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Réfer. : AL2300
Auteur : Basile Valentin.
Titre : L'Azoth,
S/titre : ou le moyen de faire
l'or caché des Philosophes.
Editeur : André Cailleau. Paris. B. des Ph. Ch. Tome III.
Date éd. : 1741 .
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pict

L 'A Z O T H, o u L E M O Y E N DE FAIRE L'OR CACHE DES PHILOSOPHES,
De Frère Basile Valentin.
----------------------------------------

P R E M I E R E P A R T I E
LE VIEILLARD, ADOLPHE.
Adolphe.
pict E vous salue, vénérable Vieillard;
il y a déjà longtemps que je vous considère de loin, réfléchissant en vous-même, auprès de cet Arbre, sur quelque chose
d'intéressant, & je ne puis résister à la tentation

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de Bas. Valentin, Part. I. 85
de vous demander quel est le sujet
de vos réflexions.

Le Vieillard.
Je puis, jeune Adolescent, connaître maintenant des choses, qui, dans ma jeunesse,
me semblaient incroyables & hors
de raison, & je me souviens que lorsque
j'étudiais, mon orgueil était tel, que je
présumais posséder toutes les Sciences.
Mais à présent, que je suis sur le déclin
de mon âge, je pense différemment, &
je cherche à pénétrer dans ce grand Livre
de la Nature, si rempli de difficultés. En
sorte que je commence à me plaire dans
mes Recherches, quand je m'aperçois
que le temps s'écoule comme une onde
fugitive, & c'est de quoi j'ai bien sujet de
me plaindre?

Adolphe.
Je ne puis, respectable Vieillard, m'empêcher de vous admirer, en voyant des
affections si contraires entre vous & moi.
Il vous semble que le temps s'envole trop
vite, & il me paraît que les jours passent
trop lentement. C'est pourquoi je veux
voyager avec quelque Compagnie agréable
qui me tire de cette mélancolie, où
je m'absorbe, en voyant le temps couler
avec tant de lenteur.

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86 L'Azoth des Philosophes,
Le Vieillard.
Vous êtes encore, cher Ami, dans la fleur de votre âge; vous avez un visage
resplendissant, une physionomie heureuse,
& je voudrais savoir votre nom & votre
origine. Peut-être ne seriez-vous pas fâché
de m'apprendre l'un & l'autre, ainsi
que la Profession que vous exercez.

Adolphe.
Je m'appelle Adolphe, & ma Patrie se nomme Hassie. J'ai étudié pendant ma
jeunesse; & dans un âge plus avancé,
j'ai quitté mes études pour apprendre le
Commerce. N'ayant personne qui administrât
les Biens que mes Parents m'ont laissés,
j'ai formé le dessein de parcourir le
Monde, &, comme je viens de vous dire,
je veux trouver quelque Compagnie, avec
laquelle je puisse commencer mes voyages
par celui de Rome, cette Capitale de l'Univers.
Mais avant que de me mettre en
chemin, je serais bien aise de prendre vos
conseils, parce que vous me paraissez
avoir une grande expérience de toutes
choses.

Le Vieillard.
Je vous aiderai volontiers de mes conseils, si vous vous sentez de la disposition

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de Bas. Valentin, Part. I. 87
les suivre, & je suis plus propre que personne
à vous donner de bons avis, parce
que j'ai une connaissance parfaite des Lieux
que vous pourrez aller visiter.

Adolphe.
Je suivrai d'autant plus volontiers ce que vous me conseillerez, que je suis persuadé
qu'à votre âge vous ne me recommanderez
rien qui ne soit fondé sur l'usage
que vous avez du Monde. Ainsi daignez
instruire un jeune Homme, qui cherche à
ne pas tomber dans l'erreur, & vous aurez
en moi un Auditeur docile, qui écoutera
vos Préceptes avec beaucoup d'attention.

Le Vieillard.
Vous venez de me dire, mon Fils, que vous voulez commencer vos voyages par
celui de Rome; à la bonne heure, & j'ai
commencé, comme vous avez dessein de
faire, par visiter cette Maîtresse du Monde;
mais l'âge m'ayant rendu plus sage
que je n'étais alors, je suis maintenant plus
prudent, & je prévois mieux les périls où
l'on peut s'exposer. En sorte que si vous
voulez suivre mon conseil, vous ne vous
arrêterez pas longtemps dans cette Ville-
là, car elle est ce que je vous dirai plus amplement
dans la suite. Mais pour revenir à ce

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88 L'Azoth des Philosophes,
que vous disiez il n'y a qu'un moment, je
suis étonné de ce que dans une santé aussi
parfaite que celle dont vous jouissez dans le
Printemps de vos jours, vous trouviez que
le temps s'écoule avec trop de lenteur. Je
vous conseille donc d'en estimer la durée, si
vous désirez apprendre, comme moi, beaucoup
de choses; de ne point l'employer
dans l'oisiveté, & d'en passer la meilleure
partie à la recherche de la connaissance de
Dieu & de ses Oeuvres; car nous sommes
créés à son image, & non pas à la ressemblance
des Bêtes, qui n'ont été Créées
que pour notre usage. Que nos yeux
soient donc ouverts pour contempler la
Nature; que nos oreilles soient attentives
aux enseignements qu'elle nous donne; que
notre bouche chante les louanges de son
Créateur, & au lieu de mener une vie oisive,
employons le temps à des études, qui
nous deviennent profitables.

Adolphe.
Il me semble, sage Vieillard, que j'ai déjà appris les choses qui me sont nécessaires,
ayant assez bien étudié la Langue Latine,
& m'étant appliqué à la connaissance
des Langues étrangères. Je ne crois
pas qu'il soit utile de trop s'adonner aux
Etudes, car j'ai reconnu que toutes les
Sciences sont imparfaites, & il n'y a aucun
cun
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de Bas. Valentin, Part. I. 89
Maître, dans quelque Art que ce soit,
qui puisse conduire son Disciple à la fin
qu'il désire. L'Astronomie, par exemple,
qui, entre tous les Arts, devrait être un
Art certain, n'est cependant qu'un tissu d'incertitudes,
ainsi que l'Art de la Médecine.
Quelles Erreurs ne se glissent pas dans la
Théologie? la Vérité n'est-elle pas Une,
& peut-on douter de celle des Saintes Ecritures?
Cependant elle est prise en des sens
différents par les Théologiens, & leurs Controverses
ne finissent point. Quoique jeune,
je ne puis approuver ces choses, & si je
ne m'applique plus à l'étude, c'est à cause
que j'ai remarqué que presque personne
ne va au vrai but de la Science. Un Villageois
me disait l'autre jour, que les véritables
Savants sont les plus méchants, &
qu'ils porteront la peine de leur méchanceté.
Je conviens néanmoins contre ce que
je viens de dire, qu'aucune raison ne doit
nous détourner de la Doctrine céleste, &
que nous devons en faire le principal objet
de nos méditations, puisque nous la
tenons de la bouche divine du Verbe
Incarné. Mais, pour conclure, je pense
qu'il manque quelque chose à la perfection
de la Sagesse humaine, & que le Cercle
des diverses Doctrines n'a point encore acquis
la sienne. Je crois que vous êtes de
mon sentiment là-dessus.
Tome III. H
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90 L'Azoth des Philosophes,
Le Vieillard.
Cela peut bien être. J'ai, comme vous, appris la Langue Latine; mais l'usage des
Langues Etrangères ne nous est pas nécessaire,
à moins que ce ne soit celui de la
Grecque & de l'Hébraïque, par le secours
desquelles nos Prédécesseurs ont Connu les
Arts, dont ils nous ont ensuite communiqué
la connaissance. Je ne blâme pourtant
point l'étude de ces Langues, parce
qu'elles sont utiles aux Princes, à cause
des affaires qu'ils ont à traiter avec les
Etrangers, & je les regarde même comme
un excellent Don de Dieu, tel qu'il le
fit aux Apôtres, bien différent de celui qu'il
fit aux Orgueilleux, qui édifiaient la Tour
de Babel, parmi lesquels il mit une confusion
de Langage si étrange, qu'ils ne purent
plus s'entendre, qu'ils abandonnèrent
leur entreprise, & qu'ils se dispersèrent
par toute la Terre. Toutes choses étant
gouvernées par un Dieu très bon & très
grand, cette Tour, par la puissance de son
Saint Esprit, a été, en présence des Gentils
assemblés, convertie en Temple, dans
lequel les Apôtres ont fait entendre les
louanges de Dieu; car la confusion ne plaît
point à sa divine Majesté, & les Démons
sont seuls les Auteurs de toute discorde.
Dieu en Trinité nous demande la paix, &

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de Bas. Valentin, Part. I. 91
c'est dans la paix qu'il a créé le Monde,
de laquelle Jésus-Christ, notre Sauveur,
nous a laissé un exemple, que nous devons
imiter. Il ne faut donc pas employer son
temps à acquérir la connaissance des diverses
Langues Etrangères, il suffit de savoir
celles qui nous sont nécessaires pour entendre
les Sermons des Prédicateurs, & pour
lire les Saintes Ecritures; je veux dire, les
trois Langues principales, la Latine, la
Grecque & l'Hébraïque. Pour la Langue
Maternelle, nous ne devons pas l'ignorer,
non plus que la Philosophie Naturelle, &
le moyen d'acquérir légitimement des
Biens de la Fortune. Mais les prétendus
Sages du Siècle prennent une route différente,
& peu contents du Gouvernement
que Dieu a établi, ils en cherchent qui
lui sont contraires. D'où il s'ensuit que le
temps, qui est un trésor précieux, se dissipe
en recherches vaines, & que les Ames
seront en danger de succomber, lorsque
le Souverain Juge visitera la dernière Jérusalem,
& qu'il jugera le Monde Universel.
Alors on verra paraître les trois Ennemis
principaux. Les Spirituels paraîtront tels
qu'ils étaient avant la venue de Jésus-
Christ; mais à son dernier Avènement ils
se trouveront confondus devant son Tribunal.
S'il arrive qu'ils paraissent pendant
que nous vivons, nous connaîtrons par
H ij
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92 L'Azoth des Philosophes,
leur présence que la fin du Monde approche,
& nous verrons se lever en même
temps les différentes Sectes des Pharisiens,
des Sadducéens & des Esséens. Les Pharisiens
n'étaient-ils pas attachés à la terre, &
seulement occupés aux oeuvres extérieures,
n'ayant aucune connaissance de l'Esprit,
ni de la venue du Messie? Les Sadducéens
ne niaient-ils pas la Résurrection des Morts!
Les Esséens, véritables Anabaptistes, ne
combattaient-ils pas contre la Sainte Trinité?
Les premiers blasphèment contre la
puissance de Dieu, les seconds contre la
miséricorde, & les troisièmes contre son
Esprit. Ce qui montre que les Hommes
sont toujours opposés à la Loi de Dieu.
Quoique ceux-ci fussent partagés en diverses
Sectes, néanmoins elles étaient nommées
les principales, parce que ceux qui
en étaient, tant d'Orient que d'Occident,
détruisaient, autant qu'ils pouvaient, la
Doctrine de la Sainte Trinité; & les Juifs,
qui suivaient le vrai Culte, étaient en petit
nombre; menaient une vie cachée, &
fuyaient les embûches du Monde. Il faut
donc éprouver tout Esprit; mais il faut
aussi que chacun de nous s'éprouve soi-même
par le Verbe Divin, comme par la Pierre
de touche. Toute Conscience étant ainsi
éprouvée, elle demeurera à toute épreuve.
Comme il n'appartient qu'à l'Homme de

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de Bas. Valentin, Part. I. 93
tomber dans l'Erreur, on ne doit pas, pour
sa conservation naturelle, s'attacher seulement
à en connaître le corps animal, mais
à acquérir la perfection des deux parties,
dont il est composé, c'est-à-dire du corps
& de l'esprit au Verbe Divin, & après
qu'on a pourvu à ce qui est nécessaire pour
le conserver, on doit s'appliquer à une
connaissance parfaite de la Nature, parce
que nous venons de Dieu, que nous retournons
à Dieu, que nous nous arrêtons à
Dieu, & que le Verbe étant le Sceptre,
la Nature est la règle de toutes les Créatures,
préparant la voie pour l'habitation
du corps & de l'âme. C'est ce qui fait
connaître le Sage, qui aime véritablement
Dieu. Quelque docte qu'ait été Aristote,
quelque excellent qu'il ait été en subtilité
de raison humaine, il n'a point eu une vraie
connaissance de toutes ces choses, & il en
a ignoré les principales. Il en faut dire de
même de ceux qui suivent la Doctrine,
quoique quelques-uns d'eux soient dans une
grande estime. Par préférence à toute occupation,
nous devons considérer le temps,
en partager exactement l'emploi, & s'adonner
de tout son pouvoir à l'étude de la
Justice & de la Vérité, en implorant le S.
Esprit de nous donner la connaissance des
choses spirituelles, & en prenant garde que
les Vices ne nous fassent tomber dans le

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94 L'Azoth des Philosophes,
Labyrinthe de ce Monde. Après quoi,
marchant dans le chemin de l'équité, sans
nous en écarter, & ne laissant passer aucun
jour ni aucune heure sans nous occuper au
travail, nous dirigerons nos actions à la
gloire de Dieu & à l'avantage de notre
prochain.

Adolphe.
Vous venez, ô bon Vieillard, de dire tant de choses excellentes, que je n'ai pu
en retenir qu'une partie. Je sais qu'il faut
suivre la bonne voie & faire le bien; mais
je ne sais pas si j'agirais prudemment en
répondant à toutes ces choses ensemble,
ou s'il ne me serait pas plus avantageux de
ne répondre qu'à chacune d'elles en particulier,
& même qu'après y avoir bien
réfléchi auparavant.

Le Vieillard.
Il faut, mon Fils, que vous appreniez les choses que vous ignorez encore; c'est
par l'étude des anciens Sages que je me
suis ouvert le chemin où je voulais entrer,
ne désespérez pas de vous l'ouvrir à votre
tour par le même moyen, & vous y entrerez
si vous en avez la volonté.

Adolphe.
Je ne désire rien davantage que d'apprendre
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de Bas. Valentin, Part. I. 95
toutes choses de vous, parce que
vous êtes Sage comme les Anciens dont
vous me parlez, & je mettrai volontiers
toute mon application à satisfaire mon désir,
en connaissant que toutes choses sont
utiles & honnêtes.

