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Réfer. : AL0414
Auteur : Barent Coenders van Helpen.
Titre : Thresor de la Philosophie des Anciens.
S/titre : L'Escalier des Sages.

Editeur : Chez Claude Lejeune.
Date éd. : 1693 .
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TRESOR DE LA P H I L O S O P H I E D E S A N C I E N S Où l'on conduit le Lecteur par degrés à la connaissance de tous les
METAUX & MINERAUX,
Et de la manière de les travailler & de s'en servir, pour arriver enfin
à la perfection du GRAND OEUVRE. En forme de Dialogues E T Enrichis de très belles tailles douces Mis en lumière Par BARENT COENDERS van HELPEN Gentil-Homme.

A C O L O G N E --------------------------------------------------------------
Chez C L A U D E le J E U N E 1693.

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P R E F A C E.

Amis Lecteur.

pict Uisqu'il semble que le Monde
d'à présent est charmé d'un si grand désir de
posséder des trésors d'or & d'argent, &
que les hommes n'emploient leurs esprits
à rien, avec plus de zèle, qu'à tâcher
d'acquérir des grands biens & des grandes
richesses, afin de satisfaire, s'il est
possible, à cette furieuse famine qu'ils ont après l'argent, &
qu'ils viennent pour cela faire peu de cas, & même à mépriser les
plus grands biens, qui doivent véritablement être le plus désirés;
à savoir la vraie sapience, qui consiste dans la connaissance
de Dieu leur Créateur, & leur Premier Etre, & dans celle
de ses créatures, la quelle, encore qu'elle soit la plus haute &
la plus nécessaire de toutes, ils la regardent de travers, comme
superflue, & d'une façon tellement dédaigneuse, que, lors
qu'on vient à discourir de la vraie Philosophie, on ose bien effrontément
répondre. Non est de pane lucrando.
c'est à dire.
Ce n'est pas pour gagner du pain, ou pour faire du profit.
Ces sortes de gens ne pensent à rien moins qu'aux paroles très
salutaires de Saluste:
Non oportet nos vitam silentiô transire veluti pecora, sed studebimus
memoriam nostram quam maximè longam efficere.
c'est à dire:
Il ne faut pas que nous passions la vie sous silence, comme
font les bêtes, mais nous devons nous étudier, de faire en
sorte, que l'on se souvienne de nous aussi long temps qu'il est
possible.
Ayant considéré mûrement cette inclination & telle illicite
perverse, un désir m'a pris de tâcher de tendre l'arc de mon petit
+ 2 tit
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P R E F A C E.
esprit, pour considérer, s'il ne serait pas possible d'approcher
à un but plus considérable & d'imprimer à mon prochain des pensées
plus relevées en concevant une petite Philosophie, qui ne consista
pas en une grandissime quantité de beaux mots, ni en des disputes
ergoteuses, mais qui ne fut au contraire que fondée simplement
& succinctement au possible sur des démonstrations Géométriques,
& sur des expériences Chimiques: Voici pourquoi
j'ai cru que le titre de l'

E S C A L I E R D E S S A G E S

ne conviendrait pas mal à cette Philosophie, & que je ferais
bien de la faire paraître en manière d'un Dialogue entre FRANCOIS
& VREDERIC, étant le premier celui qui tiendra son
propos fondé principalement sur la Théorie, & l'autre sur la
Pratique & sur des expériences.
J'ai jugé que ce susdit titre serait donné à bon droit à cette
Philosophie, à cause que les Anciens Sages, comme le père de
tous les Philosophes, Hermès Trismégiste, Moïse le Prophète,
St. Tomas d'Aquin, Le Roi Geber, & une infinité d'autres
vrais Philosophes ont fait leur démarches sur cet ESCALIER,
& qu'ils ont obtenu du grand Dieu leur sciences tant
incomparables par l'ascension infatigable d'icelui. Je tâcherai
de suivre & de poursuivre fidèlement & autant qu'il me fera
possible les pas des ces Sages, & diviserai pour cette fin ce
Traité en Quatre Livres, qui livreront à peu près les DIX
DEGRES de l'ancienne sapience, & réduirai chacun Degré
en plusieurs paragraphes, vu que les susdits Dix Degrés auront
leur source de ces QUATRES LIVRES comme le nombre
de Dix a son origine & son accomplissement des quatre premiers
nombres. Car

Le PREMIER LIVRE livrera
Le PREMIER ETRE.
Le SECOND
Les DEUX CONTRAIRES.
Le TROISième
Les QUATRE ELEMENTS.
Et le QUATRième
Les TROIS PRINCIPES.

Les nombres des quels, étant aussi assemblés, font de même
le nom-
@

P R E F A C E.
le nombre de dix, comme nous venons de dire des Quatre premiers
nombres.
Ce sont, dis je, ces DIX DEGRES que les Anciens Sages
ont monté, & étant parvenus sur la sommité d'iceux, ils
ont vu par les jeux de leur entendement, que, comme on avance
avec bon ordre depuis l'Unité jusqu'au nombre de DIX, comme
tous les nombres sont compris sous ce nombre de dix, &
qu'il ne se peut faire aucun progrès à d'autre nombres outre le
nombre de Dix, par aucune autre voie, qu'en retournant à l'Unité:
Qu'ainsi de même on monte par ordre de l'Unité de Dieu,
ou du Premier Etre de tous les êtres, aux Deux Contraires,
aux Quatre Elements, & aux Trois Principes, jusques au nombre
de Dix; que toutes choses sont aussi comprises sous ce Nombre,
& qu'il ne se peut non plus faire aucun progrès outre ce
nombre de Dix à aucun être que par le retour à l'Unité, qui est
le Premier Etre de tous, & qu'ainsi la plus haute science,
à savoir la connaissance parfaite du Créateur & de ses créatures
est à espérer & à Comprendre par cette connaissance.
Je tâcherai aussi de monter à ces Dix DEGRES de sapience le
mieux que je pourrai & quand j'aurai le bonheur d'être parvenu
jusqu'à la sommité de cet ESCALIER; d'étendre mes esprits
& mes expériences sur les Trois Royaumes des Composés, qui sont,
le Royaume des Végétaux, des Animaux & des Minéraux, comme
du Centre jusqu'à la circonférence; de considérer les DIX
DEGRES de sapience autant qu'il me sera possible en chaque
Royaume à part, & de diriger à la fin mon pèlerinage en telle
sorte que j'aurai quelqu'espoir de parvenir aussi au havre éternel
de l'Unité de nôtre grand Dieu & Créateur.
Le Lecteur se contentera, s'il lui plaît, par provision, avec
cette Première Partie de L'ESCALIER DES SAGES jusques
au temps que nôtre grand Dieu me favorise des ses grâces
pour produire & pour accomplir la Seconde Partie, qui est aussi
Commencée. Je le supplie qu'en lisant ce Traité il ne s'attache
trop à la lettre ni à l'écorce des choses que je représenterai,
mais qu'il en veuille regarder la substance & la moelle d'un oeil
attentif, & qu'il jouisse ainsi du fruit de ce labeur qu'on lui
présente d'un Coeur ouvert sincère.

A D I E U.
PRE-
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pict

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Pag. 1
P R E M I E R L I V R E
D E L A
P H I L O S O P H I E
Des A N C I E N S.
T R A I T A N T:
DE L'UNITE DE DIEU.
DU PREMIER ETRE.
ET DE LA PREMIERE MATIERE
DE LA PIERRE Des PHILOSOPHES.

D I A L O G U E.
Entre FRANCOIS ET VREDERIC,
F R A N C O I S
Commençant à monter
L E P R E M I E R D E G R E'

C H A P I T R E I.

De la connaissance du Créateur & des créatures; De l'Unité. De Dieu.
que les anciens Philosophes ont exprimé le Créateur & les créatures
par des caractères. Comme aussi les lettres. Que toutes les lettres ont
leur origine de l'O & de l'I démonstrations Géométriques de cela.

pict On très cher ami je vous trouve
bien pensif & dans une bien profonde
méditation: Paix soit avec vous, & le
CREATEUR de toutes choses vous veuille
rendre véritablement riche de paix
(Vrederyk c'est à dire en Flamand Riche de
paix) selon vôtre nom de baptème qui
vous est donné au nom de Dieu le Père, le Fils & le Saint
Esprit.
A 4 VRE-
@

2 E S C A L I E R Des S A G E S.
V R E D E R I K,
Mon plus cher ami: je vous remercie très affectueusement
d'un abord tant amiable & vous souhaite réciproquement que
vous soyez envoyé du grand DIEU du Ciel & de la Terre à tous
les humains pour tâcher d'aider à les retirer du gouffre des ténèbres
& d'ignorance, ou la plus part, (hélas!) est plongé pour
le présent & pour les transplacer à une étendue infinie de clarté
& de connaissance: c'est sur ce sujet que j'ai fixé mes pensées,
& que j'adresse mes soupirs, car je vois, de plus en plus clairement,
que le monde d'à présent devient tellement obscur, &
ignorant à la connaissance de Dieu & de sa nature, qu'il se trouve
un nombre infini de personnes les quelles (encore qu'ils
soient savants à parler curieusement plusieurs langues & qui
passent pour ça pour des grands savants) sont pourtant fort
peu savants à la connaissance de leur Dieu, & de la nature de
leur Créateur; Des Deux Qualités Contraires; Des Trois
Principes; & des Quatre Eléments: des quels; es quels, avec
les quels, & par les quels toutes choses sont faites, soutenues,
gouvernées, & aux quels elles sont réduites: & (ce qui
est grandement à plaindre) qui ne s'étudient à rien plus qu'à
amasser de l'argent & des biens à droit ou à tort, ou par quelle
voie que ce soit, afin de se rendre grands & bien venus par
§ 1. là auprès des impies & auprès des ignorants es sciences Divines
De la con- & Naturelles, ne songeant à rien moins, qu'à la connaissance
naissance du Créateur & des Etres crées, qui est la science la plus relevée
du créa- de toutes les sciences, & par la quelle la félicité éternelle
teur & des est à espérer & à acquérir: selon les propres paroles de Jésus
créatures. Christ. St. Jean. c 17. v. 3. Cette est la vie éternelle, qu'ils te
connaissent seul vrai Dieu, & Jésus Christ que tu as envoyé.
Et selon la maxime très véritable des Doctes confirmant les
divines paroles de nôtre Sauveur, par ce sens:
Scientia virtutis cultum praecedit, nemo enim fidelitex appercere potest
quod ignorat.
F R A N C O I S.
Je vous suis obligé d'un souhait tant gracieux que vous avez
la bonté de me refaire, & m'estime heureux de vous rencontrer
ici, afin d'avoir occasion de tenir avec vous un propos sérieux
& fondamental sur cette matiere qu'il vous à plu d'entamer de
la plus
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 3
la plus haute science de Dieu le tout puissant, & de sa Nature.
Je vous promets que ce sera avec une probité & une sincérité
très grande que je vous en entretiendrai.

V R E D E R I C.

Je m'estime aussi bien heureux de l'honneur du rencontre,
que le bon dieu m'a fait naître d'avoir avec vous; & puisque
j'aperçois que, nous sommes, à peu près, d'un même génie,
d'une même inclination, d'une même étude, & d'un même calibre,
je tiendrai fort volontiers un discours avec vous qui soit
bien fondé, & même sur des démonstrations & sur des expériences
Mathématiques & Chimiques.

F R A N C O I S.

Le grand Dieu de paix soit avec nous par son Saint Esprit &
nous veuille envoyer des telles influences dans nos esprits que,
nous puissions heureusement parfaire nôtre dessein, puisque
nous sommes bien intentionnés de le produire en lumière à sa
plus grande gloire, pour le service du Christianisme & pour le
salut éternel de nos âmes.

V R E D E R I C.

Je joins mon souhait au vôtre & ce d'un zèle autant ardent
qu'il peut être exprimé.

F R A N C O I S.

Je prendrai donc, si vous plaît le commencement de nôtre
discours sur moi; mais pour tâcher de savoir, si le grand DIEU
à également illuminé nos esprits de la lumière de sa grâce, tellement
que nous soyons en tout environ d'un même sentiment,
je prendrai la liberté de vous demander tout premier, qu'elle est
vôtre opinion de l'origine de tous les Etres?

V R E D E R I C.

Vous commencez sagement vôtre discours, puisqu'il n'y a
rien qui n'ait un commencement, & tout ce qui est, qu'il faut
nécessairement qu'il ait une origine.
Pour vous répondre donc quel puisse être mon opinion de
l'origine de tous les Etres: je vous dirai là dessus, que le commencement
B men-
@

4 E S C A L I E R Des S A G E S.
§. 2. ou l'origine de tous les Etres est un Etre Unique;
De l'Unité & comme tous les nombres prennent leurs origines de l'Unité,
qu'ainsi tous les Etres prennent leurs commencement d'un
seul Etre, aussi bien les Supercélestes que les Célestes, tant les
Supernaturels que les Naturels ou Elémentaires, ou de quel
nom qu'on les puisse nommer.
F R A N C O I S.
Je suis bien du même sentiment avec vous, mais comment est
appelé un tel Etre Unique du quel toutes choses ont leur origine?
V R E D E R I C.
§. 3. Un tel Etre Unique est appelé DIEU & n'est pas autre que
De Dieu. DIEU.
F R A N C O I S.
Qu'est ce donc que DIEU, & comment en ferez vous la définition
selon vôtre connaissance?
V R E D E R I C.
Vous me demandez une chose difficile, car de faire la Définition
d'un Etre qui est infini & qui est Tout, cela n'est pas bien
possible de faire pour qui que ce soit: je vous en exprimerai
pourtant mon sentiment selon la petite proportion de mon chétif
esprit, qui est tel:
Dieu est une Unité infinie, & un Etre éternel incréé de tous
les Etres: une source de tout bien & de toute puissance, qui a
pour sa demeure toutes les choses Supercélestes, Supernaturelles,
Célestes, & Naturelles, & particulièrement une Lumière inaccessible
& très grande: du quel, en quel, par le quel & au
quel toutes les choses ont été & seront en toute éternité. En
un mot:
D I E U E S T T O U T E N T O U T.
F R A N C O I S.
Vous dites fort bien, que DIEU est une Unité Infinie, & un
Etre éternel incréé & infini de tous les Etres, & un principe de
toute puissance: vu que les plus Anciens des Philosophes, à
savoir les Hébreux, ont exprimé le mot Dieu par une seule lettre
JOD, qui est à dire: Une divine Essence, & une fontaine de
toute vertu & de toute puissance: & qu'ils n'ont exprimé
aucun
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E S C A L I E R Des S A G E S. 5
aucun autre mot par l'Unité (à mon savoir) que celui ci, &
sans doute l'ont ils fait à cette intention, qu'ils ont voulu exprimer
par un tel caractère, que, comme il n'est pas possible de
tirer aucune ligne qu'elle ne prenne son origine d'un point,
qu'ainsi de même, il est impossible qu'aucune créature puisse
prendre l'origine de son être que de l'Unité de son Créateur.

V R E D E R I C.

Vous n'avez pas mal profundé cette affaire: j'ai eu aussi autre §. 4.
fois des spéculations sur des choses pareilles à celles là; & Que les anciens
il me semble que les Anciens ont aussi exprimé la Divinité par Sages ont expri-
une simple figure ronde, qui est un Cercle, pour Signifier par mé le Créateur &
là, que la Divinité est sans commencement & sans fin, comme les créatures
un cercle n'a ni commencement ni fin, & que la Divinité est par des carac-
l'unique Etre parfait, comme le cercle est l'unique Figure la tères.
plus parfaite de toutes les Figures Géométriques.

F R A N C O I S.

Je crois que c'est ainsi comme vous dites: & je ne doute pas
qu'ils ne l'aient fait à cette intention, & qu'ils n'ont pas exprimé
le CREATEUR tout seul par un Caractère, mais qu'ils
ont fait de même de la plus grande partie des créatures, & qu'ils
ont proportionné les caractères à proportion de la perfection des
créatures.

V R E D E R I C.

Assurément: & que plus est, qu'ils ont même formé les lettres §. 5.
à cette intention, & qu'ils les ont composé des lignes droites Comme aussi
& courbées, afin que par la composition & par la conjonction les lettres.
d'icelles ils pussent former des mots, pour pouvoir exprimer
des mystères par là, & les rendre ainsi manifestes à ceux qui font
des recherches infatigables des merveilles de Dieu & de sa
Nature.
Mon très cher amis, puisque nous sommes sur le propos des
Caractères, & des Lettres, je ne puis pas bien m'empêcher à
vous faire un petit récit d'une spéculation que j'ai eu, il y a quelque
temps, lorsque étant dans ma solitude, j'avais dirigé mes
méditations sur l'histoire Divine & Supernaturelle de nôtre
Sauveur Jésus Christ, depuis sa conception jusques à son ascension
glorieuse, & ce qui m'est tombé dans l'esprit après avoir fait
une délinéation curieuse de ces trois mots:
B 2 DEUS
@

6 E S C A L I E R Des S A G E S.
§. 6. D E U S M A R I A J E S U S.
Exemple
aux trois
mots La- Mais puisque les vrais Caractères & Figures des lettres Latines
tins DEUS sont devenues fort bâtardes, & que la vraie proportion d'icelles
MARIA n'est pas connue à tout le monde, & afin qu'un chacun
JESUS. puisse lui même prendre & faire le mesurage à la règle & au compas
de ce que nous allons proférer, je n'ai pas jugé mal à propos
de faire ici la description fondamentale des lettres susdites
auparavant avec leur juste proportion, vous suppliant, qu'encore
que ce discours nous fera promener un peu depuis le centre
jusqu'à la Circonférence, que vous ayez autant de patience
que je les couche de bon ordre pour servir d'instruction pour les
ignorants, & pour un Alphabet de nôtre petite Philosophie.

F R A N C O I S.

Très volontiers: j'ai désir de vous entendre, & d'avoir aussi
occasion par après de produire quelque chose de même.

V R E D E R I C.

Prenez donc garde si vous plaît, afin que vous puissiez comprendre
la démonstration que je m'en vais vous en faire au compas,
& à la règle.
Nous avons dit ci devant, que les lettres Latines sont composées
de lignes droites & courbées régulières, mais nous n'avons
pas spécifié, lesquelles, ni combien de ces dites lettres sont
faites d'une seule ligne droite, ou d'une seule ligne courbée,
ni combien il y en a qui sont composées des lignes droites &
courbées tout ensemble; ni les spéculations qu'il y a à prendre,
comme je vous démontrerai en suite.
Sachez, si vous plaît, que les Latins ont donné la plus grande
vertu, & attribué la plus grande puissance à leurs lettres voyelles,
& que les consonantes ne sont proprement que des lettres
assistantes & muettes, & les quelles ne peuvent être prononcées
sans l'assistance des voyelles, car vous savez que le mot
vocalis a sa dérivation du mot vox, qui est à dire voix, & qu'aussi
le mot consonans est composé de la proportion cum & du
verbe sono, qui est à dire en Français, je sonne avec.
Or ces dites voyelles étant cinq en nombre, une d'icelles est
un Cercle parfait à savoir l'O.
Une est faite d'une ligne droite comme la voyelle I.
Une
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E S C A L I E R Des S A G E S. 7
Une de deux lignes droites comme sont les voyelles A & E.
Il est à remarquer que la voyelle O pourrait être prise, avec
assez bon fondement, pour une devise, marque ou Signature du
Premier Etre, pour les raisons susdites.
La voyelle V pour une marque ou Signature des deux qualités
contraires, à cause du nombre de deux qu'on voit en
icelle.
La voyelle A pour une devise des Trois Principes à cause des
trois lignes qu'elle contient, qui construisent un Triangle Equilatéral.
Et les lettres E & I, pour une signature des Quatre Eléments,
vu que leur lignes jointes régulièrement font paraître un Quadrangle
Equilatéral. §. 7.
Il est aussi à noter que le nombre de toutes ces lignes droites Que les lignes
de ces voyelles susdites font le juste nombre de Dix, du quel droites des cinq
nombre les Anciens ont fait grand cas, & beaucoup d'état voyelles contien-
comme vous savez. nent le
juste nom-
F R A N C O I S. bre de dix.

Vous faites fort bien de traiter si méthodiquement, & que
vous commencez nôtre Traité de Philosophie de l'origine des
Lettres même, afin que nous agissions ainsi fondamentalement
des grandes merveilles de Dieu, & que nous tâchions de donner
une telle instruction avec le compas & la règle aux ignorants tout
de même comme si vôtre intention était d'apprendre les enfants
à lire & à écrire.

V R E D E R I C.

Il est nécessaire de l'entreprendre de cette façon là, vu que
la vraie Philosophie est bien fort simple, mais qu'on la couvre
& l'obscurcit tellement pour le présent, qu'elle n'est presque
plus à connaître.

F R A N C O I S.

Vous dites la vérité, car la grandissime quantité de Définitions,
de Divisions, d'Argumentations & tant d'autres altercations
obstinées causent une si grande confusion, & font tellement
éloigner les choses Divines, qui sont si proches & comme
dans le Centre, à une étendue ou circonférence si grande, qu'ils
font paraître par leurs distinctions subtiles & par la délicatesse
C de
@

8 E S C A L I E R Des S A G E S.
de leurs langages, que les choses, qui sont véritablement très
faciles à comprendre, & si claires à apercevoir, comme la clarté
de la lumière du soleil même, paraissent si obscures & tellement
éloignées de la vérité, que tout est presque couvert d'obscurité
& de ténèbres: Et (ce qui est fort à plaindre) c'est que
la plus part des savants d'à présent se font accroire, qu'ils ne
peuvent faire voir la subtilité de leurs esprits, ni de leur sagesse
en rien plus, qu'à la subtilité des disputes & à rendre toutes
choses confuses.

V R E D E R I C.

C'est ainsi comme vous dites fort bien: mais pour retourner
à nôtre propos, & pour tâcher de faire éloigner les ténèbres
de ce centre lumineux autant qu'il nous sera possible, & ce par
le moyen de la petite étincelle que le bon Dieu a allumé en moi
par sa grâce infinie, & pour montrer qu'une créature raisonnable
est obligée d'imiter & d'obéir à la volonté & aux commandements
de son Créateur, qui a aussi chassé les ténèbres arrière
de sa lumière à la circonférence, lors qu'il a fait la création générale
de tout l'Univers, je tâcherai de poursuivre ma petite entreprise
touchant la démonstration Mathématique des lettres &
particulièrement celle des cinq voyelles.
§. 8. Prenez un Compas, posez l'un de ses pieds sur le Papier,
Démonstra- étendez l'autre pied d'une telle distance que bon il vous semble
tion Géomé- & décrivez un cercle, ainsi aurez vous la voyelle O dont vous
trique des pourrez voir la figure Nom. 1.
cinq voyelles
Coupez cette lettre O (de laquelle vous verrez, que toutes
les autres lettres prennent leur origine) par le milieu en deux
parties égales, appliquant la règle depuis la circonférence au
travers du centre, & vous tirerez le Diamètre qui est vôtre voyelle
I. Voyez la Figure Num. 2.

Prenez ce Diamètre de la voyelle O qui est la dite & tirez
la Horizontalement, & formez un Triangle par dessous selon
l'art, dont vous laisserez la ligne horizontale imaginaire & les
deux autres vous les écrirez avec de l'encre, & ainsi trouverez
vous vôtre voyelle V. Voyez en la Figure Num. 3.

La lettre A sera formée de cette manière: faites le dit Triangle
contraire à celui de l'V, divisez les deux lignes en deux parties
égales & figurez un Triangle par dessous, dont la pointe finira
nira
+@



pict

+@
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 9
au Centre de la voyelle O susdite, ainsi aurez vous la
voyelle A. Voyez la Figure Num. 4.

La lettre E soit façonnée de cette sorte: tirez le Diamètre
de la lettre O perpendiculairement, divisez ce Diamètre en
quatre parties égales, posez le tout entière horizontalement
à la droite du bas de la perpendiculaire; trois parties d'icelle
de même au haut d'icelle, & une partie du centre de la même
perpendiculaire ou Diamètre, & ainsi formerez vous parfaitement
la lettre, ou la voyelle E. Voyez en la Figure
Nom. 5.

Ainsi trouverez vous la description des cinq voyelles fondamentalement
faite selon les règles de la Géométrie.
Touchant les autres lettres Latines elles sont formées toutes
au compas & à la règle de la même manière, & elles ont aussi, §. 9.
comme les voyelles, leur origine de la lettre O, & de son Diamètre, Que toutes les
qui est la I, des quelles un chacun pourra faire la délinéation lettres Latines
& la description sur les même fondements, que nous avons ont leur origine
dit des cinq voyelles, jugeant le temps trop précieux de de l'O & de l'I.
les coucher toutes ici.

F R A N C O I S.

Il n'est pas besoin non plus de nous arrêter plus long temps
à la figuration des lettres, je vous prie de poursuivre à me révéler
les mystères que vous m'avez promis de me faire connaître
& comprendre des lettres de ces trois mots ou noms.

D E U S M A R I A J E S U S.

Je suis (comme vous savez) un amateur de toutes sortes de
belles sciences & de curiosités louables, c'est pourquoi que j'aspire
d'entendre ce que vous en pourrez proférer.
J'ai, bien lu des Livres des Anciens Cabalistes, & ai vu
entre autres des Caractères fort étranges & en grande quantité
dans les Livres de Cornelius Agrippa, par les quels il a produit
des effets prodigieux & inouïs, à ce qu'il dit, & qui
sont pour moi (je confesse ma faiblesse) quasi incroyables,
mais je n'ai jamais entendu ni lu, qu'il y a, quelque vertu cachée
dans la signature des lettres, la quelle je désire fort d'entendre
de vos grâces.
C 2 V R E-
@

10 E S C A L I E R Des S A G E S.
V R E D E R Y C.
Si vous croyez que je vous produirai des Caractères & des
grimaces comme Cornelius Agrippa a fait, vous vous trouverez
bien trompé, vu que mon intention n'est nullement de mettre
en lumière des choses si subtile, & si artificielles qu'il a fait,
mon esprit n'est pas assez subtil & mon cerveau trop flegmatique
pour en concevoir des telles, & encore moins capable pour
les faire comprendre & croire aux autres, ce pourquoi je les
laisse en leur être pour ceux qui sont doués d'un Esprit plus astral
que le mien, & qui ont la foi plus grande que moi; ce n'est
pas non plus mon intention de vouloir attribuer quelque vertu
aux lettres ou aux Caractères, & de faire accroire que l'une
doive être plus & l'autre moins estimée à cause de la différence
de leurs lignes: mais ma simple intention n'est autre que de tâcher
de faire voir à mon prochain, qu'étant dans une profonde
Méditation de nôtre grand Dieu, de la très Sainte Trinité,
& de l'histoire supernaturelle de la conception, de la passion
& de la mort, résurrection & de l'ascension de nôtre sauveur
Jésus Christ, j'ai écrit Géométriquement les trois noms susdits,
& qu'ayant très curieusement examiné la signature de
leurs lettres, j'ai découvert (moyennant les influences divines)
les choses & les mystères suivants.
Au nom de DIEU, nous commencerons par la signature des
§. 10. lettres qui composent le nom de DIEU: en Latin DEUS.
De la sig- DEUS en la langue Grecque est autant à dire que, voyant
nature des tout, à savoir Deos:
lettres du J'espère que le DIEU tout voyant nous fera la grâce d'illuminer
mot tellement les jeux de nôtre entendement & de nôtre corps
DEUS. que nous ne passerons pas un atome (pour parler ainsi) qui
soit compris es lettres de son très saint Nom, sans que nous ne
voyons tout & que n'en fassions des démonstrations & des interprétations
tendant à l'augmentation de sa plus grande gloire
& au profit de nôtre prochain.
Le mot DEUS comprend donc en soi un Cercle & Six Diamètres
du même cercle, comme je vous ferai voir ici en
suite.
La ligne droite de la premiere lettre du mot DEUS est le
Diamètre AA. le quel étant divisé en deux parties égales, en B,
& la demie circonférence étant tirée depuis l'un bout d'icelle
jusqu'à
+@



pict

+@
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 11
jusqu'à l'autre, la lettre D sera formée; à la quelle demie circonférence
AA. la dernière lettre du même mot, à savoir la lettre
S, étant appliquée par les deux bouts, vous trouverez la
construction d'un Cercle parfait coupé par son Diamètre AC, AD.

Vous ferez sur ce Diamètre, de sa longueur, une intersection
E, de la quelle vous tirerez un cercle FFF. par les deux bouts du
Diamètre AA, & mettrez sur icelui l'une des lignes de la lettre
V marquée AG. depuis A en G. & l'autre ligne de la même lettre
marquée G H. depuis G en H. La quatrième ligne à savoir
la basse ligne horizontale de la lettre E marquée HI, depuis H
en I. La cinquième ligne marquée de IL, qui est la perpendiculaire
de la même lettre, depuis I en L. Et la sixième ligne qui
est composée des deux autres lignes de la même lettre marquées
LMM. Depuis L in A. Et ainsi recevez vous, par une seule extension
de vôtre compas, un Hexagone parfait comprenant
très parfaitement & très régulièrement toutes les lignes des lettres
du mot de nôtre grand DIEU, sans les augmenter ou diminuer
d'un seul point. Voyez en la Figure Num. 6.

Vous pouvez remarquer aux lignes de ce mot, DEUS que
le Centre, qui est son commencement, dénote & enseigne l'Unité
de laquelle tous les Etres du Monde ont eu leur source, &
proviennent incessamment, & à la quelle ils doivent aussi retourner:
car lorsque vous posez un point sur le papier, & que
regardez alors s'il y a moyen de tirer par aucune autre voie quelque
ligne, de quelle nature qu'elle soit, devant que vous
ayez mis le point, vous le jugerez assurément impossible, &
comme il faut très nécessairement, que toutes les lignes aient
leur commencement d'un point; ainsi faut il que tous les
Etres & tous les Nombres aient leurs principes de l'Unité.

Mais afin que vous sachiez ce que c'est qu'un Nombre, vous
observerez, si vous plaît, qu'un nombre n'est autre chose qu'une
répétition de l'Unité, c'est de quoi que nous prendrons occasion
d'en parler ailleurs plus amplement.

Il est donc assez évident que le point ou le centre, & la circonférence
ou le Cercle, qui se trouvent à la description des lettres
D tres
@

12 E S C A L I E R Des S A G E S.
susdites, enseignent assez clairement, qu'il y a un commencement
& une Fin de toutes choses, car il n'y a rien eu plus
tôt qu'un & il n'y aura rien plus tard qu'un.

Il y a un Commencement de toutes choses & toutes choses retournent
à l'Unité, il n'y a rien outre cette Unité, & toutes les
choses qui sont, désirent la même Unité, à cause que le tout à
pris son origine de l'Unité: Et pour afin que toutes choses deviennent
une seule chose, il est très nécessaire, que le tout soit
participant & partageant de cet un: car comme tous les Etres
sont étendus d'un seul Etre en plusieurs, tous ces Etres sont inclinés
de retourner à cet Un Etre, du quel ils sont sortis, & il
est besoin que toutes choses se privent de la multitude.

C'est pourquoi que nous attribuons ici l'Unité Circulaire à
DIEU, le quel, étant lui même unique & sans nombre, a pourtant
fait & créé de lui des Etres innombrables, & les crée & les
comprend en lui comme toutes les lignes, Lettres, Nombres
Caractères & Figures ont leurs principe & leurs source d'un seul
Point, qui est sans nombre, comme nous avons dit ci devant.

Voyons à ct'heure ce que les lignes droites du susdit mot DEUS
nous découvrent:

Il me semble que la lettre V ne fera pas mal entrer nos pensées
à la création des Etres, vu que la V est composée de deux
Diamètres, & que le nombre de Deux est appelé des Anciens
le germe de l'Unité, & la Procréation la première: comme aussi,
que le grand Dieu, étant comme sorti hors de son Unité, à créé
& crée encore tous les jours toutes les créatures, par le moyen
de ses DEUX QUALITES contraires qui sont le Sec & l'Humide,
des quelles nous discourrons, Dieu aidant, plus amplement,
lors que nous tiendrons propos de la Génération des
Végétaux, des Animaux & des Minéraux.

Lors qu'on applique les deux bouts de la lettre V susdite
aux deux bouts du Diamètre ci dessus exprimé, on verra la figure
d'un Triangle équilatéral qui ne représente pas mal un Caractère
de la Trinité, & le nombre des Trois Principes dans tous
les mixtes.

Et pour découvrir sur ce même fondement un Caractère des
Qua-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 13
Quatre Eléments; on pourra commodément appliquer les lignes
de la lettre E sur le même Diamètre du susdit cercle, & ainsi
se présentera aussi un Quadrangle parfait, qui exprime le nombre
des Quatre Eléments, & de cette manière sera le

PREMIER ETRE représenté par le Centre & la Circonférence,
marqués du Nombre I.I.I.

Les DEUX QUALITES CONTRAIRES par la lettre
V marquées de 2.2.

Les TROIS PRINCIPES par le TRIANGLE équilatéral
marqué de 3.3.3.

Et les QUATRE ELEMENTS par le QUADRANGLE
marqué de 4.4.4.4. Voyez en la Figure Nom. 7.

Le nombre des lettres du mot DEUS donne aussi à connaître
le nombre des Eléments; & qui plus est chacun de ces quatre
lettres ne pourrait pas mal exprimer un caractère d'un Elément
à part, de cette sorte:

La Lettre S étant fléchie & formée de la façon que les deux
bouts viennent à toucher l'un l'autre, représentera une Rondeur
parfaite, laquelle n'enseignera pas mal un caractère de l'Elément
du FEU: car comme le centre d'un cercle étend tous ses
rayons à l'entour de soi à la circonférence: tout de même fait
le soleil, le quel, étant sphérique, le coeur & le centre de tout le
monde, & la cause de tout le feu dans icelui, jette les rayons
de sa lumière à l'entour de lui à la circonférence, & donne à
tous les êtres composés des vicaires, qui sont proprement les
vies dedans les corps, lieux de leurs résidences, les quelles étendent
de même les rayons de leur feu dedans leurs Microcosmes
de puis le centre jusqu'à la circonférence, comme le Soleil leur
père les darde à la circonférence de son Macrocosme.

F R A N C O I S.

Je vous entends fort volontiers: mais je vous prie de me faire
le plaisir de me donner un peu plus d'éclaircissement touchant
le centre & la circonférence du Macrocosme & du Microcosme,
devant que vous avanciez davantage vôtre discours, car vous
savez qu'il y a des opinions bien différentes touchant cette matière
D tiè-
@

14 E S C A L I E R Des S A G E S.
entre les Philosophes; dites en moi vôtre sentiment si
vous plaît, & puis je vous en dirai le mien.

V R E D E R I C.

Il est vrai que cela se pourrait fort bien faire par cette occasion,
mais puisque nôtre entretien n'est ici que des lignes, caractères
& des lettres, vous m'obligerez de me permettre d'achever
ce que j'ai commencé, & de différer ce que vous me demandez,
jusqu'à que nous entamions le discours de l'écriture de
Dieu même, qui sont ses créatures.

F R A N C O I S.

Si vous le jugez ainsi, vous pourrez poursuivre.

V R E D E R I C.

La lettre D (à ce qu'il me semble) ne nous enseigne pas mal
un caractère de l'Elément de l'Air, à cause que cette lettre est
composée d'un Diamètre & d'un demi cercle: car comme la rondeur
de cette lettre enseigne la perfection, la Spiritualité
l'activité du Feu, & la ligne droite, l'imperfection, la corporalité
& la matière souffrante & concevante: ainsi est aussi
l'Air un Elément le quel est principalement composé d'une Eau
étendue à la circonférence & imprégnée du Feu.

Il me semble que l'Elément de l'Eau ne serait pas mal exprimé
par le caractère de la lettre V, à cause qu'elle est composée
d'une telle façon, qu'elle contient deux Diamètres, les quels
s'unissent en bas en forme d'un coing, dont les deux pointes
montants en haut démontrent les deux Eléments supérieurs, comme
la pointe d'en bas enseigne l'Elément le plus bas, à savoir
la Terre, des quels elle est composée: & que plus est, la courbure
de cette lettre donne à connaître la propriété de la fléchibilité
& de la fluxibilité de l'Eau: & la forme angulaire d'icelle
donne à savoir que l'Eau conjointe avec les deux Eléments supérieurs
est un Agent sur & dedans la Terre, comme un coin
est un instrument propre pour fendre quelque matiere dure, soit
bois, soient pierres ou autres.

La Signature de la lettre E ne fait pas tant mal aller nos pensées
à l'Elément de la Terre, car, comme trois lignes de trois
longueurs différentes se présentent sur la perpendiculaire d'icelle,
le, que
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 15
que les trois Eléments supérieurs sont aussi de trois qualités
différentes, puisqu'ils sont de trois distances différentes, &
qu'il faut qu'ils fassent leur opérations & imprégnations dans la
Terre par trois degrés différents, comme nous dirons plus amplement
à son lieu.

Voyez comment les lignes des lettres du mot DEUS donnent
à connaître plusieurs choses bien remarquables, & qu'elles
donnent encore à remarquer, qu'il y a une rotation ou conversion
perpétuelle, aussi bien des Eléments, que de tous les composés
de la Nature, ainsi que la Figure Nom. 8. représentant le
nombre parfait de Dix, vous enseignera très clairement, &
dont la description Géométrique est telle: Posez un Point sur
le papier & le notez de Nombre I.

Mettez l'un des pieds de vôtre compas sur ce point, étendez
son autre pied d'une telle distance que vous voulez, & marquez
le point de vôtre distance Nombre 2.

Faites de cette même étendue du Compas un Cercle & le
signez des Nombres 3. 3.

Tirez le Diamètre de ce Cercle depuis Nom. 2. au travers du
centre jusqu'à la rencontre de la circonférence, & en notez le
dernier bout du Nombre 4.

Faites sur ce Diamètre, de la longueur d'icelui, une croisée
& marquez le milieu d'icelle du Nombre 5.

Laissant l'étendue de vôtre compas de la même distance vous
décrirez du Nombre 5 une circonférence par les deux bouts
du Diamètre du premier cercle 2. & 4. & la marquerez du
Nombre 6.6.6.6.6.6.

Mettez l'un des pieds du compas, toujours de la même distance
du Diamètre du premier, ou du Demi diamètre du second
cercle, sur Nombre 2. & mettez l'autre pied d'icelui sur la circonférence,
& marquez le premier point du Nombre 7. Le
second du Nombre 8. Le troisième du Nombre 9, & le quatrième
du Nombre 10. Ainsi avez vous une démonstration très
nette du Nombre parfait de Dix, le quel est procuré des lignes
du mot DEUS, par dix opérations différentes du compas & de
la règle. Voyez en la Figure Nom. 8.
E Voyez
@

16 E S C A L I E R Des S A G E S.
Voyez ici comment tous les nombres, toutes les lignes, tous
les Caractères & toutes les figures ont leurs origines de l'Unité:
Car d'un proviennent Deux, puisque deux fois un font deux.
L'unité fait le centre & le nombre de Deux fait le Rayon.
De un & de Deux proviennent Trois, vu que un & Deux
font Trois.

Comme le nombre Deux, à savoir le Rayon, sorte de l'Unité
ou du Centre: & comme le nombre Trois provient de l'Unité
& du nombre Deux, ainsi proflüe la circonférence du centre
& du Rayon; au quel nombre de Trois l'Unité étant ajoutée,
à savoir le Rayon prolongé depuis le centre jusqu'à la
circonférence, vous trouverez le Nombre de Quatre, puisque
Trois & un font Quatre, tout ainsi que le Centre, le Rayon,
la Circonférence & le Diamètre font Quatre en nombre, tout
de même comme un, un & Deux par la Règle de l'Addition
font Quatre.

Et comme les Quatre premiers nombres de l'Arithmétique,
1, 2, 3, & 4, étant aussi perpendiculairement mis les uns sur les
autres, selon la Règle de l'Arithmétique susdite, parfont le
Nombre parfait de Dix.

Ainsi proviennent aussi, & sont formé toutes sortes de lignes
& Figures d'un Centre, d'un Rayon, d'une Circonférence, &
d'un Diamètre, & très particulièrement la Figure Hexangulaire
régulière, la laquelle prend son commencement de l'unité,
& monte jusques au nombre parfait de Dix (comme nous avons
dit ci devant) où elle cesse, puisqu'alors la perfection de sa
Figure est accomplie, & qu'elle est en état de multiplier sa Figure
en infini.

Tout de même comme à ce nombre de Neuf, l'Unité étant
ajoutée le parfait nombre de Dix se trouve: la quelle unité
est alors un commencement de la multiplication des nombres
premiers jusques à une étendue quasi infinie & inexprimable,
car outre le nombre de Neuf il n'y a plus de nombre simple.
C'est de cette manière qu'on va naturellement & démonstrativement
de l'Unité à un nombre innombrable, du centre à la
circonférence, & c'est de cette manière que le Créateur s'étend
infiniment dans ses créatures, & que les créatures retournent
à leur
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 17
à leur Premier Etre, du quel toutes choses sont sorties: comme
un certain Philosophe en parle aussi très sagement & très fondamentalement,
en disant:

Omnis Naturae consistens limitibus operatio mirandorum ex UNITATE
per BINARIUM in TERNARUM descendit,
non prius tamen quam à QUATERNARIO per ordinen
graduum in SIMPLICITATE consurgat.

Nam cum QUATUOR numerare velis, non aliter quam ab
UNITATE scis inchoandum, ut cum dicis: Unum, Duo,
Tria, Quatuor, quae simul sumpta, faciunt Decem.

Haec omnis numeri perfecta consummatio est, quia tunc fit regressus
ad unum, & ultra denarium non est numerus simplex.

Quicunque hujus purae simplicitatis simplici notitià sublimatus
est, in omni scientia consummatus erit, perficietque opera
miranda, & stupendos inveniet effectus.

C'est à dire: Toute opération des merveilles de la Nature, qui
consiste en des limites ou bornes, descend hors de l'Unité
par le nombre de Deux au nombre de Trois, non plus tôt
pourtant, qu'elle ne monte du nombre de Quatre par un ordre
de degrés en Simplicité: car vous savez que lors que vous
voulez compter Quatre, qu'il ne faut commencer que de l'Unité,
comme quand on dit. Un, Deux, Trois, Quatre,
les quels étant pris ensemble, font dix.

Celle ici est la parfaite consommation de tout nombre, à cause
qu'il se fait alors une régression à l'Unité: & qu'il n'y a pas de
nombre simple autre le nombre de Dix.

Tout icelui qui est sublimé à la connaissance simple de cette simplicité
pure, il sera parfaitement consommé en toutes sortes
de sciences, il fera des oeuvres dignes d'admiration, & trouvera
des effets prodigieux.

C'est d'une telle manière qu'il faut entendre que le Monde est
E 2 créé
@

18 E S C A L I E R Des S A G E S.
créé de rien, & qu'il retournera à rien, quand ce sera ainsi le bon
plaisir de l'Unité éternelle & incréée.

Outre les choses susdites vous pourrez regarder les Figures
qui suivent ici, qui serviront pour confirmer nôtre discours.

Voyez, mon très cher, combien les lettres du mot DEUS
nous font comprendre clairement: Le PREMIER ETRE;
Les DEUX Qualités CONTRAIRES; Les QUATRE
ELEMENTS: & les TROIS PRINCIPES: & de quelle façon
il faut entendre que tous les Etres sont sortis d'un seul
ETRE.

Outre ce que je viens à vous dire, il me semble que je vous
pourrai encore faire comprendre la création des composés, &
de quelle façon le créateur s'est étendu dedans les créatures
d'une autre manière; & ce par les lignes des lettres du mot
JESUS.

Lors que vous conférez ensembles les lignes du mot JESUS
avec celles des lettres du mot DEUS vous pouvez apercevoir
parfaitement, de quelle façon la seconde Personne de la Divinité
est sortie de la Première, & comment il est à comprendre
qu'elle est réunie à la Premiere:
§. 12.
Que les lig- Considérant curieusement les lignes des lettres du mot JESUS,
nes du mot vous trouverez effectivement, qu'elles sont les mêmes,
JESUS sont que le mot DEUS contient, & qu'il n'y a que cette différence;
les même que celui ci n'a que quatre, & celui là cinq lettres, de
de DEUS. telle sorte que la première & la troisième lettre du mot JESUS
sont faites de la première lettre du mot DEUS.

La lettre S, qui contient le milieu du mot JESUS (faisant
ici l'augmentation & le changement au mot DEUS) pourrait
être prise ici pour un Caractère de la Quinte Essence: car comme
les deux bouts de la lettre S, étant joints ensemble, font
une figure ronde au milieu du mot JESUS, & comme elle a son
origine de la première lettre du mot DEUS, ainsi le fils de
Dieu est aussi la Rondeur parfaite, ou la Quinte Essence sortie
des flancs de Dieu le Père.

Comme les lettres du mot JESUS redeviennent un même
mot
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 19
mot avec le mot DEUS, lors que la lettre S est réunie à la lettre
I, qui refont un D, ainsi est le Fils de Dieu un même Dieu
mais la Deuxième personne procréée de Dieu le PERE. Comme
il est écrit:

Celui ci est mon fils bien aimé, que j'ai engendré aujourd'hui.
Je tâcherai de vous démontrer, avec la règle & le compas,
de quelle façon cette génération s'est pu faire, & ce, en faisant
une description parfaite de ces deux mots susdits.

Prenez pour cette fin une plume, de l'encre, un compas, une
règle & du papier, écrivez, selon la susdite proportion des
lettres, le mot DEUS, & formez des lignes de ces lettres un
Hexagone régulier, de cette manière:

Tirez la ligne a b de la même longueur qu'est celle de la lettre
D, ou de la lettre I du mot susdit de JESUS, de la manière
que nous avons dit ci devant: divisez cette ligne en deux parties
égales, posez l'un des pieds de vôtre compas sur le milieu
d'icelle, étendez l'autre pied d'icelui jusques au deux bouts
de cette dite ligne, & écrivez un demi cercle finissant aux deux
bouts susdits, qui formera la lettre entière de D, ici marquée
par la figure de c.c. faites continuer vôtre demi cercle de la ligne
de la lettre S, qui est au milieu du mot JESUS, de la même
façon: faites de la longueur de la ligne A B à chaque coté d'icelle
un Triangle équilatéral a d b. Ecrivez de la même étendue de
vôtre compas hors de d les cercles e e. Continuez de la même
étendue de transporter le pied du dit compas de a en f, qui est
ici la ligne du bas de la lettre E, aussi bien de celle qui est au
mot JESUS que de celle du mot DEUS, mettez de même la
perpendiculaire de ces même lettres E E sur g g. Comme aussi
la longueur des deux autres travers de la dite lettre jointes ensemble
sur h h, & les deux lignes des deux lettres V V, qui sont
comprises aux même mots, sur ii, & ll. Ainsi voyez vous que
les lignes du mot JESUS sortent d'un même centre, d'un même
Rayon, d'une même circonférence, & d'un même Diamètre
du mot DEUS, & que cette figure démontre par les lignes des
lettres donc elle est composée, de quelle façon qu'on peut faire
un enseignement très net & clair, comment il est à comprendre
comme Dieu le Fils est sorti de Dieu le Père, comme Dieu le
F Père
@

20 E S C A L I E R Des S A G E S.
Père & Dieu le Fils ne font qu'un, au regard de la Divinité,
mais Deux au respect de leurs personnes. Voyez les Figures au
feuillet suivant.

Nous pourrions bien faire ici un discours fort ample de cette
matière, mais puisque nôtre intention n'est pas autre que de
faire seulement mention des trois mots susdits, nous verrons, s'il
§. 13. n'est pas possible, d'apercevoir de leurs lignes & signes, comme
Contem- aussi par celles des lettres du mot MARIA, la conception, la
plation du nativité, la passion & la mort de Dieu le Fils.
mot MA-
RIA. Ayant arrêté ma contemplation sur ce mot susdit, j'ai jugé
digne de remarque, que la Sainte mère de nôtre Sauveur Jésus
Christ à été appelé Maria, qui est un mot qui à sa dérivation du
mot Latin Mare, vu que Maria en Latin est autant à dire que
Mer en Français, car comme les Mers reçoivent les semences
spirituelles & astrales, étant comme la matrice des deux Eléments
générants, qui sont le Feu & l'Air; que la sainte vierge devrait
de même concevoir la semence spirituelle de Dieu, & qu'elle
devrait aussi devenir enceinte par le Saint Esprit de Dieu le
Père, ce que la ligne courbée du mot susdit montre quasi au
doigt à la lettre du milieu, à savoir à l'R, ou les deux lignes courbées
(qui dénotent la perfection) touchent la ligne droite
d'icelle, (qui signifie l'imperfection) de deux manières, l'une
qu'elle y est comme attachée & arrêtée, & l'autre comme en ressortant;
comme le Saint Esprit de Dieu le Père s'est pénétré
dedans la sainte vierge, & qu'il en est ressorti avec la très glorieuse
nativité de Jésus Christ.

Il est aussi remarquable que les lignes droites du mot MARIA
sont douze en nombre, & qu'elles font justement un nombre
d'autant que font les lignes droites des deux mots susdits DEUS
& JESUS tout ensemble.

Ces dites douze lignes étant jointes en quatre Triangles
équilatéraux représentent justement les douze cotés des quatre
plans d'un Tetraedrum comme il est à voir à la Figure Nom. I.

Les six lignes droites, du mot JESUS aussi bien que de celui
de DEUS, font aussi les six coins réguliers & égaux du corps
régulier du Tetraedrum, comme il est aussi à mesurer par la proportion
portion
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 21
de leurs lettres, & comme il est à voir à la Figure
Nombre 2.

Outre ce que je viens de dire, j'ai considéré les lettres du
dit nom d'une manière, s'il ne serait pas possible d'enseigner
par la composition de ses lignes, de quelle façon il est à comprendre
que le verbe (selon l'Evangile de St. Jean) est devenu
chair: ou bien l'Esprit corps, ou l'incorporel corporel, &
ayant fixé mes spéculations là dessus, j'ai trouvé, qu'on le pourrait
comprendre assez bien, lors qu'on met les quatre Triangles
susdits par ordre & successivement, comme les lignes des lettres
du nom MARIA s'entre suivent, & présupposant que les lignes
courbées expriment la perfection (comme nous avons dit ci
devant) ou la spiritualité, on verra ici que les dites lignes
courbées de la lettre R étant fléchies en rondeur, formeront
un cercle, le quel vient lui même s'appliquer de dans le troisième
Triangle, qui se forme par ordre des lignes des dites lettres,
selon le nombre qu'elles s'entre suivent, comme vous les
pouvez voir ici en suivant, car en commençant par la première
ligne de la lettre M, vous trouverez que les trois premières
lignes d'icelle donneront le premier Triangle.

Que la Quatrième ligne de la même lettre, & les deux lignes
de l'A, qui la suivent, donneront le deuxième Triangle.

Que le troisième Triangle est formé de la dernière ligne de
cette dite lettre, de la ligne droite de la lettre R, (la quelle
fait tourner naturellement ses lignes courbées) & de la lettre I,
la quelle donne l'accomplissement au troisième Triangle: d'une
telle manière que ces lignes courbées étant tournées en cercle
viennent d'elle même s'appliquer dedans ce troisième Triangle.

Et le quatrième Triangle se fait des trois lignes de la dernière
lettre A.

Tellement que les lignes des cinq lettres du nom M A R I A
donnent, de cette manière, bien clairement à connaître: de
quelle façon la nature divine se devait joindre à la nature humaine,
& ce au milieu de la matrice de la vierge, comme le milieu
de la ligne courbée le démontre Géométriquement sur la lettre
du milieu de son nom. Voyer les Figures Nom. 3 & Nom. 4.
F 2 Remar-
@

22 E S C A L I E R Des S A G E S.
Remarquons ici, mon très cher FRANCOIS; que la recherche
de cette conception supernaturelle du Fils de Dieu, que
j'ai observé, par cet examen des lignes du nom de la vierge,
a fait étendre mes contemplations à la conception & à la génération
de tous les Etres composés, & m'a fait considérer, que la
conception d'iceux peut être comprise de la même manière comme
celle là, vu que la semence ignée, jointe à l'air, & spirituelle,
après qu'elle est devenue corporelle & spermatique, par
la conjonction de l'Elément de l'Eau, elle devient à être semée
dans la terre, (qui est la nourrice générale des mixtes) & enfermée
& nourrie d'icelle, jusques à que l'opérateur général de
la nature en produise ou un végétal, on un Animal, ou bien
un Minéral en sa perfection, selon le cours du temps & selon la
période pour cette fin ordonnée du créateur; tout de même comme
la semence supernaturelle & divine de Dieu le Père a transpercée
incorporellement & spirituellement la virginité de la vierge,
par l'adumbragement du St. Esprit, pour produire le fruit
de Dieu le Père au bout du terme ordonné & prédestiné pour la
perfection de la nativité.

§. 14. Touchant la conjonction des lignes des lettres des trois mots
Contempla- sus mentionnés, DEUS JESUS & MARIA, considérez, si
tion de la vous plaît:
conjonction
des trois Premièrement le nombre des lignes droites de ces trois mots,
mots DEUS le quel est justement de celui du nombre de toutes les lettres Latines,
JESUS & MA- à savoir de vingt & quatre; & figurez vous que c'est
RIA. aussi par la que nôtre grand Dieu nous fait connaître, que nous
devons sur toutes choses employer les lettres à l'expression de la
contemplation de nôtre créateur, & de l'histoire supernaturelle
de nôtre Médiateur & de nôtre Sauveur Jésus Christ, puisque
c'est par là que les trésors éternels & incorruptibles des
âmes sont uniquement à trouver, & que tous les Esprits de tous
les hommes du monde ne sont pas capables ni suffisants de comprendre
avec leur esprits, de retenir par leurs mémoires, ni d'exprimer
avec leurs langues la cent millième partie de la sapience
& de la puissance inexprimable & des biens inépuisables qui
y sont compris.

Secondement: que les vingt & quatre lignes susdites étant
divisées en six parties, & en ayant formé six Carrés parfaits, sur
la fi-
+@



pict

@

E S C A L I E R Des S A G E S. 23
la figure d'un Hexagone, vous trouverez une telle symétrie &
une telle correspondance du Triangle avec le Quadrangle, qu'ils
se laissent régulièrement joindre & unir ensemble depuis le centre
même jusqu'à une étendue de circonférence telle qu'il vous
plaît; de sorte que l'extension de l'Unité à la multitude, de
ces figures, ne peut être faite par aucune voie plus régulière,
que par celle ici, car par cette voie l'unité s'étend infiniment
& régulièrement à la circonférence, sans qu'il se commet aucune
confusion de figures, ce qu'il n'est pas possible de faire par
aucune autre sorte de figures, vu que toutes les autres figures,
hormis celles ici, de quelle façon qu'on pense de les joindre,
causent toujours une irrégularité & une confusion. Voyez en les
figures qui suivent ici. Nom. I. 2. 3.

Tiercement: que les vingt & quatre lignes de ces trois mots
étant jointes d'une telle manière, que dix huit d'icelles soient
élevées perpendiculairement, & six de travers, entre la deuxième
& la troisième ligne, en figure de croix, prenant la longueur
de chaque ligne de la mesure d'un pied, cette croix sera
peut être de la même grandeur de celle de Jésus Christ; & lors
que vous appliquez les lignes courbées des dits mots, les bouts
d'icelles tenants ensemble, à la dite croix, vous verrez la figuré
d'un Serpent pendu à la croix, comme Moïse avait ordonné
aux Juifs, dont vous pourrez voir ici la Figure A.

En Quatrième lieu: que les six Carrés susdits étant mis d'une
façon qu'un d'iceux soit au milieu de quatre autres, & que
le sixième soit appliqué dessous le cinquième, comme il est à
voir à la Figure B. vous trouverez alors une façon d'une croix
composée de six carrés réguliers, dont les six Plans, étant pliés
ensemble forment la superficie du corps stéréométrique régulier
du Cube, dedans lequel les deux S S du mot JESUS étant enfermées,
en sorte que les deux bouts soient joins ensemble en cercle,
l'enterrement de nôtre seigneur Jésus Christ pourrait être
observé.

Car, comme les Philosophes nous assurent, que l'Or, (qui
à naturellement la signature sphérique) lors qu'il est joint à son
sel (au quel la nature a donné la signature cubique) & qu'il a
été son temps limité enterré dedans le feu infernal des Philosophes,
qu'il en sortira glorieusement, & qu'il sera alors une médecine
G deci-
@

24 E S C A L I E R Des S A G E S.
très glorieuse pour ses frères qui sont es royaumes végétal,
Animal & Minéral: Ainsi nôtre sauveur Jésus Christ a
transformé & glorifié son corps composé des Eléments par la descension
de son St. Esprit aux enfers, & par le retour d'icelui
à son corps, qu'il a pu rendre son corps incorporel selon son
bon plaisir divin; en telle sorte, qu'il a pu transformer, & qu'il
peut encore transmuer de même, par son St. Esprit, tous ceux
qu'il lui plaît, d'une manière, que cependant leurs vies, & après
leur mort, ils ont pu faire des grands miracles, comme il a
paru aux Apôtres, dont les ossements, après leurs mort, ont
même pu ressusciter des corps morts, comme le nouveau Testament
nous en donne quantité d'exemples, & d'histoires. Vous pourrez
regarder les Figures ci dessous qui vous confirmeront ce que
nous venons de dire, dont la dernière cubique est celle marquée
de la lettre C.

Voila ce que j'avais à vous dire des nombres, lignes & Caractères
les quels me sont tombé dans l'esprit lors que j'avais arrêté
un peu ma méditation à l'histoire de nôtre Seigneur Jésus
Christ en regardant les lettres des trois mots DEUS JESUS &
de MARIA. Je vous supplie, mon très cher, d'excuser la simplicité
de mon style & de la chétivité de mon propos, puisque
mon discours n'a été jusqu'à présent que des nombres, des lignes
& des lettres, j'attends quelque chose de plus beau de votre
faveur.

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C H A P I T R E II.


Que c'est la volonté de Dieu que les Créatures raisonnables cherchent à connaître
le Créateur par le connaissance des créatures. Que toutes les
créatures proviennent d'un seul Dieu, comme tous les Nombres de l'Unité.
Description de Hermès Trismégiste de la création du Monde.
Moïse de la création du Monde. Que Dieu est dit souvent d'être un feu.

F R A N C O I S.

