations, autant que nous le pourrons,
nous devons faire l'Incération comme elle
la fait. Or il est certain que la Nature a incéré
les Corps qui sont fusibles, en leur
donnant pour Principe & pour fondement
X iiij
@

248 LA SOMME DE GEBER.
de leur Incération, l'humidité même qui
les rend fusibles, laquelle souffre & soutient
la chaleur du feu, plus que nulle autre
humidité, telle qu'elle puisse être. Nous
devons donc incérer nécessairement avec
la même humidité. Or cette humidité incérative
ne se peut mieux trouver nulle
part que dans les Esprits. Je veux dire
qu'elle se trouve dans le Soufre & dans
l'Arsenic prochainement; mais plus prochainement,
& mieux encore dans
l'Argent-vif. Car après que leur résolution
est faite, nous ne voyons point que
leur humidité se sépare de leur terre, tant
la Nature a fortement uni ces deux choses
ensemble, lorsqu'elle en a fait le mélange
& la composition; au lieu que dans la résolution
de toutes les autres choses, qui
ont une humidité intérieure, on voit par
expérience que cette humidité se sépare de
leur Substance terrestre; après quoi il ne
leur reste nulle humidité. Ce qui n'arrive
pas de même dans les Esprits, & surtout
dans l'Argent-vif. Et partant, rien ne nous
peut empêcher de nous servir d'Esprits
pour faire l'Incération.
Pour cet effet, il faut les sublimer tant de fois avec le Corps, à qui par leur
moyen nous voulons donner l'Incération,
que sans que ces Esprits perdent rien de
leur humidité, ils s'unissent avec lui, &

@

LA SOMME DE GEBER. 249
que par ce moyen le Corps devienne facilement
fusible. Ce que les Esprits ne peuvent
faire, s'ils ne sont auparavant nettoyés
& dépouillés entièrement de tout ce
qui peut causer de la corruption. Je trouverais
plus à propos que leurs Huiles fussent
premièrement fixées avec de l'Huile
de Tartre; après quoi ces Esprits pourraient
être utiles à donner quelque Incération
que ce soit, dont on puisse avoir besoin
en cet Art.

Fin du premier Livre.
@



Avertissement au lecteur.

Pour l'agrément du Bénévole Lecteur, nous avons ajouté ici la table des Matières du "Livre premier", bien que celle-ci, dans
l'édition reproduite, ne soit qu'à la fin du "Second Livre", c'est
à dire après la page 384.

Le traducteur.

@

pict

T A B L E D E S C H A P I T R E S DE LA SOMME DE GEBER & des principales choses qui y sont contenues.
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L I V R E P R E M I E R
Avant-Propos et Chap. I. page 85.
D E la manière d'enseigner l'Art de Chimie & de ceux qui sont capables de l'apprendre. 1. Il a réduit en Abrégé dans cette Somme
ce qu'il avait ramassé en ses autres Ecrits, des Livres des Anciens, & tout le Procédé de L'Art s'y trouve suffisamment expliqué. 2. Celui qui veut s'appliquer à cette Science
doit connaître les Principes dont la Nature se sert à former les Minéraux. 3. Il ne peut pourtant pas imiter la Nature
en toutes ses Opérations. Chapitre II. page 88.
Division de ce Livre en quatre Parties.
Tome I. K k *
@

T A B L E.
1. Des obstacles & empêchements que
l'Artiste peut avoir, & quelles qualités il doit avoir. 2. Raisons des Sophistes, qui nient l'Art
& leur Réfutation. 3. Explication des Principes dont la Nature
se sert à former les Métaux. 4. Des Principes artificiels, c'est-à-dire
des Opérations dont l'Artiste se doit servir pour l'Oeuvre.
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P R E M I E R E P A R T I E DU PREMIER LIVRE
Des Empêchements de cet Art.
Chapitre III. page 90.