Le Vieillard.
Vous devez d'abord considérer la noblesse & l'excellence des sept Dignités,
que je vais vous mettre par ordre, lesquelles
sont la santé heureuse, & le juste emploi
du temps, qui est triple; mais il faut
rejeter le soin de briguer la faveur, l'autorité,
& l'estime des Hommes, & ne point
se prévaloir de la force, de la puissance,
des richesses, ni même rechercher sa propre
commodité; parce que ces quatre dernières
sont ces Dons, desquels on a coutume
d'abuser, sans y prendre garde. Si
Dieu, à cause de ces Dons, ne nous visitait
par les afflictions, par les tentations,
& quelquefois par la mort subite, nous
parviendrions facilement à la connaissance
de ces Biens. En travaillant au salut de
notre âme, nous devons aussi avoir soin
de notre santé, d'une paix durable, de
l'angélique Beauté, de la céleste Sagesse,
& des trésors de la Gloire, toutes choses
qui nous sont promises, & dont nous attendons
la communication par Jésus-Christ,

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96 L'Azoth des Philosophes,
notre Sauveur, si nous persévérons jusqu'à
la fin à marcher dans la sainte voie
qu'il nous a enseignée; Car si nous obéissons
toujours à sa volonté divine, qui nous
est manifestée dans le Livre de vie;, notre
nom ne sera point effacé de ce Livre, &
nous vivrons éternellement avec lui, parce
que nous sommes tous appelés à la vie
éternelle. Je pourrais dire quelque chose
de la gloire de ce Monde, qui ne laisse
pas, dans un sens, que d'avoir de la solidité;
mais, quoique je la regarde comme
un trésor précieux, quand elle s'acquiert
par des voies légitimes, néanmoins
ce n'est qu'une ombre vaine, en la comparant
à la Gloire céleste, qui est Jésus-
Christ. Heureux, vraiment heureux sont
ceux, dont Dieu éprouve le coeur par les
tentations, parce que s'ils les surmontent en
les combattant, ils font voir une force plus
que naturelle dans ce combat, & cette force
leur vient uniquement du Verbe de Dieu,
qui ne l'accorde souvent aux Hommes
qu'aux approches de la mort. Mais, malheureux,
& plus malheureux qu'on ne peut dire,
ceux, qui méprisant la vie céleste, en mènent
une terrestre & voluptueuse; car les remords
de conscience, leur feront envisager la
mort comme un objet bien terrible. Plût
à Dieu que nous pussions tourner les yeux
vers sa Gloire toutes les fois que sa Grâce
nous
@

de Bas. Valentin, Part. I. 97
nous y invite, & que son Verbe, en qui
sont cachés les Trésors éternels, nous y
appelle par de saintes inspirations. Tout
est rempli de Dieu; ses Créatures & les
Oeuvres de ses mains portent témoignage
de sa puissance dans le Ciel & sous le Ciel,
sur la Terre & sous la Terre, & l'on contemple
en toutes choses sa divine Majesté.
L'Homme peut contempler Dieu en esprit,
& se réjouir en Dieu, quand il pense que
son esprit est l'image de Dieu, & qu'il
veut diriger les actions se sa vie selon la
Loi de Jésus-Christ. Dans la vie future,
nous aurons sans étude une connaissance
entière de la Gloire Divine, & nous apprendrons
sans peine ce que nous nous efforçons
inutilement de vouloir connaître
en celle-ci. Dans celle-là, l'honneur du
nom de Dieu sera parfait, & demeurera
perpétuellement. Sa miséricorde se renouvelle
tous les jours, & les Anges ne peuvent
assez chanter ses merveilles. Pour
nous, Pécheurs que nous sommes, nous
ne pouvons louer ses divins Mystères, si le
Saint Esprit ne nous aide à le faire. A l'égard
des Méchants, qui ne songent qu'à leur
intérêt particulier, ils ont toujours devant
les yeux les flammes éternelles; la faim & la
soif les suivent en tous les lieux, & la vision
des Démons les effraye sans cesse. C'est
pourquoi nous devons bien réfléchir sur
Tome III. I *
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98 L'Azoth des Philosophes,
l'Eternité, dont la durée n'aura point de
fin, & prier Dieu tous les jours de notre
vie de nous délivrer de l'Ennemi, qui ne
cherche qu'à nous faire perdre sa grâce
par des tentations continuelles, & de nous
défendre des Corps célestes, des Eléments
& des Esprits, qui nous nuiraient s'il ne
nous mettait sous sa sainte garde. C'est
donc par des prières ferventes que nous
devons demander l'assistance du Saint Esprit,
afin que nous entendions la parole de
Dieu, qui est la règle de notre vie, puisqu'il
dit lui-même: Faites cela & vous
vivrez: Qui a péché, fasse pénitence, &
ne pèche plus. Il ne veut pas la mort du
Pécheur, mais sa conversion, & qu'il vive.
Si nous nous en tenions à nos faibles
connaissances, il semblerait d'abord qu'il
n'y aurait aucune Puissance céleste, dont
nous dussions craindre la colère, parce que
nous ne voyons de nos yeux que des choses
terrestres & que nous n'entendons pas de
nos oreilles les Commandements du Créateur
du Ciel & de la Terre; mais nous
avons Moïse, les Prophètes & la Voix
qui crie au Désert, lesquels nous annoncent
la parole de Dieu & sa volonté. Tâchons
de nous y conformer, afin d'être
trouvés Justes au moment de notre mort,
& de comparaître sans crainte au Jugement
Universel, où toutes les actions des Hommes

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de Bas. Valentin, Part. I. 99
seront examinées selon la règle du Livre
de vie, & le témoignage de l'Esprit,
car une Sentence irrévocable y sera rendue
contre toute Chair vivante. Ce sera
dans ce Jour terrible que les Infidèles verront
celui, dont ils ont percé le sacré côté,
& qu'ils n'ont point voulu reconnaître,
à moins que de mettre auparavant leurs
doigts dans les payes que les Juifs lui ont
faites, parce que leurs esprits terrestres &
grossiers, ne connaissant que ce qui est
du ressort des Sens, n'ont pu, sur les ailes
de la Foi, élever leurs pensées jusques
dans les Cieux pour y contempler sa Divinité.

Adolphe.
Vous venez de me prêcher comme un véritable Pasteur; vos paroles ont fait de
l'impression dans mon âme; mais je doute
que je puisse régler mes actions de manière
qu'elles ne s'écartent en rien de vos
préceptes; cependant je les y conformerai
autant qu'il me sera possible, car on
est toujours satisfait quand on a rempli son
devoir. Vous avez aussi parlé de Trésors;
je voudrais savoir s'il y en a d'autres que
les Richesses de ce Monde, & vous m'obligeriez,
si vous vouliez m'en instruire.
I ij
@

100 L'Azoth des Philosophes,
Le Vieillard.
Je ne suis point surpris de votre curiosité; presque tous les Hommes brûlent de savoir
ce que vous me demandez; mais sachez
que ce Trésor est une Essence Spirituelle,
& d'une vertu, non seulement abondante
en Richesses, mais aussi en Science
de Médecine, & que par son breuvage
les Hommes, par la permission de Dieu
sont délivrés des maladies les plus enracinées,
même de celles auxquelles les Médecins
ne peuvent apporter de soulagement.
C'est une Oeuvre qui surpasse l'excellence
de l'Or & de l'Argent, qui étonne la Raison
humaine, ou si vous voulez; c'est un
Mystère presque incompréhensible. Pour en
concevoir quelque idée, lisez la Révélation
Hermétique de Théophraste. Je ne
veux pas encore vous dire ce que c'est que
ce Mystère, qui est un Secret caché dès le
commencement du Monde par la volonté
de Dieu, & il ne m'est permis de vous
le révéler qu'à la façon des Philosophes,
qui en parlent assez ouvertement dans leurs
Livres, mais la Providence Divine n'en
accorde la connaissance parfaite qu'aux
pieux Sectateurs de cet Art.

Adolphe.
Quoique vous vous efforciez à couvrir ce
@

de Bas. Valentin, Part. I. 101
Secret d'un voile spirituel, je conçois
néanmoins que vous entendez parler de la
Pierre des Philosophes, dont les Ecrits
nous apprennent qu'elle se compose de la
première Matière; c'est-à-dire, de Sel,
de Soufre & de Mercure. On met tous
les jours en lumière de cette sorte d'Ecrits
& j'ai connu des Savants, adonnés à cet
Art, qui me communiquaient les leurs,
que je corrigeais de moi-même en quelques
endroits. Les anciens Philosophes
ont soigneusement travaillé leurs Livres,
mais on les a malicieusement corrompus.
Ce qui fait que les bons Artistes sont rares
comme le Merle blanc ou le Cygne noir,
& par conséquent, que nous ne voyons
point l'Effet de la Fin que ce grand Art
nous propose. J'ai vu de doctes Personnages
traiter d'Imposteurs des Artistes, à
cause de l'incertitude de leur Science, &
je ne saurais croire, non plus que ces
Savants, qu'ils puissent convertir en Soleil
& en Lune les Métaux inférieurs, à
moins que ce ne soit par une vertu divine
ou par le ministère des Démons, avec lesquels
j'ai ouï dire que ces Artistes avaient
de la familiarité. Ce serait vous, Homme
vénérable, qui pourriez mieux que personne
m'instruire des Secrets de la Nature, &
de la Transmutation des Métaux; mais
puisque vous ne jugez pas à propos de me
I iij
@

102 L'Azoth des Philosophes,
révéler les Mystères principaux de l'Art;
apprenez-moi du moins si c'est de Dieu
que les Hommes obtiennent un Don si précieux.
Je suis dans l'étonnement quand
je me souviens d'avoir lu sur ce sujet plusieurs
Ecrits, sans en avoir pu comprendre
le sens, & lorsque je me rappelle dans la
mémoire que j'ai vu des Gens, qui ne les
entendaient pas mieux que moi, travailler
dans cette Art aux dépens de ceux qui
les en croyaient capables, d'où s'ensuivait
la perte de leur temps & de leur argent.
Ce qui me faisait dire avec ces Personnes
trompées, que l'espérance, dont
se repaissent les Enfants de l'Art, n'est pas
fondée sur la Démonstration, puisqu'aucun
d'eux n'en faisait voir la Certitude par
les Effets.

Le Vieillard.
Je vous montrerai, moi, la Fin & l'Effet de cet Art, pour que vous en connaissiez
la Certitude, & que vous sachiez
que je le possède véritablement. Persuadez-
vous par avance que je connais la Racine
de l'Arbre, ainsi que toutes les choses,
qui sont nécessaires dans cette Science.
Cette Racine est connue de peu de Savants,
& elle est entièrement ignorée du
Vulgaire. Si je vous semble m'étendre
trop, en vous parlant de cette même

@

de Bas. Valentin, Part. I. 103
Science, ne vous lassez pas de m'écouter;
la raison le demande de la sorte, & les choses
les plus excellentes doivent être traitées
avant celles qui le sont le moins. Au reste
en répondant à vos Questions, je vous
ferai voir clairement que je n'aurai dit que
des choses véritables.

Adolphe.
Avant que d'entrer en matière, je voudrais savoir pourquoi nous ne trouvons
aucun Artiste, qui soit parvenu à la perfection
de ce grand Art, ni qui sache exactement
la Transmutation des Métaux.
Et pourquoi aussi cette Science est méprisée
par des Savants, qui devraient en avoir
une pleine connaissance, puisqu'elle est si
fructueuse & si utile, quoiqu'en quelque
lieu que je me sois trouvé, je n'aie point
entendu dire qu'aucun, par son moyen,
ait acquis les Richesses de Crésus. Vous-
même, vénérable Vieillard, vous me dites
que vous possédez cet Art, & cependant
vous êtes vêtu pauvrement comme l'est un
Solitaire. Pour moi, je vous l'avoue, si
j'avais la connaissance d'un Art qui procure
tant de Biens, j'amasserais de grands
Trésors, & j'achèterais des Dignités & des
Etats si étendus, que les plus puissants Princes
du Monde en prendraient l'épouvante,
& porteraient envie à ma fortune. C'est ce
I iiij
@

104 L'Azoth des Philosophes,
que tous les Artistes promettent à ceux qui
leur ouvrent leur bourse. De grâce, dites-
moi ce que vous pensez là-dessus.

Le Vieillard.
Je pense que vous raisonnez en jeune Homme, ou comme les Fous, qui ne
désirent des Richesses que pour satisfaire
leur volupté. L'intention des Philosophes
est bien différente, & ceux qui courent
après ces choses corruptibles & périssables,
sont indignes de ce nom, qui n'appartient
qu'aux Sages, qui s'adonnent à la
connaissance des Mystères divins, qui consacrent
leurs travaux au service de Dieu,
& qui étouffent en eux tout sentiment de
vaine gloire & d'ambition. Je ne condamne
pas le désir des Richesses, quand il se
borne à ce que Dieu nous en envoie pour
les besoins de cette vie; mais je blâme
cette cupidité déréglée, qui porte l'Homme
à n'en souhaiter que pour satisfaire son
orgueil. Et c'est par cette raison que les
Philosophes ne parlent que mystérieusement
de leur Art, de peur d'encourir la
disgrâce de la Famille de Nembrot; car
si cet Art n'était caché aux Faiseurs de
tours de passe-passe, il s'ensuivrait de la
connaissance qu'ils en auraient, une confusion
étrange dans les Ordres de ce bas
Monde, dont Dieu lui-même a établi les

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de Bas. Valentin, Part. I. 105
différences, qui sont nécessaires pour entretenir
la concorde entre les Hommes, &
il les a établies dans le dessein que les uns
serviraient les autres, dans l'union & dans
la paix, jusqu'à ce qu'il les séparât les uns
des autres, comme le Philosophe artiste sépare
l'un de l'autre, je veux dire, le Corps,
l'Ame & l'Esprit, & ensuite les réunit ensemble.
Aucun ne doit faire cette divine séparation
à moins que le Verbe de Dieu ne lui
ait commandé de réprimer les Méchants,
parce qu'il est seul la Justice & la Vérité,
& que ce qui est hors de lui, n'est que
mensonge & abomination devant Dieu.
C'est de ce Verbe, que reçoit une puissance
divine, le Magistrat qui tient ici-bas
la place de Dieu, aussi sera-t-il puni sévèrement
s'il prévarique dans son Office, &
s'il verse injustement le sang humain, contre
le Précepte de Dieu; car Dieu ne
fait acception de personne, tout étant égal
devant lui. Cette Séparation divine est
donc d'une grande considération. Il semble
que ces choses soient dites hors de
propos; cependant elles apportent un grand
profit au Genre Humain, & elles ne lui
sont pas d'une moindre utilité; c'est pourquoi
il m'a paru convenable de les dire.
Il est parlé dans le Prophète Ezéchiel de
quatre Vents, qui soufflèrent sur des Os
de Morts, lesquels se placèrent aussitôt

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106 L'Azoth des Philosophes,
chacun dans sa jointure, & sur lesquels se
formèrent des nerfs, & des chairs, qui les
environnèrent; comme aussi de l'Esprit,
que leur souffle fit entrer dans ces Os, lequel
Esprit, par la volonté de Dieu, les
anima & les rendit vivants. A l'agonie de
la mort, toutes les parties de l'Homme se
séparent les unes des autres; car alors les
quatre Eléments, l'Esprit & l'Ame sont
divisés, & se séparent l'un de l'autre. En
leur place, l'Eau & la Terre élémentaires
sont conjointes, & un autre Air avec un
autre Feu sont épaissis. L'Esprit astral de
la vie, l'Homme intérieur & invisible, retourne
au Ciel, où il est élevé au-dessus
des Eléments, & l'Ame va au sein d'Abraham,
suivant la promesse de Dieu, &
y repose jusqu'à ce que vienne la consommation
de ce Monde, que toutes choses
seront accomplies. Nous voyons la Terre
nous fournir toutes les choses nécessaires
à la vie, dans lesquelles l'Esprit des Eléments
est caché comme nourriture & céleste
Essence. Nous avons aussi la nourriture
du Feu & de l'Eau, & nous conservons
par l'un & l'autre le tempérament
du Corps terrestre, qui contient l'Eau &
le Feu spirituels pour donner de nouvelles
forces à l'Esprit intérieur. Car, comme la
Terre a en soi ces deux choses, le Ciel les
contient pareillement, ce qu'on appelle

@

de Bas. Valentin, Part. I. 107
Quintessence, laquelle est plus noble que
les Eléments, & est la nourriture de l'Esprit,
comme le Verbe de Dieu est la nourriture
de l'Ame. Et il s'est fait Corps,
afin de donner la béatitude céleste au
Corps, à l'Ame & à l'Esprit, quoiqu'il
ne soit ni viande ni nourriture corporelle,
& qu'il soit seulement le Lien & le Sceau
de la Promesse & du Livre de vie, en témoignage
de la vérité, à cause de la faiblesse
de notre foi, & du peu de connaissance
que nous avons de la Divinité. Dieu
aime tellement les choses naturelles & spirituelles,
qu'il veut que sa Créature soit
toute dans l'Homme en conjonction avec
Jésus-Christ, par qui les péchés sont pardonnés.
Car comme le Verbe Divin est
le Principe de toutes choses, il est de même
le Principe de l'Image de Dieu. Le
Verbe de Dieu nous dit: De cette Fleur
du Saint Esprit commence la Foi; de la
Semence de cette Fleur naît l'Arbre des
bonnes oeuvres, & les bonnes oeuvres ne
méritent pas le Salut éternel, mais la foi
au Verbe de Dieu. Ce Verbe est un amour
magnétique, qui nous attire à lui avec les
Bons, & n'en peut être séparé. Il n'y a
point d'amour astral magnétique qui lui
soit semblable dans la Nature. Nous devons
peser exactement toutes ces choses
dans la balance, comme nous devons aussi

@

108 L'Azoth des Philosophes,
considérer ce que l'Homme intérieur fait
dans la Nature, lequel Homme intérieur
est invisible & céleste, de même que l'Ame
est surnaturelle & surcéleste; connaissance
néanmoins que nous n'avons que par
révélation de Dieu. La Nature propose
les Esprits naturels; ils sont grands, & d'une
considération secrète: Et l'Homme corporel
ne pourrait entendre les choses spirituelles,
si l'Esprit de vérité ne lui était
révélé par le Roi des Esprits: Et par celui-ci,
le Saint Esprit examine la Sagesse,
les Arts & les Sciences. Cet Esprit Saint
excite dans les Chrétiens un feu sur-céleste
d'amour, & un esprit magnétique de
sagesse. Il nous enflamme, nous lave d'une
eau pure, & nous rend nets, afin que
nous fassions pénitence de nos péchés, &
que nous ne mourions pas dans nos offenses.
C'est pourquoi on parle souvent de
l'Eau & du Feu, du Sang & de l'Esprit de
l'Eau, qui est celui qui donne la vie; car
le péché est de couleur sanguine, & la punition
du péché est la Mort noire, la croix
& l'affliction; mais la récompense des
Pieux & des Dévots, c'est la Robe blanche
& la Couronne de gloire. Ces choses,
bien entendues, suffisent présentement.
Venons à l'explication des Questions que
vous m'avez proposées; je vous les rapporterai
par ordre, & je vous ferai voir la