J E vous ai entendu volontiers & vous remercie
de tout mon coeur de la peine qu'il vous a plu de prendre;
ce ne sont pas seulement des lignes & des lettres des
quelles vous avez discouru, & les quelles doivent être considéré
sim-
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+@


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E S C A L I E R Des S A G E S. 25
simplement comme des lignes & des lettres, puisque vous en
avez commencé à faire une écriture la quelle démontre le grand
Tout, non seulement avec la plume, mais même avec le compas
& avec la règle: vous ne sauriez non plus arrêter mieux
vos pensées, ni aiguiser vôtre esprit qu'à des choses qui tendent
à la gloire de Dieu, & qui sont utiles pour la procuration
de nôtre salut éternel; C'est aussi à ces choses la qu'on doit employer
très particulièrement beaucoup de peine & de labeur,
puisqu'on acquiers par là des trésors qui ne périssent pas, mais
qui sont divins & éternels; C'est aussi la volonté du créateur, §. 1.
que les hommes, à qui il a eu la bénignité de donner une âme Que c'est
raisonnable, outre toutes ses autres créatures, apprennent à le la volonté de
connaître par la connaissance des créatures, afin que les hommes Dieu que les
connaissant bien leur Créateur par la connaissance d'icelles, hommes cherchent
se rendent de plus en plus capables de l'adorer, de le servir & à connaî-
de le louer: Car il est impossible d'estimer grandement une chose tre le créa-
qu'on ne connaît pas, & qu'on ne sait pas ce que c'est, teur par les
comme la plus part des hommes (hélas!) ne savent pas ce que créatures.
c'est que Dieu: C'est une chose honteuse de le dire, & il le faut
pourtant dire, puisque c'est la vérité; ils sont provenu de Dieu,
il sont en Dieu, ils subsistent par Dieu, ils ne sont rien sans
Dieu, & il faut qu'ils retournent à Dieu à la fin, puisqu'il est
leur commencement & leur fin, étant pourtant sans commencement
& sans fin, & encore ne connaissent ils pas Dieu: n'est il
pas grandement à plaindre, que l'ignorance est si grande dans le
monde qu'entre des milliers des personnes il ne s'en trouve pas
quelque fois une qui connaisse bien son Dieu, son Créateur, ou
son Premier Etre, & qui sait ce qu'il doit répondre, quand
on lui demande ce que c'est que Dieu? Comment telles gens
trouveront ils Dieu puisqu'ils ne le connaissent pas? Comment
estimeront, honoreront & loueront ils Dieu vu qu'ils ne savent
ce que c'est que Dieu? Comment peut un lourdaud ou un
paysan faire état de la pierre des Philosophes quand il ne sait
pas ce que c'est ? Ne la dédaignera il pas comme si elle était de
nulle valeur? Encore qu'elle serait purifiée mille fois par le feu
de purification des Philosophes, & qu'elle serait d'une valeur
de cent mille millions d'Or?

V R E D E R I C.

Il en est ainsi comme vous dites, & il en a été de même il y
G 2 a quel-
@

26 E S C A L I E R Des S A G E S.
a quelques mille ans, car il me souvient des paroles du plus ancien
des Philosophes, savoir de Hermès Trismégiste des quelles
il s'est servi dans son Pimandre, au Chap. 7. avec une très
grande cordialité aux ignorants, & les quelles je ne puis m'empêcher
de réciter ici.

Ces paroles sont les suivantes:

Quo rapimini, ô temulenti homines qui merum ignorantiae sermonem
epotastis, quem ne ferre quidem potestis! Atqui jam
ipsum vomite: State sobriè degentes elapsum visum oculis
cordis recipientes. Sin minus potestis omnes at saltem qui poteritis.
Ignorantiae namque pravitas universam terram alluit,
& profligat deploratam in corpore animam, non patiens eam
salutis portubus applicare. Ne igitur unà periclitemini cum
multo fluctu. Contrarias autem undas passi, qui incolumitatis
portum apprehendere potestis, ad hunc applicate. Percontamini
ducem, qui ad manum viam vos doceat, ad intelligentia:
fores: ubi emicans est lumen, vacuum à tenebris: ubi nullus
temulentiae indulget: sed omnes sobriè degunt, corde
aspicientes ad eum, qui conspici vult. Non enim audiri, non
dici, non videri oculis potest, quin imo mente & corde. Primum
decet te perrumperc, quem defers amictum, ignorantiae
texturam, nequitiae firmamentum, corruptionis nodum,
tenebrosum ambitum, vivam mortem, sensitivum cadaver,
circumlatum sepulchrum, inquilinum furem, per ea quae amat
osorem, per quae autem odit invidentem. Talis est quo
tectus est inimicus amictus, suffocans infra te ipsum: ne visum
recipiens & veritatis pulchritudinem speculatus, & in ea
incumbens Bonum, oderis ipsius nequitiam perspectis ejus infidiis,
quibus tibi insidiatus est, efficiens insensilia ea, quae
censebantur & visu erant sensilia, multà materià illa obstruens,
ac abominabili voluptate implens, ne quae te audire decet,
audias, nec videas quae te conspicere decet.

C'est à dire:

O hommes étourdis qui avez bu le vin de l'ignorance le quel
vous ne pouvez souffrir! Mais le revomissez! Vers où vous
emportez vous? Soyez sobres & voyez avec les yeux du coeur:
si vous ne le pouvez pas faire tous, voyez seulement vous qui
le pouvez, car la perversité de l'ignorance surnage toute la
terre
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 27
terre & fait abîmer l'âme déplorable dans son corps, ne souffrant
pas qu'elle aborde les ports du salut. Ne vous mettez donc
pas en péril au grand flux, mais approchez le port de sauveté au
travers des ondes contraires autant que vous le pouvez aborder.
Cherchez le guide qui vous apprenne le chemin qui mène à la
porte de l'intelligence où est la lumière brillante sans aucune
ténèbre: où personne n'est ivre, mais où que tout le monde vit
sobrement, & regarde avec le coeur celui qui veut être regardé,
car il ne peut être ouï, prononcé, ni vu avec les yeux,
mais avec le coeur & l'esprit; Il faut que vous tâchiez de déchirer
l'habit d'ignorance que vous portez, le firmament de la malice,
le noeud de la corruption, le circuit ténébreux, la mort vive,
la charogne sensible, le sépulcre que nous portons avec nous, le
larron locatif, celui qui hait par les choses qu'il aime, mais qui
est envieux par les choses qu'il hait. Tel est l'habillement ennemis
avec le quel vous êtes couvert, qui te suffoque toi même,
que ne puisses recevoir la vue, & qu'ayant arrêté tes spéculations
à la beauté de la vérité & le Bien qui repose en elle tu ne
haïsses la méchanceté d'icelle après avoir pénétré ses embûches
avec les quelles elle l'a expiée, faisant les choses qui semblent
être visibles & sensibles, insensibles, & les étoupant de quantité
de matière, & les emplissant d'une volupté abominable pour
ne pouvoir ouïr les choses que tu devrais ouïr, & pour empêcher
de voir les choses que tu devrais voir.

F R A N C O I S.

Mon très cher, ne faisons pas de la sorte, & ne soyons trouvé
parmi une troupe de pourceaux qui aiment la saleté, mais acceptons
avec ardeur cette belle admonition de Hermès, ruminons
la bien, imitons la pieusement, & montrons que nous aimons la
pureté & que nous l'estimons outre tous les trésors du monde,
puisqu'elle sorte de la Pureté même, vu que Dieu n'est que Pureté
lui même, & qu'aucune impureté n'est en lui: le soleil est
pur & clair, & les ténèbres ne peuvent avoir aucun lieu en lui
puisqu'il est habité de la lumière de Dieu: & la Pierre des Philosophes
est pure puisqu'elle est composée des rayons concentrés
du soleil, & c'est pour quoi qu'elle ne souffre aucune impureté
prés d'elle, mais qu'elle transforme tout en pureté; cherchons
ceux là particulièrement, & tâchons d'apprendre à les connaître,
car le soleil est le Lieutenant du Grand Dieu au ciel, & la Pierre
H des
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28 E S C A L I E R Des S A G E S.
des Philosophes est le Lieutenant de Dieu sur la Terre, & c'est
par la connaissance de ceux ici que nous pourrons apprendre à
monter l'Escalier des Sages, & par icelui jusqu'à la connaissance
de Dieu.

V R E D E R I C.

Vous parlez fort bien: sed hic labor hoc opus. C'est à dire.

C'est là où gît la difficulté.

F R A N C O I S.

Il est bien vrai; mais vous savez aussi le proverbe, qui dit:

Omnia Dii vendunt laboribus: & labor improbus omnia
vincit.
C'est à dire.

Les Dieux vendent toutes choses pour le labeur: & que le
labeur infatigable survainque toutes choses.

§. 2. Vous avez bien commencé à discourir: que comme tous les
Que toutes nombres sortent de l'unité qu'ainsi toutes les créatures *profluent
créatures d'un seul Dieu; touchant le premier vous l'avez démontré assez
proviennent clairement, mais il me semble que le dernier doit être étendu
d'un seul un peu plus au large.
Dieu, comme
tous les V R E D E R I C.
nombres
de l'Unité. Vous avez raison j'attends cela de vôtre grâce, & ne doute
pas que vous ne donniez à tous les amateurs de Dieu, de la
nature de Dieu, & d'eux même, une très grande satisfaction par
vôtre entretien.

F R A N C O I S.

Au nom de Dieu: je tâcherai de faire mon possible pour exprimer
& pour mettre en lumière ce qu'il a plu à nôtre grand
Dieu de communiquer par ses influences divines à ma chétive
personne, qui ne m'estime qu'un petit vers de terre, écoutez
donc si vous plaît:

V R E D E R I C.

J'ai désir de vous entendre.

F R A N C O I S.

Mon très aimable ami: il faut que vous sachiez, que devant
qu'il y a eu commencement d'aucune chose, qu'il n'y a eu rien
autre
* proflüer: émaner, provenir.

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E S C A L I E R Des S A G E S. 29
autre chose que Dieu tout seul, qui a fait & créé toutes choses
de soi, en soi, par soi & avec soi, le quel Dieu n'a pas d'autre
propriété, nature, ni d'autre volonté, que de produire toutes choses
parfaites, selon son propre image, qui est la perfection même:
car Dieu parla (dit Moïse au Genèse) & c'était, & Dieu
vit que cela était bon.

Le grand Dieu, étant tout en tout, & comme enceint, laissa
provenir en public par son Saint Esprit la Lumière & les Ténèbres,
qui sont le Ciel & la Terre, le pur & l'impur, (pour parler
en tel terme, puisqu'au respect de la création il n'y a rien
d'impur) étant combiné ensemble; au quel l'Esprit de Dieu
ayant été étendu, comme un âme dedans son corps, il l'a séparé,
par sa vertu divine, en des choses hautes & basses, subtiles &
grossières, spirituelles & corporelles, naturelles & supernaturelles,
célestes & supercélestes: car le Saint Esprit de Dieu a fait
paraître tout premier, dans son grand tout, les deux qualités
contraires, savoir le Chaud & le Froid, les quels étaient ennemis
ensemble in gradu intenso, mais amis in gradu remisso.

Ces deux qualités contraires ont commencé tout aussi tôt à
travailler ensemble, & ont produit l'humidité & la sécheresse: De
ces quatres sont provenus les quatre Eléments; le Feu, l'Air, l'Eau,
& la Terre: de ceux ici sont sorti les Trois Principes: le Souphre,
le Mercure ou l'Esprit, & le Sel; & de tous ces susdits.
Du Premier Etre; Des Deux Qualités contraires. Des Quatre Eléments;
& des Trois Principes ont tous les mixtes ou composés
leur origine, aussi bien les célestes que les terrestres, aussi bien
les purs que les impurs, ou les subtils que les grossiers, comme
je me donnerai l'honneur de vous enseigner ici en suite & de
bon ordre; faisant comme vous, avec justice, mon commencement
du Premier Etre, avec intention de tâcher de clarifier,
autant qu'il nous sera possible la lumière qui est pour le présent
fort couvert d'obscurité, & d'en chasser les ténèbres comme ses
ennemis à une circonférence inaccessible à la vue.

Voyons, mon très cher, ce que Hermès Trismégiste (qui §. 3.
a vécu environ un siècle & demi devant Moïse, selon Patricius) Description
donne à connaître du Premier Etre & de la nature de Dieu, & de Trismégiste
combien de désir qu'il a eu d'apprendre à savoir ce que c'était de la création
de Dieu & de sa nature, & au quel degré de perfection il à été illuminé, du Monde.
H 2 lumi-
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30 E S C A L I E R Des S A G E S.
lors qu'il parla avec l'Esprit de Dieu, quand Poemander
(qui était l'Esprit de Dieu) lui demanda ce qu'il désirait d'apprendre
& de savoir, & qu'il répondit; Je désire d'apprendre
les Etres du Monde, d'entendre leur nature, & de connaître
Dieu: Poemander lui parla alors, en disant: Comprenez
moi derechef dans vôtre Esprit, & je vous apprendrai ce que
vous désirez d'acquérir. Hermès parlant lui dit.

Lorsqu'il avait dit ceci, il transforma son idée, & le tout
me devint manifeste dans un moment, & je vis une vision infinie.
Il devint une lumière, la quelle était fort amiable & fort agréable;
peu après il s'en sépara une ténèbres fort triste & affreuse &
la quelle se finissait à une courbure en forme de cercle, tellement
qu'il me sembla que la ténèbres se transforma à une nature humide
étant inexprimablement confuse, laquelle faisait sortir d'elle
une fumée comme de feu, & une résonance triste.

Il en sortit par après une voix confuse, la quelle je croyais être
la voix de la Lumière.

Une sainte parole monta en après hors de la lumière sur la
nature, & le feu pur s'éleva en haut de la nature humide, & il
était léger & subtil, & de grande puissance.

L'Air, qui était aussi léger, suivait l'Esprit, & monta de
la Terre & de l'Eau jusques au Feu, comme s'il était suspendu
sur icelui.

La Terre & l'Eau demeurèrent mêlées ensemble, en sorte
que la Terre ne pouvait pas être vue à cause de l'Eau, & elles
recevait la motion de la Parole Spirituelle qui était épandue sur
icelles.

P O E M A N D E R.

Poemander me dit alors: avez vous bien entendu cette vision,
& ce qu'elle signifie?

H E R M E S.

Je parlais: J'y penserai.

P O E M A N D E R.

La Lumière, dit il, je le suis, l'Esprit, vôtre Dieu, qui
est
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 31
est devant la Nature humide, qui a parue hors des ténèbres: la
Parole qui luit hors de l'Esprit; le Fils de Dieu.

Le Père de toutes choses (l'Esprit étant Lumière & vie,
mâle & femelle) a procréé l'homme son semblable, & l'a aimé,
le quel croyait de comprendre avec son esprit la puissance de celui
qui a la place de sa résidence dans le Feu, & c'est pour cela
que l'homme est outre tous les autres animaux devenu d'une
composition double, à savoir mortel selon le corps, & immortel
à cause de l'homme substantiel.

Mais l'homme est devenu de la vie & de la lumière à une âme
& un Esprit: de la vie à une âme, & de la Lumière à un Esprit,
& il est demeuré dominant ainsi par dessus tous les membres du
Monde sensuel, jusques à la fin du but, & générant.

Ecoutons encore son sermon sanctifié: Dieu, dit il, & la
Divinité, & la nature divine, est la gloire de toutes choses.

Dieu est le commencement & l'Esprit, & la Nature, & la
Matière, & l'Opération, & la Nécessité, & la Fin, & la Rénovation
de toutes choses.

Car il y avait des ténèbres infinies sur l'abîme, & l'Eau &
l'Esprit intellectuel subtil étaient comme cachés dedans le
Chaos.

La Lumière sainte provenait, & les Eléments se sont séparés
de la nature humide sur le sable, & tous les Dieux (ou Planètes)
séparaient la nature séminale.

Et lors que le tout était auparavant sans ordre & sans préparation,
le léger fut séparé à la hauteur, & le pesant fut établi
sur le sable humide: & le feu entourait tout ceci: & lorsqu'il
était suspendu, il fut porté de l'Esprit.

Et le ciel devenait visible en sept cercles, & les Dieux paraissaient
par des Idées d'étoiles avec tous les signes d'icelles,
& les étoiles furent divisées & comptées avec les Dieux qui étaient
parmi elles, & la circonférence devenait environnée de l'Air
& fut portée par l'Esprit divin d'un cours circulaire.

Les Dieux produisaient de leur propre vertu ce que leur était
I ordon-
@

32 E S C A L I E R Des S A G E S.
ordonné: & ils furent produis des animaux à quatre pieds, des
reptiles & des volatiles; toutes les semences fertiles, les herbes,
fleurs, & l'herbe verte retenaient les semences de la régénération
en elles même.
Et aussi la génération des hommes pour la connaissance des
oeuvres de Dieu, & pour un témoignage opérant de la Nature,
& pour la multiplication des hommes, pour la domination sur
toutes les choses qui sont sous le Ciel, & pour la connaissance
du Bien, & qu'ils croissent & se multiplient en quantité.

Comme aussi toutes les âmes dans la chair, & la sémination
monstrueuse par le moyen des Dieux circulaires pour la contemplation
du Ciel, des Dieux, des ouvrages divins, des oeuvres
de la Nature, & pour des signes des choses bonnes pour la connaissance
de la puissance divine.

Comme de même toutes les générations de la chair animée, des
fruits, des graines, & de tous les ouvrages artificiels, & les choses
qui sont diminuées seront renouvelées par la nécessité.

Car toute la température du monde étant renouvelée par la
Nature, c'est la Divinité; puisque la Nature consiste dans
la Divinité.

O mon fils, j'écris ces choses ainsi par amour envers les hommes,
& par devoir envers Dieu.

Car il ne se peut pas faire de devoir plus juste, que lorsqu'on
observe les Etres, & que l'on témoigne de la gratitude à celui
qui les a fait, auquel je ne manquerai jamais.

Tâchez d'être doué de probité, puisque c'est icelui qui est le
plus grand Philosophe, car il est impossible de la posséder sans
la Philosophie.

V R E D E R I C.

La Sainte Ecriture, les oeuvres de Trismégiste & de tous les
vrais Philosophes sont bien remplis de telles matières que vous
proférez ici, mais vous faites pourtant fort bien d'en faire quelque
récit afin qu'on puisse voir combien que nôtre Philosophie
concorde avec celle des Anciens.
FRAN-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 33
F R A N C O I S.
Il est vrai: car au commencement du vieux Testament, Moïse §. 4.
le Prophète, parlant de la création du Monde au Premier Moïse de
chapitre de Genèse, en fait aussi mention de cette sorte: la création
du Monde.
Dieu créa au commencement le Ciel & la Terre; Et la terre
était sans forme & vide: & les ténèbres étaient sur les abîmes,
& l'Esprit de Dieu était épandu par dessus les eaux.

Et Dieu dit: Qu'il y ait lumière: & la lumière fut.

Et Dieu vit que la lumière était bonne, & Dieu sépara la
lumière des ténèbres.
Et Dieu appela la lumière jour: & les ténèbres il les appela
Nuit: lors fut fait du soir & du matin le premier jour.

Derechef Dieu dit: qu'il y ait une étendue entre les Eaux: &
qu'elle sépare les Eaux avec les Eaux.

Dieu donc fit l'étendue & divisa les Eaux qui étaient sous l'étendue
d'avec celles qui étaient sur l'étendue, & fut ainsi fait.

Et Dieu appela l'étendue Ciel: lors fut fait du soir & du
matin le second jour.

Puis Dieu dit: que les eaux qui sont sous le ciel soient assemblées
en un lieu, & que le sec apparaisse, & fut ainsi fait.

Et Dieu appela le sec Terre; il appela aussi l'assemblée des
eaux, Mers: & Dieu vit que cela était bon.

Et Dieu dit, que la terre produise verdure, herbe procréant
semence, & arbre fructifiant faisant fruit selon son espèce, lequel
ait la semence en soi même sur la terre, & fut fait ainsi.

La terre donc produisit verdure, herbe procréant semence selon
son espèce, & arbre faisant fruit, le quel avait sa semence
en soi même selon son espèce.

Et Dieu vit que cela était bon: lors fut fait du soir & du matin
le troisième jour.

Après Dieu dit: Qu'il y ait luminaires en l'étendue du Ciel,
pour séparer la nuit du jour & soient en signes, en saisons, en
jours & en ans. I 2 Et soient
@

34 E S C A L I E R Des S A G E S.
Et soient pour luminaires au firmament du Ciel, afin de donner
lumière sur la terre, & fut fait ainsi.

Dieu donc fit deux grands luminaires, le plus grand luminaire
pour gouverner le jour, & le moindre pour gouverner la
nuit, & les étoiles.

Et Dieu les mit en l'étendue du Ciel pour luire sur la terre,
& avoir gouvernement sur le jour & sur la nuit, & pour séparer
la lumière des ténèbres: & Dieu vit que cela était bon.

Lors fut fait du soir & du matin le quatrième jour.

En après Dieu dit: que les eaux produisent reptile ayant
âme vivante: & que volaille voltige sur la terre envers l'étendue
du Ciel.

Dieu donc créa des grandes baleines & toute créature vivante
se mouvant, que les eaux avaient produites selon leur espèce,
& toute volaille ayant ailes chacune selon son espèce: &
Dieu vit que cela était bon.

Adonc il les bénit, disant: fructifiez & multipliez, & remplissez
les eaux en la mer: & que la volaille se multiplie en la
terre.
Lors fut fait du soir & du matin le cinquième jour.
Outre Dieu dit: que la terre produise créature vivante selon
son espèce, bétail & reptile, & animaux de la terre selon leur
espèce, & fut ainsi fait.

Dieu donc fit l'animal de la terre selon son espèce & le bétail
selon son espèce, & tout le reptile de la terre selon son espèce,
& Dieu vit que cela était bon.

Outre plus Dieu dit: Faisons l'homme à nôtre image & selon
nôtre semblance, & qu'ils aient domination sur les poissons de
la mer, & sur les oiseaux du Ciel, & sur les bêtes & sur toute
la terre, & sur tout reptile qui bouge sur la terre.

Dieu donc créa l'homme à son image, il les créa à l'image de
Dieu, mâle & femelle il les créa.

Et Dieu les bénit & leurs dit: Fructifiez & multipliez & remplissez
plissez
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 35
la terre, & l'assujettissez: & ayez seigneurie sur les
poissons de la mer, & sur les oiseaux du Ciel, & sur tous animaux
qui se bougent sur la terre.

Et Dieu dit: voici je vous ai donné toute herbe portant semence
qui est sur toute la terre, & tout arbre qui a en soi fruit
d'arbre portant semence, afin qui vous soient pour viande.

Même aussi à tous animaux de la terre, & à tous oiseaux du
Ciel, & à toute chose mouvante sur la terre, qui a en soi âme
vivante, j'ai donné toute verdure d'herbe pour manger: & fut
ainsi fait.

Et Dieu vit, que tout ce qu'il avait fait, était bon: lors
fut fait du soir & du matin le sixième jour.

V R E D E R I C.

Il est digne de remarque, que Poemander, ou l'Esprit de §. 5.
Dieu dit a Hermès: Que Dieu est
Qui a sa résidence dans le feu. souvent dit être
un Feu.
F R A N C O I S.

Il est bien vrai: mais vous savez aussi ce que David dit sur le
même sujet, en parlant de Dieu:
Qui tabernaculum suum posuit in Sole.
C'est à dire.
Qui a posé son tabernacle dans le Soleil.

Et que le tout puissant est appelé plus souvent dans la St. Ecriture
une Lumière & un Feu, qu'aucun autre être, & qu'il est
aussi bien souvent comparé à iceux, & ce, sans doute, à cause
que la nature de la lumière & du feu est de soi même mouvante,
générante & reconsummante, comme Moïse en fait mention
au Deutéronome Chapit: 4ième.
Le Seigneur ton Dieu est un feu consumant.

Et Exode chap. 3. v. 2. & 3.

Et l'ange du Seigneur s'apparut à lui en une flamme de feu au
milieu d'un buisson, & il regarda, & voici le buisson ardait au
feu & le buisson ne se consumait point. Lors Moïse dit: je me
détournerai maintenant & verrai cette grande vision, pourquoi
le buisson ne brûle point. Adonc le Seigneur vit qu'il se détournait
K nait
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36 E S C A L I E R Des S A G E S.
pour regarder, & Dieu l'appela du milieu du buisson: e.c.

Exode ch. 14. v. 24.

Et advint en la veille du matin que le Seigneur étant en la Colonne
de feu & nuée, regarda sur le camp des Egyptiens, &
étonna le dit camp des Egyptiens.

Exode ch. 19. v. 18.

Et le mont de Sinaï était tout en fumée, pourtant que le seigneur
descendit de dessus en feu, & la fumée d'icelui montait
comme la fumée d'une fournaise, & toute la montagne tremblait
fort.

Lévitique ch. 10. v. 1. et 2.

Les enfants de Aaron Nadab & Abihu offrirent du feu étrange
devant le Seigneur, le quel il ne leur avait point commandé; A
donc le feu issit de devant le Seigneur, & les dévora.

Nombres ch. 6. v. 22, 23, 24.

Le Seigneur parla à Moïse, disant. Parle à Aaron & ses fils,
& leur dit vous bénirez ainsi les enfants d'Israël, en leur disant:
Le Seigneur te bénie & te regarde. Le Seigneur fasse reluire sa face
sur toi & ait merci de toi.

V R E D E R I C.

Tout ce que vous rapportez ici, est bien très excellent, très
plausible & ne doit être contredit de personne, puisque ce sont
les paroles du Saint Esprit même prononcées par le Prophète &
par le Père des Philosophes les quelles découvrent avec assez de
clarté l'obscurité de la création du Monde & des Etres composés:
mais il me semble que la science & le maniement de la Pierre
des Philosophes ne donnera pas aussi peu de lumière aux esprits
ignorants à la connaissance du Créateur & des créatures: Et puisque
je sais fort bien que vous en avez lu quantité d'Auteurs
qui en ont écrit savamment, qui l'ont aussi possédé assurément,
& que vous avez vous même passé beaucoup de temps & pris bien
de la peine à la culture de la Terre des Sages, j'aurais bien de
l'inclination de tenir propos avec vous de cette illustre sujet
tant relevé & tant recherché.
C H A P-
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E S C A L I E R Des S A G E S. 37
C H A P I T R E III.
Si la science de la Pierre des Philosophes est véritable. Récit des Auteurs
qui ont possédé la science de la Pierre des Philosophes. La vérité de la science de la Pierre des Philosophes tirée de la St. Ecriture.
F R A N C O I S.
V Ous le savez: j'en suis d'accord; faisons
en donc un commencement pour autant que le petit talent
de nôtre connaissance le permet, & descendant de
la Lumière inaccessible de Dieu le Créateur, tournons nous
vers les créatures, & demeurant pourtant arrêté à l'Unité, entretenons
nous quelque temps de la Pierre des Philosophes, de
la quelle on a fait tant de bruit dans le Monde, & la quelle a été
de tout temps, & est encore aujourd'hui tant recherchée des
plus grands & des plus savants de toute la Terre, & voyons si
nous avons juste raison d'oser dire que c'est par la science d'icelle
que les Anciens Sages ont monté, & que les vrai savants modernes
ont apparence d'approcher l'ESCALIER des SAGES. §. 1.
Voyons donc premièrement s'il est conforme à la vérité que la Si la science
Pierre des Sages a été au Monde, & si elle y est encore: & puis en de la Pierre des
découvrons à l'un l'autre avec probité & avec sincérité nos sentiments Philosophes
& nos expériences. est véritable

V R E D E R I C.
Je suis prêt de philosopher avec vous de cette matière tant
pure & tant illustre; de vous produire ce que j'en ai lu & entendu,
& puisqu'il y a plusieurs années que j'ai aussi tenu infatigablement
la main à la charrue, je vous promets de vous rendre
participant avec candeur de mes expériences, & de vous montrer
que je pourrai toujours vérifier mes paroles par des effets:
si vous en faites de même, il y aura espérance que nôtre Dialogue
ne sera pas inutile.

F R A N C O I S.

Hé bien, je ne ferai pas moins le devoir d'un homme d'honneur,
& désire déjà de savoir, si vous êtes sur le vrai chemin
ou point, & si vous avez consommé & perdu vôtre temps & vos
dépens en vain avec tant d'autres; mais devant que d'avancer
jusqu'à là, voyons premièrement ce qui est de la vérité de la
chose, & ce que les vrais Philosophes en disent.
K 2 V R E-
@

38 E S C A L I E R Des S A G E S.
V R E D E R I C.
J'en suis content: mais soyons auparavant d'accord les quels
des auteurs sont acceptables pour des vrais Philosophes, & les
§. 2. quels peuvent subsister pour tels, puis voyons & considérons,
Noms des au- ce qu'ils disent de la Pierre des Philosophes, & finalement de
teurs qui ont quelle façon nôtre oeuvre est concordant avec celui des Philosophes.
possédé la
Pierre des
Philoso- F R A N C O I S.
phes.
Fort bien; qu'est ce qu'il vous semble de
Hermès Trismégiste ?
De Moïse ?
De Morienus ?
De Calid ?
De Plato ?
De Petrus Bonus Ferrariensis ?
De Johannes de Padua ?
De Geber ?
De Rasis ?
De Haly ?
De Hamel ?
De Virgile ?
D'Ovide ?
De Bernardus Comes Trevisanus ?
De Basilius Valentinus ?
De Sendivogius ?
De D. Tomas Aquinatus ?
D'Arnoldus de villa nova ?
De Raimundus Lullius ?
D - - - - - - - - -

V R E D E R I C.

Cessez, je vous prie, de faire un plus grand récit d'auteurs,
car j'entends bien que vous en avez lu les bons & les vrais: je
les ai aussi lu la plus part & encore bien d'autres par de là, dont
le nombre serait ennuyeux de réciter ici, poursuivez vôtre propos:
si vous plaît.

F R A N C O I S.

Je poursuis, & vous prie d'avoir seulement la patience d'écouter
ce que les bons auteurs profèrent unanimement de la vérité
rité
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 39
de l'être de la Pierre des Philosophes: Et Premièrement, ce
qu'en dit

H E R M E S: In secundo septem Tractatuum.

Scias fili, inquit, quod omnes sapientiae, quae in mundo sunt,
huic nostrae sapientis subditae sunt: haec enim in mirabilibus
arcanis quae in iis sunt Elementis finita est & consecuta.

C'est à dire:
Sachez, mon fils, que toutes les sapiences, qui sont dans le
Monde, sont sujettes à cette nôtre sapience, car elle est acquise
& finie dans des Eléments admirablement cachés en
elles.

Le même.

Omnium bonorum clavem vobis Philosophorum librum nuncupavi.

C'est à dire:
Le livre des Philosophes, je vous l'ai appelé la clef de tous les
biens.

Le même.

Sicque habebis gloriam claritatis totius mundi.

C'est à dire:
Et ainsi aurez vous la gloire de la clarté de tout le monde.

M O R I E N U S.

Haec est scientia quae inter alias maximè inquiri debet cum per
ipsam ad aliam magis admirabilem pervenire possimus.

C'est à dire:
Celle ici est la science qui doit être le plus recherchée entre les
autres puisqu'on peut parvenir par icelle à une autre plus admirable.

Le même.

Utilitas hujus artis duplex est: nam & animam felici jucunditate
decorat, & corpus à paupertate & servitute liberat.

C'est à dire:
L'utilité de cet art est double: car elle orne l'âme d'une réjouissance
bien heureuse & délivre le corps de pauvreté & de
servitude.

P L A T O.

Haec est lucerna sapientis in vita sua sicut lumen lucens: filii autem
L tem
@

40 E S C A L I E R Des S A G E S.
naturae in loco tenebroso vexantur & sunt vacui ea.

C'est à dire:
Celle ici est une lanterne d'un Sage comme une lumière luisante
en sa vie: mais les enfants de la nature sont tourmentés dans un
lieu ténébreux & sont privés d'icelle.

H E R M E S.

Verum sine mendacio certum & verissimum: quod est superius
est sicut id quod inferius? & quod inferius sicut quod est superius
ad perpetrandum miracula rei unius.

C'est à dire:
Il est vrai, sans menteries certain, & très vrai: ce qui est en
haut est comme ce qui est en bas, & ce qui est en bas est comme
ce qui est en haut, pour considérer les merveilles d'une
chose.

M O R I E N U S.

Si ea quae tibi dixi & testimonia antiquorum rectè inspexeris, bené
& aperte cognosces, nos omnes in uno convenire, & omnia
quae dicimus, vera proferre.

C'est à dire:
Ayant bien pris garde aux choses que je vous ai dit, & bien considéré
les témoignages des Anciens, vous connaîtrez bien à
découvert, que nous sommes tous d'accord, & qu'il est tout
vrai ce que nous disons.

A R I S T O T E L E S 10. Ethicorum.

Consonare videntur sapientum opiniones. Neminem igitur sapientem
in naturalibus concedere necesse est Artem Alchymiae
non esse veram, quamvis cam ignoret, sufficit enim habere
testes tales, ut Isocratem, Hermetem & plures alios.

C'est à dire:
Il semble que les opinions des Sages sont consonantes. Ce pourquoi
il n'est pas besoin, que personne, qui est savant es choses
naturelles, viens à céder que l'Art de l'Alchimie n'est pas
vrai, encore qu'il ne la sache, car il suffit d'avoir des témoins
tels qu'Isocrates, Hermès & plusieurs autres.

PETRUS BONUS FERRARIENSIS.

Haec scientia omnibus tam speculativis quam practicis (exceptâ
lege
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 41
lege in qua est salus animae per divinam revelationem extensa)
nobilior est, nam ferè omnes qui addiscunt tam in artibus
quam scientiis quibusdam, id faciunt propter aurum & argentum
acquirendum, quia cum iis omnia necessaria acquiruntur.
Cum ergo omne quod est nobile, & propter se, magis sit eligendum
& concupiscendum, quam quod est propter aliud
& per accidens, ideo quoad hoc haec scientia omnes alias superat.
Haec autem scientia propter seipsam additcitur, quia
in ea est intrinsecum aurum & argentum, & non extrinsecum;
& veritatis inquisitio. Et quia est de nobili subjecto cui omnia
obediunt, & quod omnia suppeditat, ipsa est nobilis valdé.

C'est à dire:
Cette science est plus noble que toutes les sciences spéculatives
pratiquées (excepté la loi, dans la quelle le salut de l'âme
est étendu par la révélation divine) car presque tous les
hommes qui ont dessein d'apprendre quelque chose, en quelles
sciences que ce soit, ils les apprennent à cause de l'inclination
qu'ils ont pour l'or ou pour l'argent, puisque c'est par
iceux qu'on peut acquérir toutes sortes de nécessités. Puisque
toutes les choses qui sont donc nobles d'eux même, sont plus
à désirer & à choisir, que celles qui sont nobles à cause de
quelque autre, ou par aventure, ce pourquoi, pour autant
que cela est, cette science surpasse toutes les autres. Mais
cette science, on l'apprend pour l'amour d'elle même, à cause
que l'or & l'argent intérieur & non pas l'extérieur, & l'inquisition
de la vérité est en elle. Et puisqu'elle est d'un sujet
noble, au quel toutes choses obéissent, & qui fournit toutes
choses, elle est très noble.

Le même.

Multi antiqui Philosophi affirmant, & docent, quod haec ars
sit verissima, & sequela naturae, & regulans naturam in propria
materia ad finem a natura intentum, quem natura sola
attingere nunquam posset.

C'est à dire:
Plusieurs anciens Philosophes affirment & apprennent, que cet
art est très véritable & une suivante de la nature, & réglant
la nature dans sa propre matière, jusqu'à la fin, selon l'intention
L 2 ten-
@

42 E S C A L I E R Des S A G E S.
de la nature, la quelle la nature seule ne pourrait jamais
atteindre.

Le même.

Tota operatio, ratione generationis & mixtionis, est naturalis,
ratione autem ministrationis est artificialis, sicut patet in decoctione
ciborum.

C'est à dire:
Toute l'opération est naturelle à raison de la génération &
de la mixtion, mais au regard de l'administration elle est
artificielle comme il parait à la cuisson des viandes.

S E N D I V O G I U S in Novo Lumine.

De veritate artis si quis dubitat, legat copiosissima Philosophorum
antiquissimorum ratione & experientià verificata scripta,
quibus ut fide dignis in sua arte fides non est deroganda: Qui
vero illis fidem non adhibet, contra eum principia negantem
non esse disputandum novimus.

C'est à dire:
S'il y a quelqu'un qui doute à la vérité de l'Art, il n'a qu'à
lire les écris très abondants des très anciens Philosophes qui
sont vérifiés par la raison & par l'expérience: au quels il ne
faut pas déroger la foi, comme à des personnes qui sont dignes
de soi en leurs art: si pourtant quelqu'un fait difficulté de
les croire, nous savons qu'il n'y a pas à disputer contre une
personne qui nie les principes.

Le même.
Quam praerogativam in hoc mundo res omnes haberent prae metallis?
Cur haec sola per denegationem seminis immerito à summi
creatoris universali multiplicationis benedictione excludemus,
quam Sacrae Literae affirmant omnibus rebus creatis statim
à condito mundo inditam & impertitam fuisse: si vero semen
habent, quis tam fatuus qui non credat in duo semine illa posse
multiplicari? In natura sua ars Chemiae vera est, vera etiam natura,
sed raro vertus artifex.

C'est à dire:
Qu'elle prérogative auraient toutes choses dans le monde plus
que
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 43
que les métaux? pourquoi les exclurons nous seuls de la bénédiction
universelle du créateur par la dénégation de la semence?
ce serait injustement, vu que la Sainte Ecriture affirme,
qu'elle est donnée & communiquée, depuis le commencement
du Monde, à toutes les choses créées: Si les métaux
ont donc semence, qui est ce qui sera si fol qui ne croie
qu'ils peuvent être multipliés dans leurs semence? L'Art de
la Chimie est vraie dans la nature, la nature est aussi vraie,
mais il se trouve rarement un vrai artiste.

Le même.

Res omnis sine semine imperfecta est ratione compositi: qui
hanc indubitatae veritati fidem non adhibet, non est dignus ut
naturae secreta scrutetur; nil enim in orbe nascitur quod semine
destituatur. Semen metallorum veré & realiter ipsis est inditum.

C'est à dire:
Toute chose qui est sans semence, au regard de la composition,
est imparfaite: celui qui n'ajoute pas foi à cette vérité indubitable,
n'est pas digne de se mêler de faire inquisition aux
secrets de la nature: car il ne naît rien dans le monde qui soit
privé de semence. La semence des métaux est véritablement
& réellement mise dans eux.

J O H A N N E S De P A D U A.

Den sahmen so man in den acker wirft, erndt man, und geneust
sein hundertfeltich, den von einen einigen Kornlein gewartêt
man die fruchte, nach dem wieder nach folgende fruchte
zu hoffen. Dann ich Johan de Padua schwere auf de letzt meiner
hinfart, und wil darauf sterben, das diese herliche kunst
recht und warastich erfunden wirdt, wie dan hierinnen ohne
einige vertrucknung von wort zu wort, von hand zu der
hand verzeichnet.

C'est à dire:
On ramasse toujours telle semence que l'on a semé, & on en reçoit
cent fois le double, puisque d'un seul grain on attend le
fruit, & puis de ce fruit il y a d'autre fruits à espérer. Car
moi Jean de Padoue, je jure à la dernière heure de ma vie, &
veux mourir là dessus que cet Art tant excellent se trouve
M juste
@

44 E S C A L I E R Des S A G E S.
juste & véritable, comme elle est écrite ici sans aucune suppression,
mais de mot à mot, de la main à la main.

DIVUS T H O M A S DE A Q U I N O.
ln Tractatu de Lapide Philosophico:

Ego per artificium, natura cooperante, separavi à quibusdam
corporibus inferioribus quatuor Elementa, ita ut singula haberem
ad partem, scilicet Aquam, Ignem & Terram, & quaebet
de per se depuravi accidentibus in quantum potui, quâdam
aperatione secreta, tandem depurata conjunxi, & venit
mihi quaedam admirabilis res, quae à nullo istorum, etiam
inferiorum Elementorum subjugatur.
Nam si semper staret ad Ignem, nunquam combureretur, &
nunquam transmutaretur.

Parum hujus lapidis rubei super multum aeris projectum efficiebat
aurum purissimum.

Benedictus Deus qui talem dedit hominibus potestatem, ut imitator
naturae existens species naturales commutare possit, &
quod natura pigra hoc multis temporibus operatur.

Hoc quidem opus est veruro & perfectum, tamen tantum laborem
& foetorem, ac etiam corporis mei imperfectionem sum
perpessus, ut disponerem hoc opus nullô modô, nisi necessitate
coactus, iterum attentare.

C'est à dire:
J'ai séparé les Quatre Eléments de quelques corps inférieurs par
l'aide de la nature & par artifice, tellement que j'avais chacun
à part, à savoir, l'Eau, le Feu & la Terre: & j'ai purifié
chacun à part soi autant que j'ai pu de leurs accidents, & ce
par quelque opération secrète; j'ai joint à la fin ce que j'avais
dépuré, & il m'est venu une chose admirable, qui ne se laisse
subjuguer à aucun de ces Eléments inférieurs. Car si elle demeurait
toujours sur le feu, elle ne se brûlerait ni se transmuerait
ou changerait jamais.

Un peu de cette Pierre rouge, jeté sur beaucoup de cuivre,
parfaisait de l'or très pur.
Dieu soit bénit, qui à donné une telle puissance aux hommes,
qu'é-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 45
qu'étant un imitateur de la nature, il peut changer les espèces
naturelles, & que la paresseuse nature opère cela de long
temps.

Cette oeuvre est bien vrai & parfait, j'ai pourtant souffert un si
grand labeur & tant de puanteur & aussi une si grande incommodité
de mon corps, que je me résoudrais bien de ne recommencer
jamais cette oeuvre, à moins que d'y être contraint
par la nécessité.

Qu'est ce qu'il vous semble, mon très cher, ces témoins ici
seront ils suffisants pour confirmer la vérité de la science des
Philosophes, ou bien vous en plaît il encore davantage? je
pourrai fort bien satisfaire à vôtre désir par le moyen de l'autorité
de plusieurs centaines d'autres auteurs qui ne seront
pas moindres que ceux que je vient d'alléguer.

V R E D E R I C.

Monsieur, il n'est pas besoin que vous vous donniez cette peine
là; & encore que je sois assez assuré de la vérité de la chose,
sans l'allégation de tant de braves savants, je ne trouverais
pourtant pas mal à propos de tâcher de vérifier la science §. 3.
de la Pierre des Philosophes par le moyen de la Sainte Ecriture La vérité de
même. la science de la
Pierre des Philo-
F R A N C O I S. sophes tirée de
la sainte E-
Vous ne feriez pas mal, si cela se pouvait. criture.

V R E D E R I C.

Je ne sais si vous avez lu dans l'Exode de Moïse au chapitre
28. vers. 30ième ce qui, à mon avis, peut fort bien être
appliqué à la Pierre des Philosophes.

F R A N C O I S.

J'ai bien lu & parlu la Sainte Ecriture plusieurs fois, mais
je ne sais si j'ai justement pris réflexion sur ce que vous avez
dessein de proférer.

V R E D E R I C.

Je vous dirai donc les paroles que nôtre grand Dieu parla à
Moïse:
M 2 Tu
@

46 E S C A L I E R Des S A G E S.
Tu mettras au Pectoral de jugement Urim & Thummin les
quels seront sur le coeur d'Aaron, quand il viendra devant le
Seigneur.

Or à ct'heure, vous savez, que Urim est autant à dire que Lumière
en Français, & Thummin autant que perfection.

Vous savez aussi que la Première matière ou le Menstrue
des Philosophes (du quel, dedans le quel, par le quel & avec
le quel, selon le dire des Philosophes, l'universel doit être
fait) est une matière luisante, à la quelle les vrais Philosophes
ont aussi pour cela donné le nom de Aqua glacialis lucida,
qui est à dire:

De l'eau glacée luisante: & que la dernière matière qui en
doit provenir est l'Etre le plus parfait de tout le Monde, cela est
aussi assez connu à tous les vrais Philosophes: & lors que ce Urim est
produit par la nature & par l'art jusqu'à l'être de Thummin, ou
jusqu'à la perfection de la Teinture, il me semble que ma soutenue
ici n'est pas fort égarée de croire que l'Urim & Thummim,
que le Tout puissant avait ordonné à Aaron de les porter
continuellement sur son coeur, ont été la Lumière commençante
& la fin perfectionnée de la Pierre des Philosophes.

Je crois aussi que vous êtes d'accord avec moi que Moïse a
possédé la science du grand universel.

Voyons ce qui en est écrit chez EZRA au deuxième verset du
chapitre huitième, du Livre Troisième:

Tout ainsi que si tu interroges la terre, elle te dira, qu'elle
produit beaucoup de matière terrestre pour faire les pots: mais

Pour faire l'or elle ne donne qu'un petit de poudre. e. c.

C'est par là qu'il est à voir que l'Or a été fait en ces vieux
temps par un peu de poudre. Et je vous prie quelle poudre
peut ce avoir été autre que celle de la Pierre des Philosophes? en
Latin appelé Pulvis projectionis, & en Français Poudre de
projection.

Mon très cher il ne faut pas entendre, qu'il est parlé ici de la
poudre de la Terre vulgaire, mais de celle que la Terre des métaux
Qu'est
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 47
Qu'est ce que nous en trouvons écrit dans le Livre second des
Macchabées au Premier chapitre, vers: 18. & suivants.

V. 18. Nous donc qui voulons faire la purification du Temple
au vingt cinquième jour du mois de casleu il nous a été avis
qu'il était nécessaire de vous le signifier, afin que vous solennisiez
pareillement le jour de la fête des tabernacles, &
le jour du feu, quand Nehemie offrit les sacrifices, après qu'il
eut édifié le Temple & l'Autel.

V. 19. Car quand nos pères furent menés en Perse, les Sacrificateurs
qui alors adoraient Dieu, prirent secrètement le
Feu de l'Autel, & le cachèrent en une vallée, là où il y
avait un puis profond & sec: & le gardèrent là, tellement que
le lieu fut inconnu à tous.

V 20. Et quand plusieurs ans furent passés & qu'il plut à Dieu
que Nehemie fut envoyé du Roi de Perse, il envoya les neveux
de ces sacrificateurs qui avaient musé le feu, pour le
requérir; & comme ils nous ont récité, ils ne retrouvèrent
point le feu, mais trouvèrent de l'Eau grasse.

V 21. Et leur commanda de la puiser, & de lui apporter: &
le Sacrificateur Nehemie commanda que les Sacrifices qui
étaient mis sur l'autel, & le bois, & les choses qui étaient
mises sus, fussent arrosées de cette Eau.

V. 22. Et quand cela fut fait & que le temps vint, que le soleil
resplendit, le quel était auparavant couvert d'une nuée: un
grand feu s'alluma si que tous s'en émerveillaient.

V. 23. Et tandis que le sacrifice brûlait, tous les sacrificateurs faisaient
oraison, Jonatan commençait, & tous les autres répondaient.
e.c.

Et au versets suivants:
V. 31. Et quand le sacrifice fut tout brûlé, Nehemie commanda
que les plus grandes Pierres fussent arrosées du demeurant
de l'Eau.

V. 32. Quand cela fut fait, la flamme s'alluma d'icelles: mais
elle fut consumée de la lumière qui resplendissait de l'autel.

V.33. Et quand cela fut manifesté, il fut rapporté au Roi de
N Perse,
@

48 E S C A L I E R Des S A G E S.
Perse, qu'on avait trouvé de l'Eau au lieu où les Sacrificateurs
qui avaient été transportés avaient musé le feu, de la
quelle Nehemie, & ceux qui étaient avec lui avaient purifié
les sacrifices.

V. 34. Et quand le Roi eut diligemment examiné la chose, il
environna le lieu de muraille, & le fit saint.

V. 35. Et y donna grands biens & les y distribua.

V. 36. Et Nehemie appela ce lieu là cepthar, qui est interprété
Purification: mais de plusieurs est appelé Nepthar.

Et au treizième chapitre du même Livre est fait mention aussi
bien de la Cendre Sainte que du Feu Saint: car il est dit au.

Verset. 5. Or il y avait au même lieu une tour de cinquante coudées
de haut pleine de cendres, la quelle avait une machine se
tournant de toutes parts en bas en la salle.

V. 6. Celui qui était convaincu de sacrilège, ou qui avait
commis quelque autre grand crime, était jeté de tous à la
mort.

V. 7. Or il advint que ce prévaricateur mourut de telle peine,
sans être enseveli.

V. 8. Ce qui advint justement: car pour ce qu'il avait commis
beaucoup de péchés auprès de l'autel de Dieu auquel était le
feu pur & la cendre, aussi lui même à été condamné à mourir
en cendre.

Voyez, mon bien aimé, s'il n'est pas très apparent que ce Feu
Saint de l'autel n'a pas été le même qu'est la matière de la
Pierre des Philosophes? la quelle, étant séchée, est capable
d'allumer en un moment les matériaux qui sont faciles à concevoir
la flamme, & de causer en très peu de temps un feu
prodigieux, comme celui qui est cause par un éclair, là ou
cette dite matière ne se consume pas elle même, mais devient
par l'attraction de l'air une Eau grasse, la quelle est sans doute
capable de faire toutes les opérations que l'Eau de l'autel
à pu faire, de la quelle nous discourrons (Dieu aidant) plus
amplement quand nous traiterons de la Matière de la Pierre
ou du Menstrue des Philosophes. Tou-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 49
Touchant la Cendre Sainte: il est aussi très apparant, que ç'a
été la cendre des Philosophes, puisqu'il se laisse séparer une
Terre ou Cendre très fine de la matière des Philosophes très
ressemblante à la Cendre des bois ou des tourbes pour l'aspect
extérieur, laquelle peut être procurée par des circulations
itératives de ses Eléments, de la quelle nous parlerons aussi
plus au large lors que nous tiendrons propos des Quatre Eléments,
& spécialement de la Terre des Philosophes, laquelle
peut être produite par le NEPTHAR ou CEPTHAR à une si
grande pureté & à une telle perfection qu'elle est capable de
faire les même merveilles que les cendres de l'autel.

L'Or même, qui est le plus pesant de tous les métaux, peut être
réduit, par cette purification ou Cepthar, à une cendre si fine
& si légère qu'il peut même nager sur l'eau comme la cendre
commune, de la même manière que Moïse à sans doute
pulvérisé le veau d'or qu'il a épart sur l'eau comme il est à
voir au Deutéronome Chap 9. v. 21. ou il est dit:

Puis je pris vôtre péché que vous aviez fait, savoir le veau,
& le brûlai au feu, & le brisai en le bien broyant jusqu'à ce
qu'il fut menu comme poudre & jetai la poudre d'icelui au
fleuve qui descend la montagne.

Il est ici à remarquer, en passant qu'il est dit:

Je le brûlai au feu, & le brisai en le bien broyant jusqu'à qu'il
fut menu.

Moïse aura sans doute se servi de la matière des Philosophes
pour brûler le veau d'or au feu, pour le briser & pour le broyer;
à cause que l'or, comme vous savez, ne se laisse pas brûler,
briser, ni broyer menu par d'autre voie que par celle du feu
humide de la matière de la Pierre, comme nous dirons
ailleurs.

Ne vous semble il pas que ce que nous avons dit ici pour la confirmation
de la vérité de la Pierre des Philosophes, & qu'il y
a plusieurs siècles qu'elle a été dans le monde, doit suffire?
Je suis autrement prêt de vous le vérifier encore davantage
par des histoires de la vraie transmutation des métaux en or,
qui sont même arrivées dans le siècle que nous vivons: mais
N 2 puis-
@

50 E S C A L I E R Des S A G E S.
puisqu'il me semble, que ce que vous & moi avons récité &
allégué ici abondamment doit suffire pour des personnes qui
sont douées d'un esprit raisonnable, & qui aiment la recherche
de la vérité, je cesserai de douter avec tant de milliers de
personnes, si la Pierre des Philosophes a été autre fois au monde
& si la connaissance d'icelle y est encore, mais commencerai
de parler avec une assurance indubitable de la Matière
de la Pierre des Sages.

-------------------------------------------------------------

C H A P I T R E IV.

De la Matière de la Pierre des anciens Sages. Récit du labeur inutile de
l'auteur. Le sentiment de l'auteur de la matière de la Pierre des
Philosophes.

F R A N C O I S.

Out ce que vous avez rapporté de la
Sainte Ecriture est fort digne de remarque, car cela met le
sceau sur nôtre discours, ceux qui ne se veulent pas contenter
avec tout ce qui est dit ici, ils se pourront contenter de
la façon comme il leur plaira, il nous en importe fort peu. Continuons
§. 1. de poursuivre nôtre intention, & voyons, ce que c'est
De la Ma- de la vraie Matière de la Pierre des Philosophes & de quoi elle
tière de la doit être préparée.
Pierre des
Philosophes. V R E D E R I C.

Hé bien François, qu'est ce qu'il vous en semble? Soyez
franc & parlez franchement.

F R A N C O I S.

En vous parlant franchement: je vous puis dire que j'en ai
lu plusieurs Auteurs, & que j'en ai discouru avec beaucoup de
personnes de ma connaissance qui ont aussi travaillé long temps
à la Chimie, & ai trouvé, qu'ils ont, aussi bien que moi, travaillé
long temps en vain avec le comte de Trévisan & avec une
infinité d'autres tout en sauvage & sans aucun fondements, &
qu'ils ont fait des grands frais & des sottises innombrables es végétaux,
Animaux & Minéraux, à ct'heure dans un seul, après
dans plusieurs ensemble; aussi dans le Souphre commun, dans
le Mer-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 51
le Mercure commun, dans le sel commun, & dans une infinité
d'autres sujets particuliers. Mais que je n'ai à la fin trouvé rien
de meilleur que le Mercure double, qui est réduit par son père
à une Eau la quelle le poisson Rémora rend toujours trouble, &
dans un état quelle est capable de réduire tous les métaux & minéraux
à leurs première matière, & de là à un être meilleur
qu'ils n'ont été: lequel double Mercure, sans addition d'aucune
chose étrange, de lui même, en lui même, avec & par
lui même un sage artiste peut faire passer par la couleur noire à la
blanche, & de là à la rouge: qui sont les trois couleurs capitales,
par les quelles il faut que la matière de la Pierre passe, selon
le dire de tous les Philosophes.

V R E D E R I C.

Vous dites là bien des choses en peu de paroles, & si vous y
mettiez encore quelques unes auprès, il ne vous serait pas fort
difficile de me faire accroire que vous possédez l'universel vous
même.

F R A N C O I S.

Non, mon très cher, je ne possède nullement ce haut secret,
mais ce que je viens de dire, & ce que je tâcherai de proférer en
suite, je le puis faire en homme d'honneur, & encore que je
m'estime indigne de ce grand trésor des Sages, je me trouve pourtant
obligé de poursuivre mon entreprise, sous espérance que le
St Esprit arrosera mon dessein de sa rosée céleste! Et vous, mon
ami, n'avez vous pas aussi bien fait des choses & des sottises devant
que vous êtes parvenu à quelque chose de bon? ou bien n'avez
vous pas encore rien qui vaille?

V R E D E R I C.

Non non, j'ai aussi quelque chose de bon, mais si je vous disais, §. 2.
que je n'ai pas employé un labeur indicible & que je n'ai Récit du
pris une peine incroyable en vain, j'épargnerais la vérité: & labeur inutile
pour vous montrer que je ne vous veux rien celer, mais que je de l'auteur.
vous veux déclarer le tout en toute sincérité comme au meilleur
ami que j'ai au monde, je vous supplierai d'avoir la patience
d'écouter un peu combien j'ai été facile de croire les belles paroles
des imposteurs, en combien de sortes de matières j'ai été
occupé, & combien d'années j'ai été séduit: il est bien vrai
qu'il me serait impossible de vous dire le tout, puisqu'on en écrirait
O rait
@

52 E S C A L I E R Des S A G E S.
un gros livre, ce qui n'est pas ici nôtre intention, je vous
en raconterai seulement quelques uns, & cèlerai cependant les
noms des séducteurs, encore qu'ils mériteraient bien qu'on les
mettrait en public, ceux pourtant qui auront lu de leurs
livres les reconnaîtront fort bien.

L'an 1654, étant en France j'ai eu la rencontre d'une Dame
de Condition, qui disait avoir demeuré à la cour du Roi,
& d'avoir reçu un secret du père défunt de son mari, pour faire
grader l'argent en Or: moi, ayant été dès ma jeunesse curieux
& désireux d'apprendre toutes sortes de sciences & de curiosités
honnêtes, je m'adressais auprès de cette dite Dame, &
après beaucoup de civilités j'obtenais autant de sa grâce, qu'elle
me communiqua son eau gradante, la quelle n'était rien autre
chose que de l'eau de pluie assemblée en temps d'orage d'éclair
& de tonnerre, de la quelle il fallait amasser dix à douze pots,
& la distiller tant de fois par dessus des atomes d'argent de coupelle
jusqu'à tant que tout l'argent fut gradé en Or: je faisais
assembler de cette eau susdite en France, & après que j'avais fait
travailler longues années avec grand soin, selon l'ordre de la
Dame susdite, il n'en est demeuré rien que de l'eau & de l'argent
de la même façon qu'on les avait joins ensemble: je donne
à penser à tous ceux qui ont la moindre connaissance, si ce n'était
pas une très grande sottise de s'amuser à des choses si peu fondées,
vu que l'eau de pluie n'a point d'ingrés dans l'argent,
& qu'elle ne peut en suite y faire aucune altération, & encore
moins aucun amendement.

L'an 1656. Un certain Liégeois s'est adressé à moi, proposant
qu'il pouvait faire transmuer le vif argent en argent très fin,
& ce en vingt & quatre heures de temps, & que cette gradation
du vif argent étant une fois faite, que la même eau pouvait faire
la même graduation plusieurs fois de suite avec un grandissime
profit: il demandait pour cette science une somme de deux mille
écus, mais moi, étant bien désireux de l'apprendre, je souhaitais
de lui d'en voir une épreuve, devant que de m'engager
avec lui d'aucune chose, il m'octroya ma demande, & mettre
dans une bouteille, (qui contenait environ deux pintes d'humidité)
une once de vif argent dedans une eau qui paraissait
claire comme de l'eau de roche, le quel se transformait en vingt
& quatre heure de temps au froid en argent très fin de coupelle;
le; la
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 53
la quelle opération j'ai fait deux fois de suite de mes propres
mains, & nonobstant que j'étais alors encore bien ignorant
aux opérations chimiques, j'avais pourtant la prévoyance, qu'après
avoir vu le Mercure coagulé en cristaux transparents, que
je les pesais sur une balance, & après avoir aperçu que ces cristaux
pesaient bien trois ou quatre fois plus que le mercure avait
pesé auparavant, & qu'après la fonte il n'en sortait non plus
d'argent que l'argent vif avait pesé, j'ai pourtant encore pu connaître
pour alors autant, que la chose n'était pas sincère, sans
en avoir pu donner aucune raison fondamentale, ce pourquoi
je l'ai considéré comme un trompeur, & n'ai pas voulu traiter
avec lui: ayant pensé par après à cette affaire, j'ai trouvé que
cette eau gradante (comme il disait) n'a été rien autre chose qu'une
solution d'argent fin, & que le vif argent en a attiré autant
d'argent comme il était environ pesant, le quel est envolé en
fumée, avec les esprits de l'eau forte qui étaient coagulé avec lui
lors qu'on l'a mis pour le fondre, & a ainsi laissé l'argent dans le
creuset.

Le même avait aussi un secret, de priver le cuivre rouge de sa
rougeur & de le blanchir, lequel il estimait aussi beaucoup; ce
qu'il faisait effectivement en jetant une poudre blanche sur le
cuivre rougi au feu, car le cuivre devenait blanc mais cassant,
& le borax qu'il jeta dessus en ressortait rougeâtre: mais puisque
je remarquais qu'en jetant de cette poudre sur le cuivre il se garda
fort de la fumée qu'elle causa, je n'ai pas voulu avoir à faire
avec lui, jugeant dès ce temps que la fumée était vénéneuse,
comme elle l'est véritablement, puisque cette dite poudre n'a
été autre chose que de l'arsenic, comme j'ai expérimenté assez
par après en des opérations pareilles.