Division des Empêchements.
Ils viennent 1. de l'impuissance naturelle
de l'Artiste considérée, ou de la part du Corps, ou de la part de l'Esprit; 2. de sa pauvreté; 3. de ses occupations. Chapitre IV. page 91.
Des Empêchements à l'Oeuvre, qui peuvent
venir de la mauvaise disposition du Corps de l'Artiste. L'Artiste devant être le Ministre de la
Nature, ne saurait faire les travaux
@

T A B L E.
nécessaires s'il est aveugle, estropié, malade, ou dans la décrépitude. Chapitre V. page 92.
Des Empêchements qui viennent de l'Esprit.
1. Un Homme stupide & qui ne peut rien
concevoir, ne pouvant faire aucune recherche, est incapable de cette Science. 2. Et quoique l'on ait bon esprit, si l'on est trop heurté à son sens, & trop opiniâtre en ses résolutions, on n'y fera rien non plus. 3. Il en sera de même si l'on a l'esprit faible & changeant à tout moment. 4. Si l'on est prévenu contre la Science. 5. Et si l'on est esclave de son argent, & que l'on ne veuille pas faire la dépense nécessaire. Chapitre VI. page 94.
Des Empêchements extérieurs.
Ils se prennent, ou de l'indigence de
l'Artiste, qui ne peut faire les dépenses nécessaires, ou de ses occupations, & de ses soins qui l'embarrassent, & qui l'empêchent de vaquer à l'étude & au travail. Chapitre VII. page 95.
Quel doit être l'Artiste.
1. Il doit savoir la Philosophie naturelle,
& surtout avoir la connaissance des Minéraux & des Métaux. 2. Avoir un esprit vif & pénétrant pour découvrir. 3. Etre ferme & résolu en ce qu'il sait, K k ij
@

T A B L E.
sans varier: l'Art ne consistant point dans la pluralité des choses, puisqu'il n'y a qu'une Pierre, qu'une Médecine & qu'un seul Régime. 4. Etre modéré & sans aucune passion violente. 5. Il doit épargner son argent, & ne le pas consumer mal à propos en de folles dépenses; parce qu'il n'en faut presque point faire pour l'Oeuvre. 6. Et ne point s'amuser aux impostures & aux Sophistications, de peur d'attirer la malédiction de Dieu, qui le punirait infailliblement des tromperies qu'il ferait aux autres.
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S E C O N D E P A R T I E DU PREMIER LIVRE
Où sont rapportées & réfutées les raisons de
ceux qui nient l'Art de Chimie.
Chapitre VIII. page 101. Division de ce qui sera contenu en cette seconde
Partie. 1. Il apportera les raisons qu'allèguent
ceux qui nient la possibilité de l'Art. 2. Il les réfutera, & il parle auparavant
des Principes des Métaux. Chapitre IX. page 102. Raisons de ceux qui nient simplement l'Art.
Ils en rapportent dix différentes, qui sont

@

T A B L E.
clairement expliquées & aisées à comprendre. Il faut seulement remarquer ici une Maxime,
qui est: Il n'y a que la chaleur douce & modérée qui puisse épaissir l'Humidité Mercurielle, & la réduire en Corps, & la chaleur trop violente la dissipe & la détruit. Chapitre X. page 109. L'Art ne doit & ne peut pas imiter exactement
la Nature en toute l'étendue de ses différentes actions; où il est parlé des Principes des Métaux. Une Matière humide ne peut s'épaissir,
que ses parties les plus subtiles ne s'évaporent, & que les plus grossières ou les plus gluantes ne demeurent. Ce qui se fait lentement & dans l'espace de plusieurs années. Le véritable & l'exact mélange du Sec &
de l'Humide, consiste en ce que le Sec tempère l'Humide, & l'Humide tempère le Sec, & que des deux il ne s'en fasse qu'une seule & même Substance, dont les parties soient toutes homogènes; c'est-à-dire toutes semblables & de même nature. On ne peut imiter la Nature dans l'épaississement
qu'elle fait des Métaux, ni dans le mélange & la proportion des Eléments, ni dans le degré de chaleur K k iij
@