@

de Bas. Valentin, Part. I. 109
certitude de l'Art par la chose même, &
de telle manière que vous ne pourrez la
révoquer en doute. Or quant à ce qui regarde
l'autre objet, qui est que plusieurs
Savants ont une faible connaissance de
cet Art, sachez, mon Fils, que c'est la
volonté de Dieu, & que cela se fait pour
quelque considération, car Dieu réprouve
toute superbe & toute ambition, & ne
donne ce Trésor qu'aux Humbles & aux
Pauvres & non pas aux Grands & aux Enfants
de ce Monde. L'Homme doit faire
usage de ce Trésor suivant la Loi du Seigneur,
& pour sa gloire en soulageant
ceux qui sont dans la misère, & non pas
en passant sa vie dans l'oisiveté & dans la
mollesse, sans faire de bonnes oeuvres suivant
la volonté de Dieu. Si ce Trésor se
donnait indifféremment à tous, quelle
confusion, je vous prie, ne serait-ce pas
entre les Hommes? Autrement, je ne concevrais
pas ce qu'entendrait Sirac, en disant:
Mon Fils, si tu veux servir Dieu &
lui plaire, prépare-toi au Jour de l'affliction.
Ce qui est dit véritablement de la
pauvreté & de l'imbécillité humaine, comme
vous pourrez facilement le conjecturer
de vous-même; & il n'est pas permis à
l'Homme d'user de ce Trésor comme bon
lui semble, à cause que sa nature est corrompue,
& qu'elle penche plutôt vers le

@

110 L'Azoth des Philosophes,
mal que vers le bien. Ne révèle donc ce
Secret à personne, & ne le donne point
surtout à une Ame avare, ambitieuse &
superbe; car c'est l'honneur & la gloire de
Dieu; mais conduis-toi de cette sorte: Si
la Fortune t'est favorable, garde-toi d'en
concevoir de l'orgueil: Si elle ne te favorise
pas, garde-toi aussi d'en avoir de la
douleur; car Dieu est l'arbitre de la bonne
& de l'adverse Fortune; il dispose de
l'une & de l'autre comme il lui plaît. Il y
a autant de vertu à rechercher la Science,
qu'à la tenir secrète lorsqu'on l'a acquise;
car si vous la révéliez autrement qu'il est
permis de le faire, ce grand Art perdrait
le nom & la dignité d'Art; ce qui a fait dire
à un Philosophe: Cache cet Oeuvre aux
yeux de tous; n'en parle devant personne;
n'en dispute même point en toi-même,
de peur que le vent ne porte tes paroles à
un autre, ce qui te pourrait être dommageable.
Je t'avertis fidèlement de ces choses;
c'est à toi d'y prendre garde, si tu ne
veux pas être tourmenté dans ton corps
& dans ton âme. L'abus que l'on ferait de
cet excellent Don de Dieu serait d'autant
plus criminel, que Dieu ne fait ce Don
que par une pure grâce; aussi serait-ce une
honte si ce même Don Philosophique était
profané par les Méchants, qui, à cause de
leur malice & de leur ignorance, doivent

@

de Bas. Valentin, Part. I. 111
être privés de voir cette lumière. L'Avarice
& la Luxure ont pris des racines si profondes
dans le coeur des Enfants de ce Siècle,
qu'on n'y découvre presque plus aucuns
vestiges de la Foi ni de la Justice. Je
vais vous raconter à ce sujet ce que j'ai vu
de mes propres yeux. Il y avait dans une
certaine ville un Homme très riche, qui
se refusait à soi-même l'usage de ses grands
Biens, qu'il accumulait continuellement
pour ses Enfants. Leur Mère les élevait
dans l'abondance de toutes choses, & comptant
sur les Richesses de leur Père, ils
passaient leur jeunesse dans l'oisiveté &
dans la débauche. A mesure qu'ils croissaient
en âge, les dérèglements de leur vie
augmentaient à proportion. Enfin, leur Père
étant mort, ils en dissipèrent l'héritage en se
plongeant dans toutes sortes de vices; en sorte
qu'ils se virent réduits à une extrême pauvreté,
& exposés au déshonneur le reste de
leur vie. Ils ne seraient point tombés dans ce
malheur, s'ils avaient profité des instructions
qui leur avaient été données, car on les
avait élevés dans la connaissance des
Moeurs & des Sciences. Telle est la volonté
de Dieu, que les Ordres soient distincts
parmi les Hommes, & que les uns
servent les autres. Notre Sauveur lui-même
à fait des choses serviles, & a lavé
les pieds de ses Disciples. L'honneur est

@

112 L'Azoth des Philosophes,
plus grand dans les uns que dans les autres,
& nous sommes comme il plaît à Dieu de
l'ordonner & de nous bénir. Et il a dit:
Je te récompenserai de la même manière
que tu serviras dans ta vocation. Dieu distribue
en un jour tant de Richesses qu'elles
semblent surpasser celles des Rois les plus
puissants, & les Trésors ne diminuent point;
au contraire, ils augmentent toujours, &
c'est pourquoi il doit être aimé avant toutes
choses & sur toutes choses. Il n'en est pas
ainsi des Richesses humaines; car quelquefois
celui qui les amasse par avarice, laisse en
mourant un Successeur prodigue qui les
dissipe, & suivant ce que disent quelques
Savants, les Richesses précipitent souvent
ceux qui les possèdent dans les tourments
éternels de l'Enfer; parce que pendant
qu'ils ont été dans l'abondance des Biens
de ce Monde, ils n'ont point pensé à la
paix du Ciel, ont négligé de soulager les
Pauvres, & ont entièrement oublié Dieu,
Les jeunes Gens surtout, sont les plus exposés
au danger de tomber dans le piège
que leur tendent les Plaisirs, quoi que la
prudence supplée quelquefois au défaut
de leur âge. Les Hommes pieux sont contraints
de boire le Calice des afflictions, &
les Impies sont réservés aux peines éternelles.
Mais ce qui est le plus déplorable,
c'est qu'on ne fait presque point attention
à ces
@

de Bas. Valentin, Part. I. 113
à ces choses, & que les Avares ne pensent
qu'à laisser des Dignités & des Richesses
à leurs Enfants, se moquant de ceux
qui leur disent, qu'avant toutes choses il
faut consulter la Sagesse Divine, & que
sans elle il n'y a rien de stable ni de solide
dans ce Monde. Ce qui fait qu'à l'agonie
de la mort le Ver de la conscience ronge
le coeur de ces Misérables, & le désespoir,
ne s'emparerait pas d'eux dans cette extrémité,
si, pendant qu'ils étaient en santé, ils
avaient songé au salut de leur âme dans
une parfaite humilité.

Adolphe.
Il semble que ce que vous venez de dire soit contraire au dessein de me faire
connaître que ce que vous avez dit est
pour moi; cependant ajoutez le reste, &
je l'écouterai attentivement. En attendant,
je voudrais savoir comment il se peut
faire que l'Art, dont nous parlons, n'est pas
révélé à toutes Personnes avec les Mystères
des Philosophes, puisque les autres Arts
sont connus de tout le Peuple; ce qui me
porte souvent, quand j'y pense, à douter
de la vérité de l'Art dont il s'agit.

Le Vieillard.
Je vous ai déjà dit que le silence a été imposé aux Enfants de la Science, afin
Tome III. K
@

114 L'Azoth des Philosophes,
qu'elle fût tenue secrète à cause de la puissance
des Princes, & de la méchanceté
des Superbes, des Usuriers, des Luxurieux
& des autres Scélérats. Tous les Philosophes
cachent avec soin la connaissance
de cet Art, parce que quelques-uns,
après avoir eu communication de cette
Science divine, en ont fait un mauvais usage,
& fait périr ceux qui la leur avaient
communiquée. Il faut donc que celui qui
possède cet Art, ainsi que le Disciple qui
veut l'apprendre, soit discret, humble,
pieux & débonnaire. En sorte que quand
Dieu vous aura communiquée cette Science,
il faudra vous gouverner avec beaucoup
de prudence, & vous appliquer soigneusement
à connaître les choses les plus
secrètes, & à faire du bien non seulement
à votre Prochain, mais encore à vos Ennemis,
car la Loi de Jésus-Christ nous y
oblige. Nous devons aussi résister de toutes
nos forces aux Ennemis de la Foi, &
nous appliquer à louer Dieu & à publier
ses miséricordes. L'Ingratitude est cause
que beaucoup de choses sont cachées, &
l'Ignorance engendre de très grands maux.
Au contraire, la Science augmente les
biens & est le rayon de la Lumière. Plusieurs
s'occupent à la recherche de cet
Art, & peu cultivent les vertus qu'il demande,
principalement celle de le tenir

@

de Bas. Valentin, Part. I. 115
secret. Semblables à ce Phaéton, dont parle
Ovide, qui ne sût pas conduire le
Char de Phoebus, son Père, ils tombent
dans le même malheur que ce Téméraire.
Il faut donc garder avec soin la connaissance
d'un si grand Trésor. Quand l'Homme
a considéré les Paraboles & les Mystères,
il doit être pleinement satisfait, lorsqu'il
voit l'image & le sceau de la divine
Bonté empreints dans la Nature, laquelle
parfait toutes choses beaucoup mieux que
l'Homme, quoiqu'il soit la très noble
Créature de Dieu, la plus raisonnable, &
celle qu'il aime le plus. Son excellence sur
toutes les autres Créatures est manifeste,
en ce qu'il lui propose des Préceptes pour
le conduire à la vie éternelle.

Adolphe.
Il y a de grandes choses à considérer sur cette matière. Mais je voudrais savoir ce
que vous pensez des Paraboles, sur lesquelles
vous m'avez déjà dit qu'il faut réfléchir
avec beaucoup d'attention.

Le Vieillard.
Je vous dis encore qu'il faut avant toutes choses faire en sorte d'en découvrir le
sens; car celui qui a connaissance de cette
Oeuvre, connaît par soi-même qu'il ne
doit point donner dans les opinions erronées,
K ij
@

116 L'Azoth des Philosophes,
parce que les Imposteurs tâchent
de vendre aux Simples le Secret de l'Art,
qu'ils n'ont pas, & ceux-ci, avides des
Biens de la Fortune, leur achètent autant
qu'ils veulent une chimère pour une
réalité. En bonne foi c'est une grande
impiété que de comparer une autre oeuvre
à la Puissance Divine, car le Verbe
de Dieu est l'Echelle de Jacob: Et
Jésus-Christ est le seul Médiateur,
par lequel toutes choses sont mises dans le
Livre de vie. Par la même raison nous
voyons dans notre Oeuvre naturel, la
vie & la mort, la création & la résurrection
de tout le monde; les nombres, les mesures
& les poids; l'accroissement, les forces
& l'efficace des Etoiles & des Eléments,
principalement du Soleil & de la
Lune. Car par le Soleil, la vie descend
comme il plaît à Dieu, & c'est pour cela
qu'elle est comparée à cet Astre, & qu'elle
est appelée de son nom. Tel que le Soleil
est en haut, tel il est en bas, & par lui
toutes merveilles sont accomplies. Le Soleil
purpurin, rouge & doré, est mâle & femelle;
il est le Serviteur de tout l'Univers,
& contient en soi les Richesses universelles.
Il faut remarquer ici deux choses, comme
d'une chose & de deux, car Dieu a créé
quelque chose de rien. Or cette chose
était telle, que toutes les autres choses,

@

de Bas. Valentin, Part. I. 117
tant célestes que terrestres, en ont été
produites; car Dieu dit: Soit fait; & il fut
fait. Quand donc toutes choses furent
créées par son Verbe, la Nature universelle
fut séparée de la chose, & elle était
bonne en son essence, parce que c'était
le bon plaisir de Dieu, duquel il s'était
soudain retiré quelque chose, qui n'avait
pas duré jusqu'au temps du grand Monde;
& pour cela, il fallait une autre chose,
car il ne pouvait subsister par une seule
chose, comme il avait été fait dès le commencement
à cause de la Créature la plus
débile que Dieu désirait, à laquelle il dit:
Croissez & multipliez. Alors on multipliait
tellement, que rien ne périssait dans le
courant d'un siècle; car c'était la bénédiction
du Seigneur, laquelle il départit à
l'Homme par son verbe. En sorte que toutes
choses sont parachevées par une grande
obéissance, & elles sont conduites par
le Saint Esprit. Il en est de même à l'égard
d'Adam & d'Eve, du Mâle & de la
Femelle. Il faut observer ici comment par
l'un, & l'autre se fait la création par l'augmentation,
la multiplication & la conservation,
& comment par un troisième, ou
l'Esprit, l'administration se conduit. C'est
ce qu'il est nécessaire de bien comprendre.
Louange & honneur soit à Dieu en Trinité.
Outre cela, Dieu commandait à l'Homme;

@

118 L'Azoth des Philosophes,
mais il lui assujettissait tout sans réserve. Il
lui permettait de manger de tous les fruits
du Paradis, excepté de celui de l'Arbre
de la Science du bien & du mal, dont il lui
avait fait une défense expresse, & par la
malice du Démon, il devint enfin désobéissant
à Dieu. Nous devons seulement connaître
le bien pour le suivre, & le mal, pour
le fuir, ainsi que la voie dans laquelle nous
surprend l'Ennemi. Car Dieu est le Seigneur
qui conduit & administre toutes choses,
& toutes les Créatures lui sont sujettes.
Le Commandement introduisit le Péché
& l'Homme n'y prit pas garde par la ruse
du Démon. Le premier péché fut le blasphème
& l'Idolâtrie, obscurcissant par
ignorance toute Science, & la convertissant
en connaissance du mal, en toutes sortes
de vices & de méchancetés, à quoi nous
renonçons dans le Sacrement du Baptême,
qui est notre régénération & le renouvellement
de notre vie au nouvel Adam,
comme au Bois de vie, qui a été ôté à
nos premiers Parents dans le Paradis terrestre,
lequel néanmoins fut promis à la Semence
de la Femme, c'est-à-dire, Jésus-
Christ, qui est l'Arbre de la vie spirituelle &
corporelle, & par lequel l'Ame & le Corps
reçoivent également la vie. Comme Adam,
chassé du Paradis, était envoyé dans le
Monde, Jardin de ténèbres & d'afflictions

@

de Bas. Valentin, Part. I. 119
pour la mortification du sang & de la
chair; de même si nous entendons ce que
c'est que la Manne, c'est-à-dire le Pain céleste,
le Verbe de Dieu; que nous vivions
selon ses Commandements, & que
nous croyons au Verbe qui s'est fait chair,
par lui nous reprendrons la vie, & nous
serons transportés de la Maison d'ignorance
dans le Paradis céleste: Et comme
la Mort ravissait Adam, de même nous
mourons au vieil Adam, & nous ressusciterons
en Jésus-Christ, qui est
le nouvel Adam, & l'Arbre de vie, le
fruit duquel nous devons manger pendant
notre bannissement dans cette Maison d'afflictions.
Le Verbe de Dieu est la seule
voie que nous devons suivre; c'est lui qui
a ouvert le Livre de vie, fermé de sept
Sceaux. Si nous désirions connaître autre
chose, & manger du Fuit de l'Arbre de
la Science du bien & du mal, on dirait
que nous voudrions servir à deux Maîtres,
c'est-à-dire à Dieu & au Démon, prenant
le mensonge pour la vérité, & réprouvant
la vérité comme un mensonge. Aussi recevrions-nous
une récompense conforme à
nos oeuvres, & c'est ce qui fit que nos premiers
Parents furent chassés de la présence
du Dieu vivant, qui n'est pas semblable à
l'Homme, mais l'Homme a été fait à son
image, afin qu'il obéît à ses Commandements