Après ceci il m'a fallu converser quelques années (par ordre
de mon patron) un certain vieux & vénérable Alchimiste Allemand,
qui avait beaucoup labouré & expérimenté à la Chimie,
& qui croyait aussi de posséder quantité de particuliers & des universels:
mais hélas! j'ai trouvé qu'il a su fort peu de choses
de la science métallique. Car au commencement de sa conversation
il me faisait travailler avec de l'esprit de sel armoniac sur des
atomes d'argent, les quels il fallait tenir long temps en digestion
sur un feu de lampe, le quel y devrait grader beaucoup d'or,
mais, j'ai expérimenté que l'esprit de sel armoniac a dissout avec
O 2 vec
@

54 E S C A L I E R Des S A G E S.
le temps le cuivre, qui avait resté auprès de l'argent, & en
avait fait une solution bleue de couleur de Saphir enfoncé, &
qu'il avait laissé l'argent sans être gradé aucunement.

Après cette belle opération m'a il fait digérer long temps de
l'esprit de sel sur des atomes d'argent fin, & ce dans des matelas
d'argent fin, pour empêcher que les verres ne se cassassent par
le feu de lampe; il n'en est rien venu qu'une chaux d'argent fort
fusible à cause des esprits de sel qui y étaient concentrés, mais il
ne s'y est pas trouvé de l'or gradé dedans: il a décrié cette chaux
d'argent être un Mercure de Lune, & lui a attribué beaucoup de
vertus, aussi bien pour les transmutations particulières que pour
les universelles, mais il ne s'est rien trouvé à la réduction que de
l'argent fin.

Celle ici étant réussie comme auparavant, il m'a fait faire
plusieurs fulmens, aux quels il faisait ajouter les métaux en
forme de poudre, disant que les âmes de métaux passeraient par
le moyen de ces fulminations, & que d'icelles on pouvait fixer
des teintures: je n'ai trouvé par l'examen que des chaux des
métaux très fines qui étaient passées.

Que de l'or tonnant on pouvait tirer l'âme par la même méthode,
& qu'alors on la devrait fixer: mais vrai comme auparavant.

Que l'huile de vitriol digérée avec du tartre devrait produire
une teinture: mais vanité.

Que par le moyen de l'eau forte cohobée par dessus des cheveux
d'hommes on pouvait procurer une teinture: mais ô teinture
capable d'éteindre la vie des hommes, & de les mettre à
mort par la puanteur épouvantable qui en sorte!

Que de l'huile de Souphre tout seul on pouvait fixer une
teinture.

Que par le moyen du susdit Mercure de Lune prétendu joint
aux cendres d'étain & cimenté avec des raclures de cuivre, le
cuivre se devrait changer en argent contenant beaucoup d'or:
mais l'argent est la plus part évanoui sans laisser aucune apparence
de l'or.
J'ai
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 55
J'ai fait des telles opérations par centaines, les quelles n'étaient
qu'imaginaires, ni aucunement fondées sur des moindres fondements
de l'art métallique; jusques à, qu'au bout d'environ
seize ans, un ami qui avait pitié de moi, & de mes labeurs
infatigables, m'a présenté cordialement le vrai Menstrue des
Philosophes le quel j'ai accepté avec joie, & avec un grand
témoignage de gratitude.

Mais devant que je cesse à vous faire ce récit de mes opérations
vaines, il faut que je vous sois encore importun avec la narrée
d'une opération ou deux encore, les quelles paraissaient
extérieurement d'avoir quelque apparence de fondement.

Une bonne eau royale distillée par dessus de l'Antimoine prend
avec elle par l'alambic un Souphre très rouge qui devrait être
une teinture pour les métaux.

Une solution d'or précipitée par une solution d'argent faite par
l'eau forte, & le précipité étant dulcifié par l'eau commune
devrait donner une teinture par la digestion.

Le vif argent étant digéré avec de l'or potable (comme il l'appelle)
le vif argent se transmue effectivement en or très fin
(comme il paraît) mais je n'ai jamais gagné mais bien perdu
de l'or à des telles opérations: Il m'est arrivé entre autres,
que j'avais fait une bonne partie de ce dit or potable, lequel
j'avais mis dans une bouteille de porcelaine, sur la quelle
j'avais appliqué un col long d'une fiole de verre; y ayant
versé une bonne quantité de vif argent dedans, je l'ai appliqué
sur le feu libre, afin que (selon les ordres de Monsr. le
Philosophe) le vif argent, en montant & descendant souvent,
se put fixer en quantité & avec bon profit: mais lors
que j'avais fait sublimer le vif argent la première fois au Col
de ma bouteille, il s'y refroidit, & descendant en assez bonne
quantité en bas sur l'or potable fondu & rouge du feu, sur
lequel il était, ma bouteille de porcelaine se cassa en mille
pièces d'étonnement, tellement que j'ai ainsi perdu ma bouteille
de porcelaine avec mon or potable & mon vif argent,
non pas sans grand péril de ma vie. L'auteur de cet or potable
à fait publier par un livre imprimé, qu'il allait faire la
démonstration de cette transmutation du vif argent en or publiquement
P blique-
@

56 E S C A L I E R Des S A G E S.
à Amsterdam, & l'a fait aussi en la présence de
plusieurs personnes de considération & d'étude, qui étaient
venu pour ce sujet de vienne en Autriche, de Francfort, de
Dresde en Saxe, de Leide, de la Haye, d'Amsterdam, &
de Frise les quelles je pourrais bien nommer de nom & de surnom,
puisque j'en suis témoin oculaire, & ai entendu les
discours & les disputes que ces Messieurs faisaient ensemble
touchant cette transformation du mercure en Or, & puis dire
en vérité qu'ils ne l'ont tous considéré autrement, que pour
une transmutation véritable de vif argent en Or, & qu'ils l'ont
accepté tous pour telle avec grande admiration & applaudissement:
pour ce qu'il me regarde, je l'ai aussi considéré
long temps après pour telle, & en ai fait la démonstration
depuis à plusieurs personnes de condition, mais pour le présent,
j'en ai un autre sentiment nonobstant que c'est quelque
chose de bien rare de voir l'or joint au souphre par un
sel Alcali.

Je cesserai ici à vous faire un plus long discours de cette matière;
je vous ai seulement voulu faire connaître combien que
le monde court aveuglement à la chimie, combien il y en a
qui passent pour des braves Philosophes, & même des Professeurs
des Universités, qui n'ont pas la moindre connaissance
de la transmutation des métaux: & combien il y en a
qui se gâtent de fonds en comble eux même & quantité d'autres
avec eux.

§. 3. Je vous dirai à ct'heure mon sentiment de quelle matière qu'il me
Le sentiment semble que la Pierre des Philosophes doit être fabriquée, &
de l'auteur puis je tâcherai de vous confirmer mon sentiment par l'autorité
de la matiè- de quantité de très excellents auteurs.
re de la Pierre
des Philos. Il est très vrai ce qu'il vous a plu de dire de la matière de la
Pierre des Philosophes; je sais aussi fort bien, qu'elle a son
origine du vif argent, mais la plus grande difficulté que nous
aurons, consistera en cela, de quelle façon il faudra préparer
ce vif argent pour le rendre propre & capable d'effectuer tout
ce qui en est dit & écrit.

Il m'est fort bien connu aussi qu'il faut que le Mercure soit lavé
plusieurs heures durant de ses saletés & de ses impuretés
noires
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 57
noires, qu'il soit séché, amalgamé, distillé, sublimé & préparé
d'une telle manière qu'il puisse par une vertu aimantine attirer
à lui les rayons du Soleil & de la Lune, & qu'il les puisse
rendre corporels devant qu'il puisse mériter le vrai titre de
la matière de la Pierre.

Je tiens donc pour certain & pour un fondement inébranlable,
que la matière de la Pierre, ou le menstrue des Philosophes
ne peut être fait hors le royaume minéral, ni particulièrement
sans le vif argent, & qu'icelui vif argent est la base
seule, sur laquelle tous les ordres des colonnes de toute la
Nature, du règne minéral, se reposent.

Nous parlerons en son temps, de quelle façon ce dit argent vif,
peut être réduit, par l'aide des deux autre Principes, savoir
par le souphre & par le sel, en un tel état; que la naissance
glorieuse & incorruptible de la Pierre des Philosophes en doive
suivre par la seule circulation & conversion de ses Quatre
Eléments propres sans addition d'aucune chose étrangère.

Vous pourrez poursuivre si vous plaît avec l'allégation des Auteurs,
& moi je demeurerai cheminer avec constance sur l'unique
chemin que mon ami m'a enseigné, & sur le quel j'ai
trouvé conforme à la vérité tout ce que les Philosophes ont
écrit du maniement de la matière de la Pierre des Philosophes.

--------------------------------------------------------------

C H A P I T R E V.

Que c'est une seule chose de la quelle la Pierre des Sages se doit faire, &
éprouvé par les vrais auteurs. Des noms étranges des quels la
Pierre des Philosophes est nommée. Confirmation des auteurs, que
la Pierre des Philosophes est faite d'une seule matière, & d'une seule
manière & disposition. Que le Menstrue ou la matière de la Pierre
des Philosophes comprend en soi le nombre parfait de Dix.

F R A N C O I S.

F Ort bien: j'entends bien autant que vous
n'avez pas été endormi en vôtre temps non plus, & que vous
n'avez pas épargné vos mains moins que moi à les noircir
P 2 cir en
@

58 E S C A L I E R Des S A G E S.
en maniant les charbons; que vous avez aussi pris de la peine
assez; & que nous demeurons jusqu'à présent tout doucement
d'accord touchant la matière de la quelle la Pierre des
§. 1. Anciens Sages doit être préparée: Tâchons à ct'heure de vérifier
Que c'est que avec une quantité d'auteurs irréprochables, ce que nous
seule chose de avons soutenu, & éprouvons tout premier que ce ne doit
la quelle la être qu'Un SEUL ETRE le quel contienne le tout depuis
Pierre des le commencement jusqu'à la fin.
Sages se doit
faire, & Voyons ce qu'en dit HERMES TRISMEGISTE in TABULA
éprouvé par SMARAGDINA:
les vrais
auteurs. Quod est superius est sicut id quod est inferius, & quod inferius
sicut id quod superius, ad considerandum miracula rei Unius:
& sicut onnnes res fuerunt ex UNO meditatione UNIUS, sic
omnes hae res creatae sunt ex UNA hac re adaptatione. e. c.

C'est à dire:
Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, & ce qui est en
bas comme ce qui est en haut, pour considérer les merveilles
d'UNE chose, & comme toutes choses ont été d'UN par la
méditation d'UN, ainsi toutes ces choses sont créées de cette
UNE chose par appropriation. e. c.

ZENIOR ZADITH: in digressione autoris ad alia.

Sophismata sapientum dicunt:

Res nostra est ex una re: non opinetur aliquis quod fit
ex una re, sed ex diversis quae praeparatae factae sunt
unum.

C'est à dire:
Les devises prévoyantes des Sages disent: Nôtre affaire est d'UNE
chose: Qu'on ne pense pas qu'elle soit d'UNE chose, mais
des choses différentes, les quelles préparées sont faites UNE
chose.

Le même: De l'opération de la Teinture:
Est unum quod non moritur quamdiu fuerit Mundus, & vivificat
quodlibem mortuum, & manifestat colores occultos, &
celat manifestos.

C'est à dire:
Il y a une chose qui ne meure pas tant que le Monde dure, & qui
vivifie
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 59
vivifie toute chose morte, qui rend les couleurs cachées manifestes,
& les manifestes cachées.

B E R N H A R D U S.

In re non variant autores, cum illa semper sit unica, sola, &
eadem materia & ejustem semper naturae, in qua nihil ingreditur
quod non sit extractum ab ea, & hoc quod ipsi proximum,
& de sua natura est.

C'est à dire:
Les auteurs ne varient pas dans la chose, vu qu'elle est toujours
UNE, seule & la même matière, & toujours d'une même
nature, dans la quelle il n'entre rien qu'il ne soit tiré d'elle,
& ce qui lui est le plus proche & de sa nature.

F R A T E R F E R R A R I U S.

Lapis UNUS est, medicina UNA in qua totum magisterium
consistit, cui non additur res extranea aliqua, neque minuitur
nisi quod in praeparatione superflua removentur.

C'est à dire:
C'est une même Pierre, une même médecine dans la quelle tout
le magistère consiste, à la quelle on n'ajoute aucune chose
d'étrange, ni on n'en ôte rien, si non qu'à la préparation
d'icelle on ôte les choses superflues.

Le Même.

Materia omnium generabilium & corruptibilium est UNA, nec
deversificatur nisi per formas.

C'est à dire:
La matière de toutes choses qui naissent, & qui sont sujettes
à la corruptibilité, est UNE, & elle n'est pas diversifiée que
par les formes.

Le même. ailleurs.

Et UNA res totum est.

C'est à dire:
UNE chose est le tout.

B E R N H A R D U S.

Per Calib satis apertè patet in hac arte non esse nisi duas materias
spermaticas UNIUS & ejusdem radicis, substantiae & essentiae,
scilicet Mercurialis, solius substantiae viscosae & siccae,
Q quae
@

60 E S C A L I E R Des S A G E S.
quae nulli rei jungitur in hoc Mundo nisi corporibus.

C'est à dire:
Il parait assez à découvert par Calib, qu'il n'y a dans cet art
que deux matières spermatiques d'une & même racine, à savoir
d'une substance & d'une essence Mercurielle, qui est seule
d'une substance visqueuse & sèche, la quelle ne se joint à
aucune chose dans ce monde qu'aux corps.

Le même.

Opus nostrum fit ex unica radice, & ex duabus substantiis Mercurialibus,
crudis, assumptis & ex minera tractis, puris &
mundis, igne conjunctis amicitiae, ut exigit ipsa materia, assidue
coctis, usque dum ex duobus fiat UNUM, in quo quidem
UNO corpus spiritus, & iste corpus facta sunt à commixtione.

C'est à dire:
Nôtre oeuvre se fait d'une seule racine, & de deux substances
Mercurielles, crues, prises & tirées de la mine, jointes par
le feu d'amitié comme la matière même le requière, qui sont
continuellement cuites, jusqu'à tant que de deux il devienne
un, pourtant que dans cet un le corps soit fait esprit, &
l'esprit corps, par la commixtion.

S E N D I V O G I U S in Dialogo.

Scito quod mihi UNUS talis tantum est filius, Unus ex septem
est, & primus est; ipse quoque omnia est qui Unus tantum
erat; nihil est, & numerus ejus integer est; in illo sunt quatuor
Elementa, qui tamen non est elementum; Spiritus est
qui tamen corpus habet. e. c.

C'est à dire:
Sachez que je n'ai qu'un tel fils, il est un des sept, & est le
premier, il est aussi tout, qui était seulement Un; il est rien,
& son nombre est entier; les quatre Eléments sont en lui qui
n'est pourtant pas un Elément; il est esprit qui a pourtant un
Corps. e. c.

Le Même.

Scito etiam pro certo, quod haec scientia non in fortuna, neque
casuali inventione, sed in reali scientia locata est, & non nisi
haec
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 61
haec UNICA materia est in Mundo, per quam & ex qua
praeparatur lapis Philosophorum.

C'est à dire:
Sachez aussi pour certain que cette science ne consiste pas à la
fortune, ni à une invention casuelle, mais qu'elle a son lieu
dans une science réelle, & il n'y a que cette matière Unique
dans le Monde par la quelle & de la quelle la Pierre des Philosophes
est préparée.

J O A N N E S de P A D O U A.

Unser Wasser wird genennet, wenn es bereitet wird, Ein Ewiges
immerwehrendes und bestendiges Waffer, welchs aus
nichts den aus einen EINIGEN STRAHL, gleich so schon
als der sonnen glantz aufgezogen mag werden.

C'est à dire:
Nôtre Eau, quand on la prépare, est appelé Une Eau éternelle
toujours durable & persistante, la quelle ne peut être tirée
que d'Un seul Rayon, qui est beau comme la lueur du soleil.

Le même.

Weil alle metall durch meisterschaft in ein Argentum vivum
sichtlich verwandelt werden, so ist ein genuglich und gewislich
zeichen das alle metalla Argentum vivum gewefen feind.

C'est à dire:
Puisque tous les métaux deviennent visiblement à être transmués
par artifice en vif argent, il est un signe agréable & évident,
que tous le métaux ont été du vif argent.

P E T R U S B O N U S.

Expressè patet Solum Argentum vivum esse perfectivum hujus operis,
sine alicujus sulphuris vel alterius rei commixtione.

C'est à dire:
Il parait expressément que le seul vif argent est le perfectant de
cette oeuvre, sans la commixtion d'aucun souphre ou d'aucune
autre chose.

R A S I S in 70. praeceptis.

Mercurius est radix unius rei, & ipse solus est praeparandus, &
Q 2 erit
@

62 E S C A L I E R Des S A G E S.
erit ex eo tinctura bona, & impressio vehemens & fortitudo.

C'est à dire:
Le Mercure est la racine d'une chose, & c'est lui seul qu'il faut
préparer, & il sortira de lui une bonne teinture, une impression
forte, & la fortitude.

A L P H I D I U S.

Omne sapientum opus & Philosophorum in solo consistit Argento
vivo, nam ad Argenti vivi scientiam pervenientes nesciebant,
quod totius sui operis perfectio effet in Argento
vivo, cujus Argenti vivi substantiam prius ignorabant esse.

C'est à dire:
Tout l'oeuvre des Sages & des Philosophes consiste dans le vif
argent seul, car ceux, qui parvenaient à la science du vif argent,
ne savaient pas, que la perfection de tout leur oeuvre
était dans le vif argent, du quel vif argent ils ignoraient
auparavant la substance.

G E B E R.

Si per Solum Argentum vivum perficere poteris, perfectionis
pretiosissimae indagator eris.

C'est à dire:
Si vous le pouvez parfaire par le vif argent seul, vous serez un
enquêteur d'une perfection très précieuse.

P E T R U S B O N U S.

Solum argentum vivum est causa tota materialis, & tota substantia
Lapidis Philosophorum.

C'est à dire:
Le vif argent seul est la cause matérielle entière, & toute la substance
de la Pierre des Philosophes.

Le même.

Oportet quod ex Solo Argento vivo per artificium aliquod occultissimum
& divinum generemus Argentum vivum, mediante
Sulphuris actione extrinseci sibi à natura mixti. e. c.

C'est à dire:
Il faut que nous progenions un Argent vif par quelque artifice
très secret & divin, de l'Argent vif seul, & ce par le moyen
de l'a-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 63
de l'action d'un Souphre extérieur qui lui est mêlé de la
nature.

Le Même.

In Solo Argento vivo consistit tota perfectio.

C'est à dire:
Toute la perfection consiste dans le vif argent seul.

En voilà assez de l'Unité de la Matière de la Pierre des Philosophes:
je tâcherai de vous rendre à ct'heure certain que cette
UNIQUE MATIERE doit être une Eau Mercurielle.

Voici l'autorité des auteurs qui en sont d'accord avec moi.

B E R N A R D U S en parle ainsi.

Cum natura haec sub forma aquae apparet, appellarunt illam Philosophi
Argentum vivum, Aquam permanentem, Plumbum,
Sputum Lunae, Stannum, & C.

C'est à dire:
Quand cette nature paraît sous la forme de l'eau, les Philosophes
l'ont appelé de l'Argent vif, de l'Eau permanente & du
Plomb, du crachat de Lune & de l'Etain: & c.

Le même.

Scias quod Aqua nostra Mercurialis sit viva, & ignis adurens,
mortificans & restringens aurum plus quam Ignis communis:
& propterea quanto melius cum eo miscetur, fricatur, tanto
plus ipsum destruit, & aquà viva igneâ plus attenuatur.

C'est à dire:
Il faut savoir que nôtre eau mercurielle est vive, & un feu ardent
& mortifiant & restringent l'or plus que le feu commun:
& voici pourquoi, tant mieux qu'il est mêlé, frotté, & broyé
avec lui, tant plus le détruit il, & tant plus devient il à être
atténué par cette eau vive ignée.

Ex Epistola E D U A R D I K E L L A E R I Angli An. 1587.

Concludunt omnes Philosophi, Lapidem nihil aliud esse quam
argentum vivum animarmn: hoc vero Argentum vivum nisi
animatum fuerit, non est de intentione illorum.

C'est à dire:
Tous les Philosophes concluent ensemble, que la Pierre n'est
R n'est
@

64 E S C A L I E R Des S A G E S.
autre chose que de l'Argent vif animé: mais si ce vif argent
n'est animé, il n'est pas de leur intention.

G E B E R in Summa.

Exactissimé singula sumus experti, suis idque probatis rationibus;
nihil potuimus unquam reperire permanentis in igne praeter
viscosam humiditatem, solam radicem omnium metallorum,
reliquae omnes humiditates ab igne per evaporationem
facilè fugiunt, & per separationem unius Elementi ab alio,
velut aqua per ignem pars una in sumum abit, alia in Aquam,
in Terram alià manente in fundo vasis: sic in omnibus: quoniam
quae in homageneatione haud bene sunt unita, minimô
consumuntur igne, ae separantur à naturali sua compositione.
At humiditas viscota, Mercurius videlicet, nunquam in co
consumitur, nec separatur à sua Terra, nec ab alio suo Elemento,
nam vel omnia simul manent, vel simul abeunt, ut
nihil omnino de pondere pereat.

C'est à dire:
Nous avons très exactement examiné tout à part, & ce avec des
raisons éprouvées: nous n'avons pu jamais trouver rien de
permanent au feu, que l'humidité visqueuse, la seule racine
de tous les métaux, toutes les autres humidités s'enfuient facilement
du feu par l'évaporation & par la séparation de l'un
Elément de l'autre, comme l'eau se fait par le feu, donc l'une
partie s'en va en fumée, l'autre en eau, l'autre en terre demeurante
au fond du vase; ainsi en tous les autres: par ce que
ceux qui ne sont pas bien unis en l'homogénation se consument
au moindre feu, & se séparent de leur composition
naturelle. Mais l'humidité visqueuse, savoir le Mercure, ne
se consume jamais en lui, ni se sépare de la Terre, ni d'aucun
autre de ses Eléments; car ou ils demeurent tous, ou ils
s'en vont tous ensemble, afin qu'il ne périsse rien de leur poids.

A R N O L D U S de V I L L A N O V A.

Totum tumn studium intendatur in digerendo & coquendo Mercuriosam
substantiam, & pro sua dignitate digna reddet corpora
quae nihil aliud existunt quam substantia Mercuriosa decocta.

C'est à dire:
Que toute vôtre étude ne soit autre qu'à digérer & cuire la substance
stan-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 65
Mercurielle, & elle rendra les corps, (les quels ne sont
autre chose qu'une substance Mercurielle cuite) dignes selon
leur dignité.

M O R I E N U S & A R O S.

Nostrum sulphur, inquiunt, non est vulgare sed fixum, & non
volatile, de natura Mercurii & non ex re alia quapiam. Naturam
exactissimèe imitamur, quae in suis mineris aliam non habet
materiam in quam operetur, praeterquam puram formam
Mercurialem, ut etiam apparet optimis rationibus, auctoritatibus
& experientià: Mercurio huic inest sulphur fixum, &
incombustibile, quod opus nostrum perficit absque alia substantia
quam pura substantia Mercuriali.

C'est à dire:
Nôtre souphre, disent ils, n'est pas un souphre vulgaire, mais
un souphre fixe & point volatile, de la nature du Mercure &
non pas d'aucune autre chose. Nous suivons très exactement
la nature, la quelle n'a pas d'autre matière dans ses mines
dans la quelle elle fasse son opération qu'une pure forme Mercurielle,
comme il paraît aussi par des très bons raisonnements,
autorités & par l'expérience: Il y a du souphre fixe & incombustible
dans ce Mercure, qui parfait nôtre oeuvre sans aucune
autre substance qu'une pure substance Mercurielle.

A R O S & C A L I B.

In toto nostro opere, (inquiunt) Ignis & Mercurius tibi sufficiunt,
in medio & in fine, sed in principio non ita se res habet:
siquidem non est Mercurius noster, quod intellectu facillimum.

C'est à dire:
Le Feu (disent ils) & le Mercure vous suffisent en tout nôtre
oeuvre, au milieu & à la fin, mais il n'en est pas ainsi au commencement:
par ce que ce n'est pas nôtre Mercure, ce qui
est très facile à entendre.

S E N D I V O G I U S. In Tractatu tertio.

Prima metallorum materia duplex est, sed una fine altera Metallum
non creat: Prima & principalis est humidum aeris caliditate
mixtum, hanc Philosophi Mercurium nominarunt, qui
R 2 radiis
@

66 E S C A L I E R Des S A G E S.
radiis Solis & Lunae gubernatur in Mari Philosophico: secunda
est Terrae caliditas sicca quam vocarunt Sulphur.

C'est à dire:
La première matière des métaux est de deux sortes, mais l'une
ne crée pas le métal sans l'autre: La Première & la principale
est l'humidité de l'air mêlée de la chaleur, celle ici les Philosophes
l'ont appelé Mercure, le quel est gouverné des rayons
du soleil & de la Lune dans la Mer des Philosophes: la seconde
est la chaleur sèche de la Terre la quelle ils ont appelée
souphre.

Le même. Au Traité 7ième.

Quatuor Elementa, in prima operatione naturae , stillant per
Archaeum Natura in terrae centrum vaporem aqua ponderosum,
qui est metallorum semen, & dicitur Mercurius propter
ejus fluxibilitatem.

C'est à dire:
Les Quatre Eléments font dégoûter, à la première opération de
la Nature, par l'Archée de la Nature, au centre de la Terre
une vapeur d'eau pesante, la quelle est appelée Mercure à
cause de sa fluxibilité.

Le même. Au même traité.

Non dicimus Mercurium Philosophorum commune quid esse, &
aperté nominari, sed materia ex qua Philosophi Sulphur &
Mercurium suum creant: Quoniam Mercurius Philosophorum
non habetur per se super terram, sed ex Mercurio & Sulphure
conjunctis educitur arte: non prodit in lucem, nudus
enim est sed à natura miris modis involutus est.

C'est à dire:
Nous ne disons pas que le Mercure des Philosophes est quelque
chose de commun, & qu'il est nommé ouvertement, mais la
matière de la quelle les Philosophes font leur souphre & leur
Mercure: vu que le Mercure des Philosophes ne se trouve
pas de soi sur la terre, mais il est produit par l'art du souphre
& du Mercure joints ensemble: il ne vient pas au jour, car il
est nu mais il est merveilleusement enveloppé de la Nature.
Le mê-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 67
Le Même. Au même Traité.
Sulphur & Mercurius sunt minera nostri Argeuti vivi (conjuncta
tamen) quod Argentum vivum habet posse metalla solvere,
occidere & vivificare, quam potestatem accepit à sulplure
ocetoso suae propriae naturae.

C'est à dire:
Le souphre & le Mercure sont la mine de nôtre Argent vif (conjoints
pourtant) le quel Argent vif a le pouvoir de dissoudre
les métaux, de les occire, & des les vivifier, la quelle puissance
il a reçu du souphre aigre de sa propre nature.

Le même.

Mercurius vulgi non solvit aurum nec Argentum ut ab illis non
separetur, Argentum vivum vero nostrum solvit Aurum &
Argentum, & non separatur ab illis in aeternum, sicut aqua
mixta aquae.

C'est à dire:
Le Mercure vulgaire ne dissout pas l'Or ni l'Argent, qu'il ne
se sépare plus arrière d'eux, mais nôtre Argent vif dissout l'Or
& l'Argent, & n'est pas séparé d'eux en éternité comme l'eau
mêlée avec de l'eau.

Le Même.

Dicimus Argentum vivum materiam primam istius operis esse, &
verè nihil aliud; quicquid additur illi oritur ex illo.

C'est à dire:
Nous disons que le vif argent est la Première matière de cet
oeuvre, & il n'est véritablement autre chose: tout ce qu'on
lui ajoute a son origine de lui.

Le même.

Vox: Tibi sacro sanctè dico, Sulphur in Auro & Argento perfectissimum,
sed in Argento vivo facillimum est.

C'est à dire:
Je vous jure saintement que le souphre est le plus parfait dans
l'Or & dans l'argent, mais qu'il est le plus facile dans le Mercure.
Le mê-
@

68 E S C A L I E R Des S A G E S.
Le même.

Saturnus: Praepara Argentum vivum & Sulphur & vitrum
huc da.

C'est à dire:
Préparez le vif argent & le souphre, & donnez le verre,

Le même.

Saturnus: absque Argento vivo, in cujus regno sulphur jam rex
est, Philosophi nihil fecerunt, nec ego scio aliter.

C'est à dire:
Les Philosophes n'ont rien fait sans le vif argent, au royaume duquel
le souphre est déjà roi, & moi je ne sais rien faire autrement
aussi.

Le même.

Si non sublimabitis sulphur à sulphure, & mercurium à mercurio,
nondum invenistis aquam, quae ex Sulphure & Mercurio
quinta essentia creatur & destillatur: non ascendet qui non
descendit.

C'est à dire:
Si vous ne sublimez le souphre du souphre & le mercure du
mercure, vous n'avez pas trouvé l'eau, qui est la quintessence
la quelle se crée & distille du souphre & du Mercure: il ne
montera pas qui n'a pas descendu.

J O H A N N E S de P A D O U A.

Unser stein wird gezogen aus den mercurio, so urserm werck
notig, welches ist, Corper, Zeel und Geist; aber welcher
herkombt und geschicht aus einem unzustorlichen, volkommenen,
und gantzen reinen leichnam.

C'est à dire:
Nôtre Pierre se tire du mercure, le quel est nécessaire pour nôtre
Oeuvre, qui est corps, âme & esprit, mais le quel provient
& se fait d'un corps irréductible, parfait, & très pur.

Le même.

Unser sulphur und mercurius seind de prima materia.

C'est à dire:
Nôtre souphre & mercure sont la première matière.

Le même.

Unser resolvir wasser, der lebendige mercurius, ist de gistige
schlan-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 69
schlange, darin unser König solvirt und getodtet wirdt.

C'est à dire:
Nôtre eau résolvante, le mercure vif, est le serpent vénéneux,
dans le quel nôtre roi se dissout & se mortifie.

Le même.

Die fluff soo durch den garten des Paradis rint und fleust, und
theilet sich darnach in vier heuptwasser, zu erquicken den
baum des lebens, welcher ist unser wurtzel, ist nichts anders
den unser Mercurial wasser, dar in viel golt ist, das kostlich
ist, vertsche unser wurtzel, so von Mercurial wasser umbsangen
wird, dem in ihm wird funden rein Indiansch golt.

C'est à dire:
La rivière qui court & passe au travers du jardin du Paradis, & qui
se divise par après en quatre rivières capitales pour arroser
l'arbre de vie, la quelle est nôtre racine, n'est autre chose que nôtre
Eau Mercurielle, dans la quelle il y a beaucoup d'or qui
est précieux, entendez nôtre racine, qui est environnée de
l'or fin Indien.

Le même.

Der haupt fluff, und das erste getheilte wasser genandt Pison,
ist ein gleich bedeutnus unser Mercurial wassers, den es ist
je de erste heupt fluff, da von de andern fluffe und wasser sich
theilen, verstehe de Element.

C'est à dire:
La rivière capitale, & la première Eau divisée appelée Pison,
est en comparaison nôtre Eau Mercurielle, car elle est la première
rivière capitale de la quelle les autres eaux & rivières
se divisent, entendez les Eléments.

Le même.

Weil alle metall durch meisterschaft in ein Argentum vivum
sichtlich verwandelt werden, soo ist ein genuglich und gewislich
zeichen, das alle metal argentum vivum geweden seind.

C'est à dire:
Puisque tous les métaux se changent par artifice visiblement en
S 2 Argent
@

70 E S C A L I E R Des S A G E S.
Argent vif, c'est un signe plaisant & certain que tous les métaux
ont été de l'Argent vif.

EXPOSITOR IN LUMINE LUMINUM.

Non est confidendum in Mercurio sublimato, sed in calcinato
post sublimationem: quia cum suerit sublimatus Mercurius
Philosophorum candidus, de sua natura est volans ab igne;
cum autem à suo coagulo coagulatur, calcinatur, figitur &
retinetur, & hoc coagulum est Aurum Philosophorum, &
clavis illorum.

C'est à dire:
Il ne se faut pas confier au Mercure sublimé, mais à celui qui est
calciné après la sublimation: par ce que lors que le Mercure
des Philosophes blanc est sublimé il est de son naturel volatil
mais quand il est coagulé de sa pressure, il se laisse calciner,
fixer, & retenir, & cette pressure est l'Or des Philosophes,
& leurs clef.

L U C A S: In Turba Philosophorum.

Accipe Argentum vivam, quod est ex masculo, & iplsum secundum
consuetudinem coagulate.

C'est à dire:

Prenez l'Argent vif qui est sorti du mâle, & le coagulez selon
la coutume.

P E T R U S B O N U S.

Ex Argento vivo & sulphure natura generat corpora metallorum
omnium.

C'est à dire:
La Nature fait la génération des corps de tous les métaux de l'Argent
vif & du souphre.

Le même.
Nihil aliud adhaeret metallis nisi Sulphur & Argentum vivum, &
quae sunt ex ipsis, cum sint ejusdem natura.

C'est à dire:
Rien ne demeure attaché aux métaux que le souphre & le vif argent,
& ce qui est d'eux, puisqu'ils sont d'un même naturel.
GE-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 71
G E B E R. De Procreatione Veneris.

Studeas in omnibus tuis operibus Argentum vivum superare in
commixtione.

C'est à dire:
Vous devez vous étudier en tous vos ouvrages de vaincre l'Argent
vif en la mixtion.

Le même. Capite, de Principiis Magisterii.

Consideratio autem rei quae ultimô perficit, est consideratio electonis
purae substantia Argenti vivi, & est medium, quae
ex illius materia sumpsit originem, & ex illa creata est.

C'est à dire:
La considération de la chose qui parfait à la fin, est la considération
du choix d'une pure substance de l'Argent vif, & c'est
le moyen, qui a pris son origine de la matière & elle est faite
d'elle.

Le Même.

Laudetur benedictus gloriosus Deus altissimus, qui creavit illud;
scilicet Argentum vivum, & dedit ei substantiam, & substantiae
proprietates, quas non contingit ullam ex rebus in Natura
possidere, ut in ipsi possit inveniri.

C'est à dire:
Le Dieu le benoît, le glorieux & le très haut soit loué, qui l'a
créé, à savoir l'Argent vif, & qui lui a donné une substance
& des propriétés de substance, les quelles il n'est pas permis
à aucune des choses dans la Nature, qu'elle puisse être
trouvée en elles.

Le même.

Id ipsum Argentum vivum est quod ignem superat, & ab eo nori
superatur, sed amicabiliter in ipso quiescit, gaudeus eo.

C'est à dire:
C'est ce même Argent vif qui surmonte le feu, & n'est pas surmonté
d'icelui, mais se repose amiablement en lui, étant
volontiers avec lui.
T MORIE-
@

72 E S C A L I E R Des S A G E S.
M O R I E N U S.

Quod si sumus albus non effet, nullatenus aurum purum Alchimia
fieri posset.

C'est à dire:
Si la fumée blanche n'était pas, l'Or pur de la chimie ne se pourrait
jamais faire.

P E T R U S B O N U S.

Sulphur rubeum, luminosum, occultum in Argento vivo, cum
sit forma aurui, est tingens & transformans omne genus metallorum
in Aurum.

C'est à dire:
Le souphre rouge, lumineux, & caché dans l'Argent vif, puisqu'il
est la forme de l'Or, il teint & transforme toute sorte
de métaux en Or.

Le même.

Advertendum quod Philosophi Saturno attribuerunt Plumbum:
Jovi Stannum: Marti Ferrum: Soli Aurum: Veneri Cuprum:
Lunae Argentum: Mercurio autem nullum metallum
attribuerunt, cum non reperiantur nisi metalla praedicta sex
numerô: scilicet quae pervenerunt ad coagulationem cum liquefactione
& extensione. Et ideo Philosophi tunc reversi
sunt ad materiam propriam ex qua metalla originem contraxerunt,
cum ipsa materia sit corum substantia, & dixerunt
omnes, quod erat Argentum vivum, quod attribuerunt Mercurio:
ita quod coacti ab ipsa veritate posuerunt Materiam
metallorum de numero metallorum, ut complerent corum
numerum, juxta numerum Planetarum.

C'est à dire:
Il est à remarquer que les Philosophes ont attribué: Le Plomb à
Saturne: L'Etain à Jupiter: le Fer à Mars: l'Or au Soleil:
le cuivre à Venus: l'Argent à la Lune: mais qu'ils n'ont attribué
aucun métal au Mercure, vu qu'il ne se trouvent d'autre
métaux, que les dits, qui sont six en nombre: à savoir qui
sont parvenus jusques à la coagulation, joint la liquéfaction &
l'extension. Et c'est pourquoi que les Philosophes sont retourné
à la propre matière, de la quelle les métaux ont pris
leur origine, puisque la matière même est leur substance, &
ils ont tous dit, que c'était l'Argent vif, qu'ils ont attribué
au mer-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 73
au Mercure: de sorte qu'étant contrains de la vérité même,
ils ont mis la matière des métaux du nombre des métaux pour
emplir le nombre d'iceux selon le nombre des Planètes.

Le même.

Si ex elementis debet fieri aurum, oportet nocessario ut per dispositiones
transeat ordinatas: scilicet ut ex eis fiat Aqua Viscosa
gravis cum terra ténuissima sulphurea, quae sit Argentum
vivum: post hoc autem mediante mixtione & actione Sulphuris
extrinseci, in eo fiat aurum, vel metallum aliud, quod
post fiat aurum.

C'est à dire:
Si l'Or se doit faire des Eléments, il faut nécessairement qu'il
passe par des dispositions ordonnées: savoir qu'il s'en fasse
une Eau Visqueuse enceinte d'une Terre souphreuse très
subtile, qui soit de l'Argent vif, mais qu'après cela moyennant
la mixtion & l'action du souphre extérieur, il se fasse
dans icelui (vif argent) de l'Or, ou quelque autre métal,
qui devienne de l'Or par après.

Le même.

Materia prima, propinqua & proxima & univoca, metallorum
omnium est Argentum vivum, non in natura sua, sed ut est ab
agente proprio, scilicet sulphure liquabili in terrae mineralibus
coagulatum, ut cum ipso sulphure, ergo Materia.

C'est à dire:
La Première Matière, la proche & la plus proche, & l'univoque
de tous les métaux c'est l'Argent vif, non pas comme il
est en sa nature, mais comme il est coagulé de son propre agent
es minéraux de la terre, à savoir du souphre fusible, comme
du souphre même, c'est donc la Matière.

Le même.

In vanum ergo laborant in alio quam in Argento vivo cum sulphure,
sicut Natura docuit.

C'est à dire:
Ceux donc qui travaillent en autre chose, qu'en l'Argent vif avec
le souphre, comme la Nature l'a apprise, ils travaillent
en vain.

Le même.

Foetus est ex spermate sicut ex efficiente, & ex menstruo sicut ex
T 2 mate-
@

74 E S C A L I E R Des S A G E S.
materia. Eôdem etiam modô dicimus omnino quod Aurum
& Lapis Philosophorum est ex sulphure, sicut ex efficiente,
& ex Argento vivo sicut ex Materia.

C'est à dire:
Le fruit de l'homme provient du sperme comme de la cause efficiente,
& du menstrue comme de la Matière. De la même
manière disons nous aussi, que l'Or & la Pierre des Philosophes
provient assurément du souphre comme de la cause
efficiente, & de l'Argent vif comme de la Matière.

Le même.

Cum ergo aurum fit generatum, nutritum, perfectum & completum
à natura ex solo Argento vivo, ab extrinseco sulphure
digesto, & ultimo ab eo expoliato: ergo & Lapis Philosophorum
ex eisdem debet generari, perfici & compleri, ex
quibus est Aurum, & non ex extraneis.

C'est à dire:
Puisque l'Or est donc engendré, nourri, parfait, & accompli
de la Nature, du vif argent seul digéré de son souphre extérieur,
& à la fin dépouillé d'icelui: La Pierre des Philosophes
doit donc être engendrée, nourrie, parfaite & accomplie
des mêmes que l'or, & non pas des choses étranges.

Le même.

Cupiens naturam sequi per Artem Alchimiae, non impendet
laborem in Argento vivo solo, scilicet vulgi, nec in suphure
solo, scilicet vulgi, nec cum aliquibus aliis intermixtis, sed
nec Naturae, imo nec in Argento vivo & sulphure conjunctim,
quod forsan videtur mirabile: sed in co, in quo sunt à
Natura conjuncta, quia Natura praeparavit arti sicut Ancillam.
Conjungit autem Natura ipsa a principiis generationis,
sicut in lacte butirum, caseum & seraceum, quae post digerit,
& ab invicem separat, & sequestrat: similiter & ars.

C'est à dire:
Celui qui a désir de suivre la Nature par l'Art chimique, il
n'emploiera pas son labeur à l'Argent vif seul, savoir à l'Argent
vif vulgaire, ni au souphre seul, savoir le souphre
com-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 75
commun, ni avec aucune autres choses entre mêlées, mais
ni à ceux de la Nature, ni même à l'Argent vif & souphre
joints ensemble, ce qui semble peut être admirable: mais en
celui dans le quel ils sont joints de la Nature, puisque la Nature
les a préparés pour l'art comme une servante. Mais la Nature
les joints dès les commencements de la génération, comme
elle joint le beurre, le fromage & le petit lait dans le lait, les
quels elle digère par après & les sépare d'ensemble, & les met
en séquestre: de même fait l'Art.

V R E D E R I C.

Mon bien aimé François, vous nous faites presque les matines
trop longues, en récitant tant d'Auteurs qui ont écrit de la
Matière de la Pierre des Philosophes.

F R A N C O I S.

Mon très cher, il est nécessaire que je le fasse, à cause que la plus
part des gens, des savants aussi bien que les ignorants, n'ont
pas seulement de la peine de croire qu'elle soit dans la Nature,
mais nient même absolument son être, & puisque nous n'avons
pas d'autre intention que de produire des choses conformes à
la vérité & à l'expérience, c'est donc le fait des gens de bien
& d'honneur, de ne se point tâcher de menteries mais de vérifier
leur paroles par l'autorité des auteurs sains & savants,
& qui sont estimé tels de tous ceux qui ont de la vertu & de la
connaissance.

V R E D E R I C.

Vous avez raison, & vous en avez cité assez pour faire croire à
toutes personnes raisonnables, qu'il faut que la Matière de
la Pierre soit procurée hors des métaux, dans les métaux, avec
les métaux, & par les métaux, & particulièrement par l'Argent
vif: & qu'il faut qu'il soit réduit à un Etre Unique, appelé §. 4.
d'Hésiode, d'Ovide & d'autres Chaos: vous savez aussi Des noms étran-
qu'elle est nommée de plusieurs noms: de quelques uns Fontina ges des quels la
& Aqua glacialis lucida: par d'autres Aqua viscosa: Pierre des Phi-
Menstruum Philosophicum: Aqua unctuosa: Aqua manus losophes est
non madefaciens: Superius & Inferius: Azoth & Grone nommée.
Leew: Aqua Pontica: Mercurii spiritus, Aqua Coelica: Miraculum
miraculorum: Wit Leliensap: Lunae water ou Argentum
vivum: Acetum acerrimum: Lac virginis: Sapo sapientum:
V pien-
@

76 E S C A L I E R Des S A G E S.
Unser Wurtzel: Spiritus vitae, & avec une infinité
d'autres noms, mais que les Philosophes n'ont pourtant en§.
3. tendu par là qu'Une & même matière, & qu'un & même
Confirmation maniement; tellement que l'Art de l'Alchimie n'est pas seulement
des Auteurs une au regard de la Matière, mais en toute façon; en
Que la Pier- sorte que toutes les choses, qui sont requises en cet art,
re des Phi- se réduisent toujours à Une chose, comme à son genre général,
losophes est le quel ne r'accepte aucune diversité: Et une marque
faite d'une certaine de cette Unité & celle ici, est, que tous les savants
seule matiè- en cet art s'entre entendent toujours, encore qu'ils s'entre
re, d'une parlent d'une manière fort étrange, tout de même comme
seule maniè- s'ils parlaient d'une même langue, & d'un même langage qui
re & dispo- n'est connu qu'à eux seuls, ce qu'il ne pourrait être si l'art
sition. était divers & diversifié en plusieurs, aussi bien touchant
la Matière qu'au regard de la manière de l'opération
& du maniement: c'est pourquoi que dit.

L I L I U M.

Unâ viâ, unâ re, unâ dispositione, unô actu totum magisterium
terminatur.

C'est à dire:
Tout le magistère se termine, par un chemin, par une chose,
par une disposition, par une action, ou par une façon d'agir.

A L P H I D I U S.

Non indiges nisi unâ re, scilicet Aquâ, & unâ actione, quae est
coquere, & non est nisi unum vas ad Album & Rubeum sisimul
faciendum.

C'est à dire:
Vous n'avez besoin qu'une chose, à savoir l'Eau, & d'une façon
d'agir, qui est de cuire, & il n'y a qu'un vase, pour
faire le Blanc & le Rouge tout ensemble.

M O R I E N U S.

Licet sapientes sua nomina & dicta mutarent, tamen semper in
telligere voluerunt unam rem, & dispositionem unam, &
viam unam, & qui alium Lapidem ad hoc Magisterium quaefierit,
assimilabitur viro per scalas absque gradibus ascendere
nitenti.

C'est à dire:
Encore que les Sages changeraient leurs noms & dictons, ils ont
pour-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 77
pourtant toujours voulu entendre Une même chose, & Une
disposition, & Un chemin; & celui qui aura cherché une autre
Pierre pour ce Magistère, il sera comparé à un homme
qui tâche de monter un escalier sans degrés.

Y E S M U D R U S.

Omnia nomina sunt vera, sicta tamen sunt eo quod Unum sunt,
& opinio Una & Unum iter.

C'est à dire:
Tous les noms sont vrais, ils sont pourtant contrefaits à cause
qu'ils sont Une chose, & Une opinion & Un chemin.

H E R C U L E S R E X S A P I E N S.

Hoc autem magisterium ex Una sola prima radice procedit, &
postmodum in plures res expanditur, & iterum in Unum revertitur.

C'est à dire:
Ce Magistère procède d'Une seule première racine, & s'étend
par après en plusieurs choses, & retourne derechef en Un.

M O R I EN U S.

Res sive Materia ista est tantum Una, tam ad Tincturam Albam
quam ad Rubram, & dispositio una, & via una, & vas
unum, & terminus & finis unus, & modus operandi unus,
omnia unum, sed pluribus modis & infinitis quasi tradita.

C'est à dire:
Cette chose ou cette Matière, aussi bien pour la Teinture
Blanche que pour la Rouge, n'est qu'une, & une disposition,
& un chemin, & un vase, & un terme & une fin, & une manière
d'opérer, & toutes choses sont une mais qui est apprise
de plusieurs & quasi d'une infinité de manières.

Le même.

In una dispositione mutantur omnes colores, sod quanto ignis
magis ejus colores innovat, tanto plura nomina sibi imponunt.

C'est à dire:
Toutes les couleurs se changent en une disposition, mais tant
plus que le feu change ses couleurs, tant plus de noms lui
donnent ils.
C'est assez discouru, à ce qu'il me semble, de la Matière de la
quelle la Pierre des Sages doit être faite.
V 2 FRAN-
@

78 E S C A L I E R Des S A G E S.
F R A N C O I S.

Très abondamment: & s'il y a quelqu'un qui pourrait souhaiter
d'en savoir davantage, il pourra prendre la peine de regarder
les auteurs que je viens d'alléger, il y trouvera une
satisfaction entière: mais il semble qu'une chose doit être
avertie ici, à savoir: que nous n'entendons pas simplement
ici par la Première Matière la semence astrale, ou la semence
spirituelle & incorporelle des métaux, mais le sperme corporel
d'iceux, dedans le quel la semence spirituelle est attirée
par la vertu aimantine, & dans le quel il est devenu, par
le Nitre spirituel de l'air, à une huile grisâtre & épaisse, la
quelle paraît de jour à la chaleur du soleil comme une huile d'olive,
& la nuit comme une eau congelée luisante de tous cotés
comme un argent poli, & qui pour cette raison est appelée,
avec justice, Aqua glacialis lucida, qui est à dire:
de l'Eau glacée luisante.

F R E D E R I C.

Vous faites bien de donner ici cette advertance, car nôtre discours
ne tend pas ici à cette Première Matière, de la quelle
le grand Dieu à fait l'effusion de son sein au Soleil du Ciel au
commencement lors qu'il a créé la Lumière, de la quelle tous
les mixtes, par le moyen de l'Air & de l'Eau, reçoivent leur
naturel végétant & vivant dans la Terre; mais nous entendons
§. 4. ici une telle Matière, laquelle, quand elle naît, provient
Que le Mens- & paraît en forme & façon d'une Eau épaisse, de la
true ou la couleur d'un Calcédoine ou d'une nuée chargée de pluie la
matière de quelle contient
la Pierre Premièrement: La Première Matière des métaux, ou leur
des Philo- semence astrale.
sophes com- Secondement: Les Deux qualités Contraires: L'Humide &
prend en le Sec.
soi le nom- Tiercement: Les Trois Principes: le Souphre, le Mercure
bre parfait & le Sel.
de dix. Et en quatrième lieu: les Quatre Eléments: le Feu, l'Air
l'Eau & la Terre, selon le poids de la Nature, & le nombre
parfait de dix; & tout cela dans Une Eau métallique faite
par la Nature.
CHAPI-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 79
C H A P I T R E VI.
Interprétation les noms étranges que les Anciens Sages ont donné à la Pierre
des Philosophes. Expérience de l'auteur touchant le Lion vert. La raison pourquoi tant de sortes de noms sont donné à la Pierre des Philosophes.
F R A N C O I S.
C 'est ainsi comme vous dites: mais devant
que nous finissons ce chapitre nous tâcherons de
parler encore un peu plus clairement de cette Première
matière, de nous divertir encore un peu dans l'Unité, & §. 1.
de faire une interprétation, autant succincte que faire se peut Interprétation
des noms que les auteurs, que vous vous êtes donné la peine des noms étranges
d'alléger, qui ont possédé la Pierre des Philosophes, ont que les Anciens
donné à leur Première Matière, afin que vous puissiez juger Sages ont donné
si j'en discoure avec bon fondement, & afin que tous ceux, à la Pierre des
qui sont des amateurs de cette science, se puissent garder de Philosophes.
tous les imposteurs & trompeurs, & qu'il puissent croire constamment
avec nous, qu'il n'y peut pas avoir d'autre Matière
dans la Monde, de la quelle l'Or & la Pierre des Philosophes
peuvent être préparés, que celle dont nous discourons
présentement.
Cette Matière est appelée Chaos de Hésiode, d'Ovide & d'autres
qui les suivent, & ce avec des raisons bien profondes:
car comme on entend par le Chaos une matière crue, confuse
& liée en une seule matière, de la quelle tous les mixtes
ont eu leur être naturel. Mais est aussi cette matière au Règne
minéral un Chaos, ou une matière crue, confuse & liée en
une seule matière, de la quelle l'Or & la Pierre des Philosophes
ont leur origine, les autres métaux devenant par accident
du Plomb, de l'Etain, du Fer, du Cuivre & de l'Argent,
& en cas qu'on pourrait dire qu'une matière palpable
peut être sans couleur, on pourrait appeler cette matière
ou Chaos des Philosophes telle, n'ayant quasi aucune couleur,
contenant pourtant en elle caché toutes les couleurs capitales,
comme la Noire, la Blanche, la jaune, la verte,
la Bleue, la Rouge & la Pourpre, qui se découvrent successivement
par une et même opération, et dans un et même vase,
c'est pourquoi que les Anciens l'ont dit être de la couleur de
la peau d'un Loup, ou d'un Lion.
X Cette
@

80 E S C A L I E R Des S A G E S.
Cette matière est aussi appelée Chaos, à cause, qu'encore
qu'elle soit faite naturellement hors des métaux, dans les métaux,
avec les métaux & par les métaux, par les influences
célestes, sans aucune addition des mains, du Feu, de l'Eau,
ni de la Terre, il ne s'y peut voir ni on n'en peut retirer jamais
aucun corps métallique.

Elle est appelée de Bernard Comte Trévisan, Fontina: puisqu'elle
est une vraie Fontaine de vie, & comme toutes les
choses créées, & même les trois autres Eléments ne peuvent être
ni subsister sans l'Eau: Ainsi de même est celle ici une
Fontaine de vie pour les trois Royaumes, le végétal, Animal
& minéral, puisqu'il se prépare dans icelle une Eau de
vie, à savoir une Teinture Universelle pour tout ce qu'il
végète & pour tout ce qui a vie.

Aqua Glacialis Lucida: à cause qu'elle paraît à la fraîcheur de
la nuit comme une glace luisante, principalement en hiver,
lors qu'elle paraît telle de jour aussi bien que de nuit.

Aqua Viscosa: à cause qu'elle paraît en toute façon comme une
glu, & qu'elle s'attache aux métaux comme une glu
s'attache au bois & aux autres matières qui sont en affinité
avec elle.

Menstruum Philosophicum: à cause que, comme le sang menstruel
donne la nourriture & l'entretien au foetus jusqu'à sa
perfection entière: qu'ainsi ce menstrue rend aussi son enfant,
du quel il est enceint, participant de son sang & de sa
vertu végétante jusques à l'accomplissement de sa perfection.

Aqua unctuosa: à cause qu'elle n'a pas seulement quelques fois
l'aspect extérieur d'un Onguent, mais comme un onguent est
appliqué sur les plaies pour les soulager & pour les guérir;
qu'ainsi de même cet onguent vient à guérir les métaux malades,
ladres, imparfaits & blessés par le mercure souphreux
imparfait, & les produit même jusqu'à la perfection de l'Or,
à la quelle la Nature les a prédestinés.

Elle est appelée de S E N D I V O G I U S:

Aqua Pontica & manus non madefaciens: à cause qu'elle ne
peut pas être préparée sans le sel commun de la Mer, ni sans
le vi-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 81
le vitriol, les quels sont cachés dans la Mer, nonobstant
qu'il faille qu'ils soient lavés & clarifiés de toutes leurs impuretés
par l'ascension et par la descension. Elle ne mouille pas
les mains devant son imprégnation astrale: elle ne mouille pas
les mains lors qu'elle paraît, par l'opération de la Nature seule,
(sans application aucune de l'Art ou de la main) comme
une gomme de sandarac, de genièvre, de prune ou de cerise attachée
au côté du verre, comme je le garde encore par curiosité
chez moi. Elle ne mouille pas les mains, lors que l'Elément
de l'Eau en est séparé pour la plus grande Partie, suaviter
& magno cum ingenio (comme dit Hermès) c'est à dire:
doucement & avec grand esprit; & que la matière est devenue
pondéreuse & pesante comme du vif argent.

H E R M E S T R I S M E G I S T E S l'appelle

Superius & inferius: à cause que les semences astrales d'en haut
sont conçues du sperme métallique d'en bas, & qu'ils sont
devenus ensembles une matière métallique fertile, dont le père
est le Soleil, & la mère la Lune, (selon le dit Hermès) ce
que j'entends, de cette façon: dont le père est le Soleil ou le
Feu astral, & la Mère, les trois Eléments d'en bas, l'Air,
l'Eau, & la Terre, qui sont au commencement cachés & invisibles
dans le ventre de l'Eau.

P A R A C E L S E lui donne le nom d'Azoth & de Lion vert.
Azoth est à dire une matière purifiante; & qu'est ce qu'il y
a qui purifie davantage les métaux que nôtre Matière? vu
qu'elle les fait retourner dans le ventre de leur mère, & qu'elle
les aide, premièrement par la Putréfaction, de passer
par la couleur Noire, & puis après par des degrés, par la couleur
Blanche, & par la Rouge, jusqu'à la perfection de la
teinture, & ce par des Solutions & des Coagulations itératives.

Touchant le Lion vert: je n'en puis pas juger autrement, si non §. 2.
qu'il faut que Paracelse ait préparé cette teinture par l'addition Expérience de
de Vénus, puisque la couleur Verte se montre fort peu, l'auteur tou-
lors qu'on procède avec le menstrue tout seul, & seulement chant le Lion
parmi les couleurs de l'arc au ciel, & ce qui en confirme mon Vert.
opinion, est une expérience que j'en ai pris; & vous, mon
très cher, qu'est ce qu'il vous en semble?
X 2 VRE-
@

82 E S C A L I E R Des S A G E S.
V R E D E R I C.
Sans vous interrompre à vos interprétations, je vous raconterai
en peu de paroles ce qui m'en est arrivé touchant ce sujet;
j'avais en dessein de préparer la Médecine de deux façons différentes:
L'une par le Menstrue seul, & l'autre par l'addition
de quelques métaux & principalement par l'addition de
Vénus, de laquelle j'avais bien ajouté une once tout entière
au menstrue: Le premier est passé par les degrés différents
des couleurs capitales, savoir par la couleur Noire, par
la Blanche jusqu'à la rouge, mais touchant l'autre il a toujours
paru quelque verdure auprès de la couleur Noire aussi
bien qu'auprès de la Blanche & la Rouge, & elle s'y montre
encore telle, nonobstant que toute la matière paroisse d'une
couleur Rouge enfoncé, lors qu'elle est réduite à l'Elément
de la Terre, & cette couleur verte paraît plus particulièrement
lors que l'on fait descendre la rosée du ciel sur icelle,
mais, des lors que l'Elément de Feu recommence à prédominer,
toute la matière redevient aussi tôt d'une couleur rouge
enfoncé comme est celle du sang de boeuf; j'ai contribué tout
ce que j'ai pu pour tâcher de séparer la couleur verte de la
matière, pour voir ainsi s'il ne serait pas possible d'en séparer
quelque autre chose de matériel que la dite poudre rouge,
la quelle se laissait toujours rejoindre à nôtre feu humide d'une
couleur rouge, mais qui ne se laissait pas fondre d'une
couleur verte dans l'Elément de l'Eau, mais il m'a été jusqu'à
présent impossible d'en produire autre chose que je viens
de dire; ce qui me semble être une marque infaillible, que la
Vénus, aussi bien que les autres métaux, sont parvenus jusqu'à
une matière d'une seule couleur, la quelle les Philosophes
appellent Aurum & Argentum nostrum, c'est à dire:
nôtre Or & nôtre Argent & de laquelle il ne se peut retirer
aucun corps métallique.

Cette opération m'a encore découvert une chose assez digne de
remarque; qui est, que lors que j'avais réduit toute ma verdure
jusqu'à environ la quantité d'une petit cuillère, & que j'avais
mis la matière corporelle ou terrestre auprès de la matière
rouge, que cette liqueur verte est tellement concentrée,
qu'elle est bien capable de teindre cinq à six pots d'eau
de pluie ou de fontaine, si on la versait dedans.
FRAN-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 83
F R A N C O I S.

Vous avez fort sagement institué cette expérience, quand même
il ne servirait que pour donner de l'assurance à ceux qui ne
peuvent pas croire que les métaux peuvent être réduits à leur
première matière: & pour vous confesser naïvement la vérité,
j'ai été aussi bien incrédule que tous les autres ignorants,
jusqu'à tant que j'ai expérimenté, qu'il reste bien une couleur
verte fort long temps, mais que je n'en ai jamais pu retirer
un corps qu'il s'est laissé redissoudre d'une couleur
verte.