T A B L E.
dont elle se sert pour cela. Chapitre XI. page 113. Réfutation des raisons de ceux qui nient
l'Art absolument. Dieu a diversifié les perfections de ses Créatures
en donnant à celles, de qui la composition est faible, une plus noble & plus grande perfection par le moyen de l'âme qu'elles ont. Et à celles, dont la composition est plus forte, comme sont les Pierres & les Métaux, il leur a donné une perfection beaucoup moindre & moins noble, puisqu'elle ne consiste que dans la seule manière de leur mixtion, qui est plus resserrée. Les Espèces se changent les unes en les
autres lorsqu'un Individu d'une Espèce se change en l'Individu d'une autre, comme lorsque d'un Ver, il s'en forme une Mouche. Les Philosophes ne sont que les Ministres
de la Nature. Ainsi ils ne transmuent pas les Métaux; c'est la Nature, à laquelle, par leur artifice, ils préparent & disposent la Matière. Chapitre XII. page 123. Divers sentiments de ceux qui supposent
l'Art véritable. Les opinions fausses des Sophistes, sont
capables de détourner du bon chemin ceux qui étudient la Science.
@

T A B L E.
On ne doit pas traiter de la Science, en
des termes qui soient tout à fait obscurs, & l'on ne doit pas aussi l'expliquer si clairement qu'elle soit intelligible à tous. Chapitre XIII. page 126. Raisons de ceux qui nient que l'Art soit
dans le Soufre. Chapitre XIV. page 127. Réfutation de ce qu'on vient de dire dans
le Chapitre précédent. Le Soufre adustible, ou brûlant & volatil,
gâte & corrompt les Corps ou Métaux. Chapitre XV. page 128. Raisons de ceux qui nient que l'Arsenic soit
la Matière de l'Art & leur Réfutation. Chapitre XVI. page 129. Raisons de ceux qui nient que la Matière de
l'Art soit dans le Soufre, l'Argent-vif, la Tutie, la Magnésie, la Marcassite, le Sel Ammoniac, & leur Réfutation. La dernière perfection de la Médecine, est
d'être entrante & pénétrante. L'Argent-vif & la Tutie n'ont point de
Soufre adustible ou inflammable. Tous les Esprits ont de la volatilité; mais
les uns plus que les autres. Les voici par ordre, en commençant par ceux qui sont les plus volatils, & finissant par ceux qui le sont moins, l'Argent-vif & K k iiij
@

T A B L E.
le Sel Ammoniac, le Soufre, l'Arsenic, la Marcassite, la Magnésie, la Tutie. La volatilité des Esprits, est ce qui a
trompé tous ceux qui ont travaillé sur eux. Chapitre XVII page 131. Raisons de ceux qui nient que la Matière
de l'Art soit dans les Esprits, conjointement avec les Corps qu'ils doivent fixer. La transmutation des Corps ne se peut
faire que par les Esprits. Chapitre XVIII. page 134. De ceux qui nient que la Matière de l'Art
se trouve dans les Corps, & premièrement dans le Plomb blanc, ou l'Etain, qu'on appelle Jupiter, & leur Réfutation. Moyen d'ôter le cric à ce Métal, & de
l'endurcir. Chapitre XIX. page 137 Raisons de ceux qui nient que l'Art soit
dans le Plomb. Chapitre XX. page 138. Raisons de ceux qui soutiennent que l'Art
n'est pas le mélange des Corps durs avec les durs, & des mous avec les mous. Pour mêler du Cuivre avec de l'Or ou de
l'Argent, il ne devient pas Or ni Argent.
@