@

120 L'Azoth des Philosophes,
sans en rien diminuer, ni rien y ajouter.
Toute chose bonne est du Verbe Divin;
par lui toutes choses sont faites, & on peut
les comprendre par la vue & par l'attouchement,
parce que le visible est fait de
l'invisible. La Foi prend son commencement
de ce qu'on entend dire de la Foi;
c'est-à-dire l'invisible du visible; & du
Verbe de Dieu le Chrétien est engendré.
Ces choses sont ainsi établies, afin que
l'Homme agisse & opère avec raison, &
qu'il ne se forme pas des idées frivoles de
la Toute-puissance, car c'est la volonté
de Dieu. L'Incrédule Thomas ne parvint
point à comprendre ceci, tant qu'il ne connut
que la Nature humaine, le Ciel élémentaire,
& les choses extérieures, comme
l'Eau & la Terre, qui sont les réceptacles
& les prisons de la Mort. Saint Paul
rejette cette Philosophie comme imparfaite
& n'admet que la Philosophie céleste,
qui consiste dans la Foi, dans l'Espérance
& dans la Charité. Il faut observer ici que
comme nous devons croire à la parole qui
est sortie de la bouche de Dieu, de même
Jésus-Christ nous enseigne au nom de son
Père, que rien ne peut s'acquérir sans la
Foi. Mais la plupart des Hommes ne
croient que ce qu'ils voient, & ne considèrent
que Dieu le Père. Dieu le Fils &
Dieu le Saint Esprit ne peuvent être vus de
nos
@

de Bas. Valentin, Part. I. 121
nos yeux, chargés de péchés, non plus
que leurs rayons, qui surpassent de beaucoup
la splendeur du Soleil. A cause de la
Nature pécheresse, les Hommes n'ont pu
voir le Verbe Divin, tel qu'il était, pendant
qu'il conversait avec eux en forme visible,
ni ne le voient maintenant, qu'il nous assiste
corporellement, ayant accompli la volonté
de son Père, en descendant aux Enfers,
en montant au Ciel en chair & en esprit,
& en parachevant tout en tout. Lequel
d'entre les Hommes, qui en cherchant,
puisse trouver la grandeur de la sagesse de
Dieu? Nous savons seulement que le
Ciel est son siège, & que la Terre est l'escabeau
de ses pieds. Nous ne pouvons pénétrer
dans les choses célestes, ni connaître
que celles qui nous sont enseignées par
le Verbe Divin, que Saint Paul a vues,
& qu'il n'a pas jugé à propos de nous raconter.
Il s'est contenté de nous parler
du Verbe de Dieu, comme d'un Pain céleste,
ou comme d'un Sceau, dans lequel
consiste le Salut de nos âmes, lequel Verbe
est un véritable Arbre de vie; & cela
afin que nous mangions sa Chair, que nous
buvions son Sang, & que nous croyons
que tout ceci est vrai, après que les Paroles
de l'Institution du Sacrement sont
proférées. Quand l'Ecriture Sainte est
connue, la Nature parfaite nous montre
Tome III. * L
@

122 L'Azoth des Philosophes,
beaucoup de merveilles dans un seul
miroir. Celui qui fait la volonté de Dieu
voit toutes choses & les connaît, comme
les ont vues & connues plusieurs Sages
d'entre les Païens.

Adolphe.
Votre discours, vénérable Vieillard, a été si long, que je n'ai pu en retenir qu'une
partie. Cependant je voudrais bien que
vous m'apprissiez si cet Oeuvre de la Nature
ne contiens pas en soi un Esprit qui soit
la Cause de quelque mutation, parce qu'il
me semble que vous avez fait mention du
Second Nombre, je veux dire, de la Multiplication,
pour laquelle il me paraît qu'il
faut un Esprit vital.

Le Vieillard.
Il est vrai que l'Esprit vital minéral est requis en cet Oeuvre, & qu'il se parfait
par l'Artiste, qui sait le préparer pour le
mettre en action. Car Dieu, par sa bonté
infinie, a constitué l'Homme le Seigneur de
cet Esprit, afin qu'il en formât autre chose,
savoir un nouveau Monde par la force
du feu, selon l'ordre & le commandement
du Tout-puissant, qui ne permet pas que
l'Homme parachève aucune chose, s'il
n'agit dans la crainte de son Créateur par
un moyen honnête, & par une conscience

@

de Bas. Valentin, Part. I. 123
très pure. Si quelqu'un d'entre le Vulgaire
ne parvient pas à la fin de cet Art,
cela ne doit point surprendre, quoique la
Matière soit devant les yeux de tous les
Hommes, qui la voient sans la connaître,
& qui l'emploient à d'autres usages qu'à
celui qui lui est véritablement propre. Ils
ignorent que ce Trésor est environné de
ténèbres; que cet Or très pur est comme
anéanti dans la rouille & dans la boue, &
que la Nature le cache de la sorte par la
volonté du Tout-puissant. Au nom seul
de Mercure, les sages Philosophes connaissent
ce Trésor & l'ont présent à leurs
yeux. Tout spirituel & invisible qu'il est,
néanmoins il est matériel & palpable. C'est
une Vierge très chaste, qui n'a point connu
d'Homme. Ce qui a fait qu'on l'a nommé
Lait Virginal, Miel terrestre des Montagnes,
Urine d'Enfants, & qu'on l'appelle encore
de plusieurs autres noms semblables.
Plusieurs Artistes ont cherché ce Mercure
dans des choses diverses, mais ils ne l'ont
pas trouvé, parce qu'il est préparé d'une
Matière purement Métallique.

Adolphe.
Si je m'en rapporte au sens de vos paroles, il me semble, que cette Matière
est l'Or même, à cause de sa noblesse, &
qu'il est le plus parfait des Métaux.
L ij
@

124 L'Azoth des Philosophes,
Le Vieillard.
Vous vous trompez, mon Fils, en croyant que j'entends parler de l'Or terrestre, &
vous n'avez pas conçu ce que j'ai voulu
dire. Mon discours n'est pas aussi clair
qu'il vous le semble; mais il ne m'est pas
permis de parler avec plus de clarté, &
je vous mettrai par écrit le principal mystère
de cet Art. Sachez que l'Or vulgaire
n'est point ce dont il s agit ici, non plus
que l'Argent commun, ni le Mercure, ni
le Soufre, ni l'Antimoine, ni le Nitre, ni
toute autre chose. Mais c'est l'Esprit de
l'Or, & le Mercure, que les Philosophes
nomment la première & seconde Matière,
propre, & seul de la Nature: Or très
pur Oriental, qui n'a point senti la force
du feu, qui est le plus excellent de tous,
qui est le plus mou, & qui est plus facile à
fondre que l'Or vulgaire. Il est vrai Mercure
de l'Or; & Antimoine, attirant ses
qualités des Corps, s'il est liquéfié. Sa préparation
ne consiste qu'à bien le laver, & le
mettre en menues parties, par l'eau & par
le feu, comme toutes les autres choses
sont préparées de la même manière, afin
qu'elles soient agréables à Dieu & aux
Hommes. Il faut avoir une connaissance
exacte de la Sublimation, de la Distillation,
de la Séparation, de la Digestion, de la

@

de Bas. Valentin, Part. I. 125
Purification, de la Coagulation & de la
Fixation, & rechercher avec beaucoup de
soin cet Oeuf de la Nature, si désiré de
plusieurs dès le commencement. Il y a un
grand nombre d'Ecrits sur ce sujet, comme
ceux de Bernard, Comte de la Marche
Trévisane, & de quelques autres, dont
je vous donnerai connaissance à la fin de
notre discours, que je terminerai par quelques
Paraboles.

Adolphe.
En considérant que l'Art, dont il s'agit, ne peut s'apprendre que par beaucoup de
travail; que la possession en est dangereuse
& que nous devons suivre la vocation
que Dieu nous donne, je vous
avoue que la douceur que je croyais trouver
par le moyen de cet Art se convertit
en amertume, & je suis fâché de me voir
trompé dans mon espérance.

Le Vieillard.
Croyez-vous que je vous aie parlé comme par manière de passe-temps, quand je
vous ai dit qu'il faut travailler & exercer
les oeuvres de miséricorde envers les Pauvres,
& secourir les Veuves & les Orphelins
pour la gloire du nom de Dieu?
L'honneur est dû à Dieu plutôt qu'à nul
autre, & les consolations nous viennent du
L iij
@

126 L'Azoth des Philosophes,
Verbe Divin. Ce Verbe est au dessus de la
Nature, comme le Maître est au dessus du
Serviteur, & comme le Père surpasse la
Mère en dignité. Il faut donc faire des
Biens de ce Monde comme s'ils ne nous
appartenaient point, & les employer; suivant
notre vocation, pour l'utilité de notre
Prochain, pour le maintien de la République,
& pour prévenir les maux qui
nous viennent de l'Ignorance. Le Corps
doit travailler sans relâche, parce que l'oisiveté
nous fait tomber dans les pièges de
Satan, & que Dieu nous la défend sous
de grandes peines, comme étant la Source
de tous les vices, de la luxure, de l'avarice,
de l'homicide, du mensonge, de la
fraude, & de l'imposture. De même, notre
Oeuvre n'est jamais oisif, & il opère nuit
& jour jusqu'à ce que son Sabbat approche,
car alors il se repose & honore son Seigneur,
qui est l'Homme, auquel il doit servir
selon le commandement de Dieu. De même,
aussi nous autres Hommes, nous devons
travailler jusqu'à ce que nous entrions dans
le Royaume de notre Dieu. Notre nature
semble s'opposer à cela, & nous nous fâchons
quand nous entendons dire qu'il faut
travailler assidûment pour vivre, jusqu'à
ce que nous retournions en terre, de laquelle
nous sommes faits, parce que l'oisiveté
& le désir de commander nous plaisent

@

de Bas. Valentin, Part. I. 127
à tous également, ce qui occasionne que
nous sommes paresseux & tièdes en nos oraisons
& prières, quoique nous devions prier
Dieu avec ardeur, si nous voulons en obtenir
toutes choses. Nous méprisons les uns
comme Pauvres à cause de leur modique
revenu, cependant nous sommes obligés
de faire du bien aux véritables Pauvres, &
même à nos Ennemis. Toutes méchancetés
se sont introduites en nous, la colère,
l'avarice, la haine, la défiance: Et à cause
de tous ces vices le très excellent Bien
nous est ôté: De même, cette Science de
Médecine, qui est cachée en ce Bien, est
inconnue aux Médecins les plus doctes;
car cette Science ne s'apprend pas dans les
Ecoles des Médecins, & elle demeure
cachée à leurs yeux de la même façon que
l'Esprit interne de la Sainte Ecriture était
caché aux Pharisiens, lequel Esprit était
le Messie & la Médecine de l'âme, qui était
néanmoins au milieu d'eux. Aussi il rendit
grâces à Dieu, son Père, de ce qu'il
avait caché ce Trésor aux Sages de ce
Monde, & l'avait manifesté aux Petits
& aux Humbles. Il en est de même de notre
Médecine naturelle. Si nous voulons
en connaître la Science, il faut en demander
à Dieu la connaissance par de ferventes
prières, car sa volonté divine dispose
de toutes choses. D'où nous voyons la
L iiij
@

128 L'Azoth des Philosophes,
vanité de ces Médicaments de Simples, de
ces Sirops, que distribuent des Charlatans,
au déshonneur des Médecins, & au grand
dommage des Malades, qui meurent souvent
pour avoir pris de ces Breuvages.
Nous voyons ces mauvais Opérateurs
vouloir se rendre recommandables à la
Postérité, comme des Dieux, quoi qu'ils
aient négligé de lire les bons Livres, qui
enseignent la connaissance universelle de
cet Art. Tous ceux qui veulent en avoir
la possession, doivent donc s'étudier à avoir
une notion parfaite de ce qui peut séparer
le bien d'avec le mal, c'est-à-dire, qu'ils
doivent s'appliquer avec patience & avec
humilité, à connaître la vertu & les fruits
du bon Arbre, ainsi que la Racine triple.
Ils doivent aussi cultiver les fruits de l'Ame,
qui est la Foi, la Charité, & l'Espérance,
pour savoir ce que c'est que Justice
& vérité, tant de l'Ame que du Corps,
c'est-à-dire du Bien céleste & du Bien corporel.
Et afin que nous puissions comprendre
facilement cette chose, nous ne devons
pas ignorer que Dieu, nous a donné
la Science de la Théologie & de la Justice,
parce que la pureté & la sainteté de la Nature
consistent dans la première; & dans
la seconde, la lumière & cette sagesse, qui
fit que Salomon surpassa de beaucoup en
prudence les autres Hommes. Dieu a ordonné

@

de Bas. Valentin, Part. I. 129
à chacun de nous les oeuvres de sa
vocation, & nous a commandé de diriger
nos actions prudemment, pieusement &
justement, comme bons Serviteurs de Dieu,
selon les préceptes du Verbe Divin, Juge
souverain de toutes les Nations, devant
lequel toutes les oeuvres des Hommes seront
manifestées au Jour de son Avènement.
Tout vient de Dieu, le Sage &
l'Insensé, le Riche & le Pauvre, le Fort
& le Faible; & qui méprise le Nécessiteux
& l'Imbécile, méprise aussi celui qui l'a
créé. Comme tous les biens émanent de
Dieu, de même tous les maux viennent
du Démon, qui est la source & l'origine
de tout le mal. Mais Dieu permettant que
le mal afflige les Hommes pieux, néanmoins
ce mal est pour eux un bien envers
Dieu, & Satan est contraint par-là de servir
lui-même malgré lui à la gloire de celui
que son orgueil a offensé. Nos péchés
sont cause que pendant notre vie le mal
est mêlé avec le bien, & Dieu, par sa
miséricorde divine, nous a donné les dix
Commandements, afin que nous pussions
séparer le mal d'avec le bien, pour nous
faire éviter la damnation éternelle. Dans
ce Monde, les Avares, qui se disent
Chrétiens, parce qu'ils ont reçu le Baptême,
imitent les Juifs par leurs concussions,
leurs usures, & pensent suivre la volonté de

@

130 L'Azoth des Philosophes,
leur Créateur en ravissant les Biens des
Gentils & des Etrangers. Cependant Jésus-Christ
menace des peines éternelles,
ceux qui, pour fournir à leurs dépenses
immodérées, vexent leur Prochain par
des exactions, & qui s'emparent par la
fraude des Biens des Veuves & ses Orphelins.
La vie de ces riches Patriarches,
Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, & Job,
a été remplie de justice, de modestie, &
d'obéissance envers Dieu, car ils le préféraient
à toutes ses Créatures, & lui offraient
leurs prières avec un coeur pur. Si
dans l'ancienne Loi les Richesses ont porté
plusieurs à s'éloigner de Dieu, dans le
Nouveau Testament la Pauvreté a acquis
à Jésus-Christ des Adorateurs,
qui lui sont fidèles, & qui l'aiment en toute
vérité. Je crois que vous comprenez
maintenant la raison pourquoi ce Mystère,
ce Secret a été caché à plusieurs, que le
Démon aurait détourné de la voie droite
par les voluptés, car c'est un Séducteur,
qui a induit à pécher Adam, notre premier
Père, qui ne pensait point à désobéir à
Dieu. C'est par ces artifices que les Saints
sont tombés dans des fautes, & que la colère
de Dieu s'est répandue sur nous. Toutes
choses sont vendues à l'Homme au prix
de son travail & de ses sollicitudes. Nous
devons tous dans le Calice de la Croix

@

de Bas. Valentin, Part. I. 131
boire du fruit de la vigne avec Jésus-
Christ, Notre Sauveur, jusqu'au grand
Jour du Sabbat, je veux dire, du repos éternel,
où nous demeurerons avec celui qui
se presse de venir à nous, si Dieu, très
bon, daigne nous y recevoir par notre Médiateur,
auquel nous sommes conjoints
par alliance de filiation, & auquel nous
sommes obligés d'obéir, en faisant les bonnes
oeuvres qu'il nous commande, & en
nous abstenant de faire les mauvaises. En
remplissant les promesses, que nous avons
faites dans notre Baptême, l'Esprit de
Dieu opère en nous par la Foi, l'Espérance
& la Charité. La patience parfait
dans la Nature beaucoup de choses, qui
semblent incroyables, & peu de Gens s'attachent
patiemment à la connaissance de
Dieu, aimant mieux jouir des Biens périssables,
& s'abandonner à la volupté. C'est
pourquoi Jésus-Christ les séparera de
ceux qu'il admettra dans son Royaume, &
nous devons le supplier sans cesse, & de
tout notre coeur, de nous y donner une
place. Je voudrais maintenant savoir quel
est votre sentiment sur ce que je viens de
vous dire.