Il me semble aussi, qu'il parait par cette opération véritable, ce
que SENDIVOGIUS vient à dire de la destruction des métaux:
Qui ita scit destruere metalla ut per amplius non sunt metalla, ille
ad maximum per; enit arcanum.

C'est à dire:
Celui qui sais détruire ainsi les métaux qu'ils ne soient plus des
métaux, il est parvenu au plus haut des secrets.

Et P A R A C E L S E:

Facilius est metalla construere quam destruere.

C'est à dire:
Il est plus facile de construire les métaux que de les détruire.

Si vous désirez de savoir davantage de l'Azoth & du Lion vert,
& de la destruction des métaux les susdits auteurs & quantité
d'autres vous en donneront une satisfaction entière.

B A S I L E V A L E N T I N: Appelle nôtre matière.

Mercurii Spiritus: à cause qu'il n'y a rien à faire dans nôtre oeuvre
sans l'Esprit du Mercure ou du vif argent, puisque c'est lui
qui tue & qui revivifie, & que c'est icelui qui parfait l'ouvrage
tout entier depuis le commencement jusqu'à la fin, & que
sans lui nôtre art est vain. (Entendez l'esprit du vif argent des
Philosophes & non pas l'esprit du Mercure vulgaire.)

R A Y M U N D U S L U L L I U S l'appelle:

Aqua Coelica: & ce avec des raisons fort fondamentales; par
ce que l'impression, qui est faite dans cette Eau, pour produire
un fruit céleste, est descendue du Ciel, sans la quelle
ce fruit céleste ne pourrait jamais être produit.
Y NOR-
@

84 E S C A L I E R Des S A G E S.
A N G L U S appelle cette matière Miraculum
miraculorum: vu qu'il ne se peut faire par aucune chose du
monde des plus grandes merveilles que par celle ci: car il ne
se peut pas quasi faire de plus grande merveille, que lors qu'une
chose spirituelle, impalpable, incompréhensible & invisible
vient descendre du Ciel, & loger dans un corps qui est composé
des quatre Eléments & qui parvient, par la Sage conduite
d'un Artiste, jusqu'à un être qui est capable de perfectionner
non seulement les métaux imparfaits, mais de les transformer
même jusqu'à un être céleste.

Le P E T I T P A Y S A N l'appelle

Le Suc des Lys Blanches: sans doute à cause que cette matière
est tirée des sels minéraux & métalliques qui sont blancs
comme des Lys.

De la T O U R B E des S A G E S elle est nommée

Aqua Luna; qui est à dire: de L'Eau de la Lune, ou bien

Argentum vivum: à cause que la Lune est prise pour la mère de
l'humidité, & que cette matière est un Argent vif, le quel
rend les métaux, qui sont morts, participants de la vie.

D'autres l'appellent
Acetum acerrimum, Lac Virginis, Sapo Sapientum: qui est à
dire: Le vin aigre très aigre; Le lait de la vierge; Le Savon
des Sages, & lui donnent une infinité d'autres noms, les quels
sont très faciles à entendre pour ceux qui entendent l'art, mais
les ignorants qui s'arrêtent aux lettres & aux paroles n'y
voient goutte;
C'est pourquoi que L I L I U M dit:
Nostri Lapidis tot sunt nomina quot res, vel rerum notabilia.
C'est à dire:
Nôtre Pierre a tant de noms qu'il y a des choses, ou des choses
notables.

§. 3. R O S I N U S.
La raison
pour quoi Philosophi millibus millium legionum nominum ipsum nuncuparunt,
tant de sorte unde homines in eo errare secerunt.
de noms sont C'est à dire:
donnés à la Les Philosophes ont nommé la Pierre des Philosophes de beaucoup
Pierre des de millions de légions de noms, dont ils ont fait égarer
Philosophes. les hommes à la chercher.
Ceci
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 85
Ceci soit assez dit de la matière de la Pierre des Philosophes, des
noms d'icelle, & aussi de l'Unité, & ce pour les entendus
dans cet art: touchant les ignorants, il en est déjà dit trop
pour eux, puisqu'ils ne peuvent ou ne veulent comprendre
ce qui en est dit, vu qu'ils haïssent plus tôt les arts & les
sciences qu'ils ne les aiment selon le proverbe:
Ars non habet osorem nisi ignorantem.
C'est à dire:
Il n'y a que les ignorants qui haïssent les arts.

V R E D E R I C.

Il en est véritablement ainsi: & j'ai de la peine de m'abstenir à
vous en réciter une rencontre ou deux que j'ai eu entre autres
touchant ce propos.

Lors que j'étais en France j'avais l'honneur d'accompagner
plusieurs personnes de condition pour aider à faire un accord
très curieux de violes chez une matrone bien noble qui touchait
la Basse continue, où il se trouvait entre autres une
grande Dame, à la quelle étant demandé son jugement de
cette belle harmonie, qui était fort approuvée de tous les circonstants,
elle vient à répondre qu'elle aimait mieux d'entendre
une vielle avec une musette aux assemblées des villageois que
d'écouter une musique avec tant de patience.

Un autre osa soutenir qu'il n'y avait pas de plus belle musique
au monde à son goût que le son d'un tambour.
Hélas! il y en a tant de cette sorte de gens dans le monde, qu'il
ne vaut pas la peine de nous amuser à en citer davantage d'exemples.

F R A N C O I S.

Vous avez raison, il vaut mieux que nous poursuivions nôtre
discours en considérant le Nombre de Deux le quel les Anciens
ont appelé.

Primum Unitatis germen & prima procreatio.

C'est à dire:
Le premier germe ou surgeon de l'Unité, & la première procréation.

V R E D E R I C.
Fort bien: nous finirons donc ce PREMIER LIVRE & le
PREMIER DEGRE de L'ESCALIER DES SAGES:
Y & in-
@

86 E S C A L I E R Des S A G E S.
& invoquerons l'Unité Eternelle du plus intérieur de nos âmes
avec Dix soupirs appropriés à l'Unité Divine, en disant:
ô Unique Dieu!
ô Unité Simple!
ô Eternité unique!
ô Sapience unique!
ô Principe unique de tous les êtres!
ô Unique Lumière incréée!
ô Toute Puissance Unique!
ô Unique Bonté infinie!
ô Unique Créateur du Monde!
ô Père Unique de tous les êtres créés!
Par vôtre Divinité Unique faites nous connaître nôtre humanité!
Par vôtre Unité simple, nôtre multitude!
Par vôtre Eternité Unique, nôtre temporalité & nôtre corruptibilité.
Par vôtre Sapience Unique, nôtre ignorance & nôtre stupidité.
Par vôtre Principe Unique de toutes choses, nôtre nullité & la
néantise de toutes les choses créées.
Par vôtre unique Lumière incréée, les ténèbres & les obscurités
de toutes choses.
Par vôtre unique Toute puissance nôtre débilité & fragilité.
Par vôtre Bonté infinie & unique, nôtre perversité & nôtre malignité.
Faites nous comprendre que vous êtes l'Unique créateur du
Grand Univers & que nous sommes vos créatures viles & abjectes.
Et que vous êtes le Père unique de toutes les choses créées, &
que nous sommes vos enfants pauvres & misérables que vous
avez créés & fait pour faire vôtre volonté divine, pour apprendre
à vous connaître par la connaissance de vos créatures,
pour vous adorer, pour vous louer, pour vous honorer,
pour vous remercier, & pour vous servir, ici bas
temporellement tant qu'il plaira à vôtre bonté paternelle de
laisser nos âmes alliées à nos esprits & à nos corps, & puis après
éternellement, quand ce sera vôtre volonté divine de les délier
d'ensemble, & puis de les réunir, & finalement de les
enlever en vôtre gloire éternelle:
Veuillez nous Seigneur rendre pour cette fin capables, afin que
nous puissions jouir éternellement de vôtre aspect Divin! Ainsi
soit il.
LIURE
+@
+@



pict

@

E S C A L I E R Des S A G E S. 87
L I U R E S E C O N D D E L'E S C A L I E R DES S A G E S. TRAITANT DU NOMBRE DE DEUX, DES DEUX QUALITES CONTRAIRES E N G E N E R A L ET DES QUALITES CONTRAIRES DANS LA MATIERE DE LA PIERRE DES PHILOSOPHES. LE SECOND ET TROISIEME D E G R E.
C H A P I T R E I.
De la séparation de la Lumière d'avec les Ténèbres. Que le Soleil est l'agent
& les Ténèbres le patient général. Comment que la Première Matière a prise son Origine de la Lumière. Que la génération se fait d'une manière amiable, & non pas par des voies contraires. Que la Première Matière de la Pierre est engendrée fort doucement. Qu'il faut que toutes les opérations chimiques se fassent sans violence. Plusieurs démonstrations de cela.
F R A N C O I S.

pict OUS savez, Mon très cher,
qu'au commencement de la Création la Lumière
est séparée des Ténèbres par le Saint §. 1.
Esprit de Dieu; Que ce grand Dieu à concentré De la séparation
toute la lumière, qui était invisiblement de la Lumière
étendue dans le Chaos, à un seul être, d'avec les
qui est le Centre de ce grand tout, à savoir Ténèbres.
le Soleil, & qu'il a depuis chassé les Ténèbres comme ses ennemis
Z mis
@

88 E S C A L I E R Des S A G E S.
§. 2. à l'entour de lui à la circonférence, & que la Lumière
Que le soleil concentrée (savoir le Soleil) est devenu, dès ce temps là,l'Agent,
est l'agent & les Ténèbres le Patient général. Que la Lumière a
& les Ténèbres reçue & conçue la Forme & les Ténèbres la Matière universelle.
le patient La Lumière les qualités de la chaleur & de la sécheresse,
général. & les Ténèbres celles de l'humidité & de la froidure. L'une
l'office du Mâle & l'autre celui de la femelle.

C'est de la Lumière, que la Première Matière & les Eléments,
§. 3. qui en sont sortis, ont leurs première forme, & qu'ils ont
Comment que fait un amour & une amitié fort étroite par ensemble par
la Première cette Nature générale de la lumière, comme par une alliance;
matière a & qu'ils se sont unis si fermement ensemble, qu'ils croissent
prise son o- & végètent en toutes sortes de corps composés, & ce selon
rigine de la & à proportion du naturel & de la propriété d'un chacun: car
Lumière. chaque créature en particulier a caché en soi une étincelle de
la Lumière universelle, dont les rayons communiquent invisiblement
une vertu mouvante à leur semence quand ils sont
animé à cela par les rayons de la grande lumière: de sorte
qu'il est à croire, que la génération ne se fait pas par aucune
contrariété, mais par un amitié & par une sympathie naturel§.
4. le, vu que la Nature est par tout paisible & débonnaire dans
Que la généra- ses opérations, & même dans les actions de la génération
tion se fait comme chatouillante, & lors que les Eléments des créatures
d'une maniè viennent ensemble qu'alors elles se dissolvent quasi entièrement
re aimable en des voluptés, afin qu'elles puissent croître ensemble
& non par des par les embrassements étroits, & que de plusieurs elles deviennent
vraies con- à une: & quand il se découvre aucune contrariété,
traires. que cela arrive par une trop grande extension des qualités,
quand elles viennent s'assembler ensemble en un sujet.

V R E D E R I C.

Je trouve que vos spéculations sont fort bien fondées, car il est
certain, que la génération se fait par tout par un amour naturel,
& par une vertu aimantine, & qui est attirante, &
non pas par la moindre haine ou par la moindre contrariété
du monde, ce que je vous démontrerai très palpablement
par nôtre oeuvre de Philosophie, car lors que je viens offrir
mes trois Principes bien alliés ensemble, à Jupiter, qui est
fort étroitement uni avec son fils Mercure, & ce amiable-
ment
+@



pict

+@
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 89
ment, dignement, & ingénieusement sur l'autel de Vulcain,
il arrive que Jupiter & son fils Mercure deviennent tellement
épris d'amour sur l'offrande, & puis l'offrande redevient si
charmée de ces Dieux, que les uns & les autres étant devenus
d'accord par ensemble attirent les rayons très fertiles du
soleil & de la lune, d'une telle altération, & d'une telle avidité
à eux qu'en étant imprégnés & rassasiés entièrement,
ils deviennent capables de produire des fruits Solaires & Lunaires §. 5.
comme leurs père & mère; & c'est ainsi que nôtre première Que la Première
Matière n'est seulement engendrée amiablement, mais matière de la
aussi attirée par une manière aimantine, & imprégnée des Pierre est en-
rayons du soleil, qui sont spirituellement sèches & chaudes, gendrée fort
& de la Lune, qui sont humides & froides. doucement.

Toutes nos autres opérations chimiques se font aussi de même: §. 6.
car la solution de tous les corps se fait fort doucement Qu'il faut que
dans nôtre oeuvre, & avec grand esprit, sans aucun bruit, toutes les opé-
ni par violence aucune, aussi bien celle des métaux que de rations chimi-
tous autres corps selon le dire de Trismégiste: Suaviter & ques se fassent
magno cum ingenio, sine strepitu. sans violence.

La Coagulation, la Fermentation, la Sublimation, la Calcination,
la Conjonction, la Séparation, la Putréfaction &
toutes les autres opérations se font de même, fort doucement
par une inclination naturelle & aimantine des particules
pour l'un l'autre, & non pas par force, vu que de tout ce
qui se fait par force, on ne peut jamais assurer qu'aucune
multiplication en est à espérer, & les particules ne peuvent
être dites contraires les unes aux autres, qu'à cause de leurs
opérations violentes, les quelles se découvrent lors que les
qualites différentes deviennent à être concentrées & conjointes
ensemble comme par Exemple:

Un esprit de vin qui est bien subtil ne se laisse aucunement unir §. 7.
à la liqueur des cailloux, ou à l'huile de sel de tartre, ni avec Exemple à
aucun alcali concentré, nonobstant que l'esprit de vin l'esprit de
susdit aussi bien que l'huile de sel de tartre soient provenus tous vin & sel de
deux d'une seule liqueur, qui est le vin; encore que cette Tartre.
union se refasse fort facilement par l'addition d'une eau tirant
sur aigre, soit par le vin, soit par le vin aigre, ce qui
est un moyen de réunir les deux extrémités, & les raisons
Z 2 pour-
@

90 E S C A L I E R Des S A G E S.
pourquoi cela se fait ainsi, sont les suivantes, à savoir, que
le sel alcali & l'esprit de vin viennent à s'étendre bien loin
tous deux dans le corps de l'eau ou du phlegme, & ainsi se
peut rejoindre cet esprit subtil à ce corps grossier, particulièrement
quand on a rajouté sa proportion de vin aigre à
l'eau, le quel soit capable d'altérer le sel de tartre d'autant
que la composition redevienne comme le tartre a été dans le
vin devant la séparation de son esprit, de son plegme & de
son sel, & que les extrémités se puissent ré-embrasser & réunir
ensemble comme la nature avait joint les principes du vin durant
sa croissance, & pendant sa fermentation.

§. 8. Les huiles vous serviront d'un autre exemple, car les huiles des
Exemple aux végétaux se laissent fort difficilement joindre aux acidités
huiles des concentrées, les quelles s'étendront plus tôt comme un éclair
végétaux. dans l'air, qu'elles s'uniront radicalement avec les acides concentrés,
mais lors qu'on dissout ces dites huiles par des lessives
des sels alcali, & qu'on étend les acides concentrés dans
de l'eau de pluie & qu'on les verse alors ensemble, il s'entre
acceptent fort volontiers, & il en redevient une liqueur à
peu près telle qu'était celle dans la quelle les huiles étaient
étendues dedans les végétaux devant la séparation d'iceux: ce
qui ne peut être fait autrement, puisque les huiles susdites
étant un Souphre très subtil des végétaux, quand elles sont
jointes aux esprits très subtils, & concentrés des sels, qui sont
deux grandissimes extrémités, il se fait un combat si grand
qu'il ne céderait guère aux effets de la poudre à canon.

C'est ainsi, mon très cher, que vous pouvez voir, que tout
ce qui doit devenir de durée & parfait, qu'il faut que cela
se fasse entre des limites de l'amour, & de la sympathie, & nullement
par des voies violentes, ni par des tels moyens qui
soient contraires les uns aux autres, & que lors qu'on parle
des qualités contraires, qu'elles ne peuvent pas véritablement
être contraires, que lors qu'elles sont rendues fort subtiles,
exaltées ou concentrées, & qu'il ne se trouvent des qualités
tellement contraires, qu'elles ne puissent être unies par des
moyens propres à cela.
§. 9.
Exemple au Prenez un autre exemple au Salpêtre. Le Salpêtre est un sel qui
salpêtre. est d'une composition fort tempérée, mais lors qu'on le divise
selon
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 91
selon l'art, & qu'on en sépare l'esprit & son sel fixe, on trouvera
qu'ils se font extrêmement contraires, & que l'esprit du
Salpêtre étant subitement joint au sel fixe qu'il se fera un
combat si grand de ces deux qu'ils pousseront tout arrière:
d'eux d'une très grande violence: Mais si on les étend doucement
dans de l'eau, & qu'on les reverse ensemble jusques
à tant qu'il ne se fasse plus aucune ébullition, après avoir évaporé
l'humidité jusques à une pellicule, il se re-coagulera
à la froidure un salpêtre tout de même comme était celui, du
quel était fait l'esprit & le sel fixe susdit.

L'Esprit d'urine & l'acidité vous donneront un autre exemple. §. 10.
Si vous croyez de joindre un esprit d'urine souphré à une acidité Exemple à
concentrée, vous verrez un combat si furieux de ces deux & l'esprit
qui produira un effet si prodigieux, qu'il ne cédera en rien d'urine.
à l'éclair ni à la tonnerre, ni même aux tremblements de terre:
Mais étant gouverné d'un artiste Sage ces deux grandissimes
extrémités peuvent être réduites à une humidité & à un
sel fort pénétrant & salutaire.

Considérez l'Or tonnant, dont peu de grains font autant de §. 11.
bruit que plusieurs livres de la poudre à canon. Exemple de
l'Or tonnant.
L'Or tonnant se fait ainsi:
Dissolvez de l'Or, autant qu'il vous plaît, avec de l'Eau
Royale, précipitez le par un esprit d'urine, dulcifiez bien
le précipité avec de l'eau commune, séchez le avec prudence,
afin qu'il ne vous arrive du malheur en le séchant, puisqu'il
se fond, étant sec, comme la cire, & qu'en fondant
ainsi, il fait en même temps son opération.

La raison pourquoi une si petite portion de cet Or tonnant
peut produire un si grand effet, c'est que l'or étant dissout
dans l'eau royale, & puis précipité par l'esprit d'urine, prend
avec soi, & concentre en son corps autant de l'esprit de nitre
& autant de l'esprit d'urine qu'il a besoin pour pouvoir
produire un si grand effort, car ayant corporifié ces deux
esprits contraires en soi, il leurs laisse faire les grands effets,
quand l'or tonnant est mis dans une cuillère, sur un petit
charbon de feu, puisqu'il se fond fort facilement, & qu'alors
les esprits contraires s'unissant, il faut que l'or les quitte, &
A a qu'ils
@

92 E S C A L I E R Des S A G E S.
qu'ils s'exposent à leurs combat spirituel corporifié, qui est
infiniment plus grand que les esprits seuls, où les corps seuls
ne peuvent produire.

Voyez, mon ami, de quelle façon il vous semble que les qualités
contraires doivent être considérées selon nôtre expérience,
& comment toutes choses prennent leur commencement,
& comment elles ont leurs progrès & leur fin toujours
par amour, par tempérance & par sympathie & jamais
par force ni par violence.

Voyez combien sagement nôtre grand Dieu a ordonné toutes
choses en ce grand tout, comment tout croît & fleurit où l'amour
gouverne, & comment tout péri, anéanti, & se
résout dans ses principes là où les qualités contraires accroissent
& surmontent, comme je vous en pourrais réciter une infinité
d'expériences, si je ne craignais de vous ennuyer trop
par un si long discours, j'ai pourtant de la peine à m'empêcher
de vous faire récit de quelques expériences, qui serviront
bien à nôtre propos touchant le traitement que j'ai
donné à mon Oeuf des Philosophes pour autant que le bon
Dieu m'en a donné la connaissance.

--------------------------------------------------------------

C H A P I T R E II.

De l'Oeuf des Philosophes en comparaison des oeufs des animaux. De quelle
façon on doit ménager sa langue & sa plume en traitant du haut
secret des Anciens. Enigme Philosophique. Explication du susdit
Enigme.

F R A N C O I S.

Otre discours ne m'ennuierait pas, quand
il durerait bien plus long temps, à cause que les choses
que vous récitez sont toutes les expériences qui vous
§. 1. sont passées par les mains, & je vous assure qu'aucune histoire
De l'Oeuf des de tout le monde ne me pourra être plus agréable à entendre
Philosophes que celle que vous nous promettez de l'oeuf des Philosophes
en comparai- qui fait tant de bruit dans le monde, & de la quelle
son des Oeufs j'ai entendu & lu une grande quantité d'auteurs, & particulièrement
des animaux. (vu que nous traitons ici des qualités contraires
res &
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 93
& de l'amour) quelle concordance elle puisse avoir avec
le couvement des Oeufs des oiseaux.

V R E D E R I C.

Fort bien: Je vous serai naïvement participant de ce qu'il
m'est passé par les mains touchant cette affaire, de quelle façon
l'amour y a opéré jusqu'à présent, & combien de malheurs me
sont survenus, lors que les qualités contraires ont commencé
à dominer sur ma négligence; mais devant que nous avançons
jusqu'à là, vous me ferez plaisir de me raconter ce que savez
du couvement des Oeufs des animaux, afin que nous
puissions considérer de quelle façon l'une manière accorde
avec l'autre.

F R A N C O I S.

Très volontiers: mais puisqu'il me souvient d'une histoire, sur
le propos des Qualités contraires in gradu intenso, la quelle
est admirable, & rapportée de J. Struis dans son voyage des
Indes Orientales, vous ne prendrez pas de mauvaise part, si
vous plaît, que je la raconte auparavant que d'entamer la matière
de la génération des Animaux.

Il dit que le 13ième de juillet de l'an de grâce 1671. il s'éleva
à Scamachi en Perse un Orage si terrible d'éclair & de tonnerre,
que l'air était rempli de tous les côtés d'un feu bleuâtre,
du quel il tombait quelques fois des masses bien grandes dégouttantes
comme du souphre fondu. Je voyais entre autres
(dit il) tomber en bas une masse de feu, la quelle descendant
jusques à sur la terre, se creva d'une si grande violence,
qu'il sembla que le ciel & la terre en tremblèrent. J'ai
(dit il) quelques fois entendu décharger les canons des
Turcs sur les châteaux près des Dardanelles étant chargés de
boulets, les quels donnaient des très grands coups, à cause
de leurs grandeurs dont ces canons sont réputés; mais ces
coups n'étaient non plus à comparer à ce coup sus mentionné
qu'un coup de clef, dont les enfants se servent en jouant, est
à raison d'un coup de canon. J'en ai vu descendre (dit il)
en dégoûtant jusques à six, de la grosseur d'une futaille, qui
me causait une frayeur inexprimable.
J'ai lu plusieurs histoires semblables à celle là, & qui arrivent
bien souvent dans l'Arabie stérile, les quelles rendraient nôtre
A a 2 tre
@

94 E S C A L I E R Des S A G E S.
discours trop long pour les raconter ici: Je veux seulement
dire par cette histoire qu'il semble qu'il en arrive de même généralement
dans les Eléments comme il vous plaît de dire de
vos Eléments particuliers.

V R E D E R I C.

Assurément; car ce ne sont que des esprits ou des vapeurs nitreuses,
Souphreuses & subtiles, les quelles étant conçues
d'une matière mince & visqueuse, & concentrées de la lumière
du Soleil, deviennent à être fort subitement allumées
dedans l'air intempéré de chaleur & d'humidité, & c'est ainsi
qu'il s'en produit des effets si effroyables: Mais ceci en
passant.
Je vous supplie de poursuivre à ct'heure vôtre discours de la génération
des Animaux qui se fait par le couvement des Oeufs,
la quelle prend son commencement d'une manière douce,
amiable, & agréable à la nature, afin que je puisse tâcher de
rapporter une même façon de procéder qui se fait dans l'oeuvre
des Philosophes, & que nous en puissions confirmer la
vérité de ce qu'en disent les anciens Philosophes, autant qu'il
nous est possible.

F R A N C O I S.

Je suis prêt à vous obéir: Touchant la génération des Animaux,
vous savez que les illustres Harvejus, Malpigius, Swammerdam,
Kerckring, Parisanus, Fabricius & d'autres savants
en ont écrit merveilleusement bien, & que les savants
sont la plus part d'accord, que toutes sortes d'Animaux ne
sont pas seulement conçus au commencement dans des oeufs,
& qu'ils sont couvés en iceux jusques à leurs maturité parfaite,
mais que même la semence féminine, depuis son commencement
matériel, est formée en rondeur ou d'une figure
ovale dedans leurs testicules, devant qu'elle soit projetée
par l'action vénérienne; & qu'il se trouve aux testicules susdites
des Oeufs de différentes grandeurs, des quels il y en a,
qui sont prêts & propres à recevoir & concevoir la semence
masculine, & d'autres qui ne pont pas encore propres à cette
conception. Que les Oeufs les plus parfaits sont attirés de la
matrice, durant l'action vénérienne, par les conduis à cette
fin destinés du Grand Architecte de l'Univers & que ces
oeufs
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 95
oeufs étant là touchés de la semence masculine, en deviennent
fertiles.

Pour ce qu'il me regarde, je puis dire que je suis bien d'accord
avec eux jusqu'à là, & pour en dire mon sentiment au de là:
je ne puis m'empêcher de dire, qu'il me semble, (je parle
ici de la génération des hommes) que la semence de l'homme
étant jetée assez loin dedans la matrice de la femme,
qu'elle y puisse ou toucher les Oeufs de la femme, ou bien
que l'esprit de cette semence puisse pénétrer jusques à ces dits
Oeufs: que ces Oeufs en deviennent imprégnés, & quasi entés
pour provenir à la motion de la production du fruit humain;
car cependant que la motion ou action vénérienne se fait du
sexe Masculin & Féminin, il me semble que la matrice de la
femme se doit ouvrir par le doux & agréable attouchement
de l'homme, & que l'homme devient à projeter son sperme
(vulgairement dit la semence) ému par le chatouillement de
la femme, de sorte que tous deux étant d'un grandissime contentement
d'accord, l'un pour donner sa semence & l'autre
pour la recevoir, la conception se fait du genre humain, &
que la matrice de la femme étant satisfaite qu'elle se ferme,
& après avoir retenue le sperme viril son temps, pour donner
son esprit aux oeufs de la femme, qu'elle requitte la corporalité
du dit sperme, qui n'a servi que pour véhicule de son
esprit, & que dès lors elle se referme si bien & si étroitement,
qu'il est impossible de la rouvrir sans qu'il n'arrive un
très grand dommage & un empêchement irréparable à la production
parfaite de son fruit.

Ainsi se fait la conjonction de la semence virile avec celle de la
femme par amour & avec grand plaisir, & ainsi s'unissent les
principes des Animaux, non pas par des moyens violents &
rudes, mais par des voies douces & agréables.

C'est de la sorte que la Forme & la matière, l'Agent & le Patient,
le chaud & le Froid, le Sec & l'Humide s'unissent naturellement
selon leurs juste poids & mesure.

C'est de cette manière que les étincelles des spermes masculines
& féminines qui sont conjointes ensemble dans leur matrice
ou terre, parviennent végétantes & croissantes moyennant la
B b cha-
@

96 E S C A L I E R Des S A G E S.
chaleur vivifiante de la mère, qui la reçoit de la vive chaleur
du soleil, la quelle le soleil emprunte continuellement & inépuisablement
de la vertu divine, jusques à tant que les principes
visibles en commencent à paraître.

La première chose visible de ce grand oeuvre de Dieu à la génération,
est une eau fort transparente, claire, luisante &
quasi sans aucune couleur, dans la quelle on ne peut voir
aucune autre chose distinctement non plus que dedans de
l'eau de pluie distillée il ne se voit que de l'eau, étant environnée
d'une pellicule si tendre au commencement, qu'elle
ne peut presque être touchée sans qu'elle se crève, & que son
humidité n'en coule dehors.

La seconde chose visible est une petite macule d'une couleur grise
ou blanchâtre, la quelle vient à s'étendre par la vertu plastique,
qui est cachée dedans cette eau luisante, comme un
esprit dedans son corps; & ce en quelques cercles ronds de la
forme comme une prunelle de l'oeil d'un homme, un petit
point blanchâtre demeurant au milieu pour le centre, le quel
vient à s'évanouir en peu de temps? & un petit point noir se
montre à sa place, le quel se change en une rougeur luisante,
la quelle darde d'elle peu à peu quantité de petits rayons rouges
à la circonférence, & la change aussi avec le temps en un
cercle rouge, mais devant que ces rayons rouges peuvent être
découverts de la vue commune, on découvre par les microscopes
que ce point susdit rouge & luisant est mouvant, remuant
& comme travaillant comme le coeur d'un animal.

Ce principe visible coloré, ou bien ce centre Animal est la seconde
machine de l'esprit animal, la quelle est nageante,
croissante & se nourrissant dedans cette première matière
ou Eau limpide, & se multipliant dans icelle en qualité & en
quantité, jusques à, que, son âme végétante ayant attirée
l'âme animale à son temps, il ai reçu tant de nutriment de
cette même eau limpide, (la quelle s'augmente toujours, la
créature accroissante à proportion selon qu'elle en a besoin,)
l'animal imparfait soit crû à une telle perfection, qu'il devienne
à jouir de l'air libre, & d'être d'une telle vigueur
qu'il puisse prendre & attirer à soi, digérer & consumer du
lait de sa mère & d'autre nourriture convenable à sa nature,
jus-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 97
jusques au temps de sa grandeur parfaite, & d'une telle vigueur,
puissance & capacité, qu'il puisse engendrer en suite d'autres
ses semblables, & s'enrichir ainsi infiniment de postérité.

Voila, mon très cher, en peu de paroles avec combien de subtilité,
tendresse, & amabilité que la génération des animaux
se fait, combien qu'elle est admirable, & qu'il ne s'y rencontre
aucune contrariété.

V R E D E R I C.

C'est assez parlé de la génération des animaux, ceux qui en voudront
savoir davantage ils n'ont qu'à prendre la peine d'en
lire les auteurs susdits: pour moi, j'en ai aussi lu in Actis
Philosophicis Societatis Regiae Anglicanae, in Bartholino, in
Miscellaneis Medico Physicis Academiae Naturae curiosorum
Germanorum, in Harvejo, Malpigio & autres, mais je n'ai
nulle part pu voir assez clairement, comment que la génération
de l'enfant des Philosophes est à comparer & quelle ressemblance
qu'elle peut avoir à la génération, de celle des animaux.

F R A N C O I S.

Il est vrai que ces Messieurs découvrent plusieurs choses qui
sont très belles, très relevées, très utiles, & qui ont été inconnues
jusqu'à présent, & que tous les amateurs des arts,
des sciences & de la vérité leurs en sont redevables, mais ils
font fort peu mention du haut secret des anciens Sages, c'est
aussi sans doute qu'ils ont leurs raisons pour cela, puisque
les vrais Philosophes donnent des advertances fort sérieuses
qu'on doit ménager si bien sa langue, & sa plume, qu'on
ne vienne jamais à profaner une affaire d'une telle importance
& se charger ainsi par là & de l'ire de Dieu, & de leur indignation.

V R E D E R I C.

Vous parlez fort bien: j'en ai lu les advertances des Philosophes, §. 2.
& suis aussi bien persuadé de quel horrible péché que De quelle façon
celui se charge qui découvre ce haut secret des Sages à un indigne, on doit ménager
mais par ce que les vrais Philosophes recommandent sa langue et sa
avec beaucoup d'instances, que les amateurs de la science plume en trai-
doivent sérieusement & constamment lire & relire leurs écrits, tant du haut secret
& qu'ils y trouveront à la fin la vérité de leurs paroles, il me des anciens.
B b 2 sem-
@

98 E S C A L I E R Des S A G E S.
semble, (sous vôtre correction) qu'une personne, croyant
d'être arrivé sur le vrai chemin, (après une très grande fatigue
d'avoir lu quantité d'auteurs, d'avoir mis soi même la
main à la charrue, & après avoir fait des grandes dépenses) ne
fera pas mal, comme ils ont fait de même, de faire connaître
secrètement & à couvert à ceux qui se connaissent à cette science,
en quelle matière il semble qu'on doit employer sa
peine & son labeur, & quelles mauvaises rencontres qu'on y
a eu, & d'avertir ainsi tous les gens de bien & d'honneur avec
des raisons fondamentales & par des expériences dommageables
& douloureuses, qu'il n'y a rien de bon à attendre des
Royaumes végétal & Animal, mais que tout est à espérer
du Royaume Minéral & particulièrement des métaux, comme
on en a déjà bien vu des choses qui sont entièrement
conformes aux écrits des Anciens Sages, les quelles il est raisonnable
que l'âme croie puisque les yeux les ont vu & que
les mains les ont touché.

Je vous prie aussi de croire, que mon intention n'est nullement
de vouloir faire accroire, comme si je possédais cette haute
science, point du tout, car je confesse rondement de n'en être
pas le possesseur, & d'être indigne d'un si grand trésor.

Ce n'est pas non plus la moindre de mes pensées de tâcher d'attirer
l'un ou l'autre pour tenir correspondance avec lui, ou pour
présenter mon secret pour ci ou pour ça, comme font les
charlatans & les trompeurs, bien loin de là, puisque j'estime
ma liberté trop précieuse, & que cette oeuvre veut être
gouverné avec une très grande prudence & longanimité, vu
qu'il suit le cours de la Nature la quelle ne veut ni peut être
hâtée ni pressée: mais il me semble qu'il est permis, & que
c'est le devoir d'un homme de bien & d'honneur, & qui fait
profession d'être un amateur ses sciences & des vérités, de donner
connaissance à ceux qui sont de son calibre, que l'on ne
prend rien plus à coeur que la recherche de la connaissance de
Dieu & de sa Nature, & qu'il n'est pas répugnant à la volonté
de Dieu, ni contre l'intention des Philosophes que la lumière
soit séparée des ténèbres, & la vérité des mensonges,
& ce par des expériences, que l'on en a fait selon la petite
capacité de son esprit & selon le temps que nôtre vocation
nous
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 99
nous l'a permis, car les choses que nous récitons ici nous sont
ainsi simplement passé par les mains, nôtre intention n'étant
autre, que de donner des advertances & des avis salutaires
à tous ceux qui nous voudront écouter, & qui nous voudront
croire, pour tâcher de les persuader à quitter leurs soins & labeurs
inutiles, & de cesser de se nourrir des espérances vaines;
& qu'au contraire ceux qui ne voudront pas ajouter de foi
à nos paroles, qu'ils puissent persévérer à poursuivre leurs
vanités & sottises.

Ecoutez à ct'heure les choses qui me sont arrivées durant le traitement
& l'entretien de mon oeuf ou aimant des Philosophes,
& si le cours de la Nature & le régime du couvement de Cet
oeuf est aucunement semblable à ce que vous venez de dire
de la génération des animaux.

F R A N C O I S.

J'écoute, & désire de vous que vous ayez la bonté de me le communiquer
d'une manière la plus simple qu'il se puisse faire.

V R E D E R I C.

Je le ferai; mais il faut que vous sachiez, que les vrais Philosophes,
& ceux à qui on se peut fier le plus, ont tous écrit
fort simplement, & que les entendus l'entendent comme les
savants aux lettres savent l'A.B.C. mais que les ignorants en
jugent à proportion de leurs connaissance, & qu'ils n'y voient
ordinairement goutte, encore qu'ils soient bien doctes aux
autres sciences, vu qu'ils ne comprennent pas les termes Philosophiques,
ni les allégories des anciens Philosophes; vous
m'entendrez pourtant fort bien.

J'ai préparé un bain pour une Vierge si belle & si blanche, que §. 3.
le grand Dieu Jupiter même en était amoureux, & nonobstant Enigme
qu'elle ne cédait en blancheur ni en beauté à la Déesse Philoso-
Diane même, j'ai pourtant lavé son corps si bien, en le flattant phique.
& caressant fort long temps, qu'il a encore quitté tant
de noirceur, que le bain en est devenu si pale & si impur,
qu'il m'a fallu changer le bain plus de vingt fois, devant que
j'ai pu obtenir son corps si net, que le bain en pouvait demeurer
pur & clair, par ce que la saleté, qui se lavait chaque fois
C c de son
@

100 E S C A L I E R Des S A G E S.
de son corps, rendait l'eau si trouble, comme si l'on y avait
mêlé de la boue parmi.

Cette vierge étant lavée au plus net, je l'ai mis sur un lit d'honneur,
& l'ai fait accoupler par le prêtre à un jeune homme très
beau & blanc comme neige; Ces deux personnages, nonobstant
qu'ils étaient fort proche parents ensemble, se sont tellement
amourachés de l'un l'autre, qu'ils se sont incontinent
unis si étroitement ensemble, comme si s'avaient été
le Dieu Mars & la Déesse Vénus même, de sorte qu'après
l'invocation du Dieu Apollon & de la Déesse Diane, ils ont
été bénits d'une semence très désirable & très admirable.
Cette semence a été quittée & jointe par un si grand feu d'amour,
que la mère n'était pas capable de l'enfermer dans sa
matrice, pour la conserver & la nourrir jusqu'au terme prédestiné:
il était aussi prédit à ces deux jeunes amoureux par
un devin, qu'ils ne quitteraient qu'une fois leur semence; que
toutes les forces de tous deux, pour la génération, passeraient
toutes ensemble d'un seul coup dans cette semence;
que la mère ne serait pas capable de nourrir ce fruit, & qu'il
devrait être nourri & élevé d'une manière fort étrange, non
pas par l'artifice ni par l'aide de la mère, par ce qu'elle était
sa propre mère, non plus par celui du père, par ce qu'elle était
son propre père, ni par l'aide d'aucun autre, que par
celui d'un Sage artiste & d'un naturaliste très expérimenté,
puisque cette semence contiendrait en elle les vertus du soleil
& de la Lune, de l'Homme & de la Femme, de l'Humide &
du Sec, du Chaud & du Froid, de la Forme & de la Matière,
du Ciel & de la Terre, de la Lumière & des Ténèbres,
de la Génération & de la Corruption, de la vie & de la Mort,
du Souphre, du Mercure & du Sel; & que cette même semence
deviendrait à être exaltée & élevée jusqu'à la perfection
d'un fruit céleste; que pour cette fin ses parents soient
fort en peine pour trouver un tel artiste & nourrisseur, &
qu'ils en trouveraient à la fin un par la très Sage conduite de
Jupiter, auquel ils le donneraient entre les mains, qu'ils le
lui recommanderaient au plus haut degré, & le feraient baptiser
du nom de Hermaphrodite.

Entendez vous bien ce que je vous viens de dire par Allégorie, ou
bien vous plaît il que je vous en donne encore plus d'éclaircissement;
FRAN-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 101
F R A N C O I S.
Pour moi j'entends fort bien tout ce qu'il vous plaît de proférer,
mais il me semble qu'il est bien obscur pour beaucoup de
personnes, ce pourquoi il ne serait pas mauvais, à mon avis,
que vous élucidassiez les mots obscurs un peu davantage,
puisque ceux qui ne sont pas experts dedans cet art n'y pourront
rien comprendre aussi bien, & qu'a ceux qui s'y entendent,
on le leur souhaite de tout son coeur.

V R E D E R I C.

J'en suis content, & le dirai donc encore plus clairement. §. 4.
Vous entendrez, si vous plaît, par la vierge si belle & blanche, Explication
que ce sont les métaux Mercuriels, des quels on lave la noirceur du susdit
dans le bain. Enigme.

Par le lit d'honneur vous prendrez l'écusson fabriqué de Vulcain,
& que les plus grands honneurs, sont souvent acquis
par des actions martiales.

Par le jeune homme blanc comme neige vous entendrez l'esprit
Mercuriel Métallique.

Le Prêtre signifie le père de ce jeune homme & de cette vierge
qui sont frère & soeur.

L'invocation du Dieu Apollon & de la Déesse Diane: vous donnera
à connaître l'attraction aimantine des rayons du Soleil
& de la Lune.

La semence est le Menstrue des Philosophes, qui est nommé
d'une infinité de noms par les Philosophes, comme nous avons
dit ci devant.

Le reste, me semble, qu'il est assez clair pour les entendus, &
pour les ignorants il en est déjà dit trop.

F R A N C O I S.

Certainement il est vrai: mais de quelle façon ferez vous venir
cette oeuvre en comparaison à la génération des animaux?

V R E D E R I C.

Fort bien, mon ami: Ce qui est dit jusqu'à présent, n'est proféré
que de la copulation ou conjonction de la semence masculine
avec la féminine: Qu'est ce qu'il vous en semble?
C c 2 FRAN-
@

102 E S C A L I E R Des S A G E S.
F R A N C O I S.

Il me semble que c'est tout de même.

V R E D E R I C.

Ce qu'il vous plaît de rapporter de cette eau qui est luisante ou
limpide devant qu'on n'y puisse apercevoir aucune autre chose
visible: nous l'appellerons le Menstrue des Philosophes
le quel est d'un aspect & d'une couleur si semblable à la vôtre
comme l'une eau de pluie est semblable à l'autre, & dans celui
ci est aussi caché & étendu l'enfant des Philosophes tout entier
en vertu.

Quand vous parlez d'une macule grise blanchâtre, vous entendrez
que nôtre matière devient aussi au commencement de la Putréfaction
d'une même couleur, la quelle se change peu à
peu, par la chaleur d'une poule couvante, en une couleur
noire, comme il vous à plu de dire de vôtre macule grisâtre
qui se change de la même manière eu une couleur noire.

Vous dites que la noirceur se change tout doucement en rougeur
& qu'il s'étendent peu à peu quantité des rayons rouges de
ce centre rouge à la circonférence & que la dite circonférence
devient rouge aussi, cela arrive de la même manière en nôtre
matière quand on la traite suaviter, c'est à dire fort doucement,
car toute la noirceur devient alors rouge.

Et comme le Sang de l'animal s'augmente de plus en plus, jusques
à que son corps vient à couvrir ombrer & environner son
centre & ses rayons rouges, en façon d'une substance blanchâtre,
tellement que la rougeur ne peut être plus vue,
mais qu'il ne paroisse plus rien qu'un corps blanc & diaphane
à l'entour: ainsi voit on de même à la génération de l'enfant
des Philosophes, car la première couleur rouge devient à
s'évanouir tout doucement, & à être environné d'un corps
diaphane & blanc comme du lait, qui est si semblable au lait
des animaux, qu'il est quasi impossible de l'en distinguer, la
quelle contient cachée en elle tout aussi bien la couleur rouge,
que le corps diaphane blanc de l'animal: selon le dire des Philosophes.

Sub Albedine latet Rubedo.
Touchant la nourriture de la quelle les animaux jouissent en
suite,
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 103
suite, lors qu'ils sont émancipés des oeufs ou du ventre de
leur mères, comme sont le lait & les autres nutriments, qui
se changent, par la circulation & par la séparation, en Chyle,
& de là en sang, pour faire croître & agrandir le corps de
l'animal en qualité & en quantité; il s'en fait de même en l'oeuvre
des Philosophes, qui est aussi nourri de son propre lait,
qui s'augmente toujours par la circulation & par la séparation
des ses propres Eléments sans addition d'aucune chose étrangère;
& ce même lait change bien tôt après en chyle & le
chyle en sang, qui est une couleur ou teinture rouge par la
quelle l'enfant des Philosophes se peut augmenter aussi en
qualité & en quantité.

F R A N C O I S.

Est il possible? mais il faut que je le crois puis que vôtre narrée
est fondée sur vos propres expériences. Mais mon très cher
ami, je vous supplie de ne pas oublier de nous dire, ce de
quoi il vous a plu de faire mention autre fois, à savoir des
mauvaises & malheureuses rencontres, qui vous sont arrivées,
lors que vous avez cru de faire avancer vôtre oeuvre avec
trop d'impatience, & que vous avez pensé de pousser vos opérations
avec trop de violence, sans les gouverner bien doucement
& par longanimité, quelles ont été les causes des vos
malheur; & de quelle façon vous avez redressé vos fautes
quand vous avez trop irrité les qualités contraires les unes contre
les autres, soit par vôtre négligence, soit par vôtre imprudence.

--------------------------------------------------------------

C H A P I T R E III.

Du régime de l'oeuvre des Philosophes. Des expériences nuisantes pour
s'avoir trop hâté. Que la couleur rouge de la matière des Philosophes
est cachée sous la blanche, comme la couleur rouge du sang sous
la blanche du chyle. Qu'on ne peut pas facilement faillir en l'oeuvre
des Philosophes. La cause pourquoi le vase vient quelques fois à rompre.
Le moyen d'empêcher que le vase ne se casse. Qu'on ne doit entreprendre
rien à la chimie sans qu'on sache auparavant ce qu'il en
doit arriver.

V R E D E R I C. §. 1.
Du régime
J E ne manquerai pas à vous les raconter. de l'oeuvre
Les vrais Philosophes (aussi bien Hermès Trismégiste que des Philo-
D d tous sophes.
@

104 E S C A L I E R Des S A G E S.
tous les autres) disent unanimement, qu'il faut nécessairement
donner au commencement une petite chaleur à l'oeuvre
des Philosophes, car le dit Hermès commande bien exprès
dans sa Table d'Emeraude ou Smaragdine, qu'il faut séparer
la terre arrière du feu, le subtil du gros, doucement & avec
grand esprit par ces paroles:

Separabis Terram ab Igne, Subtile à spisso, suaviter & magno
cum ingenio.
C'est à dire: Vous séparerez la Terre du Feu, le subtil arrière du
grossier, & ce doucement & avec grand esprit.
D'autres disent: qu'il faut donner au commencement à la matière
un feu d'une poule couvante.
D'autres l'appellent un ouvrage de Patience.

D'autres disent.

§. 2. Omnis festinatio à Diabolo est. Et ainsi des autres.
Des expé- Pour ce qui me regarde. J'ai expérimenté la même chose, par
riences une grandissime perte de peine & de labeur, car lors que j'avais
nuisantes, exposé mon sperme Philosophique quelque temps à la
pour sa- putréfaction, croyant de procéder, (selon le dire de tous les
voir trop Philosophes,) & de produire la matière, jusqu'à la couleur
hâté. Noire, qui est la Première, le temps d'un ouvrage,
qu'il fallait manier avec une si grandissime patience, commença
à m'ennuyer; croyant donc, selon mon jugement, de faire
avancer la putréfaction, en augmentant un peu la chaleur du
feu extérieur & intérieur, j'ai expérimenté, à mon grand regret,
que mon vase est crevé, & toute ma matière perdue,
de sorte qu'il m'a fallu recommencer tout de nouveau, &
prendre mieux garde aux leçons des maîtres, dont l'observation
exacte m'a fait heureusement passer par la couleur Noire,
(la quelle paraissait comme un limon, ou comme un savon
noir) jusqu'à la couleur blanche comme lait: la quelle
ayant obtenu par la grâce de Dieu, j'ai repris l'assurance
d'exciter trop le moteur intérieur de la matière par l'extérieur,
& ai ainsi perdu fort malheureusement pour la seconde
fois toute ma peine, tout mon labeur, toute ma matière &
tout mon temps. Pour la troisième fois, je suis devenu encore
plus sage, & ai gouverné le feu d'une telle manière, que
j'ai eu le bonheur de repasser par la couleur Noire, (par l'aide
de la Nature) jusqu'à la couleur Blanche comme du lait,
& que
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 105
& que j'ai trouvé véritable ce que les vrais Philosophes confirment,
à savoir: que sous la couleur Blanche de la matière
la Rouge est cachée comme la Blanche l'est sous la Noire:
car ils disent: §. 3.
Sub Albedine later Rubedo. Que la couleur
C'est à dire: rouge de la
La Rougeur est cachée sous la Blancheur. matière des
Les Physiciens & Médecins modernes ont aussi expérimenté que Philosophes
la rougeur du Sang est cachée sous la Blancheur du chyle, & que est cachée
le chyle se change peu à peu, par la circulation & par la fermentation sous la blan-
du sang continuelle, en sang; car plusieurs des che, comme la
savants de ce temps, qui vérifient leurs sciences par des expériences couleur rouge
fort sagement, produisent quantité d'exemples, que du sang sous
le chyle s'est séparé du sang après être sorti de la veine, & que la couleur
le sang est même sorti de la veine d'une couleur blanche, le blanche du
quel ne peut, (sous correction) être autre chose que du chyle, chyle.
qui n'a pas été encore produit à la perfection du sang par la
circulation & fermentation qui est requise pour une telle perfection.
C'est ainsi, que je dis, que j'ai expérimenté tout de même dans
nôtre oeuvre; que nôtre Blancheur se transmue avec le temps,
moyennant la circulation ou rotation & fermentation continuelle,
en Rougeur, & que la Blancheur est couverte de la
Rougeur, comme nous avons dit que le chyle est caché dans
le sang à l'aspect extérieur, & laquelle; s'en laisse séparer
sous une couverte blanche, jusques à qu'elle soit tout à fait
changée & transformée en Rougeur, comme nous venons de
dire du chyle & du sang, & alors nôtre matière Blanche parvient
à une Matière ou huile pondéreuse & métallique la quelle
contient bien les métaux en elle, mais étant produite à sa
plus haute perfection il ne s'en peut séparer des métaux: mais
hélas! ayant ainsi tiré une partie de ce sang de nôtre Pélican,
& croyant de poursuivre & de conduire mon ouvrage bien sagement,
il est arrivé pour la troisième fois, que mon vase
est rompu & que tout mon sang imparfait que j'avais assemblé
avec beaucoup de peine, est perdu & évanoui. Ne vous semble
il pas que j'ai été bien malheureux?

F R A N C O I S.

Assurément: mais aussi heureux que vous avez ainsi pu retourner
D d ner
@

106 E S C A L I E R Des S A G E S.
sur le vrai chemin: je vous prie, ne savez vous pas la
raison pourquoi vos vases sont rompu si souvent?

V R E D E R I C.

§. 4. Pour retrouver le vrai chemin il n'y a pas de si grande difficulté
Qu'on ne peut par ce qu'en procédant à nôtre manière on a la Nature même
pas facile- pour guide, de la quelle, pourvu qu'on la suive seulement
ment faillir avec nôtre régime d'opérer, il est presque impossible d'égarer,
en l'oeuvre au moins que vous ne veuillez être plus Sage que la Nature même,
des Philoso- ce qu'il n'arrive, hélas! que trop souvent, & agissant
phes. de cette manière, vous menez la Nature mal, & vous vous
trompez vous même & la Nature, comme j'ai fait aussi avec
tant d'autres avec grande perte de peine & de temps, mais
j'ai à la fin aperçu autant par une lecture infatigable des écrits
des vrais Philosophes, & par des expériences que mon
vase ne m'est plus cassé, mais qu'il est encore présentement
en état de faire tirer toujours du sang de mon Pélican, le quel
j'espère qu'il ne périra pas facilement, mais qu'il donnera de
la nourriture abondamment à ses petits jusques au temps de
leurs croissance en age parfait.

Vous désirez de savoir de quelle façon que les vases puissent être
gardés contre les malheurs d'être cassés? La principale
cause, pourquoi le vase, qui enferme nôtre matière, se
§. 5. rompe quelque fois, procède principalement de là, que la
La cause pour- chaleur externe n'est pas bien gouvernée à son temps, vu
quoi le vase que les Eléments qui sont compris dans nôtre matière font
vient quel- leurs opérations in gradu intenso & remisso à proportion du
ques fois à gouvernement du feu extérieur, car il est très nécessaire (comme
rompre. nous avons déjà touché ci devant) qu'au commencement,
quand nôtre matière paraît en forme de sperme, qu'on
ne lui donne qu'un feu très lent & une chaleur fort petite &
douce, afin qu'il soit gouverné comme un vin, ou autre
breuvage, au quel on donne une telle chaleur pour aider à
sa fermentation; ou bien une chaleur telle par la quelle les
esprits végétants des semences des végétaux peuvent être émus
& entretenus en végétation & en croissance.

Vous pouvez penser, si un vin ou quelque autre breuvage semblable,
ne fera crever la tonne qui le contient, en cas qu'il
soit
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 107
soit trop irrité par une chaleur trop âpre, encore que les douves
en seraient d'une épaisseur bien grande, au moins qu'on
ne lui donne quelque ouverture, pour donner de l'air à la furie
de son mouvement; & puisque le naturel des breuvages,
étant forcé de la sorte par la chaleur, changera en bref en une
liqueur acre sure & dissolvante, comme est le vinaigre, il est
certain que la nature ne l'a pu produire à la perfection d'un
vin ou d'un breuvage agréable à l'homme comme s'en était
son dessein; car les esprits des breuvages, qui sont les soutiens
principaux d'iceux, viennent à s'envoler par une telle
fermentation intempérée, laissant un phlegme insipide & un
tartre limoneux en arrière; dont il me semble qu'on ne peut
pas bonnement donner d'autres raisons, si non, que l'on à
donné de l'empêchement à la nature, pour parfaire le sage
régime de son dessein, & que l'on l'a détournée par impatience
& par ignorance de sa bonne intention, qui était telle,
qu'elle croyait de conjoindre les atomes du Souphre du Mercure
& du Sel, & de les unir par un tel lien d'amour & d'amitié
par ensemble, que cette liqueur aurait reçue un corps si
bien proportionné & enrichi d'esprit, par une fermentation
due & naturelle, qu'était requise pour un vin ou breuvage
parfait, au lieu que les susdits principes deviennent à être séparés,
changés & rendus inhabiles par une fermentation énorme
(comme nous avons dit) pour ne pouvoir plus jamais
être réunis ensemble, selon le dessein de la mère Nature.

Pareillement: si vous pensez de faire hâter le sperme d'aucun animal,
& de le faire avancer par des voies autres que la Nature
vous en ordonne ordinairement, vous trouverez que vôtre
semence s'évanouira bien tôt, & que les oeufs resteront stériles
& sujets à une pourriture subite.

Il en va de même avec nôtre sperme métallique, si vous ne tâchez
au commencement de tenir ensemble les Eléments avec patience
& avec prudence dans la fermentation, par une chaleur
fort tempérée, comme la matière le requière, & que vous
ne l'y entretenez son temps, mais qu'au contraire vous croyez
de faire croître vôtre enfant glorieux métallique par un régime
de feu autre que n'est requis à la nature de la semence métallique,
& qu'ainsi vous avez dessein de faire avancer sa nativité;
E e vité.
@

108 E S C A L I E R Des S A G E S.
je vous puis assurer que vous n'aurez jamais la rencontre
de l'heureux aspect des trois couleurs capitales:

Car vous n'apercevrez jamais le Corbeau Noir, si vous en avez
fait troubler l'oeuf, qui le contenait, par des orages d'éclair
& de tonnerre, puisque sa forme & la matière en ont été
rendu confuses.

Le cygne blanc ne paraîtra pas si le Corbeau son père n'est auparavant
en être.

Ni la Salamandre résistante persistante & se nourrissant de feu ne
sera jamais vue, si son père & sa mère sont suffoqués incontinent
après sa conception.

C'est ainsi, mon très cher! qu'il m'en est arrivé: j'ai cru de
voler avec Icare, mais mes ailes n'ont pas été propres, c'est
pourquoi que je suis tombé avec lui.

J'ai voulu voir les plumes noires du corbeau, devant que son
corps était formé dans l'oeuf, & puisque j'ai gouverné mon
Oeuf Philosophique au commencement par une imprudence
si grande, que les quatre Eléments, (qui commençaient à
fermenter fort paisiblement dans mon Chaos, & y faire leur
opération selon le cours de la nature,) se sont élevés au gradu
intenso (comme les Géants chez Ovide) les uns contre
les autres avec tant de véhémence & de violence, que mon
Oeuf des Philosophes, en crevant, m'a reproché mes sottises
selon mes mérites.

Quand mon vase est sauté pour la seconde fois, la faute en était
telle; que la Lumière étant séparée des Ténèbres & les Eléments
supérieurs des Inférieurs, & que les Eléments les plus
pondéreux s'ayant précipités en bas, ma terre métallique (la
quelle n'était plus du métal, n'y pouvait être réduite en aucun
corps métallique) est tellement allumée & émue de son
feu intérieur par ma conduite imprudente de mon feu extérieur,
qu'elle a excitée, par une commotion impétueuse, un tremblement
& un mouvement si fort & si grand, que mon vase
Hermétique est sauté en air & en pièces comme s'il avait été
frappé d'un coup de tonnerre.

Pour ce qui est du troisième malheur qui m'est arrivé, je vous
puis dire qu'il est aussi provenu d'un trop grand zèle pour faire
hâter
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 109
hâter la Nature outre sa puissance, car après l'avoir long
temps caressé fort doucement, & après l'avoir produite par
une patience indicible, qu'elle m'avait fait voir les Roses rouges,
que j'avais souhaité si long temps, & qu'elle m'avait
apprise comment & de quelle façon le rosier devrait être cultivé
& entretenu, pour pouvoir produire une infinité de roses:
j'ai été derechef si ignorant, que j'ai osé lui demander qu'elle
m'eût fait venir en maturité & en perfection non seulement
les fleurs, mais aussi tout d'un coup les fruits & les graines,
ce que lui étant impossible, ne me l'a pas seulement refusée,
mais m'a rencontrée d'un regard si furieux & si âpre que
l'aspect de Méduse même n'aurait presque pu être plus dangereux
ni plus malheureux, puisqu'elle commençait à vomir
contre moi un feu tellement étouffant, qu'il était capable
de me tuer en un moment, si je n'avais eu la prudence
de retenir mon haleine en m'en fuyant hors de la chambre tant
que je pouvais.

C'est dès ce temps là que j'ai appris, d'être mieux sur mes gardes, §. 6.
de suivre pertinemment la Nature à sa sage conduite, d'obéir Le moyen d'em-
précisément à ses ordres, & de l'assister & de l'aider en tout pêcher que le
avec dévotion, & c'est par cette façon d'agir que je me suis vase ne se
trouvé bien, & que je me trouve bien encore. casse.

Voilà, selon vôtre désir, les raisons & les causes de mes malheurs,
qui ne sont arrivé que par le mauvais régime des Eléments
contenus de notre matière, & d'une trop grande impatience
d'avoir voulu faire avancer la Nature plus qu'elle n'a
pu; Mais si vous tâchez de l'entretenir avec esprit au lit
d'amour, & de la gouverner tout doucement par prudence &
par amitié, vous pouvez croire avec moi qu'il ne vous arrivera
pas ce malheur, que vôtre vase ne rompra jamais, &
que vous pourrez, si vous voulez, cuire & parfaire vôtre
matière, depuis le commencement jusqu'à la fin, dans un
seul vase, selon le dire des Philosophes.

F R A N C O I S.

Je vous remercie de tout mon coeur de la communication sincère
de vos expériences, & de vos advertances tant cordiales; Le
proverbe dit: qu'il faut apprendre avec honte ou avec dommage,
vous en avez fait de même, & j'entends bien que vous
E e 2 n'avez
@

110 E S C A L I E R Des S A G E S.
n'avez épargné ni peine ni labeur, & je n'aurai pas beaucoup
de peine de croire que vous vous entendez passablement
bien à la conduite & au gouvernement du grand oeuvre des
Philosophes.

V R E D E R I C.