T A B L E.
Chapitre XXI. page 139. Pourquoi ceux qui ont mêlé les Corps durs
avec les mous, & les parfaits avec les imparfaits, ont nié la Science. Chapitre XXII. page 141. Que l'Art ne se trouve ni dans l'extraction
de l'Ame ou Teinture, ni dans le Régime du feu. Chapitre XXIII. page 141. Raisons de ceux qui soutiennent que l'Art
n'est ni dans le Verre, ni dans les Pierreries. Ce qui n'entre point dans les Corps ou
Métaux, ni ne les pénètre, ne peut y faire aucun changement. Ainsi ce qui n'est pas véritablement fusible, ne pouvant entrer dans les Métaux, ne les peut altérer ni changer. Il ne faut pas s'étonner si ceux qui ne
travaillent pas sur la véritable Matière, ne font rien qui vaille. Chapitre XXIV. page 143. Motifs de ceux qui nient que l'Art soit dans
les moyens Minéraux, dans les végétables, & dans le mélange de quelque chose que ce soit.
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T R O I S I E M E P A R T I E DU PREMIER LIVRE
Des Principes naturels & de leurs effets.
Chapitre XXV. page 146. Principes naturels des Corps Métalliques,
selon l'opinion des Anciens. La composition des Principes (qui sont,
selon les Anciens, l'Esprit fétide, ou le Soufre, & l'Esprit fugitif, ou l'Argent- vif) est très forte, & leur Substance est uniforme ou homogène, c'est-à-dire de même nature; parce que chaque partie de ces Principes, est faite du concours & de l'union très exacte des quatre Eléments, qui ne peuvent être détachés ni séparés les uns des autres. Chapitre XXVI. page 148. Des Principes naturels des Métaux, selon
l'opinion des Modernes. Chapitre XXVII. page 150. Division de ce qu'il y a à dire des trois
Principes. Il y a trois Principes: le Soufre, l'Arsenic,
& l'Argent-vif. Chapitre XXVIII. page 151. Du Soufre.

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T A B L E.
Le Soufre est une graisse de la Terre, épaissie
dans les Mines par une digestion modérée, dont la Composition est très forte, & la Substance homogène en toutes ses parties. On ne saurait calciner le Soufre sans perdre
beaucoup de sa Substance. Il gâte & noircit les Corps avec qui on le
mêle. Il augmente le poids des Métaux que l'on
calcine avec lui. Etant sublimé avec l'Argent-vif, il s'en
fait du Cinabre. On calcine aisément les Métaux avec le
Soufre, à la réserve de l'Etain & de l'Or. Et ceux qui ont le moins d'Argent-vif se calcinent plus facilement. On ne peut point avec le Soufre coaguler
l'Argent-vif en Soleil ni en Lune. C'est le Soufre qui illumine, qui donne
l'éclat, & qui perfectionne tous les Métaux, parce qu'il est Lumière & Teinture. Le Soufre ne se dissout qu'avec peine,
parce qu'il n'a point de parties de la nature du Sel, mais seulement d'oléagineuses. Il se sublime, parce que c'est un Esprit.
Le Soufre ne peut lui-même servir à
l'Oeuvre des Philosophes.
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T A B L E.
Chapitre XXIX. page 155. De l'Arsenic.
L'Arsenic est fait d'une Matière subtile,
& de même nature que le Soufre. La différence qu'il y a entre eux, c'est que l'Arsenic donne facilement la Teinture blanche, & le Soufre la rouge. Cela s'entend dans la Médecine du premier Ordre, qui n'est qu'une Sophistication. L'Arsenic ni le Soufre n'étant parfaits,
ne sont pas la Matière qui donne la perfection à l'Oeuvre. Chapitre XXX. page 156. De l'Argent-vif ou Mercure.
C'est une Eau visqueuse, faite d'une Terre
blanche sulfureuse très subtile, & d'une Eau très claire, digérées dans les entrailles de la Terre, & unies exactement par leurs moindres parties, jusqu'à ce que l'Humide soit tempéré par le Sec, & le Sec par l'Humide. Il s'unit aisément aux Métaux, étant de
même nature qu'eux, & il sert de moyen pour joindre les Teintures. Il n'y a que l'Or qui se submerge en lui,
& sans lui on ne saurait dorer aucun Métal. Il n'est pas la Matière de l'Oeuvre, ni
l'Oeuvre, à le prendre, tel qu'il est naturellement.
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T A B L E.
Chapitre XXXI. page 157. Des effets des Principes naturels, qui sont
les Corps métalliques. Il y a six Corps métalliques: l'Or, l'Argent,
le Plomb, l'Etain, le Cuivre & le Fer. Le Métal est un Corps minéral fusible &
malléable, dont la composition est forte. Les Métaux parfaits ne communiquent
point la perfection aux imparfaits, pour être mêlés avec eux, si ce n'est qu'ils aient été changés en Magistère. Chapitre XXXII. page 159. Du Soleil ou de l'Or.
L'Or est un Métal jaune, pesant, qui n'a
point de son, qui est fort brillant, & qui souffre la Coupelle & le Ciment. L'Or est le plus précieux des Métaux, &
c'est lui qui donne la Teinture rouge. Jupiter & la Lune approchent le plus de la
nature de l'Or. Saturne lui ressemble au poids, & en ce qu'il n'a point de son & qu'il ne se pourrit point. Vénus lui est semblable en couleur. Mars a le moins de tous d'affinité avec l'Or. Chapitre XXXIII. page 161. De la Lune ou de l'Argent.
L'Argent est un Corps métallique blanc
d'une blancheur pure, net, dur sonnant, & qui souffre la Coupelle. La Lune est la Teinture de la blancheur.