Adolphe.
La vérité me contraint d'avouer que ces choses sont telles que vous les exposez, &

@

132 L'Azoth des Philosophes,
mon sentiment s'accorde avec l'opinion des
Enfants de la Lumière. Je conviens que ce
Mystère ne doit point être révélé à tous par
l'abus qu'on pourrait faire d'un Secret si
merveilleux, & je confesse que dans les
Arts, qui nous sont donnés par la Nature,
ou qui nous sont enseignés par des Maîtres,
il faut tenir un même chemin pour parvenir
à leur connaissance, je veux dire, que nous
devons, comme dans toutes les autres choses
de la vie, prier la Sagesse Divine d'éclairer
notre entendement, de nous assister dans
notre travail, & de favoriser le succès de nos
entreprises. Quant à la vie voluptueuse,
ayant vu des Voluptueux acquérir sans travail
beaucoup de Biens de la Fortune, je
vous avouerai aussi, que je vivrais patiemment
en leur compagnie, & je me plairais
volontiers à amasser comme eux de grandes
Richesses pour satisfaire à mon ambition,
& m'élever aux honneurs.

Le Vieillard.
Ignorez-vous, mon Fils, que Dieu transmet aux Princes de ce Monde sa puissance
pour qu'ils répriment la malice des Hommes
par la Justice, afin que toutes choses se
fassent dans l'ordre durant cette vie. Comme
les Juges Politiques punissent les Méchants
par le glaive séculier; de même les Pères
Spirituels, ou Magistrats, Ecclésiastiques

@

de Bas. Valentin, Part. I. 133
gouvernent le Peuple Chrétien par
le glaive de l'Esprit, c'est-à-dire par les
Commandements de Dieu & de son Verbe;
car les Ecclésiastiques ne doivent pas guérir
les plaies de la conscience par le glaive
temporel. Aaron, Moïse & Josué ont eu
des Offices séparés jusqu'à leur entrée dans
la Terre de Promission. Il est ordonné aux
Sujets d'obéir aux Magistrats que Dieu a
établis, & il leur est défendu de s'élever
aux Magistratures par brigues, par présents
ni par la subornation des Puissances; car
qui s'élèvera au-dessus des autres, sans être
légitimement appelé, sera humilié, parce
que Dieu ne soutient point l'Ambitieux.
La Superbe est une idolâtrie qui offense
d'autant plus le Créateur de l'Univers,
qu'il est le seul Grand, le seul Puissant &
que lui seul gouverne selon sa volonté tous
les Ordres de la Puissance humaine: Lui
seul connaît pleinement toutes choses dans
la lumière & dans les ténèbres: Lui seul est
l'Auteur de tout Ordre de Justice & de
toutes Créatures: Lui seul empêche les
Montagnes & les Arbres de s'élever plus
haut vers les Cieux: Lui seul réprime les
Sectes ravissantes, ainsi que la cruauté des
Tyrans. Car quiconque s'oppose à ses volontés,
& résiste à ceux qu'il choisit pour
gouverner en sa place, au lieu de bien
n'ont que du mal, quoique le Soleil luise

@

134 L'Azoth des Philosophes,
sur eux comme sur les autres, & Dieu ne
manque point d'affaiblir la force de leur
puissance, ainsi que nous en avons souvent
des exemples devant les yeux. Outre cette
sorte de Gens, il s'en trouve encore
d'autres, qui, ayant quelque connaissance
des Arts, se vantent de les posséder parfaitement,
& ceux-là, en élevant la puissance
de Dieu, mènent une vie toute Epicurienne.
Nous devons nous garder des uns
& des autres, parce qu'ils sont d'une nature
qui penche vers le mal. Quoique nous
ignorions comment le Monde a été fait
par le Verbe de Dieu, comment procède
l'Esprit de ce Verbe Divin, & comment
l'Image de Dieu est cachée, cependant
Moïse voyait cela derrière le Rocher,
encore que dans son temps Jésus-Christ
ne pût être vu par des yeux corporels.

Adolphe.
En voulant éclaircir des Questions spirituelles, vous faites des digressions bien
éloignées du Sujet que vous avez commencé
à traiter. Cependant je voudrais,
sous votre bon plaisir, vous entendre discourir
sur la Proposition, dont vous avez
déjà touché quelque chose, afin de concevoir
pourquoi elle doit être balancée avec
tant d'exactitude.

@

de Bas. Valentin, Part. I. 135
Le Vieillard.
En cherchant la connaissance des Biens de la Terre, on doit en même temps chercher
à connaître les Biens du Ciel. Ceux-
là donnent entrée à la félicité temporelle
pour une fois seulement, & ceux-ci, qui
sont dans la volonté de Dieu, doivent durer
toujours, & nous devons méditer nuit
& jour sur sa sainte Loi; car le salut de
notre âme dépend de nous y soumettre &
de la suivre. L'Homme connaît que toutes
choses doivent être demandées par
prières à cette Fontaine de tous Biens, &
que ceux qui en découlent en sa faveur,
doivent être conservés avec reconnaissance
pour en faire une distribution légitime,
de peur que le Démon n'en inspire un usage
contraire à l'esprit de cette Loi divine,
parce que ses ruses sont telles, que nous
ne pourrions nous empêcher de nous y
laisser surprendre, si Dieu, par sa miséricorde,
ne nous gardait & ne nous donnait
la force de lui résister. De quelques
Richesses dont l'Homme soit comblé,
quelle estime peut-il faire de sa félicité &
de son excellence, s'il ne guérit pas son
âme des maladies qui peuvent lui causer la
mort? Le plus grand Bien, est celui que
Jésus-Christ, notre Sauveur, a fait

@

136 L'Azoth des Philosophes,
en joignant la rémission des péchés, à la
guérison des maladies.

Adolphe.
Cette vérité est constante, & malheureusement on n'y fait pas assez d'attention,
moi principalement, quand je souille mon
âme par les voluptés de cette vie. Mais
puisque la possession des Richesses, quand
on en fait un bon usage, ne répugne point
à la volonté de Dieu, non plus que la
connaissance de l'Oeuvre, je pourrais parvenir
à cette Science, & en profiter en
suivant ses divins Commandements. Toutefois
l'aveuglement des Pharisiens me
tient en suspens; ils ne voulaient croire en
Jésus-Christ qu'en voyant ses Signes
& ses Miracles. Ce n'est pas que je
doute que la Foi m'est donnée par la grâce
de Dieu, & qu'elle est nécessaire au salut
de l'Ame; mais pour confirmer la
mienne dans les Miracles divins, & dans
les Paraboles de cet excellent Trésor, j'attends
de vous une explication plus exacte
pour m'en donner la connaissance.

Le Vieillard.
Je vous ai dit toutes ces choses, mon Fils, afin de vous faire comprendre que ce
Trésor ne s'acquiert point par un Art magique,
comme quelques-uns pensent acquérir
quérir
@

de Bas. Valentin, Part. I. 137
des Richesses par cet Art, dans lequel
on ne doit mettre aucunement sa confiance.
L'Amateur de la Sagesse cache la
connaissance de ce même Trésor, quoiqu'il
ne soit pas pour un seulement, car
toutes choses ne sont pas données à un
seul. Nous voyons que Dieu s'est montré
à découvert dans les Oeuvres de la Nature,
afin que ses Oeuvres, qui sont admirables,
soient connues de tous. Quoique
Zachée fût tombé dans le vice de l'Esprit,
néanmoins tout petit qu'il était, Dieu
voulut loger dans sa maison, parce qu'il
avait pour lui un amour magnétique, qui
était aussi donné aux autres par écoulement.
Mais par un vice, attaché à notre
nature, notre Esprit, au moindre succès,
s'enfle d'orgueil, & par là nous nous fermons
cette Fontaine, d'où découlent toutes
les douceurs, parce que ce grand Trésor
ne nous est pas donné pour notre utilité
seule, mais pour exercer les oeuvres de
miséricorde envers ceux qui sont dans la
misère. Les Partisans de ce Monde se moquent
de ces Principes, qui sont les fondamentaux
du Christianisme, parce que les
Richesses pervertissent leurs moeurs, &
leur font faire tout ce qui est contraire à la
Justice, c'est pourquoi Jésus-Christ
les a appelées Mammon. Quelquefois
les Richesses donnent la Sagesse; mais souvent
Tome III. M
@

138 L'Azoth des Philosophes,
la Sagesse des Pauvres n'est pas écoutée,
quand les Richesses ferment l'oreille
de ceux qui devraient les entendre. C'est
pour cela qu'il est difficile qu'un Riche entre
dans le Royaume des Cieux. Mais
Dieu, qui connaît le Pauvre, sage, humble
& doux, prend soin de le nourrir; &
pour punir le Riche, qui pense n'avoir besoin
de personne, il convertit ses Richesses
en une espèce de vapeur, qui s'exhale
& qu'il perd de vue; ce qui nous fait bien
voir que la Sagesse de ce Monde n'est
qu'une pure folie. Différents de ces mauvais
Riches, cherchons avant toutes choses
le Royaume de Dieu, & prions, avec
le Prophète David, sa divine Majesté de
nous donner ce qui nous est nécessaire selon
sa volonté, de peur que nous ne nous
détournions de la véritable voie, parce
que celle de ce Monde est dangereuse.
Salomon demande à Dieu la Sagesse, afin
de gouverner sagement le Peuple que Dieu
même lui a soumis, & afin de le porter à
honorer son Créateur, & à publier les
louanges qui lui sont dues. La Sagesse,
dit ce Roi, criait dans la voie: Invite un
chacun à son amour, & à l'étude de ses
préceptes. La gloire de Dieu est grande,
& elle se manifeste à nous en tout lieux,
Mais peu de personnes considèrent attentivement
ces choses durant cette vie mortelle,

@

de Bas. Valentin, Part. I. 139
qui, s'éclipsant, pour ainsi dire,
aussitôt que nous en jouissons, semble
néanmoins à plusieurs, être d'une durée qui
ne doit point avoir de fin. Les Mystères de
Dieu ne sont pas cachés pour ceux qui le
craignent, &, par sa miséricorde, sa lumière
les éclaire dans les ténèbres. Pour
ne pas employer le trésor précieux du
temps, ni les forces de notre esprit & de
notre corps à amasser des Richesses, & à
imiter les Ambitieux & les Superbes, faisons
toutes choses dans la crainte de Dieu,
& travaillons pour l'Utilité de notre Prochain.

Adolphe.
Quoique j'avoue que ce que vous dites est véritable, cependant j'ai un scrupule
dans l'âme, & j'ai peine à comprendre
pourquoi les Philosophes pensent qu'il faut
demander à Dieu ce Trésor, & le prier de
nous l'accorder.

Le Vieillard.
Vous m'avez déjà entendu dire, qu'avant toutes choses, nous devons chercher
le Royaume de Dieu, & qu'en le cherchant,
Dieu ajoutera à ce que nous lui
demanderons; qu'il nous donnera toutes
choses selon notre désir, & que l'Homme
ne peut vivre de seul pain, mais de
tout verbe procédant de la bouche de
M ij
@

140 L'Azoth des Philosophes,
Dieu. Or comme le Démon a tenté notre
Sauveur, de même il nous tente, principalement
dans les temps que nous avons besoin
de demander quelque chose; car la
Foi, dans ces occasions, venant à nous
manquer, & la Parole de Dieu cessant de
nous assister, nous nous désespérons en
nos afflictions, & nous en sommes tout
abattus: Ce qui n'arrive pas quand la Fortune
favorise nos desseins, parce que nous
mettons notre espérance dans l'Ennemi de
Dieu, l'Auteur de tout mal, & que nous
lui demandons, pour ainsi dire, dans nos
entreprises un secours, qu'il ne manque
point de nous promettre, quoiqu'il ne soit
pas en sa puissance de nous le donner, &
qu'il ne puisse que nous précipiter dans les
ténèbres de l'Ignorance. Préférons donc,
autant que nous pourrons, le Pain Céleste
à la Manne terrestre. Quant à ce que
disent les Philosophes, Qu'il faut prier Dieu
pour réussir dans la recherche de ce Trésor,
c'est une chose dont nous ne pouvons
douter, car c'est lui seul qui nous le donne,
pourvu que soumis à sa volonté, nous
le lui demandions par de ferventes prières
& par une étude assidue, qu'il daigne diriger
lui-même; parce qu'il est seul la Vérité,
la Sagesse & la Justice, rendant à
chacun selon son mérite par le Saint Esprit,
comme il a fait à l'égard des Apôtres.

@

de Bas. Valentin, Part. I. 141
C'est pour cette raison qu'il nous est enjoint de demander par l'Oraison Dominicale
notre pain quotidien, à cause que nous
ignorons les choses, que nous devons prier
Dieu de nous accorder, parce que souvent
nous lui demandons celles qui tourneraient
à notre dommage, quoiqu'elles
nous soient accordées pour nous tenter.
Nous devons seulement demander à Dieu
le secours du Saint Esprit, une santé heureuse,
& une paix de coeur, que les tentations
ne puissent troubler. Car c'est de
Dieu qu'émane toute Science & toute Sagesse,
tant naturelle que spirituelle. Jésus-
Christ désirait ardemment le salut des
Hommes, ce qui me fait dire que son
Royaume n'était point de ce Monde, &
qu'il n'y était venu que pour sauver les
Hommes, en les retirant des ténèbres de
l'Ignorance & en leur inspirant le mépris
des Richesses temporelles, jusqu'à ce qu'enfin
il en eût conduit quelques-uns dans son
Royaume Céleste: Et c'est là, comme je
n'en doute point, le motif pour lequel il
nous a donné cette Oraison, que nous appelons
Dominicale, & qu'il nous a enseigné
comment nous devons faire notre prière
à Dieu, son Père, dont nous sommes
les Enfants par adoption, dès le temps que
nous marchions devant lui dans une crainte
servile sous les Cérémonies de la Loi.

@

142 L'Azoth des Philosophes,
Outre ce que je viens de vous dire, je présume
que vous savez que les choses naturelles
sont sorties des surnaturelles, &
que le Royaume de Dieu est éternel, duquel
procède le Royaume temporel. N'est-
il pas vraisemblable que le Ciel ou Firmament
a d'abord été préparé, l'Elément ensuite
& la Terre la dernière? Après la Terre,
l'Homme, Créature nouvelle & petit
Monde, fut fait pour habiter la Terre,
comme le centre du Cercle, & la vie lui fut
transmise avec l'âme immortelle. La Terre
a un Sel qui préserve toutes choses de
pourriture. Quelle contagion ne sortirait
pas de l'Océan, cette vaste Mer, qui environne
notre Globe, si Dieu ne préservait
ses Eaux de corruption par le Sel & par
le Mouvement? On compare les Ministres
de la Parole de Dieu au Sel, qui préserve
de putréfaction les Membres, à eux commis
dans cette Mer du Monde, par la prédication
du Verbe Divin & par le Saint
Esprit. Adam, notre premier Père, avait
une entière connaissance de toutes les
Créatures; & nous, ses Successeurs, à
peine en connaissons-nous quelques particularités.
Ce que nous savons le mieux,
c'est que notre connaissance est imparfaite.
Dans les derniers temps, au lieu d'un seul
Adam, il y en aura plusieurs; car on dit
qu'avant le Jugement Universel les Arts

@

de Bas. Valentin, Part. I. 143
seront manifestement révélés à tous. Jamais
Homme n'eut tant de Science qu'il
en fut donné à Adam, excepté Jésus-
Christ, qui laissa à son Eglise celle
qu'il avait, pour y être conservée jusqu'à
ce que nous entrions dans la vie éternelle,
où toutes choses nous seront connues, &
où chacun recevra la récompense due à ses
mérites. Dans ce Monde, nous sommes
agités par des tentations continuelles,
parce que Satan, cet Ennemi mortel du
Genre Humain, nous portant sans cesse à
pécher, nous effaçons en nous ces traits
de la Divinité, que le Créateur de toutes
choses y a imprimés en nous formant, &
que nous faisons toujours le contraire de
sa volonté. Considérez donc ce que dit le
Sauveur, quand il recommande de chercher
les Trésors, qui ne sont pas sujets à
la pourriture, ni propres à émouvoir la cupidité
du Larron; c'est-à-dire, des Trésors
spirituels, qui fassent triompher l'Homme
des tentations qui l'attaquent de tous côtés;
car dans ces moments il a besoin d'une
Armure céleste, je veux dire d'une force,
qu'il ne peut obtenir que de Jésus-
Christ, en se conformant à sa parole.
Si, pendant le cours de notre pèlerinage sur
la Terre, nous avons la Foi, l'Espérance
& la Charité, avec la Modestie, l'Humilité
& la Patience, comme l'Epouse de Jésus-Christ