§. 7. Vous savez bien aussi, que les Dieux vendent tout pour du labeur
Qu'on ne infatigable, mais bien heureux sont ceux qui n'entreprennent
doit rien rien qu'ils ne sachent auparavant ce qu'il en doit
entreprendre arriver, & qui savent préparer toute la matière de l'universel,
à la chimie, d'une telle manière, qu'ils soient assurés qu'ils viendront
qu'on ne à voir tout ce que nous avons dit ci devant; quel la
sache ce qu' dite matière ne leurs coûte qu'une pistole, & qui le pourront
il en doit entretenir un an tout entier avec une charretée de bonnes
arriver. tourbes ou de charbons sans aucune autre dépense; mais très
malheureux & misérables sont ceux, qui travaillent en sauvage,
qui ne savent ce qu'ils font, & qui prennent des Animaux
& des végétaux pour n'en faire de l'or ou de l'argent
seulement, mais aussi même des teintures pour en teindre les
métaux en or & en argent. Ce ci en passant.

--------------------------------------------------------------

C H A P I T R E IV.

Des opérations des Deux qualités contraires selon les auteurs. De la différence
entre les vrais Philosophes & les communs.

F R A N C O I S.

Ous avons assez parlé des tromperies,
des méchancetés des ignorants & des trompeurs, celui qui
en voudra savoir davantage il n'a qu'en lire le Comte
Trévisan, Sendivogius & d'autres; Nous retournerons, si
vous plaît, à nôtre nombre de Deux, & puis nous quitterons
ces Degrés pour tâcher de monter les suivants, vu que
nôtre intention n'est pas de faire ce propos si ample; Il est
§. 1. vrai pourtant que je ne puis pas bien m'empêcher d'en apporter
Des opéra- ici ce que j'en ai lu chez quelque auteurs.
tions des H. CORNELIUS AGRIPPA dit en la Philosophie Occulte
deux qualités entre autres du Nombre de Deux ce qui s'en suit.
contraires Binarius primus numerus est, quia prima multitudo est, à nullo
selon les potest numero metiri, praeterquam à sola unitate omnium
auteurs. nume-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 111
numerorum mensura communi: non compositus ex nnmeris,
sed ex sola unitate una & una coordinatus. Dicitur numerus
charitatis & mutui amoris, nuptiarum & societatis, sicut dictum
est à Domino: Erunt duo in carne una.

C'est à dire:
Le nombre de Deux est le premier nombre par ce que c'est la
première multitude; il ne peut être mesuré d'aucun nombre
que de l'unité seule, qui est la mesure commune de tous les
nombres. Il n'est pas composé des nombres, mais il est coordonné
de l'unité seule d'un & d'un. On l'appelle le nombre
de la charité & d'un amour réciproque, des noces & de société,
comme il est dit du seigneur. Ils seront deux en une
chair.

Le même dit autre part.

Binarius dicitur numerus connubii & sexus, Duo enim sunt
sexus Masculinus & foemininus.

C'est à dire:
Le Nombre de Deux est appelé le nombre du Mariage & des
Sexes, puisqu'il y a Deux Sexes, le Masculin & le Féminin.

Le Même.

Dicitur etiam Binarius Numerus Medietas capax, bona malaque
participans, principium divisionis, multitudinis, & distinctionis,
& significat materiam. Dicitur etiam aliquando hic,
numerus discordiae & confusionis, infortunii & immundiciae,
undè Divus Hyeronimus contra Jovianum inquit, quod ideo
in secundo die creationis non suit dictum: Et vidit Deus quoniam
bonum; quia Binarius numerus sit malus.

C'est à dire:
Le Nombre de deux est aussi appelé une moitié capable partageant
le bon d'avec le mauvais: un commencement de division,
de multitude & de distinction, & signifie la matière.
Ce nombre est aussi appelé quelques fois le nombre de désunion
& de confusion, de malheur & d'impureté. C'est de
quoi que Hierome parle contre Iovian, qu'il n'a pas été dit
au second jour de la création: Et Dieu voyait qu'il était bon,
à cause que le nombre de Deux était mauvais.

P Y T H A G O R A S: (selon Eusebius)

Unitatem Deum esse dicebat & bonum intellectum: Dualitatem
F f vero
@

112 E S C A L I E R Des S A G E S.
vero Daemonem ac malum, in quo ewt Materialis multitudo;
quia Pythagorici dicunt: Binarium non esse numerum, sed
confusionem quandam unitatum.

C'est à dire:
Pythagore disait: que l'unité était Dieu & un bon intellect: que
le nombre de Deux était le Démon & le mal, dans le quel est
la multitude matérielle: par ce que les imitateurs de Pythagore
disent, que le nombre de Deux n'est pas un nombre, mais
une confusion d'unités.

S E N I O R Z A D I T H. De Plumbo & Azoth Philosophorum.

Plumbum, inquit, est nomen masculi, Azoth foeminae: Masculus
est calidus & siccus, Foemina autem humida & frigida:
quae cum commixta fuerint jam commixtum est calidum cum
frigido & humidum cum sicco, & hoc non est dubium intelligenti.

C'est à dire:
Le Plomb est le nom du Mâle & Azoth le nom de la Femelle: Le
Mâle est chaud, & sec: la Femelle humide & froide. Les quels
étant mêlés ensemble, le chaud est mêlé avec le froid, & l'humide
avec le sec, & cela ne donne pas de doute à celui qui
a de l'entendement.

J O S E P H U S.

Commisce Aquam & Ignem & erunt Duo. Commisce Aerem &
Terram & erunt quatuor. Deindé fac quatuor unum & pervenisti
ad id quod vis. Et tunc fit corpus non corpus, & debile
super ignem non debile, & apprehendisti sapientiam.

C'est à dire:
Mêlez l'Eau avec le Feu & ce seront Deux. Mêlez l'Air avec la
Terre & ce seront quatre. Faites après ce là les quatre un, &
vous êtes parvenu à ce que vous désirez. Et le corps se fait
alors qu'il n'est pas corps, & ce qui est faible sur le feu, qu'il
n'est plus faible, & vous avez appris la sapience.

J O H A N N E S B E L Y E: Anglus.

Quicquid veritatis constat in arte Alchymiae, est jungere humidum
sicco; per humidum intelligatis spiritum liquidum ab
omni sorditie purgatum, & per siccum, corpus perfectum
purum & calcinatum.
C'est
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 113
C'est à dire:
Tout ce qu'il y a de la vérité en l'art de l'Alchimie, c'est de joindre
l'humide au sec; vous pouvez entendre par l'humide un
esprit liquide purgé de toutes immondices, & par le corps, un
corps parfait pur & calciné.

Le même.

Temperantia Elementorum numquam contingere valet absque
conjunctione corporis & spiritus: quoniam per corum conjunctionem
suppletur defectus Elementorum tam ex parte
corporis quam spiritus: & sic corpus efficitur spirituale, &
spiriitus corporalis & videbis conversionem Elementorum.

C'est à dire:
La tempérance des Eléments ne se peut jamais faire sans la conjonction
du corps avec l'Esprit, puisque les défauts des Eléments
deviennent accomplis par leur conjonction, aussi bien
du côté de leurs corps que de l'esprit, & ainsi le corps se rend
spirituel, & l'esprit corporel & vous verrez la conversion
des Eléments.

Le même.

Elementa intermediantia sunt causa transmutationis unius Elementi
in aliud.

C'est à dire:
Les Eléments moyennants sont la cause de la transmutation de
l'un Elément en l'autre.

Le même.

Unum quodque Elementorum intermediat aliud, & nullum Elementum
potest in naturam alterius converti quod est suum
contrarium, nisi prius convertatur in Elementum Intermedians
ipsum & suum contrarium.

C'est à dire:
Un chacun Elément entre-moyenne l'autre, & nul Elément ne
peut être converti en la nature d'un autre qui lui est contraire,
à moins qu'il ne soit converti auparavant en un Elément
entre-moyennant icelui & son contraire.

Le même.

Unum quodque Elementum habet in se qualitates quatuor, duas
activas & duas passivas: Ergo unum quodque Elementum habet
per suas qualitates activas agere in suum contrarium; videlicet,
F f 2 deli-
@

114 E S C A L I E R Des S A G E S.
si Elementum fuerit frigidum & secum, scilicet
Terra, tunc habet agere in humidum & calidum scilicet in
Aerem; & econtra per suas qualitatzs passivas habet pati
suum contrarium in ipsum agere, scilicet illud quod est calidum
& humidum quod agat in illud quos est frigidum & siccum,
& sic circulariter debet intelligi de caeteris Elementis.

C'est à dire:
Un chacun Elément a en soi quatre qualités, deux actives &
deux passives: Un chacun Elément donc à de quoi agir, par
les qualités actives, en son contraire: à savoir, si un Elément
est froid & sec, comme la Terre, il a alors à agir dans
l'Elément humide & chaud, à savoir dans l'Air; & au contraire,
il a à pâtir par ses qualités passives que son contraire agisse
en lui, entendez, que celui qui est chaud & humide
agisse en celui qui est froid & sec; & ainsi le doit on entendre
des autres Eléments circulairement.

B E R N H A R D U S C O M E S T R E V I S A N U S.

Subjectum, inquit, hujus admiranda: scientiae est Sol & Luna,
seu potius Mas & Foemina; Mas Calidus est & siccus, Foemina
vero frigida & humida.

C'est à dire:
Le sujet, dit il, de cette admirable science est le Soleil & la
Lune, ou bien plus tôt le Mâle & la Femelle; Le Mâle est
chaud & sec, & la femelle froide & humide.

Le même.

Corpus recipit impressionem à spiritu sicut Materia à Forma,
& spiritus à corpore, quoniam facta sunt & creata à Deo ut
agant et patiantur invicem. Materia quidem flueret infinité,
si forma fluxionem non tardaret et filteret, qua propter, cum
corpos sit Forma informans, informat et retinet spiritum ut
ita deinceps non fluat amplius.

C'est à dire:
Le corps reçoit l'impression de l'esprit comme la Matière la
reçoit de la Forme, et l'esprit du corps, puisqu'ils sont fait
et créés de Dieu, afin qu'ils agissent et pâtissent ensemble.
La Matière coulerait sans cesse si la Forme ne tardait sa
fluxion, et qu'elle ne l'arrêtait: ce pourquoi puisque le corps
est la Forme informante, il informe et retient l'esprit qu'il ne
coule plus ainsi par après. Le
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 115
Le même.

Materia patitur, & Forma agit, assimilans sibi Materiam, &
hac ratione Materia naturaliter appetit Formam, uti mulier
appetit maritum & res vilis charam, impura puram; sic etiam
Mercurium appetit Sulphur, ut imperfectum perficiens, sic
quoque corpus appetit spiritum quo possit ad suam perfectionem
tandem pervenire.

C'est à dire:
La Matière pâtit, & la Forme agit, rendant la pareille à elle,
& de cette façon la Matière désire naturellement la forme,
comme la femme désire le mari, & la chose vile la précieuse,
l'impure la pure; ainsi aspire aussi le souphre après le Mercure,
comme la chose imparfaite après la parfaite; de même
le corps l'esprit, par le quel il puisse à la fin parvenir à sa
perfection.

Ces autorités des auteurs allégués ne suffisent elles pas bien tôt
pour confirmer ma soutenue & vos expériences; ou bien vous
semble il que j'en dois citer encore quelques uns, vu que
vous savez qu'il ne nous est pas difficile d'en rapporter une
très grande quantité d'autres qui ne seront pas moins d'accord
avec nous que ceux là.

V R E D E R I C.

Il n'en est pas besoin, puisqu'il m'est assez connu que tous les
vrais Philosophes concordent parfaitement avec vos sentiments
& avec mes démonstrations.

F R A N C O I S.

Vous parlez si souvent des vrais Philosophes, je vous supplie de §. 1.
me dire quelle distinction que vous faites entre des Philosophes De la différen-
communs & les vrais Philosophes? ce entre les
vrais Philosophes
V R E D E R I C. & les communs.

Mon très cher ami, j'appelle des Philosophes communs ceux
qui ont beaucoup de paroles & peu d'effets, qui savent
beaucoup discourir de la circonférence, mais qui ne savent pas
ce que c'est ni où est le Centre, & les quels (comme dit
un certain Philosophe dans un Dialogue) ont appris Contentiosè
rixari, pro et contra (ut ajunt) pertinaciter argumentari.
G g C'est
@

116 E S C A L I E R Des S A G E S.
C'est à dire:
A ergoter et tenir des disputes contentieuses et des argumentations
obstinées pour et contre (comme on dit.) Sur quoi
un autre demande:
Quae chimera bestia est haec?
C'est à dire:
Qu'elle bête chimérique est celle là?
Ce sont des telles gens qui ne regardent après des bons fondements
ni qui font état des bons auteurs, mais qui mettent leur
desseins en effet, non seulement suivant leurs fantaisies mal
fondées, mais qui font même leur profession de séduire & de
tromper lâchement tous ceux qui sont bien désireux d'apprendre
des vérités mais qui sont des innocents par ignorance, comme
ils vous ont fait & moi aussi, avec quantité d'autres comme il est
à voir es livres des auteurs que nous avons allégué ci devant.
Les vrais Philosophes, au contraire, sont des gens qui sont craignant
Dieu, sincères, aimant la probité & la vérité, qui n'écrivent
ni disent rien que ce qu'il est conforme à la vérité &
ce qu'il leurs est aussi facile à démontrer qu'à le dire. Il est bien
vrai qu'ils parlent bien couvertement & qu'ils écrivent de même
pour ceux qui ne les entendent pas, & qui sont ignorants
de la vraie Philosophie, & particulièrement quand ils traitent
de la Pierre des Philosophes, mais tout est découvert &
clair comme le jour pour ceux qui sont des entendus de cette
science, & même toute les façons de parler énigmatiques,
toutes sortes d'emblèmes, caractères, & ce qui peut être davantage
d'autres termes & choses obscures au commun & aux
ignorants, elles sont tellement connues & si communes entre
les vrais Philosophes comme l'A,B,C, l'est parmi ceux qui
ont bien appris l'Orthographe: mais c'est assez discouru des
Deux Contraires.
Nous finirons ce Chapitre si vous plaît avec les paroles propres
de Trismégiste dont il se sert dans sa

T A B L E d'E M E R A U D E:

Pater ejus Sol est, Luna Mater. Separabis Terram ab igne subtile
à spisso suaviter & magno cum ingenio: ascendet in coelum
iterumque descendet in Terram, & acquirit vim superiorum
& Inferiorum.
Sic habebis gloriam totius mundi,
Ideo a te fugiet omnii obscuritas.
LIVRE
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 117
L I V R E T R O I S j e m e. DU NOMBRE DE QUATRE. D E S Q U A T R E E L E M E N S
ET DES QUATRE ELEMENTS qui sont dans la Matière de la P I E R R E D E S P H I L O S O P H E S.

C H A P I T R E I.
Ce que le Nombre de Quatre comprend. Pourquoi le Nombre de Quatre est
préféré au nombre de Trois. Que les Quatre Eléments ne peuvent être trouvés chacun à part. De la séparation de la Lumière des Ténèbres dedans l'oeuvre des Philosophes. Démonstration par l'Oeuvre des Philosophes que les Eléments ne peuvent être à parts. Ce que c'est que l'étincelle opérante dedans la matière de la Pierre des Philosophes. Qu'il faut que l'artiste procède de même avec l'oeuvre des Philosophes comme la Nature procède dedans le grand Monde.
F R A N C O I S,

pict Ous avons traité amiablement
de l'Unité & du nombre de Deux, les quels
étant assemblés font le nombre de Trois: Si
nous ajoutons le nombre de Quatre à celui
là par la règle d'addition nous trouverons le
nombre de sept tout de même comme d'un
centre & de Six demi diamètres, d'une
même étendue du pied du compas, il se forme une figure Géométrique
Hexagonale, composée de sept points, comme
nous en avons fait autrefois mention plus amplement & avec
plus de circonstances, ce qui serait ennuyeux de répéter, vu
que nôtre intention est de traiter ici particulièrement du
nombre de Quatre, du quel j'entamerai, si vous plaît nôtre
discours le quel je tâcherai de fonder comme les autres sur la
Théorie, vous pourrez aussi continuer vôtre entretien, que
vous vous êtes donné la peine de commencer sur les fondements
démonstratifs & les vérifier par des expériences comme
vous avez fait auparavant.
G g 2 VRE-
@

118 E S C A L I E R Des S A G E S.
V R E D E R I C.
Je le veux bien: vous n'avez qu'à commencer.

F R A N C O I S.

Ceux qui suivent la doctrine de Pythagore préfèrent le Nombre
§. 1. de Quatre à toutes les vertus de tous les nombres, puisqu'il
Ce que le est un fondement & une racine de tous les autres Nombres.
Nombre de
Quatre com- Ce Nombre signifie la solidité ou la fermeté selon la démonstration
prend. de la figure Carrée.

Le Nombre de Quatre emplit par quatre termes tout simple progrès
des Nombres: à savoir avec une unité 1. avec un 2. comme
aussi d'un 3. & avec un 4. les quels étant assemblés par l'addition,
il s'en fait le nombre parfait de Dix, comme nous avons
dit ailleurs & comme nous avons alors démontré par l'addition
de ces quatre nombres.

Le Nombre de Quatre comprend même le Nombre des lettres du
Saint nom de Dieu, vu que presque toutes les nations du
Monde écrivent le très saint nom du Seigneur par Quatre
Lettres.

Comme les Arabes l'écrivent par les lettres ALLA; Les Persans
des lettres SIRE; les Mages ORSI; les Grecs ΘΕΟΣ;
les Latin DEUS; les Allemands GODT; les François DIEU;
les Espagnols DIOS, & ainsi les autres.

Le Nombre de Quatre comprend aussi en soi les Quatre Eléments:
le Feu; l'Air; l'Eau & la Terre.

De même les Quatre premières qualités: la Chaleur; la Froidure,
la Sécheresse, & l'Humidité;

Des quelles proviennent les Quatre Humeurs: comme sont l'Humeur
Sanguine, la Colère; le Phleme & la Mélancolie: des
quels nous tâcherons de parler plus particulièrement en suite,
& ferons notre commencement de Quatre Eléments.
V R E D E R I C.
Mais devant que de entamer la matière des Eléments; il me semble, sous vôtre meilleur avis, que vous ne feriez pas mal de apporter ici auparavant les raisons pourquoi vous venez à préférer le Nombre de Quatre au Nombre de Trois, vu que celui ci suit immédiatement dans l'Arithmétique au Nombre de Deux. FRAN-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 119
F R A N C O I S.
Je vous réponds: Qu'il a plu à Dieu tout puissant de tenir lui §. 2.
même cet ordre à la création du Monde: car après le Nombre Pourquoi le
de Deux, à savoir après la Lumière & les Ténèbres, il Nombre de
a fait provenir le Ciel & la Terre, le Ciel comprenant Deux Quatre est
Eléments opérants, & la Terre deux souffrants. Le ciel ayant au Nombre
compris en lui la lumière ou l'Elément Feu, & l'Air; & la de Trois.
Terre l'Elément de l'Eau & de la Terre; & de ces Quatres à
il fait produire le Nombre de Trois à savoir les végétaux, Animaux
& Minéraux, qui en sont crû & provenu, & qui en
ont leur nourriture & leur entretien par le moyen des Trois
Principes, qui sont comme des seconds Eléments, comme
sont le souphre, le Mercure & le sel, le quel entretien pour
les dits trois Royaumes ce grand Dieu sera, sans doute, durer
si long temps que la circulation des Eléments durera, car les
trois Principes ont leur naissance & leur croissance de la conjonction
des Quatre Eléments tellement que paraissant notoirement
dans la Genèse même que le Nombre de Quatre est préféré
à celui de Trois, il est plus que raisonnable, que nous
fassions ici de même, ne pouvant manquer nullement en suivant
l'ordre que nôtre grand Dieu nous a prescrit lui même
de son propre doigt.

V R E D E R I C.

Il en est de même dedans nôtre oeuvre des Philosophes, comme
je vous le démontrerai en suite.

F R A N C O I S.

Nous sommes donc certains que les Trois Principes, le Souphre,
le Mercure & le Sel ont leur origine & sont provenus de la conjonction
des Quatre Eléments, comme les Quatre Eléments de
la conjonction de la Première Matière & de la Forme universelle,
qui sont les Principes simples de la Nature; que
les Eléments aussi bien que les Principes, ou seconds Eléments,
ne sont rien autre chose que la Première Matière, la quelle
a reçue sa Forme de différentes manières; & que la Matière
seconde provient de la commixtion des Eléments, la quelle
est le plus sujet aux accidents & qui vient à souffrir les tours &
vicissitudes de la génération & de la corruption.
H h Trismé-
@

120 E S C A L I E R Des S A G E S.
Trismégiste dit bien en peu de paroles, mais qui sont de grand
efficace, & qui méritent d'être bien considérées.

Quod est superius simile est ei quod est inferius.
C'est à dire:
Ce qui est en haut est semblable à ce qu'il est en bas.
Car les choses en haut & en bas sont bien faites & créées d'une
même Forme & d'une même Matière, mais au regard de leur
lieu, de leur commixtion & leur perfection elles sont fort
différentes.

Monsieur J. d'Espagnet parle fort agréablement & intelligiblement
de la Première Matière de la Pierre des Philosophes
en comparaison de cette très ancienne & première masse, de
la quelle toutes les choses sont sorties, lors qu'il dit:

Antiquae illius massae confusae seu Materia Primae specimen aliquod
nobis Natura reliquit in Aqua sicca manus non madefaciente,
quae ex Terrae vomicis aut etiam lacubus scaturiens,
multiplici rerum femine praegnans effluit, tota, calore etiam
levissimo, volatilis; ex qua cum suo masculo copulata qui
intrinseca Elementa eruere & ingeniose separate, ac iterum
coujungere noverit, pretiosissimum Naturae & artis arcanum,
imo coelestis essentia compendium adeptum se jactet.

C'est à dire:
La Nature nous à laissé quelque signe ou marque de cette très ancienne
masse confuse de la Première Matière dedans cette
Eau qui ne mouille pas les mains, la quelle étant imprégnée
de plusieurs sortes de semences des choses, proflüe des cavités
& des profondités de la terre, étant volatile même par un
feu très petit; celui qui sait ingénieusement séparer & rejoindre
les Eléments intrinsèque d'icelle, quand elle est copulée
avec son mâle, il se peut vanter d'avoir acquis le secret le
plus précieux de la Nature & de l'art, & même un abrégé
d'une Essence céleste.

§. 4. Les Quatre Eléments ne peuvent pas être trouvés ni acquis chacun
Que les Qua- à part & séparés de toute commixtion & ces Eléments ne
tre Eléments sont pas simples ni à part, mais plus tôt mêlés inséparablement
ne peuvent ensemble; tellement que la Terre, l'Air & l'Eau sont plus
être trouvé tôt des Eléments parfaisant, ou des particules parfaisantes,
chacun à & des corps, que des Eléments, les quels peuvent bien véritablement
part. table-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 121
être appelé des réceptacles & des mères des Eléments:
car la Nature se sert pour l'oeuvre de la génération des
Eléments tels qu'ils sont impalpables & incompréhensibles
pour les sens, à cause de leur subtilité & incorporalité, jusques
à tant qu'ils soient assemblés & conjoints à une matière,
ou corps épais.

V R E D E R I C.

C'est ainsi qu'il en va aussi avec notre oeuvre des Philosophes:
mais il faut que je vous dise en passant, que les Eléments, des
quels la Nature se sert pour la génération des Animaux,
sont plus subtils, invisibles & insensibles, comme nous en
avons fait mention autrefois en discourant de la génération des
animaux.

F R A N C O I S.

J'en suis d'accord avec vous, &, ce qui est digne d'admiration,
c'est que tous les composés se laissent pourtant réduire en des
Eléments sensibles, c'est ce que Lucretius exprime fort bien
quand il dit:

Ex insensibilitus omnia consistunt Principiis.
C'est à dire:
Toutes choses sont faites des Principes insensibles.

Tous les mixtes ou composés semblent bien extérieurement d'être
consolidés seulement de deux Eléments à savoir de l'Elément
de l'Eau & de la Terre, mais les deux autres Eléments
sont cachés sous ceux ici en vertu & en puissance, vu que
l'Air étant invisible à notre regard, est en quelque façon compté
entre les êtres spirituels; & le Feu de la Nature ne peut
être touché ni séparé par aucun artifice, puisqu'il est le Principe
Formel, car la Nature des Formes ne peut être soumise
au jugement des sens parce qu'elle est spirituelle.

V R E D E R I C.

Je viens de vous dire qu'il en va de même en nôtre Oeuvre des
Philosophes, comme il vous plaît de nous en faire part par
vôtre Théorie, & si vous en désirez d'entendre réciter les expériences
je vous les raconterai.

F R A N C O I S.

Fort Volontiers.
H h 2 VRE-
@

122 E S C A L I E R Des S A G E S.
V R E D E R I C.

Ayez donc un peu de patience pour m'écouter.

Puisque vous avez confirmé par des raisons assez solides que le
Nombre de Quatre doit être préféré en rang au Nombre de
Trois, il ne sera pas besoin de les répéter, ni de les réfuter,
mais j'y ajouterai seulement les choses que l'expérience
m'en a découvert dedans l'oeuvre des Philosophes.

§. 4. Lors que j'ai commencé à faire la séparation de la Lumière des
De la sépa- Ténèbres de nôtre Chaos, j'ai vu que l'Air & l'Eau se sont
ration de la présenté au dessus de la Matière comme une rosée, ou comme
Lumière des une sueur, & ce fort lentement & doucement que le Feu
Ténèbres de- joint à la Terre sont allés peu à peu en bas vers le fond; Que
dans l'oeuvre le Feu s'unit ou commencement si fermement à la Terre, qu'il
des Philoso- ne s'en laisse aucunement séparer, & qu'il ne se veut relever
phes. en haut, devant que la Première couleur (entendez la Noire
les Ténèbres ou la Putréfaction, soit tout à fait passée ou
précipitée, & que la couleur Blanche, ou la couleur de la Lumière,
soit découverte; c'est alors que l'Elément Feu vient
au jour, le quel se fait assez connaître par la lueur, par sa couleur,
& par les opérations qu'il fait par & dedans les autres
Eléments, laissant le Feu Central à la Terre & la Lumière à
l'Eau & à l'Air de la Matière.

Ainsi se sépare le Nombre de Quatre, (entendez les Quatre Eléments)
de nôtre Chaos, & ainsi se produit le Nombre de
Trois (à savoir les Trois Principes, le Souphre, le Mercure
& le Sel) par cette opération ou séparation; & ainsi sont
engendré les seconds Eléments des Premiers Eléments; les
quels se laissent exalter & parfaire par l'art en des Principes plus
subtils & meilleurs, jusques à qu'un Artiste en fasse naître un
être d'une durée & d'une perfection éternelle, par sa sage conduite,
& qui soit résistant aux Eléments sans être sujet à aucun
changement.
§. 5. Ce qu'il vous a plu de dire ci devant des Eléments, & particulièrement
Démonstra- que les dits Eléments ne peuvent pas être trouvé chacun
tion par l'oeu- à part, sans aucune commixtion; que le Eléments communs
vre des Phi- devraient plus tôt être appelés des matrices ou des réceptacles
losophes que des premiers Eléments, & que la Nature se sert des
les Elé- Eléments impalpables & insensibles pour les sens, & quasi spirituels;
rituels;
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 123
cela est très vrai, car on le trouve tout de même dans ments ne peu-
l'oeuvre des Anciens, puisque la génération de la Pierre des vent être
Philosophes, selon le dire des vrais savants, se doit faire de à part.
dans les Eléments communs, avec iceux, & par les mêmes Eléments,
mais ce qui a fait au commencement l'imprégnation §. 6.
dans la matrice des métaux, & ce qui rend l'étincelle mouvante, ce que c'est
ou la semence de leur sperme, opérante, & ce qui la que l'étincelle
tient dans cet état végétant jusques au temps de la nativité opérante de-
de ce fruit Philosophique, ce n'est rien autre chose que les Eléments dans la Pierre
astraux intérieurs, ou bien la Lumière du Ciel, qui des Philoso-
agissent continuellement dedans les Eléments communs comme phes.
dedans l'Air, l'Eau, le lieu & la Terre de la matière, &
ce par l'aide de l'Artiste & par le feu matériel extérieur; & ce
sont ces mêmes Eléments les quels, agissants ainsi, tendent jusqu'à
la perfection entière de l'enfant Philosophique, le quel
doit provenir en perfection, sans faire aucun détriment à sa
mère, qui sont les quatre Eléments vulgaires, tout de même
comme le fruit d'un animal se produit en perfection, sans faire
aucun dommage à ses père & mère.

Si les Quatre Eléments pouvaient être séparé d'ensemble (ce
que la Sage mère la Nature n'a jamais permise) nôtre fruit
jouirait tout aussi peu de croissance qu'un arbre ou quelque
autre végétal, le quel étant seulement privé entièrement un
moment de temps d'un seul des Eléments serait réduit aussi
tôt dans un état qu'il n'en serait jamais à espérer aucun accroissement.
Pensez un peu, je vous prie, si l'Elément de
Feu manquait, si le végétal, étant privé de l'âme végétante,
qui consiste au Feu Elémentaire, ne mourrait incontinent?
S'il était privé de l'Air, s'il ne périrait tout aussi
tôt, vu que le Medium Conjungendi duo extrema, qui sont
le Feu & l'Eau étant ôté, il ne le pourrait plus faire refaire
aucune conjonction, & par conséquent il ne se pourrait plus
faire aucune croissance, parce que l'Air est celui qui unit le
Feu & l'Eau à la Terre, & le quel est attiré du végétal,
par une vertu aimantine, qui lui est innée, & ce par les
veines & les pores qui lui servent d'en pouvoir croître & s'augmenter
par icelui en quantité & en qualité. Si l'Elément de
l'Eau n'était, de quelle façon le végétal pourrait il jeter
& étendre sa racine dans la Terre & par quelle voie pourrait
I i l'Air
@

124 E S C A L I E R Des S A G E S.
l'Air conduire le Feu, qui est la nourriture principale de son
âme végétante, pour son entretien? ne serait il pas incontinent
réduit en ses Principes? Et si la Terre venait à faillir, sur
quoi est ce que le végétal se reposerait? Si vous m'objectez
qu'il y a bien des végétaux qui croissent sur l'Eau & dedans
l'Eau, qui s'y multiplient, & qui ne touchent en aucune
façon à la Terre? Je vous donnerai pour réponse, que je
connais bien ces végétaux aussi, mais qu'il est à considérer
sur quoi que l'Eau reposerait elle même?

§. 7. C'est ainsi, & tout de même avec nôtre végétal des Philosophes;
Qu'il faut car en cas que l'Artiste ne gouvernerait les Quatre Eléments,
que l'Artiste qui sont dedans nôtre oeuvre, de la même manière,
procède de que fait la Sage mère la Nature, selon les ordonnances
même avec de ce grand Dieu, qu'il lui à plu d'établir dès le commencement
l'oeuvre des pour l'entretien & pour le gouvernement du Macrocosme
Philosophes ou du grand Monde, nous travaillerions assurément
comme la Na- en vain, & n'aurions jamais à espérer aucun succès heureux:
ture procède mais en cas que nous laissions éclairer nôtre Air tout doucement
dedans le de nôtre Soleil, suivant la Sage mère la Nature; que
grand Monde. nous fassions pénétrer nôtre Air ainsi imprégné dedans notre
Eau, & que nous laissions imbiber nôtre Terre de ces dits
Eléments imprégnés de cette façon; que nous la fassions tout
doucement suer, moyennant la commotion naturelle de
nôtre soleil & de nôtre feu central, tellement qu'elle soit
arrosée de nuit par la rosée, & puis étant séchée de jour
qu'elle devienne à se sécher autant qu'elle commence à fendre
comme une terre grasse & fertile se crève & se fende par
la chaleur du Soleil: que puis après elle soit arrosée d'une
pluie fertile, re-séchée, & qu'il soit ainsi continué en l'arrosant
& la séchant; ainsi nôtre végétal croîtra & s'élèvera
de nôtre Terre, comme il se fait d'un Végétal commun
selon le cours de la Nature.

Voyez, mon très cher, combien étroitement que nôtre oeuvre
correspond aux oeuvres de la Nature au Règne Végétal,
Animal & Minéral.

Ceci soit dit assez des Eléments en général, passons à ct'heure aux
Eléments particuliers & avançant de nôtre pied sur le quatrième
Degré nous recommencerons nôtre discours de l'Elément
ment
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 125
le plus haut, à savoir du Feu, le quel ne viendra pas
mal ici en suite, vu que nous avons déjà traité quelque
peu de la Génération, & que cet Elément représentera,
après Dieu & après son vicaire, le Soleil, la principale personne
dans nôtre Histoire de la Nature.

F R A N C O I S.

Vôtre intention est bonne: j'en suis bien content; vous vous
reposerez un peu, si vous plaît, en attendant que je fasse le
commencement de ce discours, & que j'entame cette agissante
matière.

V R E D E R I C.

Je vous obéirai.

Ii 2 LE QUA-
+@
+@



pict

@
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 127
L E Q U A T Rième D E G R E.
DE L'ELEMENT DU FEU.
E T D U F E U D E S P H I L O S O P H E S.

C H A P I T R E I.

Que les Prophètes & les Philosophes ont comparé Dieu souvent à un Feu
& qu'ils l'ont dit même d'être un Feu. Qu'il n'y a pas d'autre Elément
du Feu que celui du Soleil. Que tous les principes de la génération
proviennent du Soleil. Le soleil est le premier opérateur dedans
le Monde. Les générations sont de différentes qualités à proportion
que le Soleil est proche ou éloigné. Exemples de cela au Royaume végétal.
Au Royaume Animal. Et au Royaume Minéral.
Quand l'homme reçoit l'âme raisonnable. Pourquoi Dieu a ordonné le
lieu de sa demeure principalement dans le Feu.

F R A N C O I S.

pict E Feu est le plus haut, le plus §. 1.
excellent & le plus digne des Quatre Eléments, Que les Prophè-
& pour cette raison Moïse le Prophète, Trismégiste, tes & les Philo-
les Prophètes, les Apôtres, les sophes ont com-
Evangélistes, & une infinité d'hommes paré Dieu à sou-
Sages n'ont pas seulement comparé Dieu même vent à un Feu,
à un feu, mais l'ont aussi dit être un feu, & qu'ils l'ont
vu que ce grand Dieu tout puissant s'est manifesté souvent dit même être
en forme de feu, comme nous avons commencé à dire ci devant, un Feu.
& comme nous tâcherons de vérifier encore davantage
ici par des passages de la Sainte Ecriture.

Car au Chapitre 16ième, verset 15ième du Livre 4ième de
Moïse, appelé Nombres, est écrit.

Le feu sortant du Seigneur consuma les deux cent cinquante
hommes qui offraient la perfumigation.

Au I. L. des Chroniques C. 21. v. 16.
Le Seigneur exauça David par le feu du ciel sur l'autel de
l'holocauste.

Psaume 18. v. 9.
Fumée montait de ses narines & feu de sa bouche qui consumait,
& charbons s'embrasaient de lui.
K k Et au
@

128 E S C A L I E R Des S A G E S.
Et au v. 13.
De la lueur qui était devant lui ces grosses nuées partirent, &
charbons de feu.

Ps 80. v. 2.
O Pasteur d'Israël, toi qui es assis entre les Chérubins montre
ta splendeur.

v. 4.
O Seigneur ramène nous & fait luire ta face & serons délivrés.

v. 5.
O Seigneur Dieu des armées jusqu'à quand fumeras tu encontre
l'oraison de ton peuple?

Ps 84. v. 12.
Le Seigneur Dieu nous est Soleil & bouclier.

Ps 97. v. 2.
Nuée & obscurité épaisse sont à l'entour de lui; justice & jugement
sont la base de son siège. Le feu chemine devant lui &
embrase tout au tour ses adversaires.

v. 5.
Les montagnes fondent comme cire pour la présence de l'Eternel.

Ps 104. v. 2.
Il s'accoutre de lumière comme un vêtement, & étend les
cieux comme une courtine.

Jesaie c. 23. V. 14.
Le quel de nous pourra habiter avec le feu dévorant?

Ch. 60. v.
Tu n'aura plus le soleil pour la lumière du jour, mais le seigneur
te fera pour lumière éternelle, & ton Dieu pour ta magnificence.

Ezechiel Ch. 34 v. 2.
La Terre resplendissait de sa gloire.

Esdras L. 4. Ch. 2. v. 35.
Soyez préparés aux salaires du royaume: car la lumière éternelle
luira sur vous à perpétuité.

Ch. 8. v. 23.
Du quel le regard sèche les abîmes, & l'indignation fait abaisser
les montagnes.

J. Syrach. Ch. 22. v. 25.
Il ne connaît point que les yeux du Seigneur sont dix mille fois
plus clairs que le soleil.
Saint
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 129
Saint Jean Ch. 1. v. 4.
En la parole était la vie, & la vie était la lumière des hommes,

Ch. 12. v. 46.
Je suis la lumière qui suis venu au monde afin que quiconque
croit en moi ne demeure point en Ténèbres.

Actes des Apôtres. Ch. 2. V. 3.
Et leur apparurent langues départies comme de feu, & se posèrent
sur un chacun d'eux.

Ch. 26. v. 13.
Je vis, ô Roi, en chemin à midi une lumière du Ciel plus grande
que la splendeur du soleil reluire à l'entour de moi. e. c.

Saint Paul à Timothé Ep. 1. c. 6. v. 16.
Le Seigneur des Seigneurs qui a seul immortalité & habite lumière
inaccessible, le quel nul des hommes n'a vu, & ne
peut voir.

Aux Hébreux. Ch. 12. v. 29.
Aussi nôtre Dieu est un Feu consumant.

L'Epît. de St. Jean Ch. 1. v. 5.
Nous vous annonçons que Dieu est lumière & n'y a nulles ténèbres
en lui.
Une très grande quantité des savants ont cru que l'Elément Feu §. 2.
avait sa propre sphère à l'entour & au dessus de l'Air, & cette Qu'il n'y a pas
opinion est encore acceptée de la plus part des Philosophes de d'autre Elément
ces temps! mais ceux qui s'entendent à la vraie Philosophie du Feu que
de Moïse, & de Hermès Trismégiste, ils ne connaissent aucun celui du
autre feu de Nature que la lumière du soleil: & c'est sans soleil.
doute pour cette raison que Moïse n'a fait aucune mention
en sa Genèse de l'Elément de Feu comme il a fait de la Terre,
de l'Eau & du Ciel, à cause qu'il avait dit que la Lumière
(qui était le vrai feu de la nature) était créée le premier jour.

Lors que le grand Dieu avait séparé la lumière des Ténèbres au
commencement de la Création du Monde, & que de la Lumière
il avait formé le soleil, il lui a donné alors aussi la chaleur
vivifiante, afin qu'il pourrait communiquer & rendre tous les §. 3.
autres corps de l'univers participants de l'esprit igné de la bénévolence Que tout les
de sa chaleur, car c'est de la chaleur du soleil que proflüent principes de
généralement tous les Principes de vie & de génération. la génération
Monsieur d'Espagnet parle fort ingénieusement du soleil, in sua proviennent
Physica restituta, quand il dit: du soleil.
K k Sol
@

130 E S C A L I E R Des S A G E S.
Sol creatoris universi est oculus, quo sensibiles suas creaturas sensibiliter
intuetur, quo blandientes amoris sui radios in eas effundit
quô se conspicuum illis exibet, vix enim insensibilem
autorem natura sensibilis agnovisset: propterea corpus
tam nobile glorià suâ indutum sibi nobisque singere voluit, cujus
radii Divinitati proximi sunt spiritus & vita. Ab illo universali
Naturae principio calor omnis insitus tam in Elementa
quam mixta destuit, qui ignis nomen meruit; ubicunque enin
calor spontaneus, motus naturalis, aut vita hospitatur, ibi suum,
ignem, tanquam corum principium, & primum Elementorum
motorem Natura occultavit, à quo Elementa etiam sensibilia,
seu Mundi nostri Provinciae Elementatur, & velut
animantur; arctius tamen terrae utero constrictus, propter
ejus densitatem & frigiditatem, inhaeret.

C'est à dire:
Le soleil est l'Oeil du Créateur de l'univers, par le quel il regarde
sensiblement ses créatures sensibles, par le quel il verse les
rayons flattant de son amour sur elles: par le quel il se rend
manifeste à icelles; car la Nature sensible aurait difficilement
reconnue un auteur insensible; c'est pourquoi qu'il s'est voulu
faire un corps tant noble & revêtu de sa gloire pour lui &
pour nous, du quel les rayons étant très proches à la Divinité,
sont esprit & vie. Toute chaleur qui est par tout descend
de ce Principe universel de la Nature, aussi bien dedans les
Eléments que dedans les mixtes, la quelle à mérité le nom de
feu; car là où il loge une chaleur volontaire, un mouvement
naturel ou la vie, c'est là où la Nature à occultée son feu, comme
leur Principe, & comme le premier moteur des Eléments,
du quel, même les Eléments sensibles, ou les Provinces de nôtre
monde reçoivent leur Eléments & deviennent être comme
animés; ce feu se tient pourtant plus étroitement au centre
ou à l'utere de la Terre à cause de la froidure & de la solidité
d'icelle.
§. 4. Le soleil emplit de son esprit & de sa vertu vivifiante tous les
Le Soleil autres Eléments, Principes & composés. Il assemble les Eléments
est le pre- à l'oeuvre de la génération, il les unit & les vivifie, car
mier Opérateur le feu de la Nature est le premier opérateur dans le monde, il
dedans le a sa résidence dans le soleil & verse ses vertus par ses rayons,
monde. par & avec l'Air dans l'Eau, & par le moyen de ceux là dans
la Ter-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 131
la Terre, & par tous ceux ici dedans les semences des végétaux §. 5.
des Animaux & des Minéraux, afin qu'ils puissent infiniment Les générations
croître & se multiplier, de sorte que je dis, que le soleil, sont de dif-
étant le premier moteur & opérateur de la Nature, vient à faire férentes qua-
toutes les opérations par sa chaleur à proportion qu'il est proche lités à pro-
ou éloigné de la Terre, car tant plus proche que la lumière portion que le
étend sa chaleur vers la Terre, tant plus vivement, & au soleil est
contraire tant plus qu'elle demeure éloignée de sa superficie, proche ou
tant plus lentement, qu'elle cause les générations, & tant plus éloigné comme
imparfaits deviennent les composés. il paraît.

Vous pourrez prendre des exemples très apparents de ce que je §. 6.
viens de dire dans tous les Trois Royaumes de la Terre: Au Royaume
végétal.
Et considérant premièrement le Royaume Végétal; on trouvera
que les végétaux, qui étaient aux Indes & es autres lieux
où le soleil cause une grande chaleur, sont beaucoup plus
grands de corps & de vertus que ceux qui croissent ici aux
Pays Bas. Que la ciguë & d'autres herbes vénéneuses ne font
pas seulement mourir ceux qui en mangent en ces pays là,
mais tuent même par l'odorat, des quelles les animaux mangent
ici sans en recevoir aucun dommage. Que les arbres parviennent
en ce pays épaisses de plusieurs brassées, les quelles
étant crûs ici jusques à leurs plus grande perfection ne
sont guerre plus grosses que d'une brassée.

Touchant le Règne Animal; en regardant les hommes aussi §. 7.
bien que toutes sortes d'autres Animaux, on verra qu'ils sont Au Ro-
beaucoup plus robustes & pourvus de bien plus d'esprit que yaume
ne sont ceux de ces Pays ici. Trouverait on bien ici des hommes Animal.
qui pourraient prendre l'un l'autre d'une main par un bras
ou par une jambe pour lui faire ainsi le tour de la tête ou
le jeter contre un arbre ou contre un parois comme il y en a
dans les pays de Brésil à qui cela est facile de faire? Ne trouve
on pas là des serpents d'une grandeur si épouvantable qu'ils
peuvent engloutir des hommes, des pourceaux & des cerfs tous
entiers, des quels il ne s'en trouvent ici qui soient guère plus
que de l'épaisseur d'un bras? Des araignées de la grosseur de
deux poings, qui ont même la hardiesse d'attaquer & de se
combattre contre des crabes de mer, & qui les peuvent même
survaincre? & que plus est, que des oiseaux de la grandeur
L l deur
@

132 E S C A L I E R Des S A G E S.
des grives peuvent être arrêtés & pris dedans leurs filets?
comme il est à voir aux voyages des Indes, & selon
que la vérité m'en est encore confirmée depuis peu d'un homme
qui avait demeuré sept ans aux Indes occidentales; & vous
savez que les plus grosses araignées de ces pays ici ne sont pas
de la grosseur du bout d'un doigt.

Et considérant les Minéraux, les Métaux & les Pierreries, combien
§. 8. que les pierreries sont précieuses & en quelle quantité l'or,
Et au Royau- l'argent & les pierres précieuses sont trouvé dedans les pays
me Minéral. chauds. Il s'en faut tout à fait émerveiller, & demeurer épouvanté
d'étonnement quand on lit les livres qui ont écrit de la
grande puissance, des richesses & des magnificences du grand
Turc, de l'Empereur de la Chine, de Japon & du grand Mongol,
du Roi de Perse & de plusieurs autres grands Prince,
des Indes, des quels il me souvient entre autres d'une Histoire
que j'ai lu, il y a quelque temps, du dernier Roi de Pérou,
qui avait fait fabriquer, au temps de la naissance de son fils,
une chaîne d'or d'une telle pesanteur qu'elle ne pouvait être
soulevée de deux cents des plus forts de la nation de Pérou,
qui ont la renommée d'être bien robustes (si chaque personne
pouvait soulever deux cents livres, le poids de 200. hommes
porterait vingt & huit millions à raison de 700. tt. la
livre d'or)

Quelle prodigieuse quantité d'or que les Espagnols ont reçu
lors qu'ils ont occupé les Pays de Pérou cela n'est presque
pas exprimable, & ne peut être dit en peu de paroles,
mais nous épargnerons telles & d'autres histoires rares du même
calibre pour un autre temps, lors que nous parlerons des
trois Royaumes en particulier: Je vous prie, mon très cher,
de considérer à l'encontre de ce que je viens de dire combien
peu d'or, & d'autres métaux, de l'argent, & des pierreries que la
chaleur du soleil vient à opérer & à produire dedans le terroir
des Pays bas, & s'il vaut bien la peine de s'en ressouvenir.

Vous pouvez voir en tout ce que nous avons rapporté ici de
quelle façon & combien inégalement ce puissant dominateur
& recteur du Monde, le Soleil, vient à faire effusion de ses
vertus & de ses dons à proportion de sa présence ou de son absence,
& ce selon les ordonnances qu'il en reçoit de son créateur.
Il sem-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 133
Il semble que Virgile a été aussi de nôtre sentiment, quand il
dit:

Inde hominum pecudumque genus, vitaeque volantum,
Et quae marmoreo sert monstra sub aequore Pontus,
Igneus est illis vigor & coelestis origo
Seminibus.

C'est à dire:
C'est de là qu'est le genre des hommes & des brutes, & que sont
les vies des oiseaux: En les monstres de la mer ont une vigueur
ignée ou de feu. Et les semences ont une origine céleste.

S E N D I V O G I U S parlant de l'Elément de Feu.

Ignis, inquit, est Elementum purissimum, & omnium dignissimum,
plenum adhaerentis unctuose corrosivitatis, penetrans,
digerens, corrodens, maximè adhaerens, extra visible, intus
vero invisible, fixissimum: Est calidum & siccum & temperatur
Terrà. Ejus omnium purissima substantia & essentia
cum Throno Divina: Majestatis in creatione primum elevata
est: ex minus purissima ejus substantia Angeli creati sunt.
Impura & unctuosa in centro Terrae ad continuandum motus
operationem, à summo creatore sapientissimo relicta & inclusa
est, quam nos gehennam vocamus.

C'est à dire:
Le Feu est l'Elément le plus pur & le plus digne des tous, il est
plein d'un corrosif gras, il est pénétrant, extérieurement visible,
mais intérieurement invisible, très fixe; il est
chaud & sec, & se laisse tempérer par la Terre. Toute sa plus
pure substance & essence s'est élevée à la création avec le trône
de la Majesté Divine. Les Anges sont crées de sa substance
moins pure. L'impure & l'onctueuse ou grasse est laissée &
enfermée du très haut & très sage créateur dedans le centre de
la Terre, pour continuer l'opération de la motion, la quelle
nous appelons la géhenne ou l'Enfer.
§. 9.
C'est dans le Feu que les raisons vitales, & l'intellect sont comprises, Quand l'hom-
les quelles l'homme reçoit de son créateur avec la première me reçoit l'â-
infusion de la vie étant dans l'état végétant, & c'est me raison-
alors que l'homme est doué de Dieu d'un âme raisonnable, nable.
& c'est pour lors qu'il est appelé l'image de Dieu.
L l 2 Ce n'est
@

134 E S C A L I E R Des S A G E S. §. 10.
Pourquoi Dieu Pourquoi ce n'est pas aussi sans grandissimes raisons, que nôtre Dieu tout
a ordonné puissant à mis le siège de sa Divine Majesté dedans le Feu; car
le lieu de sa c'est pour cela qu'il ne peut souffrir aucune chose impure,
demeure prin- composée, ni tachée; Aucun homme ne peut même regarder
cipalement ni approcher ce grand Dieu vu que le feu le très subtil
dans le Feu. & le très pur, qui environne sa très Sainte Majesté Divine,
doit être présumé & cru tellement concentré, qu'il est impossible
& tout à fait contraire à sa nature de souffrir aucune
chose composée auprès de lui, sans le résoudre dans un moment
en ses principes.

--------------------------------------------------------------

C H A P I T R E II.

Que les Feux d'en bas ont leur origine des Feux d'en haut. Ce que c'est
que du feu & comment le feu vient manifeste. Les sortes de feux
qui se trouvent dedans les Animaux. Dedans les végétaux. Et dedans
Minéraux.

V R E D E R I C.

Ous avez, à ce me semble, assez solidement
& assez bien discouru de l'Elément du Feu, & particulièrement
de son origine; De la lumière; Du Soleil,
& de ses influences dedans les composés, & de ses opérations
en iceux: vous êtes même monté avec vôtre esprit
jusques au feu glorieux qui environne le Trône du Créateur;
mais vous avez parlé fort peu des feux matériels, terrestres,
centraux, Souphreux, Minéraux & Mercuriels.

F R A N C O I S.

Il est vrai, mais je les ai réservé pour vous, afin que vous les résolviez
par la clef de vos expériences.

V R E D E R I C.

Fort bien: je m'en vais donc l'entreprendre selon la petite capacité
§. 1. de mon esprit, & tâcherai d'en faire mon commencement
Que les feux de la circonférence de la Terre, pour le finir au centre
d'en bas ont d'icelle, puisque nôtre oeuvre des Philosophes doit être
leur origine principalement produit en perfection par le Feu central de la
des feux Terre, nonobstant que toutes sortes de Feux, aussi bien
d'en haut. ceux d'en haut que ceux d'en bas, aient une grandissime
simpa-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 135
sympathie ensemble, & que les feux d'en bas aient leur origine
de ceux d'en haut.

Vous avez bien touché quelque chose du Feu qui est caché dedans
les Animaux pour autant qu'il est descendu du Feu ou
de la Lumière du Soleil; qu'il les rend participants de la Lumière
& de la vie, & même d'une telle manière qu'ils ont
en leurs pouvoir de le multiplier en infini par le moyen de la
transplantation & de la génération. Mais quelles sortes de
Feux il y a encore dedans les Animaux outre celui là, vous
n'en avez encore fait aucune mention; & puisqu'il s'y en
trouve plus d'une sorte, par la voie de nôtre Anatomie chimique,
qui sont utiles & nécessaires à savoir aux amateurs
des sciences naturelles,il ne sera pas mal à propos de vous les
communiquer ici par mes expériences.

Il faut que vous sachiez: Premièrement, qu'on appelle toutes §. 2.
sortes de matières brûlables, du Feu, lors qu'elles sont Ce que c'est
allumées par quelque feu brûlant, comme du feu commun que du Feu, &
qui sert à la cuisson des viandes, ou d'un feu causé par une comment le
émotion subite, ou par une contrition des bois durs, ou par feu vient
la conjonction des deux matériaux contraires & concentrés manifeste.
en vertu. Car les superfluités de Nature qui se trouvent aux §. 3.
hommes & autres animaux, comme sont les cheveux, les Les sortes de
ongles, la peau insensible, & (sans vous perdre le respect) feux qui se trou-
les excréments étant séchés, aussi bien que les sept parties capitales vent dedans les
d'iceux, comme sont, le Coeur, le Cerveau, le Foie, Animaux.
le Poumon, les Nerfs & les Veines, les ossements durs & mous
les muscles & les ligaments, avec toutes les matières que les
corps des animaux peuvent livrer davantage, étant (dis je)
bien séchées, se changent tout aussi bien en feu & en cendres
que les bois secs ou autres matières brûlables: Et les raisons,
pourquoi cela se fait ainsi ne sont autres; si non, que nous
pouvons tirer, par nôtre art chimique, de toutes sortes des
corps des animaux, un souphre très parfait, & qui est tout
à fait égal à celui du quel on se sert pour en faire des allumettes,
comme je vous ferais paraître par mes expériences ici
en suite.
Secondement: Il se trouve un espèce de Feu humide dedans les
animaux, le quel est fermentant, digérant & séparant les
M m viandes
@

136 E S C A L I E R Des S A G E S.
viandes & nutriments en des matières pures & impures, parfaisant
les pures en chyle, le chyle en sang, & le sang jusques
à une nourriture & un entretien général des sept parties capitales
susdites des Animaux, & jusques à la production non
seulement du sperme, mais aussi même jusques un soutien &
refocillation des esprits vitaux, & séparant les impures par les
émonctoires & particulièrement par la sueur, par l'urine &
par la selle.

Tiercement: Il se tire un feu des corps des Animaux le quel est
fort semblable à celui de l'esprit de vin lequel se prépare de
la façon suivante.

Prenez les corps de quelques animaux, séparez en les superfluités
de nature & les excréments, hachez les bien menus, cuisez
les si long temps avec de l'eau commune que vôtre matière
animale soit devenue insipide, & que l'eau en aie tirée toute
la substance; faites rafraîchir cette liqueur jusqu'au point
qu'elle soit propre pour la faire fermenter selon l'art, laissez
la bien travailler, & tirez en alors l'esprit par l'alambic, &
vous en recevrez un esprit qui ne sera pas seulement buvable,
mais qui se laissera allumer aussi de la même façon que
l'esprit de vin.

En Quatrième lieu: On peut tirer un Feu humide des corps des
Animaux, & particulièrement, de leur cheveux, ongles,
cornes, & de leur urine, le quel est capable de produire des
beaux effets en Médecine par la vertu de sa grandissime spiritualité,
& plus particulièrement encore, quand on l'a mis à
fermenter selon l'art, lors qu'il s'en fait un esprit tellement
subtil, qu'il ne pénètre pas seulement intérieurement le corps
tout entier comme un éclair, mais qu'il est aussi capable d'amener
avec lui & de conduire les souphres des végétaux dedans
les corps des animaux, & de les guérir de leurs maux
quasi en un moment de temps, c'est de quoi nous nous entretiendrons
une autre fois plus amplement.

En Cinquième lieu. Il se trouve un feu dedans les animaux, le
quel nous pouvons véritablement appeler le vrai réceptacle
de l'humide radical, puisque c'est icelui qui arrête & lie
l'humide radical en son sein, & que c'est icelui qui est le
princi-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 137
principal lien de tout le corps composé qui lie les Eléments ensemble,
& encore que les Eléments viennent à être séparés,
& qu'ils sont j'à séparés, ce feu demeure persistant éternellement,
& résiste même si vigoureusement contre le feu matériel
tout dévorant & tout détruisant, qu'il ne peut pas seulement
dissoudre les cendres des corps des animaux brûlés, &
les parfaire à un corps diaphane pareil à celui d'un verre ou
d'un Cristal, mais qui est même capable d'arrêter leur souphre
volatil, & de fixer & l'élever à une matière blanche,
claire, transparente & résistante au feu comme un Cristal.

F R A N C O I S.

Vous parlez des choses presque si rares & si admirables comme
on en récite du Poisson Eschiné ou Rémora, lequel, à ce
qu'on dit, peut arrêter en un moment une navire en pleine
voile, & la rendre, quasi au même instant, immobile.

V R E D E R I C.

Il s'en faut guère; & quand je vous dirais, que l'on peut rendre
l'esprit brûlant, qui est tiré du suc des corps des animaux,
(comme nous venons de dire) non seulement corporel mais
aussi résistant au feu, & ce par le moyen d'un feu qui se trouve
dans les même corps des animaux, vous aiguiserez bien les
oreilles encore d'une autre façon, & n'en croirez peut être
non plus rien que du susdit poisson Rémora, nonobstant qu'il
soit bien faisable & assez souvent passé par nos mains, comme
nous dirons ailleurs plus au long quand nous entamerons nôtre
discours des sels.

En Sixième lieu: j'ai trouvé encore une espèce de Feu dans les
corps des animaux, qui attaque & dissout pour la plus part
les corps des végétaux, Animaux & des Minéraux en chemin
humide aussi bien, qu'en chemin sec, puisque ce feu est de la
nature du Salpêtre & qu'il peut faire toutes les opérations
qu'on attribue au Salpêtre.

En Septième lieu: je puis dire que les corps des Animaux sont
encore doués d'un autre feu, qui est de la nature du sel commun,
dont on se sert à la cuisine & qui fait les même effets du
sel de mer.

Voila les sortes de feux qui se trouvent dedans les corps des
M m Ani-
@

138 E S C A L I E R Des S A G E S.
Animaux, & qui en peuvent être tirés effectivement.

Voyons un peu à ct'heure de quelles sortes de Feux que les Végétaux
sont imprégnés.

§. 4. Les Végétaux sont doués de deux sortes de Feux différents, outre
Dedans les cette étincelle de leur vertus & de leur qualités qu'ils ont
végétaux. reçus par l'infusion première du soleil ou de la lumière.
L'un en étant volatile & l'autre fixe. Le volatile est de trois
sortes, à savoir; un esprit ardent, une huile, & un esprit
ou sel volatile. Le Feu fixe est de deux sortes: un Acide &
un Alcali.

Nous trouvons que le Feu spirituel se découvre lors que les végétaux
sont hachés, fermentés & distillés, car c'est alors que
l'esprit passe fort volontiers par l'alambic, comme si c'était
un esprit de vin, & se laisse de même allumer par les vapeurs
du souphre, comme nous avons dit ci devant du feu humide
animal.

Le second feu qui se trouve dans les végétaux est leur huile,
la quelle se laisse aussi allumer, encore qu'elle puisse de même
être réduite par l'art à une matière résistante au feu, comme
nous avons dit quand nous avons tenu discours du feu
animal.

Le Troisième Feu que les végétaux contiennent est leur esprit
& leur sel volatil les quels sont leur opérations de la même
manière que l'esprit d'urine, mais il est à remarquer que quelques
uns végétaux donnent plus, les autres moins de sel volatil,
à proportion de leur qualité qu'ils ont reçus au commencement.