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T A B L E.
Etant exposée sur le suc des choses aigres,
il s'en fait un beau bleu céleste. L'Argent a sa Mine à part. Il s'en trouve
pourtant dans les Mines des autres Métaux, mais il n'est pas si bon. Chapitre XXXIV. page 162. De Saturne ou du Plomb.
Le Plomb est un Corps Métallique noirâtre,
terrestre, pesant, qui n'a point de son & fort peu de blancheur, mais beaucoup de lividité, qui ne souffre ni la Coupelle ni le Ciment, qui est mou, qui s'étend aisément sous le marteau, qui se fond promptement sans rougir. Il convient avec l'Or en ce qu'il est fort
pesant, qu'il n'a point de son, & qu'il ne pourrit point. Du Plomb brûlé, il s'en fait du Minium,
& de la Céruse, en l'exposant sur la vapeur du vinaigre. Le Plomb sert d'Examinateur à la Coupelle.
Chapitre XXXV. page 164. De Jupiter ou de l'Etain.
L'Etain est un Corps métallique qui a une
blancheur impure; est livide, un peu sonnant & terrestre, qui a le cric, est mou, se fond soudainement sans rougir, & ne souffre ni la Coupelle ni le Ciment. L'Etain s'approche le plus des Métaux

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T A B L E.
parfaits. Il blanchit les Métaux qui ne sont pas blancs. Il rend aigres & cassants ceux à qui on le mêle, hormis le Plomb & l'Or. Il s'attache fort au Soleil & à la Lune. Chapitre XXXVI. page 165. De Vénus ou du Cuivre.
Vénus est un Corps métallique qui a une
rougeur obscure, qui rougit au feu, est fusible, résonne fortement, & ne souffre ni la Coupelle, ni le Ciment. Elle a grande affinité avec la Tutie, qui lui
donne la couleur d'Or. Chapitre XXXVII. page 166. De Mars ou du Fer.
Mars est un Corps métallique fort livide,
qui a peu de rougeur, qui participe d'une blancheur impure, est dur & inflammable, qui ne se fond pas directement, & à beaucoup de son. Chapitre XXXVIII. page 167. De la différence des Métaux imparfaits à
l'égard de la perfection. Moins les Corps imparfaits ont de disposition
à être promptement fondus, plus ils sont difficiles à être transmués; & ceux qui se fondent plus aisément, reçoivent facilement la transmutation. Les Métaux imparfaits qui sont transmués
par la Grand'Oeuvre, reçoivent tous la même perfection, quoi qu'il y ait plus
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T A B L E.
de déchet dans les uns, & moins dans les autres.
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QUATRIEME ET DERNIERE
PARTIE DU PREMIER LIVRE
Qui traite des Principes artificiels de l'Art.