@

144 L'Azoth des Philosophes,
nous en donne l'exemple pour
nous rendre conformes à son divin Epoux,
nous monterons dans le sein d'Abraham &
d'Isaac par l'échelle de Jacob, & nous verrons
dans sa gloire la Pierre de la Foi,
avec son bien aimé Disciple Saint Jean,
qui, en s'élevant vers le Ciel, regarde fixement
le Soleil comme l'Aigle, c'est-à-
dire cette vive Lumière, que Jacob ne vit
point, mais de laquelle les trois Disciples
virent quelques rayons sur la Montagne de
Tabor. Je ne décris ces choses qu'afin
qu'à leur exemple, méprisant les Richesses
de ce Monde, & suivant uniquement
la Loi du Verbe Divin, nous employions
le secours du Saint Esprit, & que nous
marchions devant Dieu en Foi, en Espérance
& en Charité, comme en Modestie,
en Humilité & en Patience, désirant intérieurement
parvenir à la céleste Jérusalem,
qui est le séjour du repos éternel,
comme nous l'apprenons du Verbe de
Dieu, qui est le seul Juste & le seul Miséricordieux.
Qui désire rétablir en soi l'Image
de la Divinité, doit s'employer aux
oeuvres de Miséricorde & de Charité, parce
que nous ne faisons tous ensemble qu'un
Corps en Jésus-Christ, & que son
Epouse, dont nous sommes les Membres,
n'est de même qu'une en nous. Je vous
propose ces choses, quoique je sois persuadé
suadé
@

de Bas. Valentin, Part. I. 145
que vous les avez apprises en écoutant
la Parole de Dieu, & que vous savez que
Saint Paul dit qu'il n'y a rien de plus avantageux
pour l'Homme que de désirer de
la piété; car n'apportant rien dans ce
Monde, lorsque nous y venons, nous n'en
remportons rien non plus quand nous en
sortons. Si Dieu nous a donné les choses
nécessaires à la vie, il est raisonnable que
nous vivions contents de ses dons. Car
ceux qui recherchent trop soigneusement
les Richesses de ce Monde, sont ordinairement
tentés, & tombent dans le rets de
la Cupidité, qui les précipite ensuite dans
de grands malheurs. L'Avarice étant la
source de tous les maux, l'Homme, qui se
laisse posséder de cette Passion, se laisse
en même temps détourner de la Foi, &
se plonge souvent par ce moyen dans une
extrême calamité. Fuyez donc soigneusement
toutes ces choses, Homme de
Dieu, & suivez la Justice, la Piété, la
Foi, la Pénitence & l'Humilité, en combattant
contre ce qui ne peut plaire à Dieu,
& en concevant qu'elle est la vie éternelle,
pour laquelle vous avez été créé, & que
vous avez confessée publiquement en adorant
votre Créateur. Enseignez aux Riches
de ce Monde à ne pas s'enorgueillir & à
ne pas mettre leur espérance dans des Richesses
passagères; mais en Dieu, qui donne
Tome III. N *
@

146 L'Azoth des Philosophes,
libéralement toutes choses, afin que les
Riches secourent les Pauvres, & que par
ces bonnes oeuvres, ils acquièrent le Trésor
de la vérité éternelle. C'est là le Sommaire
de la réponse que je vous fais pour
tempérer en vous le désir des Richesses
terrestres. Ces paroles procèdent du Centre
du Soleil de Justice, & des Rayons
du Saint Esprit par le Vaisseau élu de Dieu.
A dire la vérité, la vie céleste surpasse de
beaucoup la terrestre, & nous devons passer
celle-ci, de manière que nous devenions
une Chair spirituelle, qui s'abstienne de
toutes les sensualités, & qui fasse une guerre
continuelle aux Ennemis de Dieu, en
les mettant sous le joug de l'Esprit.

Adolphe.
Je suis dans l'admiration en vous écoutant parler de la Doctrine céleste & des
choses spirituelles, à cause qu'il y a peu
de Personnes, recherchant le Secret, qui
aient coutume d'y faire attention, Cependant
vous vous expliquez si obscurément
sur cette matière, que vous inspirez plutôt
le désir des Richesses, que de la Sainte
Ecriture. Quant à moi, j'ai pris plaisir
à vous entendre, quoique j'aie entendu
plusieurs fois de semblable Morale sans en
avoir fait beaucoup de cas; & cela, parce
que de notre nature étant enclins au mal,

@

de Bas. Valentin, Part. I. 147
nous ne sommes pas plus portés à bien dire
& à bien faire, qu'attentifs aux choses bien
dites & bien faites.

Le Vieillard.
Nous devons d'autant plus prendre garde à ces mêmes choses, que cet Oeuvre
naturel est plein de la gloire divine, soit
en Paraboles, soit en Images, sans parler
de l'abondance des Richesses, qui en proviennent.
Je m'afflige en voyant la vie que
mènent la plupart des Hommes, & il y en
a peu qui soient dignes de participer à ce
Mystère. Dans ma Jeunesse, ayant besoin
de toutes choses; me voyant tantôt reçu
favorablement des uns, & tantôt misérablement
rejeté des autres; & me trouvant
continuellement tourmenté par diverses
sollicitudes & par différentes afflictions, je
tournais souvent les yeux vers le Ciel, en
réfléchissant sur l'aveuglement des Hommes,
& je priais alors Dieu, notre Sauveur,
de me préserver du même aveuglement.
Ne voyons-nous pas la plupart d'entre
les Savants & les Riches se rendre
méprisables par leur ambition & leur orgueil,
quoique leur Science & leurs Richesses
ne leur soient d'aucun secours, ni
d'aucune consolation quand ils touchent le
moment de quitter cette vie? Ce n'est point
par l'ambition, par le Superbe, ni par la
N ij
@

148 L'Azoth des Philosophes,
paresse que Dieu nous fait part de cette Lumière;
& nous devons nous employer,
& acquérir la Sagesse Divine, que plusieurs
rejettent méchamment, & qui n'est plus
reçue chez les Hommes de notre temps,
comme elle le fut autrefois par Abraham,
par Loth, & par la Vierge, Mère de Dieu;
car elle demeura chez ceux-ci, & se fit dans
leurs coeurs une habitation ferme & solide.
Cette Sagesse est l'Esprit de Dieu, ou pour
mieux dire, c'est Dieu-même. Ce qui
doit nous faire comprendre ce que c'est
que son Verbe Divin qu'il entend devoir
habiter en nous comme la Sagesse la plus
parfaite. Ce Verbe n'habite point dans les
superbes ni dans les Orgueilleux, non plus
que dans ceux qui ne recherchent point la
Sagesse; parce qu'il n'aime que les Pieux
& les Humbles, & la piété & l'humilité
sont les commencements de cette Sagesse,
d'où procède la diversité des états qui sont
établis parmi les Hommes, tant pour les
choses spirituelles que pour les corporelles,
comme sont la Théologie, la Jurisprudence,
& la Médecine, lesquelles sont
appelées Arts libéraux ou mécaniques. Ce
qui fait que les Manufactures sont dans un
ordre juste par ces Sept, que le bien est
séparé du mal, & que la vérité est discernée
du mensonge. Car Dieu veut que la
véritable Lumière reluise en nous, le mal

@

de Bas. Valentin, Part. I. 149
étant séparé du bien. Par le péché du premier
Adam, que Satan avait séduit, l'ordre
de toutes choses fut subverti; & troublé,
& le nouvel Adam, pour le rétablir,
nous sépare de toute tache & de
toute souillure, comme cette Eve régénérée
divise le bien d'avec le mal, ramène
la vie & le nouveau Monde par elle-
même & par sa parole sainte, afin que désormais
le Corps & l'Ame ne soient plus
séparés l'un de l'autre, & demeurent stables
en l'Image de Dieu, car c'est la volonté
du Tout-puissant & en cette façon, il
demeurera avec nous jusqu'à la fin du
Monde. Mais le Monde étant opiniâtre,
s'aveugle par les obscurités Judaïques,
parce qu'il marche dans les sentiers du vieil
Adam, ne le faisant point mourir par la foi
au Sacrement du Baptême, & l'opération
du Saint Esprit est dans la foi par le Verbe
& sans le Verbe il n'y a rien; car c'est le
Verbe même de Dieu. Or, qui ne croit pas
en Dieu, & dans les ténèbres de la mort
avec le vieil Adam, & n'a pas l'espérance,
de la vie éternelle, ne pouvant, sans fondement,
persévérer dans la foi; en sorte
que c'est un Païen ou un Hérétique, qui
offense la Pierre angulaire, que Saint Jean
nous & démontrée. Par sa grande miséricorde
Dieu nous propose plusieurs moyens
pour que nous puissions nous préserver des
N iij
@

150 L'Azoth des Philosophes,
maux & des tentations, & nous garantit
des surprises de l'Esprit maudit, qui, par
sa mauvaise Doctrine, cherche à nous faire
perdre ensemble notre corps & notre âme.
Le Magistrat politique repousse la force &
réprime l'audace des Méchants, & entretient
la paix & la concorde entre les Hommes
bons & pieux. Il écarte la fraude & la
tromperie, & fait droit à qui il appartient,
non selon le désir des Hommes injustes,
mais selon les règles de la Justice & la volonté
de Dieu. Nous devons dire la même
chose du Médecin, qui, par ses remèdes,
guérit le Malade de ses infirmités. Mais,
quant à l'Esprit malin, il accable, autant
qu'il peut, le Genre Humain de toutes
sortes de maux & d'afflictions, comme sont
les injustices, les inimitiés, les haines, les
adversités, les mensonges, les calomnies,
les persécutions, la pauvreté, & tâche continuellement
d'éteindre en nous la Foi, l'Espérance
& la Charité. Après que Jésus-
Christ, notre Sauveur, eut été emmené
du Jardin les mains liées, l'Apôtre
Saint Pierre donna un exemple manifeste
de l'inconstance & de la fragilité humaine.
Nous devons aimer de tout notre coeur le
Verbe Divin; le faire habiter dans notre
âme, & l'y retenir par la vertu de son Sacrement,
afin qu'en sortant de cette vie
mortelle, nous entrions dans la vie éternelle,

@

de Bas. Valentin, Part. I. 151
malgré toutes les Puissances de l'Enfer.
Je vous dis là bien des choses, mon
Fils; mais je vous prie de ne point vous
ennuyer de la longueur de mon discours,
& je souhaite qu'à l'exemple de
Tobie, vous ne vous occupiez pas du
soin des choses de ce Monde; que vous
vous contentiez de votre nécessaire, &
que vous mettiez toute votre Espérance
en Dieu, en secourant les Pauvres & vous
reposant du surplus sur sa Providence.
Mais pour que vous entendiez plus clairement
ce que j'ai dit, je vous fais ce Présent,
par lequel le sens de mes paroles
vous sera développé, & par lequel aussi
vous acquerrez, en vous appliquant à l'étude,
ce rare Trésor, dont vous ferez
usage pour le soulagement de votre Prochain
& pour la gloire du nom de Dieu.
Vous l'estimerez véritablement un grand
Trésor, si, avec l'aide de Dieu, vous
pouvez en avoir la connaissance qu'on ne
trouve point dans les Ecrits des Savants,
ni dans les Recettes des Sophistes, parce
qu'elle est cachée aux Usuriers & aux Voluptueux;
car c'est notre Eau & notre Feu,
qui parait aux yeux des Bons pour leur
utilité, & aux yeux des Méchants pour leur
ruine, parce qu'ils agissent mollement dans
la recherche des choses qui veulent être
recherchées avec beaucoup de peine & de
N iij
@

152 L'Azoth des Philosophes,
travail. Si vous êtes humble, modeste,
patient & d'un esprit docile, vous découvrirez
ce Trésor, dont vous jouirez
paisiblement en servant Dieu & en soulageant
votre Prochain. Je vous mettrai par
écrit les paroles d'Hermès, ce Sage Roi
& Prêtre Egyptien, avec sa Table d'Emeraude;
& j'ajouterai à cela d'autres Pièces
touchant la Teinture des Philosophes,
pourvu que vous me déclariez avec sincérité
quel est votre sentiment sur ce Sujet.

Adolphe.
Vous arrivez enfin au but où tendait le plus ardent de mes désirs, je vous promets
devant Dieu que j'emploierai ce Trésor à
sa Gloire, en le distribuant aux Pauvres,
& que je réglerai mes actions avec tant de
prudence, que personne ne saura jamais
que je le possède. Et je vous promets encore
de taire en sorte, autant que la fragilité
humaine pourra me le permettre,
de ne souiller mon esprit ni mon âme
d'aucun vice, & de ne causer aucun scandale
pendant qu'il plaira à mon Créateur
de me conserver la vie qu'il m'a donnée.

Le Vieillard.
Sachez que celui qui exerce les oeuvres de miséricorde envers le Prochain, &
qui partage son Bien avec le Pauvre comme

@

de Bas. Valentin, Part. I. 153
avec son Frère, est grandement approuvé
de Dieu. Mais pour revenir à notre
propos, ayant assez considéré la candeur
de votre âme, je me détermine à vous
donner l'intelligence des Paraboles, dont
les Philosophes font avec raison un très
grand mystère, & vous vous appliquerez à
la lecture des Livres qui vous aiderons à
en acquérir la connaissance, vous remettant
à Dieu de toutes choses, parce qu'il
est très bon & très grand.

Adolphe.
Je ne puis, vénérable Vieillard, trop reconnaître le bon office que vous me rendez
en daignant m'instruire, & pour répondre
à votre désir, je m'adonnerai désormais
à la lecture des Livres dont vous me
parlez. J'en profiterai avec l'aide de Dieu,
que je prierai sans cesse de m'ouvrir l'entendement,
& je mènerai une vie si exemplaire,
que j'édifierai ceux qui aimeront la vertu.
Dès maintenant je me dévoue tout entier
à l'étude, & je vous offre par avance
tout le fruit que j'en pourrai retirer.

Le Vieillard.
Je souhaite que toutes choses soient ainsi que vous me le dites; & si Dieu, par
sa bonté, vous donne la connaissance de ce
Mystère, soyez-lui toujours agréable en le

@

154 L'Azoth des Philosophes,
servant fidèlement & en publiant ses louanges
& sa gloire, suivant ce que dit le Prophète
Jérémie: Le Sage ne se glorifiera
point en sa sagesse, ni le Puissant ne se fiera
point en sa force, ni le Riche en ses richesses.
Celui qui se glorifie, en cela seul doit
se glorifier, Qu'il connaît que je suis le
Seigneur miséricordieux & juste, dit le
Seigneur, ton Dieu. Ainsi soit-il.