Le Quatrième Feu se découvre au sel acide, duquel l'artiste
sait tirer un esprit de sel ou de Nitre pour s'en servir pour les
objets Mercuriels ou souphreux comme bon lui semble.

e Cinquième Feu qui est dans les végétaux, est le sel fixe qui
reste dedans les cendres des végétaux brûlés, qui s'en tire par
le moyen de l'eau commune. Ce sel est dit, à bon droit, sel
fixe, à cause qu'il est capable de dissoudre même la Terre fixe
& de l'aider à parvenir jusqu'à une matière fixe & résistante
§. 5. au feu comme le verre.
Et dedans Il nous reste encore le Feu Minéral qui se trouve par nôtre anatomie
les Minéraux. dedans les minéraux & dedans les métaux & qui est véritablement
rita-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 139
une humidité sure ou corrosive, vu que tous les
métaux & minéraux se laissent dissoudre par un tel feu humide
& vaporeux, ce que ne se pourrait faire, s'il n'y avait un tel
feu pareil caché dedans les sels fixes & volatils des métaux &
des minéraux, car chaque chose aime son semblable, & se
délectent par ensemble: c'est pourquoi que les atomes ou
les particules de ces feux humides ou esprits salins savent si
bien pénétrer & entrer dedans les pores des métaux & des minéraux,
qu'ils viennent aussi tôt attaquer les sels, qui sont
joints & unis avec leur Souphre & leur Mercure per minima,
& qu'il les font fondre fort volontiers avec eux,
& en leur propre nature, à cause que la plus grande partie
des corps des métaux est un sel fixe coagulé, & qu'ils possèdent
aussi fort différemment peu ou beaucoup de sel fixe ou
volatil à proportion de leur qualités différentes.

Il est à remarquer ici, que ce feu humide qui se trouve au Royaume
Minéral, est de deux sortes. L'une sorte étant de la
nature du Souphre, l'autre de celle du Mercure.

Les métaux que nous jugeons être plus de la Nature du Mercure
que du souphre sont: le Plomb, l'Etain, le
Fer, le Cuivre, l'Argent, & le vif argent, ce qu'il me semble
de paraître par là, que les dits métaux se laissent fort facilement
attaquer, fondre & dissoudre par les feux humides
souphreux, par ce que le souphre comme la mâle agit fort
volontiers dans la femelle, qui est le Mercure, puisqu'il l'embrasse
& qu'il l'accepte avec grand amour.

Et que l'Or contient plus de Souphre que de Mercure, cela est
évident par là, qu'il ne se laisse aucunement unir par des dissolvants,
souphreux, mais qu'au contraire il se laisse fort volontiers
aborder, fondre & dissoudre par des feux humides
mercuriels; car vous cuirez bien long temps l'or avec un esprit
de Salpêtre, avec un esprit de vinaigre, ou de vitriol: ou
le rôtirez une infinité de temps avec du Salpêtre ou avec du
vitriol corporel devant que l'or soit diminué par iceux de la
pesanteur d'un seul grain, ou qu'au contraire ces esprits attaquent
& dissolvent la plus part fort volontiers, les susdits
Plomb, l'Etain, le Fer, le Cuivre, l'Argent & le vif
argent.
N n Vous
@

140 E S C A L I E R Des S A G E S.
Vous bouillirez aussi bien long temps les susdits métaux, & particulièrement
le Saturne, le Mercure & la Lune avec de l'eau
royale, ou avec quelque autre feu humide, où il y a du sel de
mer ajouté, sans qu'il s'en laisse dissoudre fort peu de chose,
au lieu que l'Or se joint fort volontiers avec eux.

Ce qui est dit ici des métaux & de leurs dissolvants peut être entendu
aussi des minéraux; vu que les minéraux ne sont autre
chose que des métaux imparfaits comme les métaux imparfaits
sont aussi sur le chemin de parvenir à la perfection de l'Or.

Je ne trouve pas à propos de discourir davantage de cette matière
ici, ni de toucher tous les minéraux en particulier en ce
lieu, la matière en étant trop ample pour l'entretien que
nous avons entamé de l'Elément du Feu: il nous reste seulement
de faire encore un peu mention d'une sorte de Feu, qui
est le Feu Central, du quel nous nous servons à nôtre oeuvre
des Philosophes, & puis nous tâcherons de finir nôtre discours
de cet Elément.

--------------------------------------------------------------

C H A P I T R E III.

Ce que c'est que le feu central de la Terre. Que le feu des Philosophes est
semblable au feu central. Différence entre le feu commun & le feu des
Philosophes. Confirmation des Philosophes du Feu humide. Que l'aspect
des trois couleurs capitales doit suffire pour la confirmation de
la vérité de la Pierre des Philosophes.

§. 1. E Feu Central de la Terre n'est autre
Ce que c'est chose qu'un feu humide de la nature du Souphre & du
que le feu Mercure tout deux, & aimant pour cela aussi bien les
central de la mixtes souphreux que les Mercuriels au Royaumes végétal
Terre. qu'Animal & Minéral; & nous pouvons dire, que nôtre feu
humide, duquel nous nous servons dans nôtre oeuvre des
§. 2. Philosophes est un feu de la même nature, car comme le feu
Que le feu Central de la Terre vient à partager & à donner indifféremment
des Philoso- par l'aide du soleil, à tous les végétaux souphreux &
phes est sem- Mercuriels, & de même à tous les Animaux & Minéraux,
blable au feu leur commencement, leur accroissement leur perfection
central. leur déclinaison, leur changement & leur séparation en leurs
Princi-
+@



pict

+@
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 141
Principes; ainsi fait nôtre feu des Philosophes tout de la même
manière, puisqu'il opère indifféremment dans le Royaume
Métallique, y dissolvant, coagulant, séparant & rejoignant
tous les métaux Souphreux & Mercuriels, les produisant,
par la putréfaction à une matière qui n'est plus fusible, la
quelle ne peut être réduite en aucun corps métallique non
plus, (selon le dire des Philosophes) qu'à la seule perfection
des corps métalliques de l'Or.

Nôtre feu n'est pas de la Nature du Feu commun, qui est contraire §. 3.
à toute sorte de génération, car il détruit & anéanti Différence
toutes sortes de souphres combustibles qui sont dedans les feux entre le feu
végétaux, dedans les Animaux, & dedans les Minéraux, & commun & le feu
même les vies d'iceux, & peut être appelé à bon droit un ennemi des Philosophes.
héréditaire de toute la nature des mixtes, car il n'a pas
un corps propre de lui même, mais il possède seulement un
corps étranger, au quel la flamme allumée & le souphre gras
venant à faillir, il s'éteint & s'évanoui. Nôtre feu, dis je, dont
nous nous servons pour l'oeuvre des Philosophes, n'est pas §. 4.
un tel feu, par ce qu'il faut qu'il amende toujours nôtre matière, Confirmation
& qu'il l'exalte en qualité; ce que les vrais Philosophes des Philosophes
nous confirment unanimement; voyons ce qu'il en dit du feu humide.
le Père des Philosophes.

H E R M E S T R I S M E G I S T E S, in Libro
De Compositione.

De cavernis, inquit, metallorum qui est Lapis venerabilis, calore
splendidus, mens sublimis & mare patens, ponite eum
in igne humido, & coquere facite qui calorem humoris augmentat,
& incombustionis siccitatem necat, donec appareat
radix, deindè rubedinem & partem levem ab eo extrahite.
e.c.

C'est à dire:
La Pierre vénérable qui est tirée des Cavernes des métaux, qui
est splendide de chaleur, qui a l'âme sublime & qui est une
mer ouverte, mettez la dans le feu humide, & faites la cuire,
que la chaleur de son humeur s'augmente, & que la sécheresse
de l'incombustibilité se tue, jusques à que la racine
paraisse, puis après tirez en la Rougeur & la partie légère.
e.c.
N n 2 ANO-
@

142 E S C A L I E R Des S A G E S.
A N C N Y M U S De Massa Solis & Lunae.

Tota hujus artis efficacia consistit in igne suo, qui est humidus.

C'est à dire:
Toute l'efficace de cet art consiste en son feu, qui est humide.

A N O N Y M U S De Principiis Naturae & artis Chymicae.

Radix auri aliud non est quam humorosa & pinguis vaporeitas
collecta ex duabus naturis, Argento vivo & Sulphure.

C'est à dire:
La racine de l'Or n'est autre chose qu'une vapeur humide &
grasse, assemblée des deux natures, de l'Argent vif & du
Souphre.

S E N D I V O G I U S in Tractatu de Sulphure.

Sulphur & Mercurius sunt minera Argenti vivi (conjuncta tamen)
quod Argentum vivum habet posse metalla solvere, occidere
& vivificare, quam potestatem accepit à sulphure acetoso
suae propriae naturae.

C'est à dire:
Le souphre & le vif Argent sont la mine de l'Argent vif (pourtant
joints ensemble) le quel vif argent a le pouvoir de dissoudre,
de tuer & de revivifier les métaux, le quel pouvoir il
a reçu du souphre aigre de sa propre nature.

S E N I O R Z A D I T H.

Aqua Philosophorum est caput operis eorum, & clavis, & vita
corporis defuncti corum, quae est terra eorum benedicta
sitiens. Et sicut Aer est calidus & humidus, similiter Aqua
corum est calida & humida, & est ignis Lapidis, & est ignis
circumdans, & humiditas Aquae eorum est Aqua.

C'est à dire:
L'Eau des Philosophes est le chef de leur oeuvre, & la clef, &
la vie de leur corps défunt, qui est leur terre bénite, qui
a soif. Et comme l'Air est chaud & humide, ainsi est aussi
leur Eau chaude & humide, & est le feu de la Pierre, & est
le feu entourant, & l'humidité de leur Eau est de l'Eau.

H E R M E S.

Ignis quem tibi monstravimus est Aqua.

C'est à dire:
Le feu que nous vous avons montré est de l'Eau.
SENIOR
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 143
S E N I O R Z A D I T H:
Parvenit in hanc aquam praeparatione primà virtus superior &
interior.

C'est à dire:
La vertu supérieure & Inférieure est parvenue dans cette Eau
par sa première préparation.

Le même.

Nominavit Hermes Aquam Philosophorum Albam Aurum,
ideo quod anima tingens latet in Aqua illorum Alba, cum dominetur
ei spiritus calore suô & albedine.

C'est à dire:
Hermès a appelé cette Eau blanche des Philosophes de l'Or; à
cause que l'âme qui teint est cachée dedans leur Eau blanche,
lors que l'esprit domine sur elle par la chaleur & par la blancheur.

Le même.

Tinctura est tota Aqua tingens.

C'est à dire:
Toute la teinture est une Eau teignante.

B E R N H A R D U S.

Scias quod Aqua nostra Mercurialis sit viva, & ignis adurens
mortificans & restringens aurum plus quam ignis communis:
Et propterea, quanto melius cum eo miscetur, fricatur &
teritur, tanto plus ipsum destruit, & aqua vivà igneà plus
attenuatur.

C'est à dire:
Sachez que nôtre Eau Mercurielle est vive, & un feu brûlant,
mortifiant & restringent l'or plus que le feu commun; Et
pour cette raison, tant mieux qu'il est mêlé, frotté & broyé
avec lui, tant plus le détruit il, & tant plus est il rendu menu
par cette Eau vive ignée.

R O S I N U S:

Certum habeas, quod nulla tinctura fit unquam, nisi per Aquamm
sulphuris mundam.

C'est à dire:
Vous pouvez être assuré qu'il ne se fait jamais aucune teinture
que par une Eau pure de souphre.
O o PETRUS
@

144 E S C A L I E R Des S A G E S.
P E R U S B O N U S.
Aqua Sulphuris est Argentum vivum de sulphure composito extractum,
& est Aqua viva, & hoc est quod propriè dicitur,
Lac Virginis, Aqua sincera, coelestis & gloriosa.

C'est à dire:
L'Eau de souphre est de l'Argent vif extrait du souphre composé,
& est une Eau vive, & c'est cela ce qui est proprement
dit le lait virginal, l'Eau sincère, céleste & glorieuse.

F R A N C O I S.

Mon bien aimé! je sais fort bien que le Feu est un Elément qui
doit être considéré dans l'oeuvre des Philosophes de tous les
vrais Philosophes pour un feu humide participant de la nature
du souphre & du Mercure. Ce pourquoi il me semble,
(sous vôtre meilleur avis) qu'il n'est pas nécessaire que vous
vous donniez la peine d'alléger un plus grand nombre d'auteurs
pour vérifier & pour établir davantage par là vôtre sentiment,
§. 5. mais selon mon jugement, qu'il doit suffire ce que
Que l'aspect vous venez à démontrer par vos expériences: savoir, que
des trois les trois couleurs capitales viennent à paraître par ordre par le
couleurs moyen de nôtre feu humide qui est dedans nôtre matière, &
capitales que les métaux peuvent être conduits par icelui en un état
doit suf- tel, qu'ils ne peuvent plus être réduits en des métaux.
fire pour la
confirma- Vous savez aussi ce que SENDIVOGIUS assure de la destruction
tion de la des métaux quand il en parle en ces termes:
vérité de la
Pierre des Qui ita metalla scit destruere ut per amplius non fint metalla, is
Philosophes. ad maximum pervenit arcanum.

C'est à dire:
Celui qui sait tellement détruire les métaux, qu'ils ne soient
plus des métaux, il est parvenu au plus grand arcane.

Et P A R A C E L S E.

Facilius est metalla construere quam destruere.

C'est à dire:
Il est plus facile de construire les métaux, que de les détruire.

V R E D E R I C.
Il est vrai, vous avez vu tous ces auteurs & bien d'autres avec
vous:
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 145
vous: rompons donc ce propos & avançons à l'Elément de
l'Air, ou bien vous semble il que nous étendrons encore un
peu davantage nôtre discours sur cette matière?

--------------------------------------------------------------

C H A P I T R E IV.

Des feux souterrains & des montagnes embrasées par toute la terre. Dans
l'Asie. Dans l'Afrique & dans l'Amérique. Que le feu central est
tout autre que celui des montagnes embrasées.

F R A N C O I S.

C Omme il vous plaira: il est bien vrai
que nôtre intention est bien d'être court & simple en nôtre
discours, & nous savons bien aussi tous deux, qu'il
n'est pas besoin de se servir de beaucoup de circonstances pour §. 1.
ceux qui ont de la connaissance de l'art, puisqu'ils les haïssent, Des feux sou-
& qu'ils les fuient; il me semble pourtant, qu'il ne terrains &
serait pas désagréable au lecteur curieux, si nous étendions montagnes em-
nôtre entretien encore quelque peu du feu souterrain, & des brasées par
autres lieux & des montagnes qui jettent du feu. toute la
Terre.
V R E D E R I C.

Vous touchez bien cette matière, & je ne trouve non plus mal
à propos que nous exprimions un peu nos sentiments de quelle
façon les feux souterrains comme celui du mont Etna,
de Vésuve, du mont Hecla & des autres montagnes peuvent
brûler si longtemps & si continuellement: d'ou provient
tel embrasement: de quelle façon il s'éteint & se r'allume;
comme aussi de quelle façon il peut arriver qu'il en surviennent
à la Terre & aux Végétaux, Animaux & Minéraux des
si grands accidents, altérations & maladies: Et outre tout cela,
de profunder si ceux là sont bien fondés qui soutiennent que
le feu central est de la même sorte & d'une même nature qu'est
le feu souterrain, & celui qui s'allume dedans les montagnes
& dedans les conduits de la Terre, à savoir s'il est aussi d'une
propriété corrompante & consummante comme celui de
la flamme.

F R A N C O I S.

Nous sommes d'accord, & vous avez raison de parler de la sorte,
O o te,
@

146 E S C A L I E R Des S A G E S.
car il me semble aussi bien que vous que nous passerions &
finirions trop tôt nôtre discours de l'Elément du Feu, si nous
ne nous émerveillâmes aussi bien que tant d'autres, des effets
prodigieux & épouvantables que nôtre grand Dieu fait paraître
& produire par le moyen du feu souterrain, car les cheveux
dressent les personnes sur la tête, quand on entend parler
ceux qui ont vu & visité les montagnes embrasées: ou
bien quand on vient à lire les livres de ceux qui en ont écrit
les histoires.
§. 2.
Dans l'Eu- Quelles merveilles ne raconte on pas de la montagne de Etna
rope. en Sicile toujours brûlante? qui est ce qui n'est épouvanté de
ses admirables & de ses horribles effets?

La hauteur perpendiculaire d'icelle est, selon la mensuration de
Macrobius & de Clavius, de trente mille pas: on ne voit
sur la pointe d'icelle que des Cendres & des pierres ponce, mais
en regardant vers le pied de cette montagne il paraissent des
belles prairies, des vignes & des fôrets de sapins.

La plus grande ouverture est jugé de comprendre Une circonférence
de douze lieues, & il semble que son creux descend
jusqu'aux enfers.

Ce trou semble d'être un abîme horrible, & la montagne ne
donne seulement par là, mais aussi de tous les cotés, une fumée
& une flamme avec un hurlement si terrible comme s'il en
sortait de l'éclair & de la tonnerre, d'une telle fureur, que
ce bruit & cet éclat tant furieux est capable de faire prosterner
à terre les plus hardis d'aleration & d'épouvante, &
de leur faire faire des prières à Dieu qu'il plaise à la divine
Majesté qu'ils en puissent retourner sains & saufs comme d'un
gouffre d'Enfer.

On y voit des rochers brûlés comme de pierre ponce spongieuse:
Des concavités qui sont capables de contenir un nombre
de plus de trente mille hommes: Une grande quantité de très
grandes pierres ponce rouges & des autres matières comme
sont celles qui se séparent du fer & des autres métaux aux
forges.

Vous voyez là des passages & des chemins par où les métaux fondus
sont coulé, qui sont brûlés comme du verre trouble, et
qui
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 147
qui n'est pas transparent: Et, ce qui est digne d'admiration,
c'est que la neige demeure toujours sur la sommité d'icelle
sans se fondre.

On peut laisser juger ceux qui l'ont vu & qui l'ont monté, comme
il fait périlleux de monter une telle montagne, vu qu'ils
en racontent non sans un grandissime effroi de ceux qui
l'entendent, que quantité de personnes, tant spirituelles que
des temporels, qui croyaient de la monter par curiosité pour
la voir, sont tombé dans des creux & des cavernes qui étaient
légèrement couvertes de cendres & y sont engloutis et péris
misérablement.

Il n'est pas peu dangereux non plus de se laisser trouver sur cette
montagne ou auprès d'elle quand l'air est ému ou qu'il fait
du grand vent, à cause qu'il se fait alors un tel mouvement à
la neige & à la cendre, que tous ceux qui sont à l'environ
peuvent être assuré qu'ils en seront couverts & suffoqués.

Les Histoires font mention qu'il y a des cavités & des trous dedans
le mont Etna, par où les minéraux & les métaux fondus
sont descoulé, qui sont quelque fois de la largeur de mille
pas, quelque fois de deux mille, & quelque fois de trois
& de quatre mille pas, & cela quelques fois de la longueur
de dix huit mille pas, de sorte qu'on ne se peut étonner assez
d'où une si prodigieuse quantité de matière fondue peut être
provenue.

Il n'est moins digne d'admiration que des pierres de la grandeur
d'une maison toute entière, & rouges comme des charbons
sont quelque fois jetées du profond de la montagne de
l'étendue de plusieurs lieues.

Comme aussi: que la mer est par des places bouillante par le
mouvement du feu souterrain comme un pot ou comme un
chaudron qui est sur le feu & ce de l'étendue quelque fois de
plusieurs lieues, & qu'elle est aussi par places élevée de la
hauteur de quelques piques.

Ces mouvements admirables ne sont pas seulement propres &
communs au mont Etna mais les monts Vésuve & Strongilus
en Sicile sont de la même nature, les quels sont jugés de
plusieurs, que nonobstant qu'ils soient bien éloignés les uns
P p des
@

148 E S C A L I E R Des S A G E S.
des autres, qu'ils communiquent pourtant la matière
brûlante ensemble par des conduits souterrains, vu que une
grande partie d'Italie n'est qu'une combinaison de souphre
& de sel.

Je ne doute pas que toutes les autres montagnes brûlantes dans
l'Europe, dans l'Asie, dans l'Afrique & dans l'Amérique ne
soient composées par la Nature de la même matière, à cause
qu'elles jettent du feu & font les mêmes effets que celui ici.

Je vous en ferai paraître la plus grande partie de toute la Terre,
& en continuant celles de l'Europe, je vous dirai: qu'il
y en a une en Allemagne dans le pays de Meissen qui est une
Montagne de houille qui jette quelque fois de la fumée &
du feu.

En Laplande il y a aussi des hautes montagnes qui jettent & vomissent
de la flamme comme le mont Etna.

En Islande il y a la Montagne de Hecla, qui est connue quasi
à tout le monde, sa sommité étant toujours couverte de neige,
& son pied tellement brûlant, que personne ne l'ose
approcher de la distance de plusieurs miles sans péril. Elle
jette une quantité de pierres & de Cendres si grande, que tout
le terroir qui est à l'entour en est rendu stérile, puisqu'il en
est couvert: Quand les habitants à l'environ en entendent les
hurlements & fracassement terribles, ils s'imaginent que les
âmes des damnés souffrent là des tourments, & que c'est pour
cela qu'ils font des cris si lamentables.

En Groenland, près du Pôle Arctique, il y a une Montagne
brûlante, qui donne par son pied une fontaine si chaude, que
les celles des moines d'un cloître, qui n'est pas bien loin de
la montagne, n'en sont pas seulement chauffées, comme
par des étuves, mais aussi que les viandes & le pain sont cuits
par sa chaleur. On a là des jardins qui produisent (cause de
cette chaleur) toutes sortes de fleurs & de fruits. Cette eau
coule par ces jardins dans un havre qui n'est pas loin de là,
qui ne gèle jamais à cause de sa chaleur; ce pourquoi il arrive
qu'il se trouve là une si grande quantité d'oiseaux & de
poissons que les habitants s'en peuvent nourrir aisément.

On trouve par places aux Iles de Finlande, de Norvège, de
Lap-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 149
Laplande & des autres quartiers, de la Mer aussi bien que de
la Terre, des places où la Terre produit de l'herbe, des fleurs
& des fruits qui sont propres & bons pour en nourrir les hommes
& les bêtes, & qu'en d'autres places, qui ne sont pas loin
de là, on n'y trouve que de la neige & de la glace; & que la
mer est par places toujours ouverte, sans être gelée, ou qu'elle
est au même temps, à peu d'espace de ces lieux, toujours
gelée, & la glace épaisse quelque fois jusqu'à septante ou
quatre vingt brassées.

Dans L' A S I E.

Il y a une île en Perse, appelée Ocmusium, dont toute la terre §. 3.
est presque remplie de feu souterrain: Et il se trouve dans la Dans l'Asie.
Perse même partout tant de puits & des concavités de souphre
qu'elles font bien souvent avoir peur à ceux qui voyagent
de nuit.

En Mède, près de la ville capitale Sufa, sort le feu d'une telle
furie hors de la terre avec un bruit si horrible comme s'il
sortait par quinze cheminées.

Et en Tartarie, du coté de la Muscovie, sont les ouvertures
brûlantes fort communes.

Dans les Royaumes d'Indostan, de Mogor, de Tibet & dans le
grand Royaume de la Chine les feux souterrains & les montagnes
brûlantes y sont fort communes: Il y a même dans le
pays de la Chine des campagnes tout entières des quelles le
feu sorte d'une telle manière, que les habitants de ces pays
mettent leur pots sur ces petits puits ou cavités de feu pour cuire
leur viande dessus.

Dans le Japon il y a une montagne qui vomit de jour & de nuit
une telle fumée & un si grand feu, qu'elle ne peut pas être
vue seulement de ceux de la fameuse ville de Firando qui en
est de la distance de soixante & dix miles, mais qu'elle donne
de la lumière & qu'elle éclaire toute l'Ile comme un flambeau.

Les Iles des Philippines & toute l'Archipelague de St. Lazare
sont si pleines de feu souterrain qu'il se découvre en quantité
aux cavités & es profondeurs des plates campagnes.

Dans l'Ile de Java il a une montagne de la quelle l'embrasement
a été des longues années tranquille, mais il s'est réveillé
P p 2 l'an
@

150 E S C A L I E R Des S A G E S.
l'an 1586. par une décharge de souphre brillant si violente
qu'il y a eu dix mille hommes des circonvoisins qui en ont été
tués.

Sur l'Ile de Timor il y a eu une montagne, appelée Picus, d'une
telle hauteur qu'on pouvait voir sa flamme sur la mer à
plus de trois cent lieues à de là. Cette montagne à été attaquée
l'an 1636. d'un tremblement de terre si rude qu'elle a
été enfoncée avec l'ile tout ensemble dans la mer, comme si
la mer l'avait engloutie.

La montagne Gonnapi sur l'une des iles de Bandana s'est rallumée
d'une telle furie, après avoir brûlée dix sept ans de
temps, qu'elle a jetée une si prodigieuse quantité de grosses
pierres, des cendres, des pierres ponce & de pierres souphreuses,
qu'il semblait que toute la mer en était couverte,
& qu'elle en brûlait & que tous les poissons & autres animaux,
qui étaient à l'environ, en sont péris.

Sur l'ile de Ternate, qui est une des Iles des Molucques, il y
a une Montagne qui perce les nues, dont la partie supérieure
brûle toujours.

Aux iles de Maurice, & particulièrement des spelonques de
la Montagne Thola, il se jette tant de cendres & de si grandes
pierres qu'elles ne cèdent en rien aux plus grandes arbres,
& que l'ouverture paraît comme la gueule de l'Enfer.

En A F R I Q U E.

§. 4. On a découvert huit montagnes brûlantes principales en Afrique,
Dans l'A- outre quantité de spelonques & des cavités souphreuses.
frique. Il s'en trouve une en Abassia: une dans la Lybie: deux
en Monopata: & quatre dans les pays de Angola, de Congi
& de Guinéa.

La mer Atlantique à sous elle une si grande quantité de feu souterrain,
qu'il en sortent encore aujourd'hui par places des
feux & des grandissimes flammes hors de l'eau, des quels
Colombus & Vesputius ont expérimenté les cruautés.

Les Iles de Terzere ne sont presque pas habitables à cause de la
véhémence de la grande quantité du feu souterrain.

Sur les Iles de Canaries il y a la montagne renommée de Picus,
cus,
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 151
qui est d'une hauteur surprenante & jetant toujours
un feu terrible.

On compte au Royaume de Chili quinze montagnes brûlantes,
des quelles il y en a quelques unes qui ont causé à ce Royaume
tant de malheurs l'an 1645, qu'il y a eu tant de villes bouleversées
& englouties, que le temps ne nous permet pas d'en
faire ici le récit de cette histoire.

Il se trouve au Royaume de Pérou Six montagnes embrasées outre
une quantité de spelonques brûlantes, & ces montagnes
sont d'une hauteur excessive.

L'A M E R I Q U E.
§. 5.
On a aperçu cinq montagnes brûlantes dans l'Amérique septentrionale Dans l'A-
qui se trouvent partie dans la nouvelle Espagne, mérique.
& partie dans la Californie & autres lieux.

V R E D E R I C.

Il n'est pas besoin que vous vous donniez la peine de faire ici un
grand récit d'une quantité de montagnes embrasées, vu que
j'ai lu aussi bien que vous, ce qu'en ont écrit Franciscus Ricardi:
Andreas Perez: Alphonsus d'Ovale. P Tursselinus:
Massejus; Martinus Martinius; N. Zenetus: Olaus: Kircherus:
Nieuhof: Montanus: Blaeu: Dapper: Baldeus:
Zeilerus, & quantité d'autres; ce qu'ils ont écrit, dis je des
feux souphreux souterrains & des montagnes brûlantes; vous
savez bien aussi qu'il se trouve par tout le monde assez de matière
brûlable, comme du bois, des tourbes & de la houille:
mais que ces feux là seraient de la nature & de la même propriété
du feu Central de la Terre, & que les feux susdits ne §. 6.
seraient allumés de tous les cotés que du feu Central, comme Que le feu cen-
quantité de Philosophes ou naturalistes modernes (ou qui tral est d'un natu-
veulent passer pour tels) veulent soutenir, cela n'est pas concordant rel tout autre
avec les opérations du feu des Philosophes, non plus que celui des
qu'il serait requis des serpents de cuivre avec des alambics dessus montagnes em-
pour empêcher l'eau de mer à monter avec son sel, quand on brasées.
la veut dulcifier par la distillation, comme un certain auteur
moderne qui a écrit quantité de beaux volumes prend l'assurance
d'enseigner. Non, mon bien aimé, toutes ces sortes de
feux n'ont pas rien de commun avec le feu Central de la Terre,
Q q re, ni
@

152 E S C A L I E R Des S A G E S.
ni avec celui des Philosophes, les quels (comme nous
avons dit assez) sont des feux humides & qui font amender les
métaux & les minéraux, au lieu que les susdits ne font que détruire
& corrompre toute chose.

--------------------------------------------------------------

C H A P I T R E V.

Comment le feu peut être allumé aux lieux souterrains. Comment les embrasements
souterrains peuvent durer si long temps. Comment les tremblements
de terre & autres altérations se font.

Ue le feu humide central de la Terre
peut allumer le souphre commun & tous les composés
brûlables, cela doit être entendu & accepté avec un
grain de sel (comme on dit) par ce qu'il peut être, que les
matériaux, qui sont faciles à être allumé, n'acceptent jamais
le feu central; & qu'il peut arriver aussi, que le feu central
les allume fort facilement, comme nous avons dit ci devant
assez amplement; mais il est temps d'observer & de démontrer
ici, comment, d'ou & de quelle manière les embrasements
susdits se font dedans les conduits des montagnes & de la Terre,
ce qu'il me semble qu'il arrive ordinairement de cette
manière.

§. 1. La matière dedans les conduits de la Terre qui reçoit facilement
Comment le le feu, comme le souphre commun, est très aisément allumé
feu peut être par l'éclair & par l'attouchement des pierres qui viennent à
allumé aux tomber les unes sur les autres & causer ainsi de la flamme comme
lieux souter- il est à voir aux pierres de fusil, & autres pierres dures
rains. quand on les frappe les unes contre les autres, n'y ayant pas
aucune matière dans le monde qui embrasse plus volontiers la
flamme que le souphre commun, comme il est connu à tout
le monde; mais de quelle façon que l'éclair se forme dans l'air
par le moteur général de toute chose, nous en avons donné
ci devant de l'éclaircissement assez.

Il me semble qu'il n'est pas besoin de Philosopher beaucoup en
ce lieu, de quelle façon que l'éclair allume le souphre avec
beaucoup de facilité, vu qu'il est même assez connu aux Soldats,
qui se voulant assurer de la décharge de leurs fusils,
ajoutent un tant soit peu de souphre à la poudre.
Il ne
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 153
Il ne paraît aussi (hélas) que trop dans le monde, combien
que les magasins à poudre sont poursuivis de l'éclair, & combien
de dommages & de malheurs que le souphre vient à causer
par tout à cause de sa grandissime susceptibilité du feu, comme
les expériences annuelles nous en pourraient suppediter
une très grande quantité d'histoires. Je vous prie quelle merveille
serait ce, qu'aux pays chauds, comme dans l'Italie & dans
d'autres pays innombrables, où le souphre possède non seulement
des montagnes, mais des pays, des Provinces & des Royaumes
tout entiers, & où les animaux ne se peuvent presque pas
tenir un moment de jour au soleil; que le souphre, dis je, soit
allumé là par l'éclair, & que l'éclair soit en ces lieux là cause
des embrasements & des feux souterrains, vu qu'en Allemagne,
en Angleterre, aux Pays bas & aux autres pays humides
l'éclair n'allume pas seulement la poudre à canon, mais aussi
le foin, la paille & le bois comme on en entend des exemples
tous les jours.

Je soutiens que le feu est d'ordinaire allumé aux lieux mentionnés
de la manière que je viens de dire, encore qu'il y ait plusieurs
voies par les quelles le souphre peut être enflammé;
& ce qui confirme encore ma soutenue, c'est que le moteur
est ordinairement fort grand en ces pays souffreux, & que le
souffre y est fort sec & susceptible, vu que l'humidité n'y est
pas abondante mais rare; L'Eau même nous servira d'exemple;
car vous savez qu'une grande étendue d'Eau, comme
une mer ou autre, reçoit fort volontiers un air humide pour
l'attirer & pour concevoir son humidité: & son aquosité; ainsi
fait le feu très subtil du soleil & de l'éclair de même, en s'étendant
avec avidité dedans l'oléaginosité du souphre, qui
est fort peu éloignée de leur propre nature.

F R A N C O I S.

Je puis fort bien comprendre de quelle façon le feu doit être
conçu des montagnes & des pays souterrains souphreux,
mais j'entendrai volontiers vôtre opinion de la continuation
& de la longue durée de ces embrasements.

V R E D E R I C.

Fort bien: je vous le ferai comprendre. Je m'étonne que vous §. 2.
Q q me Comment
@

154 E S C A L I E R Des S A G E S.
les embrase- me faites une demande si simple, car je veux croire, que vous
ments sou- avez quelquefois allumé du souphre, de la poix, du Sarafin,
terrains peu- de l'arcanson, de la cire, de l'huile ou d'autre matière
vent durer si susceptible du feu; & que vous avez vu que la matière ne
long temps. donne de la flamme que pour autant que l'air puisse toucher
la superficie d'icelle, & que cette matière ne se consomme
tout d'un coup, comme fait la poudre à canon mais ainsi peu
à peu, & si longtemps que le vaisseau fournit de la matière:
Comme par Exemple:

Prenez un creuset empli de souphre: un écuelle pleine d'esprit
de vin ou de quelque autre matière qui conçoit facilement la
flamme allumez la matière par une allumette ou par quelque autre
feu par en haut & vous verrez que vôtre matière
ne brûlera pas tout d'un coup, mais peu à peu & si long
temps que la matière durera, & qu'il n'y aura que le dessus
de la matière qui donnera de la flamme jusques à que tout
soit consumé, & qu'il ne reste plus rien dedans le creuset
ou dedans l'écuelle, ce qui faut qu'il continue à brûler &
donner de la flamme à proportion de la quantité de la matière
que vous aurez fourni, jusques à que vôtre outil soit tout
à fait déchargé de la nourriture de la flamme, la quelle cessera
quand son entretien viendra à manquer.

C'est tout de même des concavités de la Terre, qui sont remplies
& bouchées par le souphre commun, & par d'autres
matières bitumineuses, qui sont sublimées ou crues en ces conduits
ou creux souterrains: Car comme un pot ou un creuset
de la hauteur de plusieurs pouces, étant empli de souphre,
est capable d'entretenir la flamme le temps de quelques heures;
tout ainsi quelque conduit ou creux dans la Terre rempli
de souphre étant allumé, ne peut seulement continuer à
brûler le temps d'un jour, d'une semaine, d'un mois, d'un
an, mais plusieurs années & même plusieurs siècles.
L'avez vous compris;

F R A N C O I S.

Je l'ai fort bien compris. Vous avez assez bien parlé & fait comprendre,
comment que la matière brûlable peut concevoir
le feu & combien long temps elle peut continuer à brûler aux
mon-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 155
montagnes & aux lieux souterrains qui sont rempli de souphre
ou de matière souphreuse, & ce en grand aussi bien qu'en
petit, à moins que les cendres, pierres ou quelque autre obstacle
vienne à priver le feu de l'âme de l'air, & ainsi l'étouffer;
mais puisque vous avez entendu par les histoires que je
me suis donné l'honneur de vous réciter ci devant, qu'il arrivent
des altérations épouvantables par le feu souterrain,
aussi bien dedans & sur la Terre que dedans les eaux, & que même
les animaux, qui sont là environ, en viennent quelquefois
à être étouffés & périr misérablement, & que des villes &
des Provinces toutes entières sont bouleversées & comme englouties
par les tremblements de terre: je vous supplie de me
donner un peu plus d'éclaircissement de ces merveilleux effets.

V R E D E R I C.

Ces choses vous font elles étonner? Je vous prie qu'elles ne vous §. 3.
semblent étranges, quand vous vous mettrez dans la pensée, Comment que
quelles altérations ne peuvent être causées, s'il arrive que le les tremble-
souphre est brûlé & consumé du feu souterrain, dessous la de terre & au-
superficie de la terre, ou de quelque montagne, de l'étendue tres altéra-
de huit ou dix lieues ou plus, & que cette terre, comme tions se
voutée, vienne à être précipitée, avec des arbres, des maisons, font.
des lacs, des rivières & des animaux dessus, dedans
un feu de souphre de l'étendue peut être de même de plusieurs
lieues, & qu'ainsi la froidure se joigne si subitement à la
chaleur & l'humidité à la sécheresse; pensez, dis je, si ces
rencontres tant effroyables ne doivent causer des merveilleux
effets & des altérations épouvantables? Songez un peu,
je vous prie, qu'il faut nécessairement, qu'une si grande
quantité de feu, recevant si subitement une si prodigieuse
multitude d'eau & d'autre matière froide, qu'il se fasse un
combat plus horrible qu'on ne se saurait imaginer.

Qu'il ne vous semble non plus étrange quand vous entendez
qu'il arrive quelque fois, que des conduits souterrains remplis
de sel commun, ou de Salpêtre, ou de vitriol, ou d'alun,
ou d'autres sels, viennent à tomber dedans les gouffres
brûlants, & que par la conjonction d'iceux il se fait un étonnement
& des efforts si étranges, comme les histoires en parlent;
car vous savez que quelques livres de la poudre à canon
R r non
@

156 E S C A L I E R Des S A G E S.
peuvent faire un grandissime dégât, à cause de la conjonction
du souphre & du salpêtre, qui font proprement
cette poudre: combien de plus grandes destructions ne ferait
donc une précipitation de plusieurs centaines de mille
livres de souphre brûlant dans une grandissime quantité de
salpêtre fondu, ou de quelques millions de livres de salpêtre
dans une spelonque de souphre fondu, & si une telle conjonction
de souphre & de salpêtre n'est pas capable de faire
quasi crever toute la terre?

Quand vous voyez qu'il arrive que les animaux de la terre &
dedans la mer viennent à être étouffées; & à périr là où ces
mouvements épouvantables se font par celui du feu souterrain,
quelle merveille est ce? vu qu'il arrive souvent, qu'il
y a des minéraux d'Antimoine, d'Arsenic, d'Orpiment, de
Mercure & du Cinabre & d'autres mêlés parmi les matériaux
qui viennent à être plongé dedans les susdits souphres brûlants,
& par ainsi se sublimer & se étendre comme des
esprits au travers des eaux, au travers de la Terre, & dedans
l'Air, où ils tuent & détruisent toutes choses vivantes
qu'ils rencontrent.

Faites étendre vos pensées un peu davantage sur cette matière,
si vous plaît, & vous cesserez bien tôt à admirer les histoires
prodigieuses qui font mention de tant d'effets miraculeux
qui sont causés par les feux souterrains, car vous
avez manié les charbons aussi bien que moi, & entendant
parfaitement bien les opérations chimiques, les merveilleux
effets de la nature dedans le grand monde ne vous peuvent
pas sembler étranges, encore que vous fassiez semblant, avec
le commun, qu'ils vous sont incompréhensibles.

F R A N C O I S.

Je veux croire avec vous, que vous & moi sommes à peu près
également savants aux sciences naturelles, & que nos discours
ne servent que pour donner des instructions aux ignorants:
il me semble pourtant, qu'il s'en faut encore beaucoup
que nous n'ayons traité assez clairement de quelle
le fa-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 157
façon que le feu central fait ses opérations dedans & dessus
la Terre.

V R E D E R I C.

Il est vrai: mais il me semble (sous vôtre meilleur avis) que
cela viendra mieux à propos quand nous traiterons plus particulièrement
des Trois Royaumes de la Nature, & que
c'est assez en ce lieu, que nous avons enseigné, ce que c'est
que le Feu Central de la Terre, & que ce feu diffère grandement
du feu commun, & de quantité d'autres ci dessus
spécifiés.

Finissons donc nôtre entretien de l'Elément du feu & faisons
un commencement de l'Elément de l'Air.
R r 2 LE CINQ-
+@
+@



pict

@
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 159
L E C I N Quième D E G R E.
DE L'ELEMENT DE L'AIR. E T D E L'A I R D E S P H I L O S O P H E S.
C H A P I T R E I.
Des qualités de l'Air. Que le S. Esprit de Dieu est épandu dans la lumière
& dans l'air. Que l'Air est la matrice de la lumière. Des degrés différents de l'Air. Que la vie de toutes choses est dans l'Air. Que l'Air est un conducteur du Feu. Que le vent est un Air agité. Que les opérations de la poudre à canon se font par le moyen de l'Air. Que l'Air fait émouvoir les Eléments inférieurs. Que l'Air cause les changement à tous les Etres. Que l'Air est continuellement allumé de la lumière. Que l'Air est divisé en trois sortes d'Airs.

F R A N C O I S.

pict E n'est pas sans grandissime raison
que le Prophète Moïse fait bien expressément
mention au commencement de son Premier
chapitre de Genèse par ces paroles:
Et l'Esprit de Dieu était épandu par dessus
les Eaux.
Lors que nous avons traité de l'Elément du Feu, nous avons
dit, que Dieu le tout puisant à mis son tabernacle dedans
la lumière ou dedans le soleil; nous avons aussi démontré,
comment que la divine Majesté engendre, comment il compose
& comment il entretient toutes choses dans le monde par
le moyen de sa lumière: &c.

Nous traiterons à ct'heure de l'Elément de l'Air, & considérerons
les qualités qu'il possède.

L'Air est chaud & humide, extérieurement invisible, mais intérieurement §. 1.
visible, & encore qu'il est volatil, il peut pourtant Des qualités
être fixé par le feu, & c'est alors qu'il rend tous les de l'Air.
corps pénétrants.
§. 2.
C'est l'Air dedans lequel l'esprit de Dieu était épandu sur les Que le S. Es-
eaux devant la création du Monde, & c'est la lumière & prit de Dieu
l'Air dedans lesquels ce même Esprit est encore épandu présentement, est épandu
s sente-
@

160 E S C A L I E R Des S A G E S.
dans la lu- & par les quels & avec les quels il pénètre toutes
mière & dans choses, & qu'il est par tout présent.
l'Air.
§. 3. L'Air est la matrice de la lumière & des influences des astres,
Que l'Air les quelles il attire à soi par une inclination amoureuse, & les
est la ma- porte (comme sur une charrette) aux lieux où le créateur
trice de la & directeur de l'univers les a ordonné.
lumière.
C'est l'Air dedans le quel proviennent & se font les Esprits vitaux
des animaux, entendez de sa plus pure substance qui est
le plus près approchante de la lumière; & puisque la lumière
est le moteur général de tout, elle vient communiquer
sa vertu mouvante à sa plus proche parente & voisine,
qui est l'Air le plus pur, & la darder comme du centre à la
circonférence, pour transporter ses vertus, par des degrés différents,
comme une servante fidèle, aux végétaux, Animaux,
& Minéraux créés & à créer.

§. 4. L'Air a plusieurs degrés différents de pureté, car tant plus près
Des degrés qu'il est au soleil tant plus subtil & tant plus pénétrant qu'il
différents de est, mais tant plus qu'il en est éloigné, tant plus qu'il est
l'Air. grossier, à cause que le soleil ne souffre rien de grossier à l'entour
de lui, vu qu'il pousse toutes choses composées naturellement
arrière de lui à la circonférence.

Toute la plus pure substance de l'Air se tient dans sa propre sphère,
& le plus près de l'Elément de la Lumière, ou du soleil:
mais l'Air le plus grossier est celui qui se trouve le plus près
§. 5. & dedans les Eléments de l'Eau & de la Terre.
Que la vie L'Air est le conducteur de la vie & contient la vie en lui, aussi
de toutes bien celle des autres Eléments, que des trois Royaumes des
choses est Etres composés, du végétal, Animal & Minéral: car rien
dans l'Air. ne pourrait subsister & croître, ni se multiplier dans le monde,
s'il n'y avait pas une vertu aimantine dans l'air pour attirer
à soi ce nutriment universel, pénétrant, altérant & multipliant,
comme il est à voir à l'attraction de l'eau qu'il fait,
& à la respiration itérative des animaux, qui n'attirent pas
seulement l'air à eux pour rafraîchir le coeur (selon l'opinion
vulgaire) mais principalement pour jouir de la nourriture &
de l'entretien de la vie, de la quelle la sage mère Nature l'a
pourvue, rejetant la partie de l'air comme inutile lors qu'elle
en est privée. L'Air
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 161

L'Air est le conducteur & le gouverneur des Eaux, & sa vertu aimantine
est secrètement cachée dedans toute sorte de semences
pour attirer à eux cette nourriture universelle, afin qu'elles
puissent recevoir du menstrue du Monde l'humide radical
& la croissance jusqu'au terme de l'intention de la Nature.

L'Air n'est pas seulement un conducteur & un porteur de l'Elément §. 6.
du Feu, de l'Eau, & des esprits végétaux & sensitifs, Que l'Air est
mais aussi même des âmes raisonnables & irraisonnables, comme un conducteur
il paraît au septième verset du Chapitre deuxième de Genèse, du Feu.
où il est écrit.

Et le Seigneur Dieu avait formé l'homme de la poudre de la
Terre, & souffla dans la face d'icelui respiration de vie, &
l'homme fut fait en âme vivante.

Et H E R M E S T R I S M E G I S T E dans sa Table
d'Emeraude.

Ventus portavit illud in ventre suo.
C'est à dire:
Le vent (ou l'Air) l'a porté dedans son ventre.

Vous savez que le vent n'est autre chose qu'un air agité, comme §. 7.
il est à voir à la respiration des animaux, qui peuvent Que le vent est
souffler du vent par le moyen de l'air, & aux fusils au vent, un Air agité.
au quels on peut attirer l'air par une pompe & l'y comprimer
si étroitement, qu'en le relâchant, il cause un vent & un soufflement
si fort, qu'il peut pousser une balle de plomb d'une
telle furie comme si elle était quasi chassé & jetée par la violence
de la poudre à canon.
§. 8.
C'est l'Air aussi qui fait faire des opérations si violentes à la poudre Que les opéra-
à canon, parce qu'il est condensé & concentré dedans le tions de la
salpêtre qui est le principal opérateur de la dite poudre, lequel, poudre à canon
étant allumé subitement par le souphre commun & par se font par le
celui du charbon, fait étendre son air humide concentré d'une moyen de l'Air.
très grande véhémence en sa sphère & y produit des effets
tant violents, comme il est connu.
§. 9.
Nôtre grand Dieu se sert de l'Air comme d'un instrument ou Que l'Air fait
d'une machine par la quelle il peut faire secouer & émouvoir émouvoir les E-
les Eléments inférieurs d'une telle manière que ce sont des léments inférieurs.
S s 2 choses
@

162 E S C A L I E R Des S A G E S.
choses surprenantes & étonnantes quand on y pense.

N'est ce pas par le moyen de l'Air qu'il fait renverser & bouleverser
des forêts, des montagnes, des châteaux, des villes,
& même des Iles & des pays tous entiers?

N'est ce pas par le moyen de l'Air agité que le Seigneur transporte
les nues de l'une région à l'autre? qu'il fait doucement descendre
la pluie imprégnée des rayons généralement fertiles
du soleil? Qu'il fait secouer les nuées les unes contre les autres
par des vents contraires, & qu'il les fait ainsi tomber en
bas d'une grande violence? Qu'il cause les Oricanes?

Qu'il excite l'éclair & le tonnerre?
Qu'il émeut les eaux d'une telle furie, qu'il n'y a ni digues, ni
murailles, ni aucune défense assez suffisante pour les résister,
mais, qu'elles rompent, fracassent, ruinent & bouleversent
des Provinces toutes entières, faisans écraser & ruiner des
maisons, des villages, des villes, des navires & des animaux
d'une perte inexprimable.

§. 10. L'Air apporte de la chaleur, de la froidure, de l'humidité, &
Que l'Air cau- de la sécheresse aux deux Eléments inférieurs, & aux mixtes,
se les change- qui sont sur & dedans iceux; soit végétaux, soit Animaux
ments à tous ou Minéraux, & à proportion de leurs qualités concentrées
les Etres. où étendues il leur communique de la fertilité ou de la stérilité
& toutes sortes de changement selon chacun son tempérament
& naturel. Aux quelques uns il augmente la vie, aux
autres il fait approcher la mort, & fait résoudre d'autres entièrement
en leurs principes, la nature de l'Air étant une
moyenne nature entre les corps supérieurs & inférieurs; c'est
pour quoi que l'Air attire fort facilement à lui les qualités
des corps qui lui sont les plus proches. C'est aussi pour ces
raisons que l'Air inférieur ou le détroit le plus bas de l'Air est
tempéré de diverses manières.

L'Air est fort inconstant & fort sujet au changement, & son inconstance
provient de là, qu'il est ou fort proche des Eléments
inférieurs & grossiers ou qu'il en est éloigné, entendez de
l'Eau & de la Terre, des quelles les tempéraments se changent
fort facilement par la chaleur ou par la froidure, vu
que l'Air tout entier (appelé le Ciel de quelques Philosophes)
au
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 163
au quel les trois autres Eléments, & toutes les autres choses
créées, & même les étoiles, ont leur demeures, & leur lieu
de repos; est comme un tamis de la Nature par où les vertus
& les influences des autres corps sont transportées.

L'Air est une fumée ou une vapeur qui est allumée de la lumière §. 11.
céleste, comme pour une flamme éternelle. Que l'Air est
continuel-
Les vrai Philosophes donnent à l'Air le nom d'Esprit quand ils lement al-
parlent de leur mystère, à cause qu'il est fort proche à la nature lumé de la
spirituelle; qu'il est un serviteur fort amiable & volontaire; lumière.
& qu'il est bien un receveur, mais non pas un conservateur
obstiné de la Lumière, des Ténèbres, du Jour de
la Nuit, des choses transparentes & presque de toutes les
sortes des qualités & de changements.

L'Air est divisé de quelques uns de trois sortes de façons différentes, §. 12.
qui sont; l'Air en bas, l'Air du milieu & l'Air en Que l'Air est
haut. Ils prennent pour l'Air le plus bas les nues, & celui divisé en trois
qui est dessous icelles entre les nues & la Terre, au quel les sortes d'Air.
tempêtes, la grêle, la neige & la pluie sont formées, & ou
l'éclair & le tonnerre sont vu & entendu à la partie la plus
haute. Ils statuent pour l'Air du milieu celui qui est au dessus
des nues, au quel la nature de l'Eau ne peut monter à
cause de sa pesanteur; mais au quel les vapeurs & les halaisons
spirituelles, qui se causent par les grandes chaleurs ou
par les embrasements parviennent, vu qu'elles sont déchargées
de la pesanteur des vapeurs aqueuses, & c'est pour ces
raisons, que je crois qu'elles peuvent être là allumées ou par
leurs propres ou par d'autres mouvements étrangers.

Il est à présumer que la région de l'Air du milieu est souvent
imprégné abondamment, & rempli d'une graisse humide,
chaude & spirituelle, mais point aqueuse, comme sont quelques
uns nutriments du feu.

Je juge qu'il faut qu'il y ait en cette région une très grande
tranquillité & une grandissime tempérance, à cause que les
vapeurs pesantes, aqueuses, & corporelles ne savent monter
jusqu'à là, & que cet Air, par conséquence, n'y peut
être comprimé par les vapeurs susdites, comme elles compriment
l'Air d'en bas.
T t L'Air
@

164 E S C A L I E R Des S A G E S.
L'Air le plus haut est jugé d'être un Air très pur, qui n'est infecté
ni chargé des vapeurs aqueuses, ni d'exhalaisons souphreuses,
mais tout à fait pur à cause qu'il est si proche du Ciel
qu'il diffère fort peu, & qu'il change selon ma croyance peu
à peu même en Lumière.

V R E D E R I C.

Mon très cher ami, vous avez tenu en peu de paroles un discours
bien aérien, à ma fantaisie, & qui allume mon esprit pour retoucher
l'air par ma langue, afin que vous puissiez pareillement
entendre par vôtre intellect, sur les tympans de vos
oreilles, un petit récit de ce combien nécessaire qu'est l'Elément
de l'Air à nôtre oeuvre des Philosophes, & quelles opérations
il y fait: de quelle façon il y est attiré par une vertu
aimantine: quels effets il fait au régime du feu extérieur: &
comment il peut être rendu visible, corporel, palpable &
résistant au feu.

--------------------------------------------------------------

C H A P I T R E II.

Combien l'Air est nécessaire pour l'oeuvre des Philosophes. Et pour toutes
les opérations chimiques. Que l'Air est la cause de la couleur Noire.
De la Blanche. Et de la Rouge. Expérience de la fixation de l'Air
invisible & impalpable.

§. 1. Ouchant la nécessité de l'Air pour l'oeuvre
Combien l'Air des Philosophes: je vous puis donner des assurances
est nécessaire que nôtre sperme Mercuriel peut tout aussi peu être préparé
pour l'oeu- sans l'Air, que le sperme Animal, & les semences des
vre des Phi- végétaux; vu que c'est l'Air qui donne l'haleine à nôtre
losophes. homme & femme métallique, afin qu'ils puissent faire émission
de leur sperme dans la conjonction vénérienne.

C'est l'air qui fait joindre les spermes par ensemble, & qui les fait
couler en menstrue.
C'est l'Air qui fait putréfier la semence métallique dans son
menstrue.
C'est l'Air qui donne la vertu opérante en juste proportion au
feu matériel du bois, des tourbes & des charbons pour entretenir
l'oeuf des Philosophes dans une chaleur requise à son couvement.
C'est
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 165
C'est l'Air qui souffle & qui porte les rayons du soleil à nôtre aimant
Mercuriel, les quels donnent l'âme, l'esprit & la croissance
au fruit des Philosophes, qui l'entretiennent en vie, &
qui le font croître & mûrir jusqu'à sa perfection entière.

La moindre opération chimique ne peut être parfaite sans l'aide
de l'Air.
Comment ferez vous couler les sels sans addition d'aucune matière §. 2.
humide si l'air vous manque? & au contraire, comment Et pour toutes
en ferez vous évaporer l'humidité, faute de l'air? opérations
chimi-
Comment ferez vous les solutions, coagulations, sublimations, ques.
cohobations, fermentations, putréfactions, & d'autres opérations
chimiques nécessaires pour l'oeuvre des Philosophes,
& particulièrement dans un seul verre, avec une seule
matière sans addition d'aucune chose étrangère, si l'Air,
qui est un médiateur entre le feu & l'eau, ne représentait ici, la
principale personne à la comédie de la Nature?

Il faut que l'Air fasse mouvoir la Putréfaction par la Fermentation, §. 3.
& qu'il fasse paraître la couleur Noire. Que l'air est la
cause de la
Il faut qu'il sublime & qu'il putréfie si long temps la matière noire couleur
& puante de son impureté jusqu'à que le corbeau noir, sale Noire.
& puant se transforme en un Cygne qui est beau, agréable
à la vue, & à l'odorat, & blanc comme neige.

Il faut que l'air fasse voler ce cygne, & le battre l'eau avec ses §. 4.
ailes par une cohobation & circulation itérative si long temps, de la Blanche.
qu'il ne vienne pas seulement à changer ses plumes blanches §. 5.
en une couleur citrine & jaune, mais aussi en une belle couleur Et de la
rouge pareille à sa chair. Rouge.

Vous avez généralement fait mention que l'Air invisible & volatil §. 6.
peut être rendu visible & fixe: Qu'est ce qu'il vous en Expérience de
semble? Les rayons du soleil dedans l'air, du temps qu'ils la fixation de
sont attiré par l'aimant des Philosophes, ne sont ils pas invisibles l'Air invisi-
& volatiles? vous ne sauriez répondre que oui. Et lors ble & impal-
qu'on fait les rotations ou les circulations des Eléments de pable.
l'oeuvre secret des Philosophes, les couleurs susdites la Noire,
la Blanche & la Rouge ne viennent elles pas à paraître
successivement?
T t 2 FRAN-
@

166 E S C A L I E R Des S A G E S.
F R A N C O I S.

Assurément: car je les ai vu aussi bien que vous.

V R E D E R I C.

Mais si cette matière demeure dans un tel état, qu'elle ne
vienne pas à attirer les rayons du soleil & de la Lune, par le
moyen de l'air, pourriez vous bien faire paraître les susdites
couleurs capitales successivement par aucune autre voie
du monde, premièrement la Noire; secondement la Blanche,
& finalement la très belle & la très excellente couleur
Rouge?

F R A N C O I S.

Non pas par aucune autre voie du Monde.

V R E D E R I C.

Il faut que vous croyez & que vous confessiez donc avec moi,
que ces couleurs & ces autres métamorphoses dedans nôtre
matière sont produites visibles, & rendues corporelles par
le moyen de l'Air imprégné des rayons du soleil.

F R A N C O I S.

Je le confesse fort volontiers avec vous; & souhaiterais avec
une passion extrême d'entendre si quelqu'un pourrait faire
voir les trois couleurs capitales, dans une même matière, &
dans un même verre, par aucune autre voie, que par celle
que nous venons de dire.

V R E D E R I C.

Cela ne se peut: ce pourquoi émerveillez vous avec moi des
grandissimes merveilles de Dieu, & ne soyez pas ingrat au
Seigneur, qu'il vous a envoyé & qu'il vous a rendu palpable
ces trois visions capitales par sa lumière céleste & par son
Air divin.

Voyez quel Elément admirable qu'est l'Air, & combien ma
pratique concorde avec vôtre Théorie?

F R A N C O I S.

Il en est ainsi comme vous dites, & les effets de nos paroles
n'accorderaient avec nos noms de baptême s'il en était autrement,
ment,
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 167
car nous serions en une contention continuelle ensemble,
selon la manière d'aujourd'hui, ce qui serait tout à fait
contre nôtre inclination au lieu que nous n'aimons rien plus
qu'une conversation paisible & respectueuse, & qu'un entretien
fondé sur des vérités.

V R E D E R I C.

Il en doit aller ainsi entre tous les bons chrétiens qui sont doués
d'une probité sincère, à qui l'Air doit aussi servir particulièrement
pour exécuter la volonté de leur créateur, non
seulement avec les machines de leurs corps, mais ils doivent
outre cela chercher à pénétrer au travers de l'Air très subtil
& spirituel avec leurs âmes raisonnables pour tâcher de monter
& d'approcher la Lumière éternelle & incréée, & de
se rendre participants des grâces divines de leur Dieu & de
leur Seigneur.

Ceci soit assez discouru de l'Air, cessons de parler davantage
des Eléments spirituels & descendants aux Eléments matériels
& corporels, voyons en suite de quelle façon que l'Elément
de l'Eau se laissera manier dedans la chambre de l'Anatomie
de la Nature: je m'en vais entamer cette matière
s'il ne vous est contraire.

V R E D E R I C.

Fort bien: Commencez au nom de Dieu.
V v FRAN-
+@
+@



pict

@
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 169
L E S I Xième D E G R E.
DE L'ELEMENT DE L'EAU. E T D E L'E A U D E S P H I L O S O P H E S.
C H A P I T R E I.
Que l'Eau est un réceptacle des deux Eléments supérieurs. Des qualités de
l'Eau. Que l'Eau est le sperme du Monde. Pour quoi les sels attirent
l'humidité. Combien nécessaire qu'est l'Eau auprès des sels. Auprès
du sel commun. Auprès du Salpêtre & vitriol. Auprès du souphre.
Que la mer est le centre de l'Eau. Grandes puissances de
l'eau.