CHAPITRE XXXIX. page 170. Division des choses contenues en cette Partie,
où il est parlé en passant de la perfection, de laquelle il sera traité dans le second Livre. Il parle en cette dernière Partie, des Principes
artificiels du Magistère, & de la perfection qu'il ne fait que toucher en gros; parce qu'il en doit traiter plus particulièrement dans le second Livre. Les Principes artificiels sont: la Sublimation,
la Descension, la Distillation, etc. La perfection consiste à connaître: Premièrement
les choses par le moyen desquelles on peut parfaire l'Oeuvre. Secondement celles qui contribuent à la perfection. Troisièmement, celle qui donne la perfection. Et enfin celles par le moyen desquelles on connaît si le Magistère a toute la perfection qu'il doit avoir. 1. Les choses par le moyen desquelles on
accomplit
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T A B L E.
accomplit l'Oeuvre sont une Substance réelle & corporelle, des couleurs évidentes, les poids des Métaux, & la connaissance des Métaux, tels qu'ils sont naturellement, & tels qu'ils peuvent être par artifice, tant intérieurement, qu'extérieurement, afin de connaître ce qu'ils ont en eux de superflu, & ce qui les éloigne ou les approche de la perfection. 2. Les choses qui contribuent à la perfection
sont de trois sortes. 1. Celles qui d'elles-mêmes & sans artifice, s'attachent aux Corps, & qui les changent en quelque façon: comme sont la Marcassite, la Tutie, &c. 2. Celles qui purifient les Corps sans s'unir à eux, comme sont les Sels, les Aluns, etc. 3. Le Verre, qui purifie par la ressemblance de Nature. 3. La chose qui donne la perfection, est la
pure & moyenne Substance de l'Argent- vif, ou une Matière qui a pris son origine de la Matière de l'Argent-vif. 4. Les choses par le moyen desquelles
on connaît si le Magistère est véritablement parfait, ce sont les Epreuves ou Examens qui se font par la Coupelle, par le Ciment, &c. par le moyen desquelles on examine les Métaux qui ont été transmués. Tome I. L l
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T A B L E.
Chapitre XL. page 174. De la Sublimation en général, & pourquoi
on l'a inventée. Rien de peut s'unir aux Corps que les
Esprits, ou que ce qui a tout ensemble la nature du Corps & de l'Esprit. Si les Esprits ne sont purifiés par quelque
préparation, ou ils ne donnent point de couleur parfaite aux Corps imparfaits, sur lesquels on en fait projection, ou ils les corrompent & les noircissent. Le Soufre, l'Arsenic & la Marcassite brûlent
& noircissent les Corps, si on ne leur ôte leur onctuosité, qui s'enflamme & qui noircit. Les Tuties & l'Argent-vif sont volatils,
& ne donnent aux Corps que des couleurs imparfaites, si on ne leur ôte leur terrestréité. Ce qui se fait par la Sublimation, parce
que le feu élève les parties les plus subtiles des Esprits, & les plus grossières demeurent en bas. Cela se reconnaît encore en ce que les
Esprits sont plus lucides & transparents, après avoir été sublimés. La Sublimation ôte tout de même l'adustion
aux Esprits, parce que l'Arsenic & le Soufre étant sublimés, ne s'enflamment plus, comme ils faisaient auparavant.
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T A B L E.
Chapitre XLI. page 177. Ce que c'est que la Sublimation, comment
se fait celle du Soufre & de l'Arsenic, & des trois degrés du feu qu'il y faut observer. La Sublimation est l'élévation qui se fait
par le feu d'une chose sèche, & qui s'attache au Vaisseau. Chapitre XLII. page 180. Des Fèces des Corps métalliques, qu'il faut
ajouter aux Esprits pour les sublimer, & quelles doivent être leur quantité & leur qualité. Les écailles ou paillettes de Fer [ou bien
la Limaille] & le Cuivre brûlé, sont les meilleures fèces qu'on puisse employer dans la Sublimation du Soufre & de l'Arsenic; parce qu'ayant moins d'humidité, elles les boivent plus aisément. Chapitre XLIII. page 186. Des fautes qu'on peut faire, & qu'il faut
éviter, à l'égard de la quantité des fèces, & de la disposition du Fourneau en sublimant le Soufre & l'Arsenic. De la manière de faire les Fourneaux & de quel bois on se doit servir. Chapitre XLIV. page 191. De quelle Matière, & de quelle figure l'Aludel
doit être. La Sublimation du Soufre & de l'Arsenic
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T A B L E.
sera bien faite, si ces deux Matières étant sublimées, sont claires & luisantes, & qu'elles ne s'enflamment point. Chapitre XLV. page 194. De la Sublimation du Mercure.
La Sublimation de l'Argent-vif consiste à
le dépouiller de sa terrestréité, & à lui ôter son humidité superflue. Chapitre XLVI. page 198. De la Sublimation de la Marcassite.
Chapitre XLVII. page 200. Du Vaisseau propre à bien sublimer la
Marcassite. Le Verre a cette propriété, que lorsqu'il
est en fusion, il n'y a rien qu'il ne détruise, qu'il ne fasse fondre, & qu'il ne vitrifie. Chapitre XLVIII. page 205. De la Sublimation de la Magnésie,
De la Tutie, & des Corps imparfaits. Chapitre XLIX. page 207. De la Descension & du moyen de purifier
les Corps par les Pastilles. Chapitre L. page 211. De la Distillation, de ses causes & des
trois manières de la faire par l'Alambic, par le Descensoire, & par le Filtre. La Distillation est une élévation qui se fait
des vapeurs aqueuses, de quelque Matière, dans un Vaisseau propre pour cela. Elle se fait avec le feu, par l'Alambic &