Fin de la première Partie.
pict
@

155
pict

L 'A Z O T H, o u L E M O Y E N DE FAIRE L'OR CACHE DES PHILOSOPHES,
De Frère Basile Valentin.
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S E C O N D E P A R T I E
Contenant la Pratique Générale de l'Oeuvre des anciens Sages.
pict OI, Atlas, je porte sur
mes épaules le Ciel & la Terre; je les observe exactement & fondamentalement, & je recherche avec autant de prudence que de simplicité
ce qu'ils contiennent l'un & l'autre, jusqu'à
ce que, par mes Observations & mes Recherches,
j'en aie une connaissance, qui

@

156 L'Azoth des Philosophes,
me récompense de mes sueurs & de mes
travaux.
Cet Art mystérieux ne peut être révélé qu'en Paraboles, & le Sens de ces Paraboles
doit se chercher avec beaucoup de
réflexion & de jugement. Pour cela, il
faut avoir les Livres des Philosophes; peser
mûrement ce qu'ils enseignent, & démêler
ce qu'ils disent de conforme à la manière,
dont la Nature opère, d'avec ce
qui ne s'accorde pas avec ses Opérations.
Pour se perfectionner dans les autres Arts,
on emploie souvent six ou sept années dans
une fatigue continuelle, & dans celui-ci
on peut sans beaucoup de peine & sans une
grande dépense, se rendre parfait en moins
de douze heures, & le porter en huit jours
à sa perfection, si sa Matière a en soi son
propre Principe. Cependant quelques-uns
ont durant trente ou quarante ans employé
de grandes sommes à la recherche de cet
Art, sans parvenir à la connaissance de ce
Mystère; & les Artistes, auxquels la fin en
est connue, cachent soigneusement le secret
de cet artifice, qu'admirent véritablement
ceux qui s'appliquent à connaître
ce Monde & ce qui en dépend. Mais ces
choses sont en la miséricorde de Dieu, &
nous avons seulement besoin dans notre
Oeuvre de l'Azoth & du Feu, (1) qui


(1) L'Azoth, c'est-à-dire l'eau mercurielle, & le
@

de Bas. Valentin, Part. II. 157
n'est autre chose que laisser cuire, dissoudre,
pourrir, coaguler & fixer. Le Pauvre,
comme le Riche, peut faire cette
chose. Il n'est pas permis d'écrire cet
artifice pour qu'on s'en souvienne; on peut
seulement l'enseigner de vive voix, & je
ne puis parler plus clairement à cause de
la puissance & de l'injustice de quelques-
uns. Néanmoins je dis: Voulez-vous connaître
la Pratique de l'Art? Prenez de
l'Eau Lunaire, ou Eau d'Argent, dans
laquelle sont les Rayons du Soleil. Cette
Opération, disent les Anciens, convient
véritablement aux Femmes. Quoiqu'il y
ait beaucoup de Livres composés au sujet
de cet Art, avec tout cela, quoique plusieurs
d'entre le Peuple, ainsi que d'entre


FEU, dit l'Auteur du Livre lavé est le Serpent Python
intitulé Clangor Buccinae, qui, ayant pris son Etre de
lavent & nettoient le la corruption du limon de la
Laton, c'est-à-dire la Terre terre, assemblé par les eaux
noire, & lui ôtent son du déluge quand toutes
obscurité. Arnaud de Villeneuve, Confections étaient en eau,
dans son Rosaire, doit être vaincu par les flèches
dit pareillement que le Feu du Dieu Apollon,
& l'Eau, qui est l'Azoth, c'est-à-dire par notre Feu,
lavent le Laton, & le nettoient égal à celui du Soleil. Cette
de sa noirceur. Il moitié, ou Azoth, qui lave,
faut, dit Flamel dans ses ajoute-t-il, ce sont les
Hiéroglyphes, faire deux parts dents de ce Serpent, que
du Corps coagulé, dont le Sage Artiste, le vaillant
l'une servira d'Azoth pour Thésée, sèmera dans la même
laver & mondifier l'autre, terre, dont naîtront les
qui s'appelle Laton, qu'il Gendarmes, qui s'entre-tueront
faut blanchir. Celui qui est eux-mêmes.
@

158 L'Azoth des Philosophes,
les Grands, n'épargnent ni travaux ni dépenses
pour en acquérir la connaissance,
toutefois ils travaillent vainement, parce
qu'il y a entr'eux & la Nature une barrière,
qui les empêche de l'approcher. Pour une
plus grande intelligence, après ces Paraboles,
voyez la Table d'Emeraude d'Hermès,
excellent Philosophe, & le Père des
Enfants de la Science.

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L A T A B L E D'E M E R A U D E D'HERMES
Ou les Paroles des Secrets de ce Philosophe.

C Eci est vrai, & sans mensonge, que tout ce qui est dessous est semblable à ce qui est dessus. Par ceci les merveilles de l'Oeuvre
se font d'une seule chose. Et comme
toutes choses se sont par Un, & par la méditation
d'Un, ainsi toutes choses sont faites
d'Un par Conjonction. Le Soleil en est
le Père, & la Lune la Mère. Le Vent l'a
porté dans son ventre. La Terre est sa
Nourrice, la Mère de toute perfection.
Sa puissance est parfaite, si elle est changée
en terre. Séparez la Terre du Feu avec
prudence, & le Subtil de l'Epais avec sagesse.

@

de Bas. Valentin, Part. II. 159
Il monte de la Terre au Ciel, & redescend
du Ciel en Terre, & reçoit la
puissance, la vertu & l'efficace des choses
supérieures & inférieures. Par ce moyen
vous aurez la gloire de tout. Vous repousserez
les ténèbres, toute obscurité & tout
aveuglement, car c'est la Force des forces,
qui surmonte toutes forces, toutes choses
subtiles, & qui pénètre les choses dures &
solides. En cette façon le Monde a été fait
& les Conjonctions, ainsi que les effets admirables
qu'il produit; C'est le chemin par
lequel ces merveilles sont faites. Pour cette
cause, je suis nommé Hermès Trismégiste,
ou trois fois grand, ayant les trois parties de
la Sagesse ou Philosophie du Monde Universel.
Et ce que je dis de l'Oeuvre Solaire
est véritable & parfait.
Ces paroles emportent le prix sur tout ce qui a été dit touchant cette Matière.
Théophraste, en parlant de cet Art, nous
dit entre autres choses: Prenez la Lune
du Firmament; du Lieu supérieur changez-la
en eau; réduisez-la ensuite en terre,
& vous opérerez un miracle, qui surprendra
tout le monde. Si vous conduisez l'Opération
jusqu'à la fin, & que dès son commencement
vous mettiez dans sa terre cette
Lune en eau purgée & nettoyée de toute
ordure, alors elle jettera des rayons clairs
& luisants; mais si vous la voyez changée &

@

160 L'Azoth des Philosophes,
comme pâle, lavez-la au Bain de bienséance,
& l'ornez de vêtements de splendeur
permanente & de terre crue, de laquelle elle
se réjouit merveilleusement. Laissez-la en
cet état jusqu'au temps qui lui est propre;
mais elle y demeurerait perpétuellement,
si vous ne la délivriez des liens du tombeau.
C'est le Mystère de la Lune renversée. Si
vous en venez à bout, tous les Secrets de
l'Art vous seront découverts.

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L E S P A R O L E S D'H E R M E S,

Dans son Pimandre.
L E Pimandre d'Hermès Trismégiste dit: Une fois entre autres en pensant à la nature des choses, & en élevant au Ciel la
subtilité de mon esprit, mes sens corporels
venant alors à s'assoupir, je fus surpris par
le Sommeil, à peu près comme il arrive à
celui que trop de réplétion ou quelque fâcherie
endort insensiblement, & aussitôt
il me sembla voir une très grande Statue,
qui, m'appelant par mon nom, me dit:
Pimandre, que souhaites-tu voir & entendre?
que désires-tu connaître? Je lui demandai
qui il était. Je suis, me répondit-il,
la Pensée de la Puissance Divine; Je ferai
ce que tu voudras, & je suis partout avec
toi. Alors je lui répartis que je désirais avoir
une
@

de Bas. Valentin, Part. II. 161
une connaissance parfaite de la Nature, de
l'Essence & du Ressort de toutes choses, &
principalement de connaître Dieu. Aie
bonne mémoire, me répliqua-t-il, & je t'enseignerai
tout ce que tu veux apprendre.
En disant ces choses, il changea de forme,
& en un instant toutes choses me furent révélées.

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L E S Y M B O L E
De Frère Basile Valentin.
L A Pierre, de laquelle notre Feu Fugitif est extrait, n'est pas des plus précieuses, & de ce Feu la Pierre même est faite
de Couleur blanche & rouge. Toutefois
cette Pierre n'est pas Pierre. En cette
Pierre la Nature produit une Fontaine claire
& nette, qui suffoque son Père fixe, &
l'engloutit jusqu'à ce qu'enfin l'Ame lui soit
rendue, & que la Mère fugitive soit faite
semblable dans le Royaume. Cette Pierre
acquiert de grandes puissances & de merveilleuses
vertus. Elle est plus vieille que
le Soleil. La Mère préparée par le feu, le Père
engendré par l'esprit; & l'Ame, le Corps
& l'esprit consistent tous en deux choses,
desquelles toutes choses sont d'Un, & cet
Un conjoint le Fixe avec le Volatil; Ces
choses sont Deux, Trois & Un. Si tu ne connais
Tome III. Q
@

162 L'Azoth des Philosophes,
pas ces Nombres, tu seras frustré de
l'effet de l'Art. Adam demeure dans le Bain,
où Vénus trouve chose semblable à elle, &
ce Bain fut préparé par ce Dragon antique,
quand il eut perdu ses forces & sa puissance.
Et ceci n'est autre chose, dit le Philosophe,
que le Mercure Double; son nom
est caché, & l'on doit le rechercher avec
grand soin & un travail fort assidu.

La Fin prouve les effets.
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L E S Y M B O L E
Nouveau.
J E suis Déesse, d'une excellente beauté & d'une grande Race. Je suis née de notre Mer propre; j'environne toute la Terre,
je suis toujours mobile, & le Lait &
le Sang coulent de mes mamelles. Cuis
ces deux choses jusqu'à ce qu'elles soient
converties en Or & en Argent, surmontant
les autres. J'enrichis celui qui me possède.
O fondement très précieux, dont toutes choses sont produites dans ces terres,
quoique d'abord tu sois un Venin, décoré
du nom d'Aigle fugitif! La première Matière
est la Semence blanche & rouge, dans
le Corps de laquelle la sécheresse & les

@

de Bas. Valentin, Part. II. 163
pluies sont encloses & cachées aux Impies,
à cause de l'Ornement, & de la Robe virginale,
éparse par toute la Terre. Tes Père
& Mère sont le Soleil & la Lune: Et l'Eau
& le Vin opèrent aussi en toi, comme
l'Or & l'Argent dans la Terre, afin que
l'Homme s'y réjouisse, en cette façon.
Dieu, très bon & très grand, répand sa
Bénédiction & sa Sagesse avec la pluie &
les rayons du Soleil à la gloire éternelle de
son nom. Mais, ô Mortel! considère ici
quelles sont les choses dont Dieu te fait
présent! Tourmente l'Aigle jusqu'à ce
qu'il répande des larmes, & le Lion jusqu'à
ce qu'il soit si fort affaibli, qu'il désire
la mort en pleurant. Le Sang de celui-
ci, conjoint avec les larmes de l'Aigle,
est le Trésor de la Terre. Ces deux Animaux
ont coutume de s'engloutir l'un l'autre,
de se poursuivre par un amour mutuel,
& de prendre la nature & la propriété de
la Salamandre. S'ils demeurent mêlés ensemble
dans le feu sans en être offensés,
ils dissipent les maladies des Hommes, des
Bêtes, & des Métaux. Après que les anciens
Philosophes ont eu la connaissance
de ce Mystère, ils ont soigneusement recherché
le Centre de l'Arbre, qui est au
milieu du Paradis terrestre, en y entrant
par les cinq Portes contentieuses. La première
de ces Portes, a été la connaissance
O ij
@

164 L'Azoth des Philosophes,
de la véritable Matière, dans laquelle se
donne le premier combat. La seconde, ç'a
été la préparation de cette Matière; c'est-
à-dire comment on doit la travailler pour
trouver les Cendres de l'Aigle & le Sang
du Lion. Dans cette Opération se livre
un rude combat, dans lequel le Sang &
l'Eau s'acquièrent un Corps spirituel resplendissant.
La troisième, C'est le Feu,
qui conduit le Composé à une parfaite maturité.
La quatrième, c'est la Multiplication,
dans laquelle le Poids est nécessairement
requis. La cinquième & dernière
Porte, C'est la Projection sur les Métaux
imparfaits. Celui qui parvient jusqu'à cette
Porte, est rempli de gloire & de richesses,
car il possède la Médecine Universelle de
toute sorte de maladies, & elle est la preuve
de ce que contient le Livre de la Nature,
duquel sort tout l'Alphabet. Ce Mystère,
le plus ancien de tous, subsiste dès le
commencement & avant même la Création
d'Adam, & c'est la Science de la Nature,
que Dieu, très bon & très grand, a inspirée
par son Verbe, Puissance admirable,
Feu vivifiant, Rubis très clair, Or rouge &
luisant, & la Bénédiction de cette vie.
Mais, à cause de la malice des Hommes,
ce Mystère de la Nature n'est pas découvert
à beaucoup de Gens, quoique sa Matière
soit continuellement devant les yeux

@

de Bas. Valentin, Part. II. 165
de tout le monde, & qu'elle soit vivante,
comme on le verra dans la Parabole qui suit.

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M A T I E R E P R E M I E R E.
J E suis un Dragon envenimé, de vil prix, & présent en tous lieux. La chose sur laquelle je me repose, & qui se repose
sur moi, se trouve en moi, en recherchant
soigneusement mon Eau, &
mon Feu, qui compose, qui détruit,
qui rétablit. Tu extrairas de mon Corps
le Lion vert & rouge. Si tu ne me
connais exactement, tu prends les cinq
cens de mon feu. Il sort de mes narines
un venin trop tôt mûr, lequel a apporté
du dommage à plusieurs. Sépare donc avec
artifice le subtil de l'épais, à moins que tu
ne te plaises dans la pauvreté. Je t'élargis
les forces des Mâles & des Femelles,
ainsi que celles du Ciel & de la Terre. Les
Mystères de mon Art doivent être traités
avec courage & magnanimité. Si tu désires
que je surmonte la force du Feu, sache
que plusieurs y ont perdu leur temps,
leurs biens & leurs peines. Je suis l'Oeuf
de Nature, connu seulement des Sages,
lesquels, étant pieux & modestes, engendrent
de moi le petit Monde que Dieu,
très bon & très grand, a préparé aux
Hommes; mais quoique beaucoup de Gens
le désirent, néanmoins il n'est accordé qu'à

@

164 L'Azoth des Philosophes,
peu de personnes, qui doivent secourir les
Pauvres de mon Or, au lieu de mettre
leur affection dans un Trésor qui doit périr.
Les Philosophes me nomment Mercure,
& mon Mari est l'Or Philosophique.
Je suis le vieux Dragon, présent par toute
la Terre. Je suis Père & Mère, jeune
& vieux, fort & faible, mort & vif, visible
& invisible, dur & mou, descendant en
Terre & montant au Ciel, très grand &
très petit, très léger & très pesant. L'ordre
de la Nature est souvent changé en
moi, en couleur, nombre, poids & mesure.
Je contiens la lumière naturelle. Je
suis clair & obscur. Je sors du Ciel & de
la Terre. Je suis connu & je ne suis rien,
je veux dire de stable. Toutes les Couleurs
reluisent en moi par les rayons du Soleil,
Rubis solaire, Terre très noble &
clarifiée, par laquelle tu pourras transmuer
en Or le cuivre & le Fer, l'Etain &
le Plomb.

pict
@

de Bas. Valentin, Part. II. 167
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O P E R A T I O N
D U M I S T E R E P H I L O S O P H I Q U E.

P R E M I E R E F I G U R E.
J E suis vieux, faible & malade. Mon surnom est Dragon; je suis Serviteur fugitif, de l'on m'a enfermé dans une fosse,
afin que je sois ensuite récompensé de la
Couronne Royale, & que j'enrichisse
ma Famille. Après ces choses nous posséderons
tous les Trésors du Royaume.
Le Feu me tourmente grandement, & la
Mort rompt ma chair & mes os jusqu'à ce
que six semaines se passent. Dieu veuille
que je puisse surmonter mes Ennemis. Mon
Ame & mon Esprit m'abandonnent. Cruel
venin, je suis comparé au Corbeau noir,
car c'est la récompense de la malice. Je
suis couché dans la poudre & dans la terre.
Plût à Dieu que de trois une chose se
fît, afin que vous ne m'abandonniez plus
ô mon Ame & mon Esprit, pour que je
revoie de nouveau la lumière du jour, &
que ce Héros de la Paix, que tout le monde
attend, puisse sortir de moi. On trouve
dans mon Corps le Sel, le Soufre & le
Mercure. Que ces choses soient comme il
faut sublimées, distillées, séparées, pourries,

@

168 L'Azoth des Philosophes,
coagulées, fixées, cuites & lavées;
afin qu'elles soient bien nettoyées de leurs
fèces & de leurs ordures.

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S E C O N D E F I G U R E.
Q E si ces Couleurs, qui sont de plusieurs sortes, se trouvent changées, & que ce Héros apparaisse rouge, ce
sera le Fils très puissant, n'ayant point son
semblable dans le Monde, car il aura les
forces du Soleil & de la Lune, & sera le
Vainqueur de tout l'Or rouge. Tu en acquerras
la connaissance, & tu le purges
sept fois par le feu. Après cela, produis-
le parmi la Populace envieuse, qui hait
notre Oeuvre, parce qu'elle ne le connaît
pas. Mais écoute ce qui suit.