F R A N C O I S

pict Ous avons fait mention de l'Air, §. 1.
qu'il est le réceptacle de la vertu mouvante Que l'Eau est
& opérante du soleil & de ses rayons vivifiants, un réceptacle
nous dirons & démontrerons présentement des deux Elé-
ici que l'Elément de l'Eau a une vertu ments supérieurs.
& une faculté attirante, pour attirer & pour
recevoir les deux Eléments actifs, l'Air & la
Lumière, laquelle est prise, de la plus part, pour le Feu,
comme nous avons dit.

La propriété & la qualité principale de l'Eau c'est être humide, §. 2.
ce qui paraît assez par là, qu'elle rend humide presque tout Des qualités
ce qu'elle touche, étant d'une nature moyenne entre l'Air & de l'Eau.
la Terre, & entre le subtil & le grossier.

L'Eau est participante de l'humidité & de la froidure & plus particulièrement
de l'humidité, de la quelle elle est la base & la
racine, à cause qu'elle mouille naturellement par son humidité
coulante, & les composés humides sont dit humides à proportion
qu'ils contiennent peu on beaucoup d'Eau en eux.

L'Eau peut être dite, à bon droit, un Mercure ou un esprit des
autres Eléments par ce qu'elle accepte quelque fois la nature
d'un esprit & par fois celle d'un corps; car lors qu'elle a prise
la forme d'un esprit, elle ne prend pas seulement avec elle les
vertus & la nature de tout ce qui est dedans, dessus & à l'entour
de la Terre, mais étant montée en haut elle reçoit aussi
V v 2 les
@

170 E S C A L I E R Des S A G E S.
les vertus des Eléments supérieurs, les quelles viennent premièrement
à être changées en nuages, & puis étant métamorphosées
en pluie, elles viennent à tomber sur la terre, &
s'assembler là, par des révolutions itératives, en un menstrue
corporel de toute la Nature.

§. 3. L'Eau est le sperme du monde, au quel la semence spirituelle de
Que l'Eau est toutes choses est conservée.
le sperme du
Monde. La Terre se purifie & se dissout dans l'Eau: L'Air s'y coagule:
& le feu s'y arrête & s'y lie très fermement avec les autres.

L'Eau est le premier sujet de la Nature dans la quelle elle emploie
sa première sollicitude, son soin & son labeur,
comme il est à voir à la génération & à la multiplication des
végétaux & des Animaux & des minéraux.

Il accepte très volontiers toutes sortes de qualités de quelle
odeur ou de quel goût qu'elles soient.

C'est à l'Eau que les dons & les vertu spirituelles sont communiquées
tout premier; c'est là où qu'elles vont loger, & ou
elles commencent à faire paraître leurs premières opérations.

§. 4. Les sels attirent naturellement l'eau à cause que les sels ont été
Pourquoi les une humidité auparavant qu'ils ont pu devenir des sels.
sels atti-
rent l'humi- L'Eau est aussi très nécessairement requise auprès des sels, vu
dité. que les sels ne pourraient procurer sans elle les effets qu'ils
§. 5. doivent auprès des végétaux, Animaux & Minéraux.
Combien né-
cessaire Car ni le sucre, ni le miel, ne pourraient préserver les fruits
qu'est l'Eau contre la corruption, s'ils ne pouvaient être dissous par
auprès des l'Eau.
sels.
§. 6. Le sel commun ou de mer ne pourrait pas garder les viandes, les
Auprès du poissons & d'autres de putréfaction, ni leurs donner un goût
sel commun. agréable & salutaire, s'il n'était dissout & traité avec de
l'eau auparavant.
§. 7. Pareillement les métaux & les minéraux ne pourraient pas être
Auprès du servis commodément du salpêtre, du vitriol, de l'Alun, du
Salpêtre & sel Armoniac, du sel commun & d'autres, s'ils n'étaient réduits
vitriol. en des humidités par les quelles l'anatomise de la Nature
les
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 171
les puisse produire & parfaire à des êtres meilleurs, si les sels
ne pouvaient être dissous par le moyen de l'Eau, & qu'ainsi
les esprits n'en pourraient être distillés.

N'est ce pas l'Eau qui est très nécessairement requise pour la solution §. 8.
du souphre commun, & de toutes les matières bitumineuses Auprès du
comme sont la résine, la cire, l'arcanson, l'Asphalte, Souphre.
la poix, le suif, les huiles & d'autres? je vous prie de me
dire comment que vous pourriez bien joindre aucune des susdites
avec les sels sans l'addition de l'Eau.

L'Eau ou l'humidité est de plusieurs sortes & des qualités soit
différentes, aussi bien au Macrocosme qu'aux Microcosmes.

On n'a pas seulement la mer pour le centre & pour la base ou §. 9.
pour le fondement de l'Eau au Macrocosme, de la quelle toute Que la mer est
l'eau à son origine, & de la quelle elle s'étend à la circonférence, le centre de
aussi bien dedans que dessus la Terre, d'ou proviennent l'Eau.
les fontaines, les eaux douces, salées, amères, acides,
souphreuses, minérales, métalliques, médicinales,
vénéneuses, & quantité d'autres: Mais elle fait aussi ses opérations §. 10.
de plusieurs manières selon le bon plaisir de l'auteur Grandes puis-
& du moteur de la Nature, ôtant & détruisant la Terre sances de
par places, & la remplaçant en la faisant accroître en d'autres: l'Eau.
faisant enfoncer & abîmer par places des villages, des
villes, des Pays & des Provinces: & en faisant recroître d'autres,
& ressortir des Iles toutes entières hors des Eaux & hors
de la Mer même.

Il est impossible à la Nature de subsister sans l'Eau, ni de faire
aucune opération parfaite sans icelle.

Comment la Terre pourrait elle subsister sans l'Eau, vu que
l'Eau est celle qui forme & qui donne principalement le corps
à la Terre?

Comment l'Air pourrait il être privé de l'Eau quand on considère
que l'Eau est le soutien & le fondement de l'Air? L'Air
ne serait il pas continuellement enflammé? & la Terre ne serait
elle pas séchée à une tête morte, & ne serait elle pas brûlée
à une matière vitreuse, si l'Eau leurs venait à faillir?
X x CHAP.
@

172 E S C A L I E R Des S A G E S.
C H A P I T R E II.

Que la Nature produit tous les mixtes par une humidité visqueuse. Comme
les Animaux. Les végétaux. Et les Métaux. Combien nécessairement
que l'Eau est requise pour les végétaux. Et pour les Animaux.
Que l'Eau est le principal opérateur dans l'oeuvre des Philosophes.

§. 1. A Nature forme ses premiers principes
Que la Nature de l'Eau & de la Terre, pour en construire les corps,
produit tous vu que ces deux sont les deux natures les plus épaisses
les mixtes entre les Quatre Eléments: car il se fait une matière glutineuse
par une humi- de leur mixture parfaite, dans la quelle tous les Eléments
dité visqueuse sont confusément ensemble, comme dans un chaos, & c'est
§. 2. d'une telle matière ou d'un tel limon humide que tous les Animaux
Comme les sont provenu.
maux.
§. 3. Les semences des végétaux se résolvent pareillement en une matière
Les végétaux. limoneuse, & s'établissent puis après par des degrés
en des corps végétaux.

§. 4. Et c'est de la même manière que les métaux se produisent; car
Et les métaux. il se fait une eau grasse ou limoneuse du souphre & du Mercure
parfaitement bien mêlés ensemble, laquelle se digère
par la longueur du temps en des corps durs tillasses, & métalliques.

Combien nécessairement que l'Eau est requise pour les Microcosmes
& combien peu que les microcosmes peuvent subsister
sans l'Eau: encore que cela est assez bien à voir, à ce que
nous venons de discourir du Macrocosme, nous traiterons
pourtant encore un peu plus particulièrement de la nécessité
de l'Eau pour les mixtes, & premièrement pour les végétaux.

§. 5. L'Eau n'est pas seulement très nécessairement requise pour les
Combien l'Eau végétaux, (comme nous avons dit) afin que de réduire leur
est nécessai- semences à une matière limoneuse, mais principalement
rement requi- pour les faire fermenter & végéter, car il est impossible à la
se pour les nature d'émouvoir l'esprit végétal & de le faire agir, si elle
végétaux. ne leur amène par le moyen de l'Eau le sel de la terre, qui
donne la principale nourriture à tous les végétaux, & qu'elle
ne les fasse fermenter avec elles par une circulation itérative
dedans les fibres & canaux d'iceux: Qu'elle ne le fasse changer
ger
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 173
en suc, en moelle, en paille, en bois, en écorce, en tiges,
en feuilles, en fleurs, en fruits & en graines; & qu'elle
ne le fasse prendre & coaguler en herbes, arbres, fruits & en
semences parfaites selon la qualité & selon la perfection qui
est requise pour un chacun en particulier.

L'Eau n'est pas moins requise pour les Animaux; & ce non seulement §. 6.
afin que de pouvoir conserver la semence ou l'esprit Et pour les
Animal qui est dedans le sperme pour en faire la transfusion Animaux.
dedans la matrice: mais aussi principalement pour en arroser
l'utere, afin que l'esprit subtil animal y étant conçu & enfermé,
puisse commencer à s'y mouvoir, & s'y augmenter, &
à y devenir opératif jusqu'à la perfection de son fruit; l'Eau
n'est pas moins en après nécessaire, vu que ni la viande, ni
le breuvage, ni aucune nourriture, ni le chyle, ni le sang,
ni la lymphe, ni le coeur, ni le cerveau, ni le foie, ni les
poumons, ni la rate, ni les veines, ni les nerfs, ni les os,
ni les muscles, ni les ligaments, ni la peau, ni les cheveux,
ni les ongles, ni l'urine, ni la sueur, ni les excréments, ni
généralement aucun autre corps composé puisse être ou subsister
en son être sans icelle, comme il est très évident dans
l'examen des corps composés quand nous en faisons la section
par l'anatomie chimique, & comme il est connu assez à tout
les entendus.

Combien l'Eau est besoin au Royaume Minéral, je le déferrerai
à vôtre sentiment & en entendrais volontiers vos expériences.

V R E D E R I C.

Je vous contenterai fort bien! mais pour vous dire mon avis
en peu de paroles, il me semble qu'il n'est pas besoin de traiter
si amplement de l'Elément de l'Eau comme il nous en suppéditeroit
bien de la matière, par ce que au lieu, où nous
formerons nôtre discours en particulier des Trois Royaumes,
l'Eau nous viendra aussi fort bien à point pour faire couler l'encre
sur le papier, vu que tant plus que nous nous étendrons §. 7.
du centre à la circonférence pour écrire des choses naturelles Que l'Eau est
tant plus de matière qui nous sera fournie pour faire re-mouvoir le principal
la plume, mais puisque nôtre intention est d'être succinct, opérateur dans
& que mon dessein est principalement d'agir par des démonstrations, l'oeuvre des
je ne dirais ici, que l'Eau n'est pas seulement la philosophes.
X x 2 prin-
@

174 E S C A L I E R Des S A G E S.
principale matière de l'oeuvre des Philosophes, mais qu'elle
y est aussi l'opératrice principale, aussi bien au commencement,
qu'au milieu & qu'à la fin, puisqu'il faut que nôtre
Hermaphrodite soit au commencement lavé long temps avec
elle: qu'il soit tellement purifié par elle qu'il soit rendu propre
& capable de recevoir la semence astrale de l'Air & de la
Lumière, de la nourrir & de la défendre jusques à la maturité
parfaite de son fruit.

Quand nôtre matière est produite de la Nature au point qu'il
faut que l'Artiste y mette la main pour l'aider à la faire parvenir
en plus grande perfection, la nature la présente alors
dans l'état d'une matière humide, qui contient une Eau
très pure.

Lors que la dite matière est dans l'état de la fermentation & de
la putréfaction, jusques à tant que la couleur Noire paraisse,
cela ne se peut faire par aucune autre voie que par celle de
l'Eau.

Pareillement: quand vous avez intention de faire voir la couleur
blanche: vous avez vu qu'il faut que cela soit fait &
conduit par l'Eau: & que la belle vache Io, & le Cygne
blanc & enflé ne peuvent être produis sans Eau aussi peu qu'un
melon ou une citrouille sans icelle.

On ne saurait avancer d'aucune autre manière à la couleur
jaune, car cet oeuvre n'est conduit à ce degré de perfection
que par l'humidité, vu qu'une fleur de crocus ou de
nymphéa peut recevoir tout aussi peu sa couleur jaune que
la matière des Philosophes sans la conduite de l'Eau.

Tout ainsi faut il qu'il soit procédé jusqu'à la couleur Rouge,
& comme il est impossible que le chyle blanc des animaux peut
être avancé sans humidité jusques à la perfection d'un sang
rouge; tout aussi peu est il possible à la nature & à l'Artiste,
d'aider le lait virginal blanc sans Eau, à le faire changer en
le sang rouge de Dragon: & la Pierre des Philosophes même
étant produite jusques à sa plus haute perfection se doit
fondre comme la cire sur un petit feu, & couleur comme une
eau fixe, sans donner aucune vapeur.
L'Eau
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 175
L'Eau (en un mot ) est l'Elément, sans le quel, par le quel
avec le quel il faut que la plus part des opérations chimiques
soient faites, car il faut que les solutions, les
coagulations, les fermentations, les putréfactions, les distillations,
les cohobations & d'autres semblables soient procurées
par l'aide de l'Eau; & comme vous avez démontré
les qualités de l'Eau & combien qu'elle est nécessaire dedans
le cours de la Nature, tout ainsi trouvez vous de même que
ses qualités sont requises dans l'art, vu que l'art ne doit
être considéré qu'un suivant fidèle & volontaire de la
Nature: & il faut nécessairement, qu'en cas que l'art vienne
à s'égarer de l'ordre de la Nature, qu'elle produise
quelque monstre; mais pour donner de nôtre coté
un fondement ferme & solide à l'Elément de l'Eau &
à l'Art, nous tâcherons de préparer la Terre pour cette fin,
& d'examiner combien qu'elle est nécessaire pour la perfection
de la machine du monde, & pour l'oeuvre des Philosophes,
quelles qualités qu'elle possède, & comment &
de quelle manière elle doit être cultivée, aussi bien au regard
du grand, qu'à la considération du petit Monde
des Philosophes.
Y y CHAPI-
+@
+@



pict

@
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 177
L E S E P Tième D E G R E.
DE L'ELEMENT DE LA TERRE.
E T D E L A T E R R E D E S P H I L O S O P H E S.

C H A P I T R E I.

Des Qualités de la Terre. Pourquoi la Terre est froide. Pourquoi la Terre
est poreuse. Que la Terre reçoit les trois autres Eléments. Que la
Terre à été au commencement unie à l'Eau, éprouvé par la Genèse
de Moïse. Que la Terre a été imprégnée dès le commencement. Comment
il est à croire que la Terre sera métamorphosée quand le monde
périra.

F R A N C O I S.

pict A Terre est le plus pesant, le §. 1.
plus grossier & le plus Solide des Quatre Des qualités
Eléments. de la Terre.
La qualité principale de la Terre est d'être
froid & sec, mais plus froid que sec, vu
que la sécheresse provient plus tôt par accident
que naturellement, à cause qu'à
la création de la Terre l'Eau à été, selon l'aspect extérieur,
le corps le principal & le premier visible de la quelle la Terre
à été séparée.

Que la Terre possède entre ses qualités la Froidure pour la principale, §. 2.
cela provient de ce qu'elle contient le plus de la Nature Pourquoi la
obscure & opaque de la Première matière. Terre est froide.

Il n'y a rien de plus épais ni de moins transparent que la Terre,
à cause de son corps ou de sa matière très grossière & très épaisse,
la quelle ne laisse pas passer la lumière que très difficilement,
& c'est à cause de la très grande froidure qu'il arrive
que la Terre est dure, coagulée & malaisée à fondre, comme
il paraît au sable, au marbre, aux rochers, & aux autres
matières pierreuses, qui sont d'une qualité & d'une nature
froide & concrües d'une substance terrestre.

Encore que la Terre soit naturellement froide & sèche, nôtre §. 3.
grand Dieu l'a pourtant créée en sorte que son corps est fort Pourquoi la
poreux & spongieux, aussi bien pour pouvoir servir d'un réceptacle terre est poreu-
Y y 2 cepta- se.
@

178 E S C A L I E R Des S A G E S.
des autres Eléments que d'une mère & d'une nourrice
de tous les Etres qui sont composés des Eléments afin que
la froidure & la sécheresse de la Terre pussent imbiber & engloutir
avec avidité la chaleur de l'Air & de la Lumière, &
l'humidité de l'Eau, & que la Terre, qui est stérile à cause
de sa froidure & de sa sécheresse, pût être rendue fertile par
la chaleur & par l'humidité, qui sont les principales causes de
toutes les générations; & afin qu'elle pût comprendre & contenir
en elle les quatre qualités en telle mesure & d'un tel
poids, qu'elle soit capable de produire en son ventre, & de
nourrir avec ses seins les végétaux aussi bien que les Animaux
& les Minéraux jusques à les limites données de Dieu à la Nature
pour leur perfection. Et ceci est conforme à ce que le
saint homme de Dieu & Prophète Moïse dit au Premier chapitre
de Genèse vers. 2ième.

§. 5. La Terre était sans forme & vide, & les ténèbres étaient sur
Que la Terre les abîmes: (y joignant aussi tôt auprès)
a été au com-
mencement Et l'esprit de Dieu était épandu par dessus les Eaux.
unie à l'Eau Et au verset 9.
éprouvé par Que les Eaux qui sont sous le Ciel soient assemblées en un lieu
la Genèse & que le sec apparaisse.
de Moïse. Et au vers. 10.
Et Dieu appela le sec Terre: il appela aussi l'assemblée des
Eaux Mers.
Et au vers. I.ième.
Et Dieu dit, que la Terre produise verdure, herbe procréante
semence, & arbre fructifiant, faisant fruit selon son espèce,
le quel avait sa semence en soi même selon son espèce.
Et au vers. 24.
Outre Dieu dit: que la Terre produise créature vivante selon
son espèce, bétail & reptile & animaux de la Terre selon
leur espèce.
Et au vers. 26.
Et Dieu dit faisons l'homme à nôtre image. e. c.
Au Chap. 2. vers. 4, 5, 6, & 7ième.
Telles sont les générations du Ciel & de la Terre quand ils furent
créées au jour que le Seigneur Dieu fit la Terre & le Ciel. Et
tout jetton du champ, devant qu'il fut dans la Terre, & tout
herbage du champ devant qu'il germât: car le Seigneur Dieu
n'avait
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 179
n'avait point fait pleuvoir sur la Terre, & n'y avait homme pour
labourer la Terre: mais une vapeur montait de la Terre. Et
le Seigneur Dieu avait formé l'homme de la poudre de la Terre,
& souffla en la face d'icelui respiration de vie, & l'homme
fut fait en âme vivante. e.c.

Il est assez à connaître par ces paroles que cette Terre froide,
dure, opaque, obscure, infusible, spongieuse & poreuse à
été unie, au commencement de la création, à l'Eau, &
qu'elle a été une même matière avec elle, devant qu'elles
ont été séparées d'ensemble; que la séparation de la Terre
d'avec l'Eau n'a été faite que le troisième jour, que l'Esprit
de Dieu était épandu, dès le commencement, sur les Eaux; §. 6.
& que les Eaux, (dedans les quelles la Terre était radicalement Que la Terre
unie) ont été tellement imprégnées de cet Esprit & a été impré-
de la Lumière tant pénétrante, que les Eaux ont été assemblées gnée dès
en un lieu, selon l'ordonnance de Dieu & que le sec est le commen-
paru au jour, le quel il a appelé la terre, la quelle ayant cement.
fait sécher de son humidité par la vertu opérante de la Lumière,
elle a retenue prés d'elle les semences spirituelles des
végétaux & des Minéraux, & a été douée d'une fertilité si
grande, qu'elle a été devenue enceinte comme la vierge imprégnée
du St. Esprit: de sorte qu'elle a été depuis, qu'elle
est encore, & qu'elle sera, (s'il est la volonté du Seigneur)
tant que le Monde durera, capable non seulement de se multiplier
ou augmenter en grandeur par les semences, mais d'en
entretenir même aussi les Animaux, (qu'il a crée le cinq &
le sixième jour,) & de les nourrir; le grand Dieu ayant créé
& entretenu la machine du monde depuis son commencement
d'une telle tempérance & en un tel équilibre des Eléments,
au quel il le conserve encore pour le jourd'hui de même,
en telle sorte, que l'un ne surmonte l'autre en vertu,
vu qu'autrement la Hermonien' aurait pu subsister, ni
ne pourrait subsister encore aujourd'hui, car la rotation des §. 7.
Eléments parfaits ne se pourrait faire, la quelle venant à manquer, Comment il est
il est à présumer que le Seigneur augmentera le Feu à croire que la
Elémentaire dessus & dedans la Terre, qu'il la fera sécher Terre sera méta-
de son humidité d'une telle sorte que la Terre ne deviendra morphosée quand
pas seulement calcinée, mais qu'elle sera métamorphosée en le Monde
un être meilleur, & qu'ainsi il en sera produit un Monde nouveau périra.
Z z veau
@

180 E S C A L I E R Des S A G E S.
d'une Nature spirituelle, incorruptible & glorieuse, &
qui ne sera plus sujet à aucun changement.

L'Elément de la Terre, le quel nous avons dit être froid & sec,
n'a pas seulement dedans, mais aussi dessus & à l'entour d'elle
plusieurs sortes de Terres de différentes natures; & les
mixtes même ont leur Terres particulières aussi bien au Royaume
Végétal, qu'Animal & Minéral.

---------------------------------------------------------------

C H A P I T R E II.

Que la Terre n'est autre chose qu'un souphre fixe. Comment que la cendre
des montagnes embrasées n'est autre chose que du souphre fixe. Comment
que la cendre des montagnes souphreuses devient Terre. Que la
Terre n'a pas été fixé au commencement de la création. Démonstration
chimique sur ce sujet du souphre commun.

A Terre étant considérée étroitement,
§. 1. n'est autre chose qu'un souphre fixe & irréductible, qui ne
Que la Terre peut seulement être fait & tiré par nôtre art chimique de
n'est autre tous les composés du monde, comme vous savez, mais aussi
chose qu'un du souphre vulgaire, des esprits végétaux, & des huiles des animaux.
souphre fixe. La Terre la plus fixe & la plus irréductible dedans & dessus la Terre
se trouve aux environ les lieux où sont les montagnes & les
lieux souterrains de souphre, les quelles étant allumées jettent
§. 2. & vomissent une très grande quantité de cendres à l'entour
Comment que d'elles; les quelles ne sont rien autre chose que du souphre
la cendre des fixe ou de la terre, comme nous avons dit: il faut pourtant
montagnes faire distinction entre ce dit souphre fixe & les cendres
embrasées n'est souphreuses minérales & métalliques, & aussi celles qui sont
autre chose devenu pierreuses & vitreuses, comme sont celles qui sont
que du souphre changées de nature, soit par les sels, soit par la conjonction
fixe. subite de l'eau & du feu, qui y sont souvent des étranges métamorphosés
à proportion que l'un ou l'autre vient à prédominer;
car ces cendres, ou souphre fixe susdit (encore qu'elles
§. 3. soient de leur nature & sans l'addition d'autre choses, irréductibles,
Comment que inutiles, ni propres à aucune chose) peut, moyennant
la cendre la rotation des Eléments supérieurs, peu à peu être réduit
des monta- à la nature d'une terre commune, & changé d'une telle
ma-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 181
manière qu'elle peut devenir une mère & une nourrice propre gnes souphreu-
pour concevoir la semence des végétaux & des Minéraux ses devient
pour les alimenter jusques au degré de leurs perfection, & que Terre.
plus est, pour en faire vivre & entretenir les Animaux, &
d'exécuter en tout la volonté du Créateur de même que fait la
Terre générale, ce qui est très facile à connaître à tous les experts
de la Nature, quand ils vont considérer & pénétrer la Nature
de la Terre aux environ des places souphreuses, comme
ils le peuvent démontrer réellement & clair comme le jour
par l'art joint à la Nature, comme j'en attends ici les expériences
& les démonstrations de vos grâces.

V R E D E R I C.

Je ne refuserai pas à donner satisfaction à vos désirs, & de vous
soulever de la peine que vous pourriez prendre à la poursuite
de ce discours, étant assez persuadé que vous l'auriez pu
continuer aussi bien que moi.

Vous portez fort bien à propos les paroles du Prophète Moïse
au Genèse I. chap. 3ième verset.
Et la terre était sans forme & vide, & les ténèbres étaient sur
les abîmes, & l'Esprit de Dieu était épandu par dessus les
eaux. e. c.

Il est à soutenir que la Terre n'a pas encore été fixe au commencement §. 4.
de la création de l'Elément de la Terre, à cause qu'elle Que la Terre
était encore unie à l'Eau, & qu'elle n'en était pas encore n'a pas été fixe
séparée par la fixation, ce qui est assez à connaître par ces au commence-
paroles. ment de la
création.
La Terre était vide: car il fallait bien qu'elle fut vide si long
temps qu'elle n'était encore séparée des autres Eléments, &
c'est pour cette raison que ces paroles y suivent aussi tôt:
Et les ténèbres étaient sur les abîmes.

Il est à soutenir qu'on doit entendre par les Ténèbres sur les abîmes,
qu'il fallait que la putréfaction & la couleur Noire se
montrât premier & devant la séparation des Eléments combinés,
auparavant que la Terre fixe ou le souphre fixe pouvait
paraître; ce pourquoi il dit.

Et l'esprit de Dieu était épandu par dessus les Eaux.

L'Esprit de Dieu à été l'opérateur, du temps de là création, &
Z z 2 il a
@

182 E S C A L I E R Des S A G E S.
il a été le séparateur des Eléments par ses puissantes vertus &
opérations, comme il est à voir en ces paroles.

Et Dieu dit.

Que les Eaux qui sont sous le Ciel soient assemblées en un lieu
& que le sec apparaisse. Et Dieu appela le sec Terre:
Il appela aussi l'assemblée des Eaux mers.

§. 5. Si vous voulez avoir démontré à ct'heure comment que la Terre a
Démonstra- été un souphre commun & volatile avant la séparation d'icelle
tion chimi- des Eaux, selon ma soutenue ci devant, qu'il n'a pas
que sur ce bien pu être autrement, & comment la Terre ou le souphre
sujet. volatile est réduite à un souphre ou une Terre fixe, je vous
exposerai les expériences suivant à les examiner, & vous
trouverez, que ce que nous venons de proférer sera trouvé
conforme à la vérité.

Prenez du souphre vulgaire pulvérisé très fin, ou des fleurs de
souphre, mettez le dans une fiole ou dans une cornue de
verre, versez dessus autant d'une bonne lessive faite de cendre
de quelque végétal, & les digérez ensemble jusques à
que tout le souphre soit dissout en une liqueur fort rouge, versez
cette huile par un philtre, afin que vous soyez assuré,
qu'il n'y demeure rien de terrestre, remettez cette liqueur
dans une cornue, & distillez en fort lentement l'humidité,
qu'il ne reste plus dans la cornue qu'un sel desséché, faites
ainsi cimenter ce sel souphreux l'espace de deux ou trois fois
vingt & quatre heures par un tel degré de feu que le souphre
ne se puisse sublimer au col de la cornue, faites peu à peu éteindre
le feu pour empêcher que le verre ne se casse, le quel
étant refroidi, vous le nettoierez avec un linge mouillé,
versez autant de l'eau commune dessus la matière qu'elle puisse
dissoudre le sel que toute la matière contient, & vous
trouverez au fond du verre une bonne partie de souphre fixe,
ou de la terre qui rendra vôtre lessive trouble, le quel étant
dulcifié, séché & mis au feu dans un creuset, vous verrez
qu'une partie de vôtre souphre commun sera devenue d'une
nature tellement fixe & irréductible, qu'il ne pourra être réduit
tout seul & sans addition d'autres choses, par le feu en
aucun autre corps qu'il a, à savoir en un souphre ou terre
fixe, hormis qu'elle peut être préparée par les sels d'une telle
le ma-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 183
matière, qu'elle peut devenir capable & propre de produire
des végétaux & des minéraux aussi bons & tout aussi propres
à nourrir & à entretenir les Animaux que la Terre générale
peut faire.

Ce serait bien assez démontré par ceci comment que la Terre
commune n'a été qu'un souphre vulgaire avant la fixation &
la séparation d'icelle d'avec l'Eau, & que les semences de tous §. 6.
les végétaux & des minéraux y peuvent être semées, nourries Qu'on peut
& produites à leurs perfection: mais pour vous montrer, tirer un sou-
qu'un souphre fixe ou terre peut être tirée & faite de tous phre fixe de
les végétaux, Animaux & Minéraux, vous pourrez prendre tous les
la peine de considérer les expériences qui suivent. mixtes.

--------------------------------------------------------------

C H A P I T R E III.

Que la Terre ne contribue rien aux végétaux qu'un sel humide. Des expériences
comment on peut faire provenir un souphre fixe des végétaux.
Qu'il a un souphre caché dedans les végétaux qui est de la
même nature de celui de souphre vulgaire. Expérience comment on
peut faire produire un souphre fixe des corps des Animaux. Et
aussi des Minéraux.

I L est connu à peu de personnes, qui font §. 1.
recherche des secrets de la Nature, que la Terre ne contribue Que la Terre ne
rien autre chose pour l'accroissement de la plus part des contribue rien
végétaux, (qui proviennent des semences, ou par les opérations aux végétaux
des Eléments supérieurs,) qu'une proportion due qu'un sel humide.
d'un sel nitreux & de l'humidité, & qu'il se trouve pourtant
une grande quantité de souphre fixe ou de terre, (vulgairement §. 2.
appelée des cendres) lors qu'on les a brûlés. Cette Des Expériences
terre (mon très cher) ne peut avoir été autre chose, comme comment on
vous savez, qu'un souphre commun, qui s'est fixé, durant peut faire pro-
son brûlement, en un terre ou souphre fixe, ou cendre; venir un sou-
& ce par le moyen du sel ou de l'acidité: qui a été auprès: phre fixe des
Et pour vous montrer, qu'il ne peut être aucune terre végétaux.
dedans les végétaux, vous n'avez qu'à prendre quelque
végétal; le laver bien net, le piler ou racler bien fin, le
mettre dans de l'eau forte, ou dedans quelque autre corrosif,
& le digérer quelque temps avec elle, & vous expérimenterez
que le dit végétal tout entier se dissoudra d'un telle
A a a manié-
@

184 E S C A L I E R Des S A G E S.
manière qu'il n'en demeurera non plus que vous pourrez
mettre dans l'oeil, mais que le tout sera changé en une eau ou
humidité transparente, ce qui fait voir qu'il n'y a eu aucune
terre ou cendre dedans le végétal, vu qu'il est assez
connu que l'eau forte & les autres corrosifs n'ont aucune prise
à la terre, souphre fixe, ou cendres & qu'ils les laissent sans
les attaquer aucunement.

Voila une seconde séparation de la terre qui se fait des quatre
Eléments généralement combinés ensemble.

Je vous en donnerai une troisième d'une autre manière.

Prenez du sel commun, dont on se sert pour saler les viandes
& à la cuisine, parties 3, & de l'huile de souphre ou de
vitriol 2 parties, faites dissoudre vôtre sel avec de l'eau
commune, ajoutez y l'huile susdite, distillez en l'humidité,
prenez le sel qui est demeuré au fond du vase, pulvérisez
le, mêlez y environ la quatrième partie de charbon
de bois en forme de poudre fine, selon l'aspect & non pas selon
le poids) faites bien fondre cette matière ensemble dans un
creuset au fourneau à fondre, la quelle étant bien fondue
vous lui donnerez du charbon pulvérisé de temps en temps
avec une cuillère de fer, jusques à que vous voyez que la matière
se tienne en repos dedans le creuset, car c'est alors que
le loup affamé est rassasié; cette matière étant bien fondue versez
la dans un mortier ou dans quelque autre vaisselle de cuivre
chauffée, laissez la refroidir, pillez la en poudre fine, dissolvez
avec de l'eau commune ce qui peut être dissout, filtrez
l'humidité salée, la quelle passera d'une couleur rougeâtre,
faites évaporer l'humidité à la consistance du sel par
§. 3. une cornue, & faites cimenter vôtre rémanent tout doucement
Qu'il y a un environ le temps de cinq à six jour, cassez vôtre cornue,
Souphre com- pillez la matière bien fine & dulcifiez la avec de l'eau
mun caché de- commune, & vous trouverez une poudre noirâtre, la quelle
dans les végé- n'est rien autre chose que le souphre qui a été dedans le
taux semblables charbon, car lors que vous rougirez vôtre cornue par des degrés
& de la même de chaleur, le souphre volatil se sublimera au col d'icelle,
nature du tout semblable à celui qu'on tire des mines de souphre,
souphre vul- aussi bien en couleur qu'en toutes sortes d'autre qualités,
gaire. & celui qui est devenu fixe, il demeurera au fond du
ver-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 185
verre, comme une terre, la quelle ne peut être refondue
par aucun feu, à moins qu'on lui ajoute des sels, qui le
font réduire en verre comme il se fait de la terre & du
Sable.

Si vous désirez une expérience au Royaume Animal, à savoir §. 4.
de quelle façon il s'en peut tirer un souphre volatil & fixe, Expérience com-
semblables à ceux que nous venons de dire? ment on peut
faire produire
Prenez un morceau du coeur, un partie du cerveau, du foie, un souphre
du poumon, de la chair, des ossements, ou de quelque partie fixe des corps
du corps d'un animal qu'il vous plaira, mettez la dans une des Animaux.
cornue, faites en évaporer l'humidité par les degrés du feu,
donnez à la fin du feu tant que la cornue rougisse, & que la
matière rémanente devienne en charbon noir, ôtez en le
charbon, pilez le, & traitez le de la même manière, comme
nous avons dit ci devant amplement des végétaux, &
vous produirez de cet animal un tel souphre vulgaire volatile
aussi bien, que fixe & irréductible, comme nous en avons tiré
des végétaux.

C'est de la même manière que vous pouvez procéder avec les §. 5.
minéraux, & particulièrement avec l'Antimoine qui vous Et des Mi-
donnera aussi deux sortes de souphre, l'un volatil, & l'autre néraux.
fixe, mais il sera nécessaire, que les flèches & les lances,
pour tirer & pour tuer ce griffon, soient fortifiées & aiguisées
un peu davantage.

Touchant les métaux, mon très cher, ils veulent être traité
encore d'une autre manière, vu que leur souphre est beaucoup
plus fixe, qu'il n'est dedans les mixtes des deux Royaumes
précédents, & qu'il y est lié si fortement, que ceux qui
se voudront mêler de le délivrer de la prison des métaux, qu'il
faudra qu'ils implorent le secours du plus grand Dieu, de
Jupiter même; & de son fils Mercure, parce que sans l'aide
d'iceux & sans leurs assistance ils n'auront jamais la moindre
espérance du monde de jouir de l'aspect de la toison d'or; ni
du Salamandre résistant au feu à jamais.

F R A N C O I S.

Vous avez bien assez clairement démontré par vos propos précédents
de quelle façon qu'on peut produire du souphre commun
A a a mun
@

186 E S C A L I E R Des S A G E S.
& un souphre fixe ou terre, du souphre des végétaux & des
Animaux, mais il me semble (sous vôtre correction) que
vous avez encore dit trop peu, de quelle façon que le souphre
peut être tiré des métaux, & qu'il sera nécessaire que
nous nous entretenions un peu davantage de cette matière.

V R E D E R I C.

Il est bien vrai ce que vous dites, & il est bien aisé d'en discourir,
mais il est bien difficile à le démontrer: ayez seulement
un peu de patience, & je prendrai la peine & le labeur sur
moi, pour vous enseigner assez clairement, comment que le
souphre fixe se sépare des métaux.

--------------------------------------------------------------

C H A P I T R E IV.

Comment on sépare le souphre fixe des corps des métaux. Expression du
tremblement de terre par le maniement de l'oeuvre des Philosophes.
Que le Mercure des Philosophes est la clef des corps tant solides
des Métaux.

§. 1. Renez de l'argent, du cuivre, de l'étain,
Comment on du fer, du plomb, qui soit limé bien fin, ou du
sépare le vif argent, une once: mettez le auprès du Menstrue des
souphre des Philosophes, autant que savez qu'il est besoin, faites passer
corps des le tout ensemble par la couleur Noire jusqu'à la Blanche,
métaux. & le menstrue susdit fera tellement altérer le métal, & le
changer de nature, qu'il laissera peu à peu suivre son souphre
fixe métallique au souphre métallique qui se fixe en même
temps dedans le menstrue, & qu'il le transformera par l'aide
du Dieu Mercure en sa propre nature, tellement que le métal
n'en pourra jamais être retiré en forme métallique.

C'est de cette façon que j'ai procédé avec la plus part de tous
les métaux en particulier, & aussi avec tous les métaux ensemble.

C'est par cette manière de procéder que toutes les opérations
chimiques se font suavement & doucement, sans aucune violence,
dans un même verre, que la solution se fait sans bruit,
que la coagulation se fait magno cum ingenio, c'est à dire,
avec
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 187
avec grand esprit, car en cas qu'on ne procédât pas fort prudemment
avec elle, & que le feu central de nôtre terre n'est
seulement qu'un tant soit peu ému plus qu'il ne faut par le §. 1.
feu extérieur, il arrive par places en nôtre terre un tel écoulement, Expression
tremblement, & un tel étonnement, qu'ils ne sont du tremble-
pas fort dissemblables aux mouvements qui se font au Macrocosme: ment de terre
mais j'ai appris avec perte, qu'il faut environner les par le manie-
métaux avec le Mercure des Philosophes, comme l'estomac ment de l'oeu-
des animaux fait des viandes, & de les y faire fondre comme vre des Philo-
il se fait de la glace dedans l'eau, sans que la solution sophes.
vienne aucunement à paraître visiblement.

C'est ainsi qu'il se peut faire une putréfaction, une fermentation
& une séparation du pure d'avec l'impure, & des particules
subtiles des grossières; & c'est par cette manière, &
non pas par aucune autre (que je sache) que le souphre
fixe ou la terrestréité peut être découvert & produit hors des
corps métalliques solides où il est très étroitement enfermé.
Car lors que vous dissolvez les métaux, avec de l'Eau forte,
avec de l'eau Royale, avec de l'esprit de sel, avec de l'esprit
de souphre, avec de l'esprit de vitriol ou par quelque autre
corrosif, les métaux ne laisseront suivre ni séparer d'eux aucun
souphre fixe, ni aucune terrestréité, mais on les pourra
toujours faire réduire en des métaux tels qu'ils ont été quand
on les y a mis.

P A R A C E L S E, (faisant mention de la destruction des métaux,)
dit.
Facilius est construere metalla quam destruere;

C'est à dire:
Il est plus facile de construire les métaux que de les détruire.

Car il est impossible de détruire les métaux & de les réduire à §. 3.
leurs principes, (à leurs Sel Souphre & Mercure) par aucune Que le Mercure
autre voie que par le Mercure des Philosophes, qui est l'unique des Philosophes
clef qui peut délivrer le souphre fixe (les corps métalliques est la clef des
au quels il est enfermé & enchaîné très étroitement; c'est corps tant so-
lui qui possède le Souphre, le Mercure & le Sel des Philosophes lide des mé-
en juste poids & mesure, mais non pas le Souphre, le taux.
Mercure & le Sel commun.

C'est lui qui rend véritable la devise des Philosophes qui dit:
B b b Natu-
@

188 E S C A L I E R Des S A G E S.
Natura naturà gaudet; Natura naturam vincit; Natura naturam
retinet.

C'est à dire:
La Nature se plaît à sa nature; La Nature survainque la Nature;
La Nature retient la nature; puisque le Sel, le Souphre & le
Mercure, qui sont dedans le menstrue des Philosophes, ont
le pouvoir de attaquer le Souphre le Sel & le Mercure qui sont
dedans les métaux, de se joindre amiablement & radicalement
avec eux, & ainsi se entre attirer & se embrasser ensemble
comme l'aimant fait le fer & le fer réciproquement l'aimant,
& de se unir & s'incorporer si bien les uns aux autres,
qu'à la fin ils se changent entièrement en une même matière
& qu'ils deviennent d'une même nature; tellement que s'il
arrive que le souphre fixe, qui est dedans le menstrue ou dedans
le Mercure des Philosophes, viennent en séparer, le
souphre ou la terre, qui a été dedans les métaux; & qui est
fixé par le Mercure des Philosophes, s'en sépare aussi; & qu'ils
ne soit plus à connaître, ni à distinguer, en couleur, ni en
propriété ni en qualité de l'un l'autre, que de l'eau de pluie
est à distinguer de l'eau de pluie.

C'est ainsi qu'avec le mariage la copulation & la consommation
du Souphre, du Mercure & du Sel, qui dont dedans le menstrue
des Philosophes, se font avec le Souphre le Sel & le Mercure
qui sont dedans les métaux, de sorte qu'à la fin il faut
(à mon avis) que par les conversions & transformations
itératives des Eléments, qu'il provienne de cette matière des
Philosophes, ce que Trismégiste promet avec tant d'assurance
dans la Table d'Emeraude, par ces paroles.

Portavit illud ventus in ventre suo. Nutrix ejus est terra.
Virtus ejus integra est si versa fuerit in terram.
Separabis terram ab igne, subtile à spisso suaviter & magno cum
ingenio.
Ascendit à terram coelum, iterumque descendit in terram, &
reccipit vim superiorum & inferiorum.
Sic habebis gloriam totius mundi.
Ideo à te fugiet omnis obscuritas.

Haec est totius fortitudinis fortituso fortis quia vincet omnem
rem subtilem omnemque solidam penetrabit.
Sic Mundus creatus est e. c.
LIVRE
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 189
L I V R E Q U A T Rième.
NOMBRE DE TROIS.
DES T R O I S P R I N C I P E S:
DU S O U P H R E, DU M E R C U R E
ET DU S E L.
ET DU S O U P H R E, DU M E R C U R E ET DU S E L
de la Matière de la
P I E R R E DES P H I L O S O P H E S.

C H A P I T R E I.

Du nombre de Trois. Que les opérations de la Nature dépendent de la Volonté
de Dieu. De la naissance du souphre, du Mercure, & du
sel.

F R A N C O I S.

pict On très cher ami, nous avons §. 1.
dit ci devant, que toutes les opérations des Du nombre
choses, des quelles il se faut admirer, descendent de Trois.
de l'unité par le nombre de Deux au
nombre de Trois, mais non pas plus tôt,
qu'elles ne viennent à se relever ensemble en
simplicité par le nombre de quatre.

Nous avons traité assez amplement, à ce qu'il me semble, des
trois nombres, savoir de l'unité, du nombre de Deux, &
du nombre de quatre, & nous avons aussi déduit les raisons,
pourquoi nous jugeons que le nombre de quatre doit être
préféré à celui de trois, & ce à cause que le grand Dieu a tenu
cet ordre lui même à la création & à la production du grand
Monde, comme j'ai appris de mon coté; & comme vous avez
démontré pareillement, qu'il faut que cet ordre soit observé
au cours de l'oeuvre des Philosophes: nous irons voir
à ct'heure comment que le nombre de trois, savoir comment
que les Trois Principes viennent à sortir du nombre de quatre,
à savoir des quatre Eléments en la suite de la création, &
de quelle façon que les êtres créés & à créer reçoivent d'iceux
leur commencement, leur croissance, leur perfection, leur
multiplication & leur déclin, & comment ils se réduisent à
B b b 2 leur
@

190 E S C A L I E R Des S A G E S.
leur premier être, & qu'ainsi le nombre de dix devient à être
parfait & entier.

§. 2. Vous savez que la volonté opérante dépend de la volonté de
Que les opé- nôtre grand Dieu, & que ça été dès le commencement, & que
rations de la c'est encore la volonté du très haut, que les Eléments d'en
Nature dépen- haut ont dû, & doivent encore opérer incessamment dedans
dent de la vo- les Eléments qui sont en bas, & que le Souphre est produit
lonté de Dieu. par l'opération que le Feu ou le soleil fait dans l'Air.
Que le Mercure s'engendre par l'opération que le Feu & l'Air
font dans l'Eau; & que le Sel provient par l'opération que le
Feu, l'Air & l'Eau font dans la Terre: tellement que ces
Trois Principes, le Souphre, le Mercure, & le Sel sont des
Etres moyens entre les Quatre Eléments & les mixtes, comme
des seconds Eléments, qui sont pro-générés de la Nature
par les opérations des Eléments supérieurs dedans les Eléments
inférieurs, pour se étendre par iceux & avec eux en trois
Royaumes ou Provinces si puissantes que tout ce qu'il est compréhensible
pour l'esprit de l'homme sur la terre, & tout ce
qui est composé de ces dits Principes, est compris & compté
sous la juridiction d'iceux.

Ces Trois Royaumes sont appelés: Le Règne des Végétaux.
Le Règne des Animaux & le Règne des Minéraux: Mais devant
que nous tâchions de entreprendre nôtre pèlerinage,
jusqu'à là, pour les visiter en particulier, il sera besoin que
nous traitions auparavant un peu plus particulièrement des
Trois Principes chacun à part, faisant nôtre commencement du
Souphre.
LE HUIT
+@
+@



pict

@

E S C A L I E R Des S A G E S. 191
L E H U I Tième D E G R E.
DU SOUPHRE.
ET DU S O U P H R E Des P H I L O S O P H E S.

C H A P I T R E I.

Le Souphre considéré de deux façons. De la matrice du Souphre. Du Soufre
des Météores. Du Souphre des Végétaux. Du Souphre des Animaux.
Du Souphre fusible & volatil des Animaux. Du Souphre
fixe des Animaux.

V R E D E R I C.

pict E Souphre n'est pas un des
moindres des Trois Principes, vu qu'il est
estimé des anciens Sages pour le principal des
Trois, comme étant la principale partie même
de la Pierre des Philosophes.
Le Souphre, (à mon avis) doit être §. 1.
considéré de deux manières; premièrement Le Souphre con-
comme mouvant & générant, & puis, comme étant pro- sidéré de deux
généré. façons.

Le souphre mouvant & pro-générant est la Lumière ou bien le
Soleil, le quel fait concevoir & produire en perfection toutes
sortes de Souphres, par le moyen des autres Eléments, dedans
leurs matrices, soit dans l'air, soit dans l'eau, dans la terre,
dedans les Végétaux Animaux & Minéraux; de sorte que le
souphre se trouve abondamment dedans les trois Royaumes,
vu qu'il est possible à l'art d'en faire provenir aussi bien du
Souphre spirituel que du corporel, de la même manière que
que la sage mère Nature le fait engendrer.

La matrice, dans laquelle le souphre générant du soleil vient
prendre sa demeure est fort différente & provient subtil ou §. 2.
grossier, spirituel ou corporel, à proportion des qualités De la matri-
qu'elle possède. ce du Souphre.

La matrice du Souphre le plus subtil est la circonférence la plus
proche à l'entour du soleil, où le souphre paraît le plus éclatant
comme une lueur sortante de la lumière, & comme un
air allumé, & éternel, dedans le quel les âmes & les esprits
C c c subtils
@

192 E S C A L I E R Des S A G E S.
subtils ont leurs résidences à proportion de leur subtilité &
de leur dignité.

§. 3. La matrice du Souphre des Météores, de l'éclair, & des autres
Du Souphre vapeurs qui conçoivent facilement le feu, est dedans l'air
des Météores. qui environne la Terre, le quel est subtil ou grossier à proportion
que l'Air est proche ou éloigné de la Terre.

§. 4. La matrice du Souphre des Végétaux, des Animaux & des Minéraux
Du Souphre est dessus & dedans l'Eau & la Terre, du quel il nous
des végétaux. sont livrées trois sortes par l'Anatomie d'iceux, vu qu'une
partie d'icelui est spirituelle & volatile, une partie corporelle
& volatile, & une partie fixe & résistante au feu.

Les particules spirituelles & volatiles du Souphre des Végétaux
consistent aux âmes & aux esprits d'iceux, comme il est à
voir & à connaître par l'examen de l'esprit de vin & des autres
végétaux.

Le Souphre corporel & volatile des végétaux consiste en leurs
graisses & huiles & en une matière qui est facile à fondre & à
brûler, qu'on appelle du Souphre commun.

Touchant le Souphre corporel fixe & incombustible: ce sont
les particules les quelles deviennent fixes par les opérations
des sels à l'occasion que les végétaux viennent à être putréfiés
& brûlés, le quel demeure au fond ou dedans le filtre quand
on en a dissout le Sel.

§. 5. Les Souphres spirituels que nous trouvons dedans les Animaux
Du Souphre sont les suivants.
des Animaux.
Les Souphres les plus spirituels & les plus volatils, qu'il y a dedans
les Animaux, ce sont les âmes d'iceux, les quelles sont les
moteurs & les opérateurs des animaux à proportion de la bonté
& de l'excellence qu'ils possèdent: & comme elles ont reçu
leur commencement, leur accroissement, & leur perfection
du moteur général, qui est le soleil, & comme l'âme
est gardée dedans le corps des animaux, & entretenu là comme
dans un réservoir; elle reprend aussi le lieu de son refuge
(quand elle vient à quitter la demeure qui est son corps) à la
lumière de la quelle elle à eue son origine: L'âme raisonnable
ble
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 193
de l'homme même est obligée d'approcher ou de s'éloigner
de la Lumière de la face de Dieu à proportion des grâces qu'elle
aura reçue de son créateur, & à proportion de ses comportements
en cette vie.

Le souphre fusible & volatile, que nous trouvons par la séparation §. 6.
anatomique chimique des corps des Animaux, est l'huile, Du Souphre fu-
la graisse, & les autres matières qui reçoivent facilement sible & vola-
le feu, comme il est à voir à l'opération de la Nature til des Ani-
même qui se fait par la putréfaction, ou par celle de la Nature maux.
aidée par l'art: comme sont la graisse, & le suif que la Nature
fait croître en plusieurs places aux corps des Animaux:
L'huile des cheveux, des ongles & des cornes d'iceux; comme
aussi le Souphre que nous tirons des parties principales des
corps de toutes sortes d'Animaux.

Le Souphre corporel fixe & incombustible qui se tire des corps §. 7.
des Animaux est celui, qui se découvre ou par le cours de Du Souphre fixe
la Nature, ou par l'art chimique. des Animaux.

Il se découvre naturellement, & comme de soi même, lors que
l'âme en est séparée (ce qu'on appelle vulgairement la mort
naturelle) & que une étrange fermentation est excitée dedans
l'humidité des corps des animaux leur vie encore durant, &
que ces humidités incitées par les Eléments supérieurs deviennent
à se putréfier & ainsi à être réduites en les mêmes Eléments
des quels les corps étaient composés: car c'est de cette
manière que le souphre vient à se fixer par la longue digestion
qui se fait pendant la séparation des Eléments des corps,
& que la matière terrestre devient à s'en séparer comme une
tête morte.

--------------------------------------------------------------

C H A P I T R E II.

Des Expériences pour faire provenir du Souphre fixe des corps des Animaux.
Du Souphre des Minéraux & des métaux. Que les minéraux
ont moins & les métaux plus de souphre fixe.
§. 1.
L E Souphre corporel & incombustible Des Expériences
des corps des Animaux vient à paraître de deux sortes de pour faire pro-
manières: & cet par l'Art chimique. venir du Sou-
C c c L'une
@

194 E S C A L I E R Des S A G E S.
phre fixe L'une se fait par une voie humide, & l'autre par la voie sèche:
des corps Celle qui se fait par la voie humide, se fait ou par la digestion
des animaux; avec de l'eau commune seule: ou avec de l'eau par l'addition
des sels: ou par des humidités acides & fortes.

Quand on digère long temps la plus grande partie des Animaux:
avec de l'eau commune, & particulièrement les parties les
plus solubles, il arrive que les humidités visqueuses & salées,
qui résident dedans la chair, dedans les nerfs, dedans les veines,
& autre part, viennent peu à peu à se dissoudre, & à se
unir avec l'eau, de sorte que cette eau ne devient seulement
de cette façon capable de rendre la chair, les nerfs & autres,
tendres, mais qu'elle devient ainsi aussi un menstrue qui est
propre de produire leur composition à une séparation, & de
fixer avec le temps leur souphre soluble & volatil en un souphre
fixe & incombustible.

Quand on vient à dissoudre du Sel dedans l'eau commune, &
qu'on digère les parties susdites des Animaux avec un tel menstrue,
comme nous venons de dire de l'eau commune, vous
verrez que cette séparation & fixation du Souphre se fera
beaucoup plus tôt, à cause que le menstrue est rendu plus
fort & plus puissant pour exécuter ce qu'on lui demande.

Et quand on se sert des esprits acides & corrosifs au lieu des dits
menstrues, vous trouverez que vous ferez autant d'effet avec
eux & que vous fixerez plus de Souphre soluble & volatil
des animaux en peu de jours que ne pourriez faire par les
susdits en plusieurs mois.

Si vous désirez pourtant de rendre tout le Souphre, qui est dedans
les corps des animaux, corporel, palpable & incombustible;
il faudra dissoudre l'animal tout entier dans un menstrue
qui est capable de cet effet, le digérer son temps avec
lui, en tirer alors peu à peu l'humidité, & cimenter le rémanent
tout doucement, jusques à que tout le Souphre de
l'animal soit devenu irréductible, & qu'après que vous en aurez
dissout le Sel, qu'il puisse résister au plus grand feu que
vous lui puissiez donner; & que même vous en puissiez faire
du verre par l'addition des sels fixes; voila la meilleure méthode
de fixer le Souphre volatil & de le rendre incombustible
par la voie sèche. Après
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 195
Après avoir tenu propos du Souphre des végétaux & des Animaux, §. 2.
nous parlerons à ct'heure du Souphre des Minéraux. Du Souphre des
Minéraux et
Les Minéraux & les métaux ont aussi bien du Souphre volatil des Métaux.
& fixe que les végétaux & les Animaux; quelques uns
ont moins de Souphre volatil & plus de fixe, & d'autres plus
de volatil & moins de fixe.

Les minéraux, qui sont sur le chemin de parvenir jusqu'à la
perfection des métaux, (non seulement à celle des moindres,
mais même des plus parfaits, comme à celle de l'argent
& de l'or) contiennent plus de souphre volatil que de souphre
fixe, mais les métaux ont plus de souphre fixe que de
volatil.

Les minéraux ni les métaux ne se laissent pas dissoudre par l'eau §. 3.
commune, pour ainsi faire paraître & rendre libre le souphre Que les Minéraux
qu'ils contiennent, (comme nous en avons fait mention en ont moins & les
discourant de la fixation du souphre des végétaux & des Animaux) les métaux plus
vu que l'eau commune n'a point d'ingrès dedans les de Souphre fixe.
minéraux, & encore moins dedans les métaux, ce pourquoi
leur souphre volatil ne peut être produit par l'eau à un être
meilleur, à un souphre fixe, ou à un meilleur minéral ou métal;
& encore qu'ils ont leur Sel aussi bien que les deux autres
Royaumes, & qu'ils ne peuvent être dissous sans le
moyen des sels, ces sels des minéraux & des métaux sont pourtant
d'une nature plus ferme & plus solide, à cause que les
souphres d'iceux, (qui font la partie principale des minéraux
& des métaux) les embrassent si fort, que les sels viennent
à être changé avec eux, que le sel vient aussi bien représenter
une des principales personnes au royaume minéral,
que ne sont le souphre & le Mercure, c'est pourquoi qu'il est
requis un potentat plus puissant que l'eau commune pour
assaillir ce royaume.
D d d CHAPI-
@

196 E S C A L I E R Des S A G E S.
C H A P I T R E III.
La clef de toute la Nature. Que le menstrue des Philosophes dissout tous
les métaux sans bruit, comme l'eau fait la glace. Que le menstrue des
Philosophes fait le souphre des minéraux & des métaux fixe & volatil.

Es Sels dissous peuvent faire quelque
peu davantage auprès des minéraux, mais fort peu de
chose auprès des métaux.

Les esprits des Sels ont bien plus de pouvoir, mais ne peuvent
à beaucoup près effectuer auprès les minéraux ce qu'ils peuvent
auprès les végétaux & les Animaux.

§. 1. Il faut ici la clef de toute la Nature pour ouvrir les cabinets
Le clef de fermés des minéraux & des métaux, & même de l'argent &
toute la Na- de l'or, & pour les refermer, & manier les trésors de ce royaume
ture. selon son bon plaisir, & pour en disposer d'une telle
manière, que le souphre volatil qui est dedans les minéraux
& dedans les métaux imparfaits vienne à être rendu fixe
& incombustible, & qu'au contraire le souphre fixe des métaux
parfais soit fait volatil, & puis après que ce souphre
fixe volatilisé soit re-fixé: selon la maxime de SENDIVOGIUS
& de plusieurs autres, qui disent:

Fac fixum volatile & volatile fixum.

§. 2. Vous savez, mon très cher, que nôtre menstrue ou Mercure
Que le mens- des Philosophes ouvre & referme indifféremment tous les
true des Phi- minéraux & tous les métaux, non pas avec violence, ni avec
losophes dis- du bruit, comme il arrive quand on dissout les minéraux
sout tous les ou les métaux par des eaux fortes, royales ou autres corrosives;
métaux sans mais qu'il les dissout suavement, peu à peu étant gouverné
bruit comme & conduit avec grand esprit, & qu'ils viennent à s'y
l'eau fait fondre comme fait la glace ou le sel dedans l'eau commune;
la glace. le sel & la glace étant d'une telle convénience avec l'eau,
qu'il se entre acceptent & se unissent ensemble sans aucune
contrariété: que nôtre eau des Philosophes est aussi d'une
même nature avec les minéraux & les métaux, s'unissant radicalement
& fort amiablement avec eux, sans qu'il se voit
la moindre marque de contrariété, sans qu'on puisse entendre
dre
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 197
le moindre bruit, les fondant & les dissolvant sans aucune
résistance; mais il faut que tout ceci se fasse avec grand
esprit, aussi bien au regard de la composition de l'aimant
qu'au respect du régime de l'eau mercurielle, pour y faire
baigner les métaux & les minéraux, pour les y faire laver & §. 3.
purger de leurs immondices, pour y faire fixer les souphres Que le mens-
volatils, & faire voler les fixes, & pour y faire fixer le vif true des Phi-
argent vulgaire même & de la même pesanteur qu'on l'y met; losophes fait
en sorte qu'il soit impossible de le réduire en vif argent courant, le Souphre des
par aucune voie que ce soit, mais qu'il demeure irréductible minéraux & des
comme une matière la plus incombustible du monde, métaux fixes
ce que vous savez aussi bien que moi, ce pourquoi nous & volatils.
cesserons de discourir davantage du souphre en ce lieu, n'en
réservant que le souphre de nôtre esprit pour faire étinceler
le propos du Mercure & pour voir quel entretien il suppéditera
à nôtre discours.
D d d 2 LE NEUF
+@
+@



pict

@
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 199
L E N E U Vième D E G R E.
DU MERCURE.
ET DU M E R C U R E DES P H I L O S O P H E S.

C H A P I T R E I.

Que le Mercure est le réceptacle du Souphre spirituel en général. Que le Mercure
est un moyen de joindre le Souphre avec le Sel. Du Mercure
spirituel. Du Mercure corporel. Dedans les végétaux. Dedans les
minéraux.