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T A B L E.
par le bain, ou par le Descensoire; ou sans feu par le Filtre. Chapitre LI. page 219. De la Calcination, tant des Corps que des
Esprits, de ses causes, & de la manière de la faire. La Calcination est la Réduction qui se fait
d'une chose en poudre, par la privation de l'humidité qui lie & unit ses parties ensemble. On calcine les Corps ou Métaux, pour
leur ôter, par la violence du feu, le Soufre qui les corrompt & les noircit, & pour les purifier de leur terrestréité; & afin aussi d'endurcir les Métaux mous. On calcine les Esprits pour les disposer à
devenir fixes & à se résoudre en eau. Tout ce qui est calciné, est plus fixe & se
dissout plus aisément que ce qui ne l'est pas; parce que les parties en étant plus subtiles, elles se mêlent plus facilement à l'Eau, & se dissolvent. On calcine encore les choses étrangères,
qui ne sont ni Corps ou Métaux, ni Esprits, pour servir à préparer les Corps & les Esprits. Tout ce qui a perdu son humidité naturelle
ne se peut fondre que pour se vitrifier. Saturne a une humidité plus fixe, & plus
de terrestréité que Jupiter.
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T A B L E.
Chapitre LII. page 228. De la Dissolution.
La Dissolution, c'est la Réduction qui se
fait d'une chose solide & sèche en eau ou en liqueur. Tout ce qui se dissout est nécessairement
ou Sel ou Alun, ou de semblable nature. Les Sels & les Aluns rendent fusibles les
choses (à qui on les ajoute) avant qu'elles se vitrifient. Les Esprits ne se vitrifient jamais, & ils
empêchent la vitrification des choses avec qui on les mêle, tandis qu'ils demeurent avec elles. Chapitre LIII. page 232. De la Coagulation, de ses causes & de divers
moyens de coaguler le Mercure, & les Médecines dissoutes. La Coagulation, est une Opération par
laquelle on réduit une chose liquide en une Substance solide, en lui ôtant son humidité. Tout Soufre métallique, qui n'est pas fixe,
forme un Corps livide ou noirâtre. Chapitre LIV. page 243. De la Fixation, de ses causes, & de la
manière différente de fixer les Corps & les Esprits. La Fixation est une Opération par laquelle
une chose qui s'enfuit du feu, est rendue en état de le pouvoir souffrir.
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T A B L E.
Chapitre LV. page 246. De l'Incération.
L'Incération est le Ramollissement qui se
fait d'une chose dure & sèche, & qui n'est pas fusible, pour la rendre liquide & coulante. L'humidité que la Nature a mise dans les
Corps métalliques par la nécessité qu'ils avaient d'être fondus & ramollis, est une humidité permanente, & qui dure & subsiste autant que les Métaux; autrement, quand les Métaux auraient été une fois rougis au feu, ou fondus, ils n'auraient plus du tout d'humidité; & ainsi ils ne pourraient plus être forgés ni fondus. Ce qui est contre l'expérience.
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