----------------------------------------

T R O I S I E M E F I G U R E.
D Ix Hommes terrassent ce Héros & le tuent, & néanmoins il leur pardonne cette méchanceté après qu'il est ressuscité.
Lorsqu'il a repris la vie, il s'en réjouit
éternellement, avec eux & leur communique
sa substance pour les faire vivre avec lui.
Cependant la Ville est assiégée de tout côtés,
& il faut que durant ce Siège ceux-là
endurent
@

de Bas. Valentin, Part. II. 169
endurent & meurent, & sont perdus au
premier regard. Or les ténèbres assaillant
la Lune & le Soleil, ce Pasteur succombe,
& néanmoins ne peut être séparé, à
cause qu'il n'est pas semblable à la première
terre, & les Ennemis meurent pareillement
avec lui, s'ils veulent participer à
l'honneur & à la gloire. De la pure grâce
de Dieu l'Arc-en-Ciel apparaît quand le
Roi les favorise, & alors il faut chanter ses
louanges & ses effets admirables.

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Q U A T R I E M E F I G U R E.
M Aintenant les Ennemis du Roi sont à la géhenne, & reconnaissant leur méchanceté, ils tombent tous ensemble
par terre. Alors ils sont déclarés coupables
au second Chef, & leur Ville est assiégée
par les Ennemis, d'abord spirituellement
par le feu, & ensuite corporellement,
& succombent tous comme ceux de
la première Ville. Mais ce Héros, comme
vrai Roi, les aide & les assiste, parce
qu'eux tous sont seulement Un, & qu'ils sont
presque réduits au néant à cause de cette
Eclipse du Soleil, & les Corbeaux très
noirs consument toute leur chair. Leur
Ame & leur Esprit étant blessés, ils sont
proches de leur chair pourrie, & le Roi
Tome III. B *
@

170 L'Azoth des Philosophes,
est nettoyé de toute pourriture. Pour cette
cause l'Ame & l'Esprit & le Corps sont
conjoints, afin qu'il demeure en eux, &
qu'ils habitent pareillement en lui. Or le
Fixe rend semblablement cet autre fixe,
afin qu'il sorte de lui une Lignée nouvelle
& blanche. Mais considère plus avant les
Couleurs qui montrent que ceux-ci sont
dignes de la Robe blanche nuptiale & que
s'ils embrassent amiablement le Roi, ils gagneront
la Robe pourprée & dorée, & le
repos du Sabbat, durant lequel ils rendront
à Dieu, leur Créateur, l'honneur qui
lui est dû. Déjà la Lune obéissante fait luire
le jour du Soleil, & cette Amie bien
aimée est couverte de vêtements blancs
comme la neige. A présent que tu es joyeux,
comprends le reste.

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C I N Q U I E M E F I G U R E.
M E voilà maintenant ressuscité du Sépulcre & j'apparais à mes Frères, mon Epoux m'embrassant, par lequel je
rendrai aussi mon Frère constant, spirituel
blanc, en le teignant, quoiqu'il soit faible
& débile, afin que je lui redonne la
force & la puissance du Roi, lequel étant
vainqueur, doit bientôt me suivre, &
nous rendra semblables au Soleil, d'autant

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de Bas. Valentin, Part. II. 171
qu'il a ressuscité en moi. Je suis donc comparé
à la Mer cristalline fixe, & je déplore
amèrement l'imperfection de mes Frères,
par laquelle se retirant de moi, conjoints
aux pierres & à la poudre de la terre,
ils perdent toute force, aspirant après
les choses terrestres, & méprisant les célestes;
car sans intermission je pleure & je
jette des larmes, desquelles sort la bénédiction,
qui apparaît & je ne m'adonne
pas à la vanité ni à l'impudence comme ma
Soeur Vénus, qui est toujours attentive
aux voluptés de ce Monde. Toutefois elle
pourra acquérir mon vêtement, que je
dois distribuer à cinq, pourvu qu'ils puissent
vivre avec moi. Pour mon Frère Mars,
ce méchant & scélérat Trompeur, après qu'il
a eu de mes larmes, il renverse & tue plusieurs
Innocents, & tout enflammé de colère
rayonnante, il méprise la sagesse, la
modestie & la paix. Mon Frère Saturne,
qui a le même esprit, se trouvant toujours
pressé d'une Passion mélancolique & d'avarice,
renverse le salut de plusieurs, &
c'est pourquoi il a la face triste. Jupiter,
étant doux & clément approche de la
Couronne Royale, quoiqu'il soit sévère,
craintif, & plusieurs fois sujet aux Passions
d'inconstance, comme le sont la plupart
des Hommes, quoique tous les Hommes
doivent être assemblés & conjoints en un
P ij
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172 L'Azoth des Philosophes,
Mais mon Frère Mercure, le plus jeune,
quoique vieux à cause de sa prudence,
romps les liens de concorde; il pleure &
rit tout ensemble, quand il se voit semblable
à la Salamandre. Il opère des Oeuvres
admirables, & ressemble à celui, qui, courant
par toutes les parties du Globe universel
de la Terre, se réjouit de la compagnie
des Bons & des Méchants, & la quitte
ensuite. Si donc tous mes Frères imitaient
ma constance, le Roi céleste distribuerait
de grands Biens où le Soleil se plaît
dans les pluies, & après les pluies il donne
de grandes Richesses. Comme le Père de
Famille aime sa Femme, & la poursuit d'un
amour ardent, de même rejetant les discordes
& les contentions, qui sont entre mes
Frères & moi, je donnerai Teinture à l'Argent
en réduisant mon Roi en Or.

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S I X I E M E F I G U R E.
R Eluisant d'une grande clarté, j'ai vaincu tous mes ennemis, d'Un plusieurs, & de plusieurs Un, descendu de
génération illustre. Du plus bas Lieu il
monte au plut haut. La plus basse force
est jointe dans ce Monde avec la plus haute.
Je suis Un, & plusieurs sont en moi,
Multiplié par dix, je guéris autant de fois

@

de Bas. Valentin, Part. II. 173
mes six Amis, pourvu que dans la fusion
ils m'obéissent promptement, à l'exemple
de mon Amie la Lune. J'ai six Robes nuptiales
& six Couronnes dorées chacune
desquelles sera donnée à chacun de mes six
Amis, afin que, semblables aux Rois, ils
règnent avec moi, dominant sur ceux qui
m'ont méprisé & qui n'ont fait aucun compte
de mon amour. Ils seront découverts
par le feu, d'autant qu'ils sont soigneux de
monter de la terre. S'ils ont été vraiment
joyeux, blancs & de couleur de pourpre
& de sang, ils donneront de grandes Richesses,
ainsi que Dieu, de qui sont toutes
choses, hautes & basses, le commencement
& la fin. Car il est A & O, présent
en tous Lieux. Les Philosophes m'ont
donné le nom d'AZOTH; les Latins me
marquent par A & Z ; les Grecs par, Alpha
& Oméga; les Hébreux par Aleph &
Thau, & tous ces différents noms font ensemble
Azoth. Etant jeté dans le Feu
comme par colère, j'oppresse l'eau, & les
six autres Métaux louent grandement mon
nom, parce que je les introduis dans le
Royaume du Soleil. Ils m'appellent Universel,
quand je les transmue en Or très
pur, auquel ni l'eau, ni le feu, ni la terre,
ni aucun venin ne causeront de dommage.
De plus je sers de Remède aux Maladies
des Hommes, & je suis le vrai Trésor
P iij
@

174 L'Azoth des Philosophes,
Royal, qui est donné seulement à ceux
qui ont de la piété. Si donc Dieu, très
bon & très grand, te donne la connaissance
de ce Trésor, vis modestement avec
toi-même, de peur qu'en te réjouissant dans
la compagnie des Méchants, tu ne tombes
dans le danger, & dans l'affliction; car plusieurs,
sous l'apparence de l'amitié, méditent
des Empêchements à ton Salut, & la
Révélation n'appartient qu'à Dieu.

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L'O E U V R E U N I V E R S E L
Des Philosophes.
L E Vieillard est le premier Principe révélé par l'Art d'Hermès; car le Sel, le Soufre & le Mercure, le bas comme
le haut, l'Astre du Soleil abondant en
couleurs, le Feu, l'Air, l'Eau, la Terre
de la génération de Diane & d'Apollon,
le Feu masculin, l'Air féminin, tout cela
ne signifie que la Terre & l'Eau, de poids
pesant & léger, stable & fugitif, & dépouillé
de la Robe terrestre. Prépare-le nu;
enferme-le dans un Bain chaud, & le cuits à
la chaleur des vapeurs, jour & nuit, jusqu'à
ce que paraisse l'Etoile, autour de
laquelle sept autres courent par la Sphère,
& qu'il soit suffoqué dans l'Eau. Le noir
Corbeau, premier Oiseau, voltige à l'entour

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de Bas. Valentin, Part. II. 175
des Corps morts, jusqu'à ce que de
la Colombe blanche il sorte un Oiseau
rouge qui la suive. Eteins donc spirituellement
le Corbeau noir, afin que toutes les
Couleurs paraissent. Mais pendant que la
Lune corporelle subsiste, la Licorne se repose,
& prépare le chemin au Roi. L'Argent
blanc sort, le Roi suit de près, étant
rouge, encore solitaire, nais très pur. Si
tu le mènes avec sa Mère par tous les
Royaumes, il multipliera sa valeur de dix;
& donnera de grandes Richesses à ses Frères.
Heureux trois, même quatre fois heureux,
celui qui a acquis la connaissance
entière de cet Art.

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D E C L A R A T I O N
D'Adolphe.
A Près que moi, Adolphe, j'eus, selon le désir que j'en avais, pris la résolution d'aller à Rome, j'en entrepris
le voyage afin de pouvoir ensuite m'attacher
avec plus de soin à la recherche de la
connaissance des Arts les plus secrets.
Etant donc arrivé dans cette Ville si renommée,
& me trouvant une certaine nuit hors
de mon logis, grandement affaibli par les
pluies & les tempêtes qu'il avait fait durant
le long de la journée, j'entrai, pour me
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176 L'Azoth des Philosophes,
reposer, dans une Caverne souterraine,
dont il y a un assez grand nombre dans
Rome. Ayant dans ce Lieu-là fait ma prière
à Dieu & imploré son assistance, étant
encore à jeun, le Sommeil me surprit & je
m'endormis; mais n'étant pas couché
commodément, je m'éveillai sur le minuit
& je considérai la Caverne qui me servait
d'Hôtellerie. Alors pensant aux Ouvrages
admirables de Dieu, très bon & très grand,
& réfléchissant avec attention sur les mystères
de la vie humaine, je vins ensuite à raisonner
en moi-même sur les Secrets & sur
l'Oeuvre des Philosophes. Comme je pensais
profondément à cette Science, il me
sembla entendre quelque bruit dans ma
Caverne, qui néanmoins cessait au même
instant. Cependant cela me faisait peur;
je craignais que ce ne fut des Sorciers ou
des Larrons. Implorant de nouveau l'assistance
de Dieu, j'aperçus au plus profond
de ma Caverne une petite lumière,
qui, s'augmentant peu à peu, s'approchait
insensiblement auprès de moi. Tombant
comme en faiblesse de frayeur, j'hésitais
sur ce que j'avais à faire. Au moment
même je vois un Homme très resplendissant
& comme Aérien, portant sur sa
tête une Couronne Royale, qui était partout
ornée d'Etoiles. Le regardant attentivement,
& considérant toutes ses parties

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de Bas. Valentin, Part. II. 177
intérieures, je voyais son Cerveau, de
même qu'une Eau cristalline, se mouvoir
de soi-même comme les Nues. Son Coeur
me paraissait d'un rouge de Rubis. Le
Poumon, le Foie, le Ventricule & la
Vessie étaient purs, clairs & transparents
comme le Verre. La Rate & le reste des
Intestins paraissaient aussi, mais il n'avait
point de Fiel, & je ne puis par mes paroles
exprimer la clarté de cet Homme
non plus que sa pureté. Effrayé de plus en
plus de cette vision: ô Seigneur, mon
Dieu, m'écriai-je, délivrez-moi de tout
mal! Mais cette Homme s'approchant de
moi: Adolphe, me dit-il, suis-moi, & je
te montrerai les choses, qui te sont préparées
pour que tu puisses passer des ténèbres
à la lumière. J'ignore qui vous êtes,
lui répondis-je; que l'Esprit du Seigneur
du Ciel & de la Terre me conduise. Suis-
moi, me dit-il une seconde fois, car à cause
que tu crains Dieu, ajouta-t-il, & que tu
m'aimes, je t'aimerai pareillement, & tu
loueras le nom du Seigneur. Ayant proféré
ces paroles, il me fit entrer dans le
fond de la Caverne, où considérant plus
attentivement toutes ces choses, je vis
dans sa Couronne une Etoile rouge très
reluisante, dont les Rayons pénétraient
mon Corps & mes Entrailles. Sa Robe
était de Lin blanc, parsemée de fleurs de

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178 L'Azoth des Philosophes,
diverses couleurs; la verte principalement
reluisait au-dedans. Outre ces choses,
une certaine vapeur, toujours mouvante,
montait de son Coeur à son Cerveau, &
redescendait de son Cerveau dans son
Coeur. Enfin il ébranla de la main la muraille
en faisant un bruit éclatant, & disparut
à mes yeux. Je me trouvai de nouveau
dans les ténèbres, & mon âme fut saisie d'une
nouvelle crainte. Au lever du Soleil,
j'allumai une bougie pour visiter l'intérieur
de la Caverne. Je vis la muraille ébranlée,
je trouvai un Coffre de Plomb. L'ayant
ouvert, j'en tirai un Livre, dont les feuillets
étaient d'écorce, de Hêtre, sur ses feuillets
était mise en écrit, pour qu'on pût s'en
souvenir, la Figure Parabolique du vieil
Adam. Je la lisais jour & nuit, & enfin une
Voix me révéla ce Secret, & me fit connaître
plusieurs choses admirables. Je regardais
au Midi, où sont les chauds Lions,
aux Lieux assujettis aux Pôles & au
Septentrion, dans lesquels Lieux sont les
Ourses. Je chantais les louanges du Seigneur;
j'exaltais son saint Nom, & je connaissais
le Mystère de ce Livre, cacheté
du Sceau de la Nature. Je vais mettre ici
ce Secret, de la manière qu'il était écrit
dans ce même Livre.

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de Bas. Valentin, Part. II. 179
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L E S Y M B O L E
De Saturne.
A Dam, chargé de vieillesse, n'ayant pas obéi au commandement de Dieu non plus que sa Femme avait attiré sur
soi l'effet de la Sentence de malédiction.
L'un & l'autre déchus de leur état, &
remplis de crainte prennent la fuite, & se
cachent dans les buissons parmi les épines.
Emus de honte à la vue de la nudité de
leurs corps, ils en seraient morts misérablement
si Dieu, très bon & très grand, ne
les eût ensuite, par sa miséricorde, rétablis
dans leur premier état. Car avant qu'il les
eût renouvelés, ils engendraient des Enfants
imparfaits. S'étant eux-mêmes rendus
indignes de la possession du Jardin de délices,
& devant être révélés à tout le monde,
ils furent chassés de ce Jardin par un
rayon de feu. Et quoique ce même Jardin
abondât en douceurs, Adam avec sa Femme,
en avaient plus abondamment que
lui. Au moment d'être jetés hors de ce
Jardin, Eve, Femme inconstante & faible,
en sortie la première, & Adam, Homme
constant & magnanime, ne voulut céder
qu'après avoir reçu six blessures. Mais
Eve recevait le Sang qui coulait de ses

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180 L'Azoth des Philosophes,
plaies, & le gardait, en tirant Adam du
Jardin par une vertu aimantine, parce
que ses premières forces commençaient à
s'affaiblir, & qu'il ne pouvait les recouvrer
jusqu'à ce que se lavant ensemble dans
un même Bain, & l'aimant mutuellement,
ils désirassent tous deux de mourir & qu'après
la mort ils ressuscitassent en Un, &
engendrassent un Enfant d'une essence suprême.
Mais cet Enfant désirant pareillement
la mort; a ressuscité pour pénétrer
toutes choses, & doit être multiplié par
dix; car ses Frères imparfaits & débiles
l'attaquent & le combattent: Et si cela
n'était de la sorte, tout le travail serait
inutile & sans profit. Or après ces choses,
ses Frères meurent tous ensemble avec lui,
& à la Fin ressuscitent & règnent avec lui,
reluisants & rayonnants comme le Soleil de
la Terre: Car leur volonté est obéissante
au Roi, de qui ils ont reçu des Richesses
éternelles, qui seront dix fois, cent fois,
& mille fois. A Dieu seul, duquel procède
toute sagesse, soit honneur & gloire.
Ainsi soit-il au Mercure, qui, quoi qu'il n'ait point de pieds, court comme
l'eau ne mouillant point les mains, & opérant
tout métalliquement.

F I N.
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