F R A N C O I S.

pict E Mercure ou l'esprit est celui
à qui appartient le rang après le Souphre entre
les trois Principes, qui ont leur origine
des Quatre Eléments, vu que le Mercure est
engendré & produit par l'opération du Souphre
spirituel, & ce par le moyen de la Lumière,
de l'Air & de l'Eau: & comme l'office
du mâle appartient au Souphre, ainsi appartient aussi l'office
de la femelle, au cours de la Nature, au Mercure.

Le Mercure doit être considéré de deux façons: Généralement §. 1.
& Spécialement. Que le Mercure
Considérant le Mercure généralement, on le doit juger d'être est le récepta-
un conceveur & un conservateur du souphre spirituel en général cle du Souphre
qui proflüe de la fontaine générale de la lumière, & spirituel en
qui vient à se reposer aux flancs de cet esprit pour l'imprégner général.
de toutes sortes de formes, & c'est de cette imprégnation ou
engrossissement, moyennant le Principe du Sel, que toutes
sortes d'individus, ou des composés différents proviennent

Et comme toutes sortes de souphres particuliers, des quels nous
avons fait mention ci devant au traité du souphre, ont leur
origine du souphre général, qui est la Lumière, tout ainsi
ont aussi toutes sortes de Mercures ou esprits leur profluences
de ce Mercure ou de cet esprit universel susdit, comme
d'un magasin inépuisable, & viennent à paraître dedans les
trois Royaumes des êtres composés, aussi bien que fait le
souphre.
E e e Le
@

200 E S C A L I E R Des S A G E S.
§. 2. Le Mercure est un Medium coujungendi Sulphur cum Sale,
Que le Mercu- c'est à dire un être moyen de conjoindre le Souphre avec le
re est un mo- Sel; & il est impossible de les unir dans la composition des
yen de join- choses créées, sans l'interposition du Mercure; comme il est
dre le Sou- impossible de joindre le Souphre au Mercure sans le moyen
phre avec le du Sel.
Sel.
Le Mercure est aussi bien que le souphre, spirituel & corporel.

§. 3. Le Mercure spirituel conçoit la vie de toutes les créatures par
Mercure l'activité de la Lumière dedans l'Air, & la conserve comme
spirituel. une nourrice fidèle pour la donner, pour en nourrir, & pour
en fomenter naturellement, & par une vertu aimantine, tout
ce qui est ordonné & prédestiné de la Sagesse infinie du grand
Dieu à recevoir la vie.

Le Mercure spirituel a sa résidence dans l'Elément de l'Air, par
le quel & avec le quel il vient descendre, (comme par des
degrés) du haut de la Lumière ou du soleil jusques à la circonférence
des Planètes & de leurs satellites, (ou gardes qui
les font éclipser) & des autres corps innombrables, connus
& inconnus, visibles & invisibles, vulgairement appelé des
étoiles, & même jusqu'à la circonférence de la Terre; il
y vient pénétrer l'air le plus grossier par sa forme spirituelle,
se mêler avec lui, comprimer l'Elément de l'Eau avec lui
à l'entour & dedans la Terre, & imprimer comme avec un
soufflement la vie aux Eléments d'en bas, qui sont comme à
demi morts & aspirants pour prendre l'haleine, devenir ainsi
peu à peu corporel avec lui & par lui, & mériter à la fin par
des degrés le titre de Mercure qui est volatil, qui est fixe,
qui est Hermaphrodite, igné, aérien, aqueux, Terrain, Végétal,
Animal, Minéral & Métallique.

§. 4. Le Mercure corporel à principalement le lieu de sa résidence de
Du Mercure dans l'humidité & se montre pour la plus part en forme humide
corporel. dedans les végétaux, dedans les Animaux & dedans les
Minéraux, mais plus humide aux Végétaux & aux Animaux
qu'aux Minéraux, encore que les minéraux ne peuvent être
produits sans un mercure humide comme nous dirons plus
amplement quand nous nous entretiendrons de la générations
des minéraux.
Le
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 201
Le Mercure corporel dedans les végétaux contient leur souphre
& leur Sel volatils, comme nous les découvrons fort
agréablement par l'anatomie chimique des plantes, dont la
séparation se peut faire aussi bien de leurs racines, que des
écorces, de la moelle, que du bois, des feuilles, des fleurs,
des fruits & des semences; & ce d'une manière, que le souphre
& le sel volatils se trouvent combinés ensemble en une
substance humide, & aussi le sel & le souphre fixe à part soi,
à savoir, que les huiles & les sels volatiles des végétaux soient
unis radicalement à leur humidité, & que leur sel fixe avec
le souphre fixe (ou la terre) en soient séparés.

Le Mercure corporel qui est dedans les Animaux contient bien §. 5.
aussi leur souphres & leur sels volatils, mais d'une tout autre Dedans les
manière, vu que leur souphres les plus subtils, qui sont
leur âmes, ne peuvent être arrêtés ni prises par aucune voie
imaginable quand on fait la séparation d'iceux d'avec leur
souphres & leur sels fixes, mais qu'elles retournent incontinent,
après cette séparation de leur corps, à la périphérie du
centre, du quel elles sont envoyées & descendues; au lieu
que les âmes des végétaux peuvent être arrêtées & rendues
corporelles, comme nous avons dit.

Nous finirons ici nôtre discourt des âmes des animaux, pour
en raisonner un autre fois plus à loisir, & considérerons en ce
lieu, comment que les souphres & les sels des animaux, qui
sont volatils & fixes peuvent être séparés & réunis avec le
Mercure.

Le Mercure corporel des animaux contient en soi l'âme des animaux §. 6.
quand ils sont encore en vie, les quelles ont leurs assiette Dedans les
principalement dans le Mercure du cerveau, & des Animaux.
nerfs, comme il paraît par les effets prompts de l'obéissance
des membres pour exécuter la volonté de l'âme.

Le Mercure comprend en soi les sens des animaux, comme l'Intellect,
la Volonté, la Mémoire, la Vue, l'Ouïe, l'Odorat,
le Goût, & le Sentiment.

Lors que les âmes des animaux sont séparées de leurs corps, le
Mercure de ces animaux contient alors en soi les sels & les
souphres de leurs corps concreus qui sont volatils, comme
E e e 3 le sou-
@

202 E S C A L I E R Des S A G E S.
le souphre & le sel volatil du cerveau, du coeur, du foie,
du poumon, des nerfs, du sang, de la lymphe, de la bile,
des cheveux, de la peau, des ongles, de la chair, des ossements,
de la graisse, de l'urine & des excréments; & le sel fixe avec
le souphre fixe s'en sépare comme une tête morte, soit par
une putréfaction naturelle; soit par l'art en aidant la Nature,
comme nous avons dit autre part, & comme nous nous étendrons
davantage, Dieu aidant, sur cette matière lors que
nous traiterons de la génération & de la corruption des Animaux.

--------------------------------------------------------------

C H A P I T R E II.

Du Mercure dedans les Minéraux & dans les métaux. Que la proportion du
Mercure est cause de la dureté & de la fusibilité des minéraux &
des Métaux. Que le Mercure est fixe & résistant au feu dedans l'argent
& dans l'Or. Que le vif argent vulgaire peut être fixé par le
Mercure des Philosophes si pesant comme on le met dedans. Que le
Mercure des Philosophes est la chose la plus admirable de tout le
monde.

§. 1. Ouchant le Mercure des Minéraux &
Du Mercure des Métaux.
dedans les Le Mercure qui est dedans les Minéraux & dedans les
minéraux & Métaux se trouve la plus part corporel, mais d'une fixité
dans les fort différente.
métaux.
§. 2. La présence du Mercure est la principale cause de la fusibilité
Que la pro- des Minéraux & des Métaux: & son absence cause la dureté
portion du d'iceux, comme il est à voir, entre les minéraux, à l'antimoine,
Mercure est aux marcassites, au zinc & autres: & entre les métaux,
la cause de au Saturne, au Jupiter & au Mercure vulgaire; es
la dureté & quels le Mercure est abondamment, y causant une fusibilité
de la fusi- fort grande, où on trouve au contraire par son absence une
bilité des très grande dureté à l'arsenic, à l'orpiment, à la pierre calaminaire,
minéraux & à l'aimant & autres; & entre les métaux principalement
des métaux. au fer.

Le Mercure des Minéraux & des Métaux est de fort différente nature,
car il est aux uns plus & aux autres moins volatil ou fixe.
Le
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 203
Le Mercure du cinabre ou du vermillon, celui de l'Antimoine
de l'Arsenic, de l'Orpiment, des marcassites & d'autres minéraux
est fort volatil: comme aussi celui des métaux & particulièrement
le Mercure du Plomb, de l'Etain, & du vif
argent: mais il est beaucoup plus fixe dans le Fer; dans le §. 3.
Cuivre, & dans l'Argent; & dans l'Or le plus résistant aux Que le Mercure
injures du feu de tous les métaux; mais vous savez que celui, est fixe & ré-
qui sait parfaitement bien préparer le Mercure vulgaire, sistant au feu
qu'il peut facilement rendre tous les Mercures des minéraux dedans l'argent
& des métaux incombustibles & d'une durée éternelle. & dans l'Or.

V R E D E R I C.

Il en est ainsi comme vous dites: les Mercures des minéraux & §. 4.
des métaux ne peuvent pas seulement être convertis de la sorte, Que le vif ar-
mais aussi le Mercure vulgaire, qui est bien naturellement gent vulgaire
courant & volatil, mais il peut être privé par nôtre art de peut être fixé
sa nature coulante & volante, & rendu au contraire fixe, par le Mercure
incombustible & tout à fait résistant aux injures des Eléments. des Philosophes
si pesant qu'on
l'y met.
Le Mercure est le sujet le plus admirable de toute la Nature §. 5.
corporelle, puisque étant vif il se laisse tuer: étant volatil Que le Mercure
il se laisse fixer: étant opaque il se laisse préparer, qu'il est des Philoso-
transparent comme un cristal, & qu'il revient obscur comme phes est le
une terre: qu'il devient soluble comme un sel, & puis sujet le plus
indissoluble comme une cendre d'os: il se laisse noircir, & admirable de
puis se reblanchir, & accepte même toutes les couleurs de tout le Monde.
tout le monde: il est parfois le plus grand venin, & quelque
fois la plus grande médecine: il est quelquefois le mari, &
puis la femme, & parfois le mari & la femme tous deux ensemble:
il est corps, & puis esprit: il est visible, & puis invisible:
il est parfois en forme de fumée, & puis du feu, &
quelquefois de la fumée & du feu tout ensemble: parfois il
est du feu: parfois de l'air: parfois de l'eau parfois de la
Terre: et quand il est produit à sa plus haute perfection, il
est alors du feu, de l'air, de l'eau et de la terre tout ensemble,
et joints selon le juste poids de la Nature, fixe, fusible,
& pénétrable dans tous les composés des trois Royaumes, des
Végétaux, des Animaux des Minéraux, & les amendant,
comme telles & quantité d'autres qualités extraordinaires sont
F f f don-
@

204 E S C A L I E R Des S A G E S.
données par les Philosophes au Mercure des Philosophes,
comme nous avons dit assez amplement autrefois, & entre
autres quand nous avons tenu propos du Menstrue des Philosophes.

Je finirai ici le discours du Mercure en disant avec le Philosophe:

Est in Mercurio quiequid quaeruat sapientes.

C'est à dire:
Tout ce que les Sages cherchent est à trouver dans le Mercure.

Et qu'aucun composé ne peut être parfait au Royaume des
Végétaux, ni des Animaux, ni des Minéraux, sans le
Mercure.
LE DIX-
+@
+@



pict

@

E S C A L I E R Des S A G E S. 205
L E D I Xième D E G R E.
DU SEL
ET DU S E L DES P H I L O S O P H E S.

C H A P I T R E I.

Que le Sel est la clef du Palais Royal. Qu'il y a plusieurs sortes de sels.
Que le Sel commun est le premier Sel de la Nature & que d'icelui tous
les autres sels proviennent. Comme le Salpêtre. Le Vitriol. L'Alun.
Le Tartre. Le Sucre. Les Sels qui sont dedans les Végétaux
Animaux & Minéraux.

F R A N C O I S.

pict E Sel est la Clef la quelle représente §. 1.
la troisième personne entre les seconds Que le Sel est
Eléments, ou bien entre les trois la clef du Pa-
Principes, & il est celui qui donne une entrée lais Royal.
libre au Palais Royal qui est pourvue
de toutes sortes de choses précieuses.

Le Sel, encore qu'il a son premier origine de la teinture universelle
de la Lumière ou du soleil, aussi bien que les deux
autres principes, il provient pourtant en être par la compression
de l'Air & de l'Eau: il vient descendre dans l'Air en forme
spirituelle, & se rendre corporel dedans l'Eau, la quelle
transporte & imbibe le sel dans la terre spongieuse comme un
conducteur ou porteur fidèle, afin que les trois chefs d'oeuvre
de la nature de Dieu, les Végétaux, les Animaux & les
Minéraux puissent parvenir par son moyen jusques à leur perfection
prédestinée.

Nous entendons par le mot Sel, (étant généralement pris) toutes §. 2.
sortes de sels qui sont solubles, & qui donnent quelque Qu'il y a
goût sur la langue, du quel l'intellect donne par après son plusieurs
jugement, savoir, s'il est salé, ou sur, ou doux, ou amer; sortes de Sels.
ou de quel goût il est, salé, sur, doux, amer, ou composé
d'iceux.

Sous le mot de sel salé est compris le sel que l'on tire de l'eau de
mer, soit par le moyen de la chaleur du soleil, soit qu'il se
coagule par l'évaporation de l'humidité superflue, qui se fait
F f f 2 dessus
@

206 E S C A L I E R Des S A G E S.
dessus le feu, & qu'il soit purifié par des solutions & des coagulations
itératives d'une telle manière qu'il devienne propre
& utile pour en saler les viandes, les poissons & d'autres
animaux & végétaux qui servent de nourriture pour les hommes,
dont l'usage est presque connu à tous les hommes de
la terre.

Ce sel ici se trouve peu ou beaucoup dans l'eau de mer à proportion
que le soleil darde les rayons de sa lumière fort ou
faiblement dedans la mer comme nous avons dit autre fois.

Le sel de montagne est aussi compté entre les sels salés, puisqu'il est
du même naturel d'icelui; ce sel se tire par des gros morceaux
comme des pierres hors des montagnes, le quel on fait
piler menu, & purifier par l'eau commune de sa matière graveleuse
& terrestre pour la laisser coaguler en sel clair &
blanc.

Ce même sel se trouve aussi en plusieurs places, comme es lacs,
es rivières, dans des eaux souterraines, dans des puits & dans
des fontaines, & se laisse purifier de la même manière que
nous venons de dire pour le rendre utile à l'usage.

Il y a aussi quantité de végétaux qui croissent dedans & au bord
de la mer qui contiennent beaucoup de ce susdit sel.

§. 3. Ce même sel est le premier duquel la Nature a imprégné l'Elément
Que le sel de l'Eau & qu'elle a rendue corporel dedans l'eau, &
commun est c'est de ce sel que tous les autres sels ont leur origine & leur
le premier source comme le Salpêtre, le sucre, le vitriol, le tartre, &
sel de la na- les autres sels composés, comme le sel armoniac, le borax,
ture, & que l'alun, le sel d'urine, le sel alcali ou le sel fixe, & les sels qui
d'icelui tous se trouvent dedans les végétaux, dedans les animaux & dedans
les autres les minéraux; & comme un Carré se laisse former premier
sels provien- entre les figures Géométrique, Régulières que l'Hexagone,
nent. & que l'Hexagone soit successivement le Carré &
puis après les autres: tout de même est ce que tous les autres
sels suivent la signature du sel commun, qui est cubique, &
qu'ils ont leur commencement & leur source du sel commun,
& premièrement le Salpêtre.
§. 1.
Comme le Le Salpêtre se fait du sel de mer naturellement de cette manière.
Salpêtre. Dissol-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 207
Dissolvez du sel de mer avec de l'eau commune, imbibez en
des briques ou des tuiles nouvellement tirées du fourneau,
formez en un monceau, ou bien maçonnez en une muraille,
qui soit à couvert, & vous verrez qu'avec le temps il en sortira
un sel, en façon d'un frimas, qui sera un sel tout à fait pareil
à celui du Salpêtre à toute épreuve; par où il est à juger
que l'humidité en étant exhalée, le sel qui est resté dedans
les briques s'est changé en Salpêtre par les influences & par
les opérations des Eléments supérieurs.

Le sel de mer se change d'un autre manière en Salpêtre de la
manière suivante.

Prenez de la chaux vive faite de pierres ou d'écailles, faites
la éteindre dedans de l'eau de mer, ou dedans de l'eau ou
vous avez dissous du sel commun dedans, servez vous de cette
chaux pour maçonner des murailles; ou de quelle façon
qu'il vous plaira, & vous trouverez qu'avec le temps il en
sortira comme un frimas de sel, qui ne sera rien autre chose
que du Salpêtre: ce qui est assez connu à ceux qui sont assez
malheureux qui se sont servi de la chaux qui a été éteinte par
de l'eau salée ou qui se servent du sable de mer, qui n'a pas
été dulcifié par la pluie ou par l'eau commune, comme l'expérience
l'apprend aux Pays bas & ailleurs, qui ne sont pas
éloignés de la mer.

Le sel de mer est encore changé d'une autre sorte en Salpêtre
& ce en peu d'heures de temps.

Dissolvez du sel de mer avec de l'eau commune, versez la solution
dedans une cornue, ajoutez y la portion due d'un
esprit de nitre, tirez en toute l'humidité par la distillation,
& le rémanent qui restera dedans la cornue sera tout chargé
en Salpêtre, & fera toutes les mêmes opérations que le Salpêtre,
duquel l'esprit à été tiré, aurait pu faire; par ou
on peut voir clairement assez que le Salpêtre a son origine du
sel commun de mer, comme je vous en pourrais bien donner
encore une quantité de démonstrations autres que les susdites,
les quelles prendraient trop de temps pour en faire le
détail en ce lieu.

Ce n'est pas seulement le Salpêtre qui à son origine du sel commun,
G g g mun
@

208 E S C A L I E R Des S A G E S.
§. 5. mais le vitriol en a aussi sa source, le quel ayant plusieurs
Le vitriol. espèces différentes, n'est autre chose qu'un minéral
ou un métal qui est dissous par une eau ou par un esprit de sel
comme il est évident par sa signature; car le vitriol étant dissout
avec de l'eau commune & puis évaporé jusques une cuticule,
il se forment des corpuscules carrés en forme de pyramides
la pointe en bas, qui se précipitent au fonds du vase,
quand on poursuit l'exhalaison de l'humidité de la solution
du vitriol; un signe très évident que la signature du vitriol
vient à descendre de la figure du Carré, & du corps
cubique, qui est la vraie signature du sel de mer purifié, &
que le vitriol r'acceptera sans doute la signature cubique après
qu'il sera déchargé de sa vertu minérale.

L'expérience nous enseigne que le vitriol à sa source du sel commun
de mer, vu que le sel commun étant dissous avec de
l'eau commune, dissout peu à peu le cuivre, le fer ou autre
métal ou minéral calciné ou mis en poudre, quand on les digère
quelque temps avec cette solution; & lors que la solution
est faite, & l'humidité évaporée, il se coagule un sel,
qui n'est rien autre chose qu'un vitriol d'une telle nature qu'a
été le minéral ou le métal que le sel aura dissous.

Le vitriol se fait encore plus aisément par le moyen des esprits
acides & corrosifs, que par la solution des sels comme nous
dirons à son lieu.

§. 6. L'alun peut aussi être dit, à bon droit, avoir son origine du sel
D'Alun. commun, & y pourra être conté aussi entre les espèces de vitriol,
vu qu'il est aussi doué d'une qualité astringente minérale.

§. 7. Le tartre a de même sa source du sel commun, à cause qu'il est
Le Tartre. provenu d'une eau nitreuse qui a séparé le tartre du suc de la
vigne, premièrement par la circulation qu'il a fait dans la
Vigne même, & puis après par la fermentation qui se fait dedans
le vin, vu que le Salpêtre a été premier du sel commun,
qui a été changé par la rotation des Eléments supérieurs
en la nature du Salpêtre, qui est un sel qui est agréable
aux végétaux & qui les fait augmenter en qualité & en
quantité.
§. 8.
Le Sucre. Le sucre, le miel & tous les autres sels doux ont aussi leur commencement
mence-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 209
généralement du sel de mer, vu que l'acrimonie
d'icelui se change premièrement, par la circulation de
l'eau de pluie, & de la rosée (qui sont imprégnées de la
teinture universelle du soleil) en Salpêtre, & que cette humidité
nitreuse se transforme puis après, par la circulation
qu'elle fait avec le suc des cannes de sucre & d'autres végétaux,
par des degrés, jusques à un telle matière douce la
quelle se laisse purifier par l'art, & coaguler en sucre parfait.

Pareillement faut il entendre que tous les sels, qui se trouvent §. 9.
dedans les végétaux, dedans les animaux & dedans les minéraux Les sels qui
ont leur origine du sel commun de la mer, le quel (comme sont dedans les
nous avons dit) vient à se métamorphoser, (par des degrés Végétaux Ani-
de circulations que la Nature fait toujours de l'humidité maux & Miné-
en Salpêtre & en vitriol, les quels viennent à se changer avec raux.
le temps, par la motion & par la fermentation continuelle
qui se fait avec l'humidité qui est dedans les végétaux, animaux
& minéraux, en un sel, qui est d'une telle qualité &
d'un tel goût, que leur en a doué le créateur, & que la Nature
leur à confiée pour exécuter la sainte volonté de Dieu.

Les sels doivent être considérés de deux façons: l'une comme
étant aigres ou corrosifs, d'autre comme alcali, qui sont
aussi volatils & fixes.

Les sels susdits, le sel commun, le Salpêtre, le vitriol & l'alun
sont tous des sels acres & corrosifs, à cause que l'on en tire
des grands corrosifs, car du sel commun on tire un esprit de
sel qui est fort acide ou acre: du Salpêtre on tire un esprit
fort corrosif vulgairement appelé de l'Eau forte: & du vitriol
& de l'alun on distille une eau fort corrosive communément
appelée de l'huile de vitriol.

--------------------------------------------------------------

C H A P I T R E II.

Que tous les acides ou corrosifs peuvent être changés en des alcali par le souphre.
Expérience que les Acides dissolvent le souphre. Dissolution
du souphre noire par un corrosif. Des autres expériences.

D U tartre il se tire aussi un esprit acide très
subtil, mais son sel se change par cette opération en un sel
G g g 2 tout
@

210 E S C A L I E R Des S A G E S.
tout à fait contraire à son esprit à cause que d'un sel acide il
devient un sel alcali ou fixe, vu que le Souphre végétal,
qui est dedans le tartre, vient à tuer son acrimonie, & que
le souphre devient à être fixé.

§. 1. Il est à remarquer ici en passant, que tous les acides ou corrosifs
Que tous les peuvent être changés en des alcali, & que tous les alcalis
acides peu- peuvent être changés en acides par le moyen du Souphre; &
vent être que tous les alcalis peuvent être rechangés en acides par le moyen
changés en des acides, comme nous montrerons ici en suite.
des alcali par
le souphre. V R E D E R I C.

Je soutiens bien la même chose avec vous, mais vous savez pourtant
que le sentiment des naturalistes vulgaires à été ordinairement
tel, que les alcalis ou les sels fixes ne se trouvaient
nulle part que dedans les cendres des végétaux brûlés, les
quels s'en tirent par de l'eau commune pour en obtenir les
sels fixes après l'évaporation de l'humidité: Mais l'expérience
nous a apprise au de là de cette soutenue, que les sels fixes
se font par les acides & des acides même, & que les acides
peuvent être préparés, qu'ils sont capables de dissoudre le
souphre plus facilement, & en bien plus grande quantité que
ne peuvent faire les sels alcalis, & que les alcalis ne sont préparés
par d'autre voie que par le moyen des acides & du souphre,
comme je vous ferai comprendre très parfaitement
par l'expérience suivante.

§. 2. Prenez du souphre vulgaire en poudre fine, ou des fleurs de
Expérience souphre tt. r. mêlez ce souphre avec un sel, qui est fait &
que les aci- composé d'un esprit de vitriol très subtil & du sel commun
des dissol- dissous avec de l'eau de pluie, dont vous aurez tiré l'humidité
vent le par la cornue, pilez le sel qui demeure au fonds de vôtre
Souphre. verre dans un mortier de verre, ou bien broyez le sur une
pierre de porphyre avec le souphre susdit, en sorte & si bien
que vous ne puissiez distinguer le souphre d'avec le sel, mais
que la matière paraisse d'une seule couleur: mettez de cette
matière dans un bon creuset autant qu'il soit environ à demi
plein, mettez le dans un fourneau à fondre, couvrez vôtre
creuset d'un couvercle de terre, donnez peu à peu du feu, faites
fondre vôtre matière, & prenez garde qu'elle n'ébullisse,
se,
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 211
laissez la fondre son temps, puis versez en la matière dans
un bassin de cuivre échauffé, & laissez refroidir le creuset, &
vous verrez qu'il sera au fond couvert d'une matière brune
comme du verre: mettez la matière, que vous avez versé
dedans le bassin de cuivre, dans un mortier de cuivre chauffé,
pillez la menue & la mettez dans un verre, versez de l'eau de
pluie dessus afin qu'elle en puisse dissoudre le sel sur un bain
de sable, filtrez en la solution, & vôtre solution ne passera
pas au travers du papier d'une couleur d'eau commune, comme
était la solution de vôtre sel devant la conjonction avec le
souphre; elle ne sera non plus d'une couleur rouge, telle
qu'est la couleur du souphre dissous par une lessive de sel §. 3.
fixe, mais elle sera noire comme de l'encre à écrire selon l'aspect Dissolution du
extérieur; vous trouverez dans vôtre papier une matière souphre
noire comme du charbon pulvérisé, la quelle vous dulcifierez noir par un
tant que l'eau passe comme l'avez versé dessus, & sans corrosif.
goût, & vous verrez alors que cette matière sera en toutes
choses pareille à une poudre de charbons de bois, aussi bien
au regard de la couleur qu'au respect de toutes ses autres qualités,
& elle n'est aussi en effet rien autre chose qu'une poudre
de charbons mêlée de quelques cendres, vu que la matière
du charbon de bois n'est aussi rien autre chose qu'une
matière composée d'un souphre volatil commun mêlé d'un
peu de souphre fixe vulgairement appelé des cendres ou de
la terre, sans être séparés de l'un l'autre, & l'humidité noire
qui est passée au travers le papier n'est autre chose qu'une lessive
comme une huile de tartre, qui est imprégnée de souphre
que ce sel corrosif a dissous dans la fonte par le feu.

Pour vérifier encore davantage ce que nous venons de dire, vous
pourrez plus particulièrement prendre garde à ces quatre
choses.

Premièrement: A la matière qui demeure dedans le creuset.

Secondement: A la matière qui est versée hors du creuset.

Tiercement: A la matière qui est passée au travers le papier.

Et en Quatrième lieu: A la matière qui est restée dedans le
papier.

Touchant la Première; savoir la matière qui est restée dedans le
creuset, & qu'elle est une matière comme un verre rougeâtre
H h h être;
@

212 E S C A L I E R Des S A G E S.
il paraît par là que les esprits acides, qui ont été concentré
dedans nôtre sel susmentionné, n'ont pas attaqué seulement
le souphre commun, qu'ils l'ont dissous en ayant été
fondu avec lui, qu'ils n'ont pas agi seulement sur le souphre,
mais que le souphre a aussi agi de même sur les esprits acides,
& que le souphre a eu tant de pouvoir sur les acidités qu'il
leur à fallu s'arrêter auprès le souphre; & que les esprits acides
ont autant triomphé du souphre qu'il lui a fallu se laisser
fixer par ces esprits dedans ce combat; de sorte qu'il s'est fait
une matière fixe & incombustible de ces deux volatiles, qui
étaient le souphre & l'acidité concentrée.

Pour ce qui est du Deuxième point: à savoir la réflexion qu'on
doit prendre à la matière quand elle est versée hors du creuset:
il est à remarquer que cette matière attire l'air humide à
soi avec avidité, (quand elle est refroidie) plus qu'aucun
Sel de tartre ou aucun sel alcali ne peut faire, & que la matière
est noire de couleur, brûlante sur la langue, d'un odeur
& d'un goût comme un oeuf pourri, ou comme une lessive
de la poudre à canon.

Touchant la Troisième: Il est à observer que la matière qui est
passée au travers du papier est premièrement noire de couleur,
& puis secondement d'un goût comme est le souphre
dissous par un alcali;

Pour ce qui est de la couleur, en cas que cette solution avait été
blanche quand elle est passée au travers du papier, le souphre
n'aurait assurément été attaqué du sel, mais puisqu'elle a
été noire de rougeur comme de la poix, c'est un signe très
assuré & infaillible que l'acide a donné un coup mortel au
souphre, & qu'il a englouti son sang pour exalter son corps
à un être vitrifié & incombustible.

Pour ce qui regarde son goût: il est tel que nous avons déjà dit;
à savoir brûlant sur la langue, & quasi en tout semblable aux
solutions qui se font par les sels alcalis ou fixes qui sont connues.

Touchant la Quatrième réflection: Il est à remarquer que la
matière qui est demeurée dedans le papier, n'est autre chose
qu'une matière comme celle de la composition du charbon,
laquelle-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 213
laquelle étant anatomisée n'est rien que du souphre commun
volatil mêlé d'un peu de cendres ou souphre fixe ou terre,
la quelle est fixée par l'acidité durant la fusion & la dissolution
du souphre avec le sel corrosif, cependant le peu de
temps qu'ils ont soufferts ensemble au feu, car toute la matière
du souphre n'a pas pu être fixé en si peu de temps par
le sel, ce qui aurait été fait en cas que la conjonction de ce
souphre avec ce sel corrosif avait durée & continuée long
temps dedans le feu.

La façon de préparer le sel fixe des cendres de bois vous pourra §. 4.
servir d'un autre expérience. Des autres
expériences.
Le sel de tartre d'un autre.

Le sel Nitre qui est le sel fixe du Salpêtre & la manière de le
préparer vous pourra servir d'une autre expérience.

Et vous pourrez encore prendre une autre expérience à la façon
de préparer la liqueur des cailloux, & d'autres, des quels
nous parlerons (Dieu aidant) plus particulièrement, quand
nous instituerons nôtre propos de la génération & de la corruption
des Végétaux, des Animaux & des Minéraux; qu'il
suffise ici que nous avons palpablement démontré, que le
souphre & le sel commun de mer viennent à causer les sels alcalis
ou fixes, & les souphres fixes, vulgairement appelé
terre ou cendre, nonobstant que le souphre commun & le sel
de mer soient tout deux volatils & corrosifs.

F R A N C O I S.

Vous l'avez démontré clair comme le jour, & ces expériences
ne serviront pas mal contre ceux, qui soutiennent que la Terre
a été de toute éternité comme nous entreprendrons de réfuter
plus au long en son lieu: ceux qui ne peuvent ou ne
veulent pas croire ce que nous venons de dire, ils se pourront
donner la peine d'en prendre les épreuves comme nous
avons fait, & comme nous les pouvons encore démontrer à
tout moment: mais avançons nôtre propos, & examinons
un peu si vous plaît de quelle façon que les sels doivent être
considérés les volatils aussi bien que les sels fixes.
H h h CHAPI-
@

214 E S C A L I E R Des S A G E S.
C H A P I T R E III.
Que les sels sont naturellement volatils. Et qu'ils deviennent fixes par accident.
Que les sels sont tout à fait fixes dans l'or & l'argent. Qu'on
peut faire une belle comparaison de l'Oeuvre des Philosophes à la création
du Monde. Et aussi au grand mystère de Jésus Christ.

V R E D E R I C.

E vous le dirai: Les sels sont volatils ou
fixes à proportion qu'ils sont rendu volatils ou fixes, soit
par la Nature soit par l'art.
§. 1.
Que les Sels Tous les Sels sont naturellement volatils, vu qu'étant purifiés
sont naturel- de leur limon ou de leur terrestréité, ils peuvent être transformés
lement vo- & changés en esprits, comme il paraît aux distillations
latils. de l'esprit de sel, de l'esprit de vitriol, de l'esprit de
nitre, de l'esprit de tartre, de l'esprit d'urine & des autres
sels, des quels nous ne donnerons pas la description en ce
lieu, vu que Beguinus & d'autres en ont écrit assez bien.

§. 2.
Et qu'ils Les sels & les esprits d'iceux deviennent à se fixer à proportion,
deviennent qu'ils viennent à rencontrer les souphres des Végétaux, des
fixes par Animaux & des Minéraux, soit par les opérations naturelles,
accident. soit par celles de l'art, & à proportion que les solutions
& les coagulations se font souvent ou peu souvent dedans
les corps composés, à proportion que les sels ou les esprits
d'iceux viennent à être liés, enchaînés, & fixés auprès d'eux;
auprès de quelques uns pour une partie comme auprès les
Végétaux, les Animaux & Minéraux, & auprès des autres
§. 3. tout entièrement, comme il arrive après les métaux, &
Que les Sels principalement auprès l'argent & l'or, où les sels ou leurs
sont tout à esprits sont emprisonnés & enchaînés pour jamais, ou jusques
fait fixes au temps que ce sera la volonté du Seigneur de les re-délivrer
auprès de de leur prisons au jour du jugement, & de les métamorphoser
l'or & de avec leur frères le Souphre & le Mercure en des êtres
l'argent. glorieux & spirituels.

F R A N C O I S.

§. 4. Vous prononcez là quelques paroles qui font descendre mon
Qu'on peut âme en des pensées bien profondes, & qui me font rêver,
faire une comment on ne pourrait pas faire seulement une fort belle
belle comparaison de nôtre oeuvre des Philosophes à la création du
grand
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 215
grand Monde, mais aussi même à l'accroissement d'icelui, à comparaison
son entretien, à sa fin (communément cru & appelé anéantissement) de l'oeuvre
& à sa ressuscitation ou glorification: &, que des Philosophes
plus est, qu'il s'en pourrait faire une fort belle comparaison à la création
au commencement, à l'accroissement, à la déclinaison, & à du monde.
la ressuscitation ou transformation des Microcosmes à des
êtres meilleurs & glorieux.

V R E D E R I C.

On ne pourrait pas seulement faire les comparaisons que vous
dites, mais on pourrait même approcher assez plausiblement,
par le traitement de l'oeuvre des Philosophes, à la comparaison
d'icelui avec le mystère supernaturel de l'histoire de
nôtre Seigneur & Sauveur Jésus Christ, à sa conception & nativité
d'une vierge, à sa passion, à sa crucifixion, à sa mort, à sa
résurrection de la mort, & à sa glorification ou ascension au ciel.

F R A N C O I S.

Vous en avez déjà fait mention au commencement de ce Traité
quand vous avez tenu propos de ces trois paroles Deus
Jésus & Maria.

V R E D E R I C.

Il est bien vrai qu'il vous plaît de dire, j'ai eu pour alors
mes pensées sur la Signature des lettres des ces trois mots, &
cette spéculation n'a été fondée que sur des démonstrations
Géométriques d'un point & des lignes; mais ce que je vous
dirai à ct'heure sera rapporté par des démonstrations Stéréométriques
& par des corps palpables.

Nous avons traité ci devant assez amplement de la Création du
Macrocosme, encore que nous en aurions bien pu avoir dit
davantage qui n'aurait peut être pas été désagréable au
lecteur.

Nous dirons aussi (Dieu aidant) à peu près ce qu'il faut au
Traité des composés, ce que c'est des commencements, de
l'accroissement, de l'anéantissement & de l'exaltation ou
glorification des Microcosmes ou des mixtes, mais nous tâcherons
de finir ce Traité par une comparaison que nous ferons
de ce grand oeuvre des Philosophes à l'histoire sanctifiante
I i i ante
@

216 E S C A L I E R Des S A G E S.
de nôtre sauveur, & de fermer aussi le nombre de dix
& la porte de la Première partie de l'ESCALIER DES SAGES
par la clef du Sel.

--------------------------------------------------------------

C H A P I T R E IV.
Que les Prophètes ont pu prédire l'histoire de Jésus Christ par la connaissance
de l'Oeuvre des Philosophes. La conception. La Passion. Le
crucifiement. La mort. La Résurrection & l'Ascension.

F R A N C O I S.

§. 1. Es Prophètes & d'autres élus de Dieu,
Que les Pro- n'auraient ils pas bien pu savoir & prédire les grands mystères
phètes ont pu de l'histoire de nôtre Seigneur par la connaissance
prédire l'his- qu'ils ont eu du mystère de l'oeuvre des Philosophes?
toire de Jésus
Christ par la V R E D E R I C.
connaissance
de l'oeuvre Assurément l'ont ils pu savoir pour une grande partie: car,
des Philoso- outre les influences qu'ils en ont eu du Saint Esprit, ils ont
sophes. pu connaître par ce mystère sa conception par une vierge
pure, sa passion, sa crucifixion, sa mort, sa résurrection
& sa glorification, comme je vous enseignerai ici par
ordre.

Touchant sa conception:
§. 4. Vous savez que les Prophètes & tous ceux qui ont possédé le secret
La concep- des anciens sages ont pu connaître & comprendre la
tion. conception par la connaissance de ce grand mystère, vu
qu'ils ont vu que l'imprégnation de leur pure vierge, qui est
la matière immaculée des Philosophes, attirait les rayons
spirituels & invisibles du soleil d'une plus grande avidité qu'aucune
personne du monde du sexe féminin pouvait être désireuse
de concevoir la semence virile: & devant que cette conception
se pouvait faire commodément, ils ont aussi bien su
qu'il fallait que leur aimant fut purifié auparavant au plus
haut degré, & qu'elle était inhabile de concevoir & de produire
le fruit parfait des Philosophes en cas qu'elle ne fut très
bien lavée de toute impureté & saleté noire, & que cette
matière ne fut exaltée & sublimée à une matière luisante &
blanche.
Com-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 217
Comme il en va avec la conception ou l'imprégnation de l'enfant
pur des Philosophes, il en a été de même avec la conception
du fils de Dieu dedans la matrice de la Sainte vierge
Marie; car comme la matrice de la Pierre des anciens Sages
est purifiée de ses impuretés noires, devant qu'elle a pu être
propre & capable d'attirer & de concevoir la semence astrale
& spirituelle du soleil: ainsi la Sainte vierge s'est elle rendue
auparavant propre & digne par son humilité, par sa contrition,
par une purification de ses péchés, & par ses prières
ardentes à son créateur, pour entendre cette annonciation
de l'ange, qu'elle attirerait, par une vertu aimantine, du
Saint Esprit la semence spirituelle de Dieu le Père, & qu'elle
la concevrait comme il en est écrit.

Spiritus Domini superveniet in te & virtus altissimi adumbratit
tibi.

C'est à dire:
Le St. Esprit surviendra en vous, & la vertu du Très haut vous
couvrira de son ombre.

Or les possesseurs du grand secret des Philosophes ont bien su
aussi, que la semence Philosophale qui est tirée de la teinture
générale du soleil par le moyen de l'air, doit demeurer
& rester son temps dans sa matrice, pour se pouvoir incorporer
peu à peu avec la nature minérale & métallique, & ils
ont bien pu juger par là comment il a fallu que la semence
divine spirituelle devrait demeurer dedans la matrice de la
vierge, afin que la nature divine put être unie & comme
entée à l'humaine; & qu'ainsi la nature humaine jointe à la
divine put être produite, au temps de la nativité, en forme
d'un enfant humain.

F R A N C O I S.

Mais cette conception susdite de la semence spirituelle du soleil
& la conception spirituelle de la semence de Dieu, n'auraient
elles pas pu arriver d'une manière plus facile & plus
naturelle, vu que tous les autres composés aussi bien que les
métaux ont leur origine du soleil? & puisque tous les hommes
sont créés de Dieu; pourquoi ne pourrait aussi bien naturellement
l'enfant Philosophal être produit par les métaux
I i i 2 com-
@

218 E S C A L I E R Des S A G E S.
comme le sont les métaux? & le sauveur aussi bien du genre
humain que les hommes?

V R E D E R I C.

Je vous donnerai des raisons là dessus qui sont bien solides;

Premièrement: pour ce qui regarde la Teinture des Philosophes.
Savoir.

Que la Teinture des Philosophes pourrait être produite des
métaux par l'opération de la Nature seule.

Je vous réponds: que nôtre grand Dieu a donné des telles bornes
à la Nature, qu'elle a bien du pouvoir, qu'elle peut
perfectionner le souphre, le Mercure & le Sel spirituels, non
seulement en souphre, Mercure & en sel corporels, & en des
corps qui sont composés de ces Principes au Royaumes Végétal,
Animal & Minéral, & parfaire même les métaux, si ne
sont interrompus par des accidents, jusques à la plus haute perfection
de l'Or; mais les ayant produits jusqu'à ce degré de
perfection, le grand Dieu a fait arrêter là son cours, & a voulu,
que, ce que la Nature n'a pu faire avancer davantage, que cela
se pourrait faire par l'aide de l'art, & par l'industrie de ceux
qui sont relevé en esprit, en vertus, en sciences & en sagesse,
afin que ce que la Nature ne peut produire qu'à la perfection
de l'or, puisse être exalté par l'art, venant au secours de la Nature,
à un être beaucoup plus parfait & glorieux, & qu'au lieu
qu'il n'est donné à l'or, que ce qu'il a très nécessaire pour représenter
les qualités que le Créateur a voulu qu'il possède, que
ce même or puisse être exalté, par l'application des choses naturelles
& compatibles à sa nature, jusques à un si haut degré
de perfection, qu'il puisse pénétrer tous les corps composés
comme un esprit, & transformer les métaux en sa propre nature
& perfection.

§. 3. Mais devant que cet or puisse parvenir à monter jusqu'à un tel
La passion. degré de perfection, il faut croire que cela ne se peut, sans
des grandes rencontres & difficultés:

Car il faut qu'il souffre in Ponto, c'est à dire dans la mer.

Il faut qu'il soit crucifié.
Il faut qu'il meure.
Il faut
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 219
Il faut qu'il soit enterré.
Il faut qu'il descende aux enfers.

Il faut qu'il soit ressuscité de la mort à vie, afin qu'étant glorifié
après sa résurrection, il ai la puissance de mondifier ses
frères, (les métaux imparfaits) de leur taches & immondices,
& de les transformer avec lui jusqu'à la perfection des
êtres éternellement durables.

Je viens de dire, qu'il faut que l'or vienne à souffrir in Ponto:
qui est à dire dans la mer, entendez la mer des Philosophes
qui est faite des esprits des sels; c'est à dire, qu'il faut qu'il
soit attaqué de tous cotés des esprits souphreux & mercuriels
imparfaits puants & vénéneux, & qu'il souffre les plus grandes
anxiétés des enfers.

Il faut qu'il soit crucifié: §. 4.
Le crucifie-
Entendez que lors que le sel de mer est produit à une telle perfection, ment.
que ses esprits coagulés viennent à représenter un
corps Stéréométrique cubique, qu'il faut que l'or soit alors
crucifié, ou bien Cloué à la croix; Couronné d'une couronne
d'épines; Qu'il faut qu'il soit arrosé avec du fiel & du
vin aigre.

Qu'il faut qu'il soit percé d'une lance, que sang & eau coulent
de son coté: ce que vous pourrez entendre de cette façon:

Le crucifiement de l'or se fait par la conjonction d'icelui avec les
esprits des sels coagulés, (les quels viennent à former une figure
cubique comme nous avons dit.)

Or vous savez que je vous ai démontre ci devant par les lignes
de ces trois mots DEUS JESUS & MARIA que lors
qu'on les joint ensemble en six carrés il s'en fait six planes,
que ces six planes font une croix, les quelles, étant pliés en
semble, viennent à former un corps cubique, selon l'aspect
extérieur, n'étant composé que des lignes & des figures planes:
mais l'or vient ici à être tellement incorporé réellement
avec le sel, qu'il vient bien véritablement à être crucifié par
lui, vu qu'il ne vient pas seulement l'environner & le couronner
d'aiguilles & d'épines de la longueur d'un doigt, &
plus, mais aussi qu'il le vient blesser en telle sorte, qu'il sorte
K k k du sang
@

220 E S C A L I E R Des S A G E S.
du sang & de l'eau, par les blessures j'entends du phlegme &
une liqueur rouge, qui est une solution radicale de l'or.
§. 5.
La mort. II faut aussi que l'or meure: c'est à dire: que l'or se fonde dedans
le menstrue des Philosophes, comme la glace se fond
dans l'eau commune, & qu'il s'unisse tellement avec lui, qu'il
ne paroisse plus jamais de l'or corporel.

Il faut que l'or soit enterré:

C'est à dire, qu'il soit enterré dedans la terre métallique des
Philosophes, & tellement qu'il ne soit pas à distinguer de la
terre Philosophale, ce qui arrive:

Premièrement: par la putréfaction dans la quelle l'or reçoit la
couleur noire & véritablement morte de la terre avec elle.

Puis par la solution: dans la quelle l'Or vient à paraître avec la
terre métallique d'une couleur blanche comme du lait, &
tout de même comme du lait caillé.

Et qu'après cela l'or devienne avec la terre des Philosophes, par
la coagulation, d'une couleur rouge, comme une cendre
rouge: mais il ne suffit pas que ce Médiateur, qui doit aider
les métaux imparfaits à parvenir jusqu'à la perfection de
l'or même, vienne à pâtir de la manière, à être crucifié, à
mourir, & à être enterré.

Il faut aussi qu'il descende aux enfers; Entendez: qu'il faut que
le souphre & le Mercure combustibles & volatils, qui sont
ajoutés à l'or pour le tourmenter & pour le survaincre, qu'il
faut, dis je, qu'ils soient réduits par le sel spirituel des Philosophes,
à un être incombustible avec l'or, en sorte que
ayant quittés ensemble leur nature volatile, combustible &
corruptible, ils viennent à recevoir un corps glorieux, éternel
§. 6. & tout pénétrant, par où la résurrection glorieuse
La Résurrec- triomphante est assez à comprendre.
tion & l'As-
cension. Finalement: Les possesseurs de ce dit haut mystère ont aussi pu
prévoir par là, qu'il fallait, que l'ascension glorieuse du
Seigneur se fit: & ce par l'exaltation & par la multiplication
infinie qui se fait de la qualité & de la perfection de la
Pierre des Philosophes: comme aussi de la métamorphose
des
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 221
des corps corruptibles en des corps incorruptibles, qui se
fait par la projection de leur teinture ou de la poudre de projection
sur les métaux imparfaits les quels étant préparés &
rendu dignes pour la réception de la teinture, viennent à
être transmués en un moment, ou en Or, ou en teinture; approchant
l'universelle en vertu.

--------------------------------------------------------------

C H A P I T R E V.

Que la Nature ne peut pas passer les limites que le Créateur lui a donné.
Que Dieu a donné aussi bien des limites à l'homme qu'à l'or. Quel
doit être le Médiateur entre Dieu & l'homme. De la fragilité de
l'homme qui est créé pour exécuter la volonté de son créateur.

V Ous avez donc entendu, mon très cher. §. 1.
de quelle façon que nôtre grand Dieu a donné des bornes Que la Nature
à la Nature, comment il n'est pas permis à la Nature ne peut passer
de surpasser ces limites, comme aussi, comment & quand les limites que
ceux, qui sont doué de Dieu de la connaissance de Dieu & le créateur lui
de sa Nature, doivent venir secourir au cours de la Nature, a donné.
& en un quel degré de perfection, au Royaume minéral,
que l'or peut être produit par l'art servant à la Nature, &
quelles opérations merveilleuses peuvent être procurées par
cet être tellement exalté & glorieux.

Touchant vôtre seconde demande; Si le sauveur du genre humain
n'aurait pu être produit aussi bien de la semence humaine
que de la semence de Dieu même;

Je vous réponds que cela ne se peut nullement;

A cause que Dieu le tout puissant a donné à l'homme aussi bien §. 2.
qu'à l'or des limites les quelles il ne peut pas passer non plus: Que Dieu a
car la nature humaine a bien été douée, dès le commencement, donné aussi bien
de la connaissance du bien & du mal, mais il s'est tellement des limites à
éloigné du bien par sa désobéissance, qu'il est chassé l'homme qu'à
par un glaive ardent du Paradis, où il n'y avait que de l'éternité l'or.
& de la béatitude, & est si pénétramment châtié par ce
glaive de son créateur, qu'au lieu d'avoir pu posséder la béatitude
éternelle, il a été tellement blessé de sa corruptibilité,
qu'il lui a fallu se rendre sujet aux changements des Eléments,
K k k 2 & se
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222 E S C A L I E R Des S A G E S.
& se laisser réduire en un état si misérable, qu'il a fallu obéir
avec toute la postérité à la solution & à la séparation de son
corps en les Eléments changeants, comme ses successeurs y seront
sujets tant que le Monde durera.

Ces hommes misérables qui se sont tellement éloignés de la connaissance
du bien d'avec le mal, & qui étant tellement abâtardi,
qu'ils ne se connaissent presque plus eux même, qui
ne savent presque ce que c'est que Dieu, ou Diable, ni
ce que c'est du Ciel ou de l'Enfer, s'il y aura après cette vie
un bonheur ou un malheur éternel: ces hommes qui ne savent
quelquefois par devant pourquoi ils sont vivants par
derrière, & dont ceux sont estimés bien savants qui savent
réduire les composés en leur Principes & s'acquérir par là
quelque connaissance de la Divinité, car il faut qu'ils cherchent
le reste de leur science hors les livres, & qu'ils croient
ce que les autres ont cru & écrit devant eux, ce qui
leur est encore bien difficile à comprendre, de sorte que tout
ce que l'homme le plus savant, le plus sage & le plus parfait
peut faire, consiste en cela, qu'il puisse apprendre à connaître
Dieu son Créateur, & soi même, qui est sa créature,
& qu'il vienne à se rendre en quelque façon digne & participant
des grâces de Jésus Christ: Comment dis je un tel homme
pourrait il aider d'autres personnes à parvenir à la béatitude
éternelle, où il ne se peut aider soi même?

Adam (translaté) est à dire autant que Terre rouge. Si les descendants
d'Adam ont hérité tous cette macule terrestre de
leur premier père & si faut qu'ils la retiennent tant que le
monde dure; par quel homme pourra être effacé une telle macule,
& changé en une nature glorieuse & céleste? il est impossible
à l'homme à le faire & la semence corruptible de l'homme
§. 3. ne le peut: mais il faut que ce soit un homme sans macule
Quel doit qui est engendré de Dieu même, & il faut qu'un tel soit le
être le mé- médiateur pour réconcilier l'homme avec Dieu: car il faut
diateur entre nécessairement, qu'un homme, qui a Dieu même pour son
Dieu & l'hom- père, & une vierge pure pour sa mère, soit participant aussi
me. bien de la nature divine que de l'humaine, & une telle nature
double est propre & suffisante pour pouvoir pâtir sous Ponce
Pilate (comme l'Or in Ponto) afin que le genre humain
puisse voir & connaître, qu'il faut que les hommes souffrent
sem-
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 223
semblablement, & qu'il faut qu'ils tâchent à suivre son exemple
en tout, car il faut que le royaume des cieux ou la béatitude
éternelle souffre violence, & que ce soient les violents
qui l'occupent; à savoir les violents en pénitence; en humilité,
en bénignité, & en prières; & il en est si éloigné
que l'homme peut approcher de Dieu sans souffrances
& sans bonnes oeuvres, comme il est impossible, qu'un
souphre volatil & flambant puisse être transformé en
une terre fixe & incombustible sans les sels, ou sans les esprits
corporels d'iceux: car si quelqu'un pourrait avoir espoir de
parvenir à la béatitude éternelle sans souffrances & sans bonnes
oeuvres,il serait de nécessité nécessitante qu'il fut sans péchés,
mais puisqu'il n'y a né homme au monde sans péché, il
ne peut arriver autres de la Divine Majesté, qu'il ne se purifie
par ses pâtissements, par des mortifications de ses péchés,
par des pénitences, par des prières ardentes & par des bonnes
oeuvres, & qu'il ne se prépare pour devenir participant
de la teinture de Jésus Christ par l'aide de sa grâce & de sa miséricorde;
& ce à proportion qu'il vienne à obéir à la doctrine,
& à suivre l'exemple de la vie & de la passion de nôtre
sauveur & seigneur.

Jésus Christ, ne dit il pas lui même à ses disciples allants à Emaus
après sa résurrection:

Ne saviez vous pas qu'il fallait que ce Jésus pâti auparavant
qu'il pouvait entrer en sa gloire?

Si fallait, que Jésus Christ, qui est né, qui a vécu & qui est mort
sans péché, pâti avant que de pouvoir entrer dans la gloire:
savoir, selon sa nature humaine, qui était unie à la Divine,
pour s'acquérir par là son corps glorieux, & pour transformer
ainsi, par sa passion & par sa mort à l'arbre de la croix, son
corps corruptible, humain & composé des Eléments, en un
corps céleste & divin? Combien plus ne faudra il pas que nous §. 4.
pauvres pécheurs souffrions, vu que nous hommes conçus, De la fragilité
& nés en péché, que nous vivons & mourons en péché, & que du genre hu-
ne sommes créés que pour obéir & pour exécuter la volonté main qui est
de nôtre créateur, combien, dis je, ne nous faudra il donc crée pour exé-
souffrir davantage devant que nous puissions devenir participants cuter la volon-
de la gloire éternelle vu que la différence de nos corps té de son
à celui de nôtre Seigneur Jésus Christ est plus grande que n'est créateur.
celle du corps imparfait du souphre commun à celui du corps
L l l très
@

224 E S C A L I E R Des S A G E S.
très parfait & glorieux de la Pierre des Philosophes; tellement
qu'il nous est tout autant impossible de jouir de la clarification
& de la gloire éternelle de nos corps sans la grâce
& sans la miséricorde de Dieu comme il est impossible que les
métaux imparfaits peuvent être transformés en or, ou l'or en
teinture sans la Sage direction d'un bon artiste, & sans la
projection de la teinture, la quelle consiste au pouvoir &
à la grâce de celui qui la possède.

Voyez, mon très cher, en peu de paroles ma soutenue de quelle
façon que les anciens Philosophes, comme Trismégiste,
Moïse, Marie Prophétesse, les Prophètes & quantité d'autres
hommes saints & sages ont pu savoir & prédire des
mystères du Sauveur à venir, & ce par la connaissance & par
le maniement du grand secret des Sages: & considérez aussi,
si vous plaît, combien acceptable qu'est la comparaison, que
je viens de faire entre la conception, la vie, la passion, le
crucifiement, la mort & la résurrection glorieuse de nôtre Seigneur
& Sauveur Jésus Christ, & l'histoire de la conception,
de la passion, de la mort & de la résurrection glorieuse de
l'Or des Philosophes.

--------------------------------------------------------------

C H A P I T R E VI.

Différence entre la vertu teignante de Jésus Christ & celle de la Pierre des
Philosophes. Confession de l'Anéantissement de l'homme & admonition
pour la vertu. Souhaits de l'Auteur.

F R A N C O I S.

Out est fort bien, mon ami, & il me
semble que vous seriez bien capable de soutenir une assez
bonne matière pour la confirmation du sentiment de nôtre
religion & de nôtre foi Chrétienne; mais il me semble
aussi (sous vôtre correction) que le discours, que vous avez
fait de la teinture du Sauveur & nôtre Seigneur Jésus Christ,
est un peu trop matériel, vu que vous la comparez à la teinture
corporelle des Philosophes, la quelle il faut, à mon avis
qu'elle cesse avec la vertu transmuante, encore qu'elle
soit exaltée ou réchauffée en sa qualité & quantité autant qu'elle
le puisse être, & que les grâces & les vertus transformantes
tes de
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 225
de Jésus Christ sont à ct'heure & seront au Jour du Jugement infinies & sans cesse.
V R E D E R I C.
Vous admonestez fort bien: car les grâces & les vertus transmuantes §. 1.
de Jésus Christ sont & seront toujours d'une telle nature Différence entre
& d'une propriété telle, qu'il est & qu'il sera en toute éternité la vertu teig-
le même Christ glorifié sans être sujet au moindre changement nante de Jésus
du monde: & comme le soleil fait continuellement Christ & celle
étendre à l'entour de lui ses vertus & ses qualités luisantes, de la Pierre des
échauffantes, & générantes sans se diminuer aucunement en Philosophes.
sa grandeur; tout de même est ce à entendre de la vertu profluante
du Sauveur des hommes, qui rend participant de ces
grâces tous ceux qui font de leur âme un aimant qui puisse attirer
à soi ses vertus béatifiantes, sans qu'elles en diminuent
aucunement: & la vertu & la propriété de Jésus Christ sera
telle au jour du jugement, qu'il jugera & qu'il glorifiera
les vivants & les morts à proportion de la pureté de leur tabernacle,
sans que par une défluxion telle ses vertus se viennent
aucunement à diminuer, ni à changer: vous dites fort bien
que c'est tout autre chose avec la qualité transmuante de la
teinture des Philosophes, la quelle vient à se diminuer &
à finir quand toute sa vertu transformante est étendue dedans
les métaux imparfaits par la projection.

Il faut aussi que vous sachiez si vous plaît, que c'est tout autre
chose de la vertu & des opérations du Créateur de tout,
que de celles des créatures, les quelles peuvent être exprimées
avec la plume & avec la langue, au lieu que la cent millième
partie des autres ne peut être comprise des esprits de
toutes les créatures vivantes de la Terre encore qu'elles fussent
toutes assemblées & fondues ensemble.

F R A N C O I S.

Ce pourquoi considérant nôtre chétivité, humilions nous §. 2.
comme des vers de terre, apprenons par les dix degrés de Confession de
cet Escalier des Sages à connaître nôtre Dieu, nôtre Sauveur l'anéantisse-
& nous même, étudions nous à faire la volonté de Dieu ment de l'homme
& à obéir à ses commandements, & tâchons de fortifier & & admonition
d'aiguiser l'aimant de nôtre intellect & de nos âmes par des pour la vertu.
L l l 2 priè-
@

226 E S C A L I E R Des S A G E S.
prières si ardentes, que nous ne soyons pas seulement attiré
& sublimé par les puissantes vertus du Saint Esprit, mais que
nous soyons même tout entièrement transformé & glorifié
par lui & en lui.

C'est là, mon très cher, le désir zélé de mon âme, le quel soit
ouvert & conduit avec le double nombre de dix, & avec le
dixième degré de sapience des Anciens Sages à savoir avec
la clef du Sel, jusques au pied du Trône de la Divine Majesté,
& ce même souhait soit refermé par la clef de l'Unité
de Dieu: de qui, en qui, par qui & à qui sont toutes choses.

V R E D E R I C.

Il semble, à vous entendre, que vous êtes d'intention de finir
déjà ce Traité & de fermer la porte à nôtre discours avec la
clef du Sel qui représente le dixième degré de nôtre Escalier:
vous faites en quelque façon bien, mais je suis d'avis qu'après
être monté sur la sommité de cet Escalier, il nous
commencera seulement à paraître l'aspect de la terre de promesse
des Trois Royaumes, selon l'intention de nôtre pèlerinage,
& que nous ne ferions que commencer à éveiller
& à aiguiser nos esprits & nos autres sens en les faisans occuper
à l'aspect & à l'examen des composés, vu que les trois
Royaumes de la Nature ne comprennent pas seulement le centre
& la superficie, mais aussi le corps de la Terre toute entière:
mais devant que d'entreprendre ce voyage tant spacieux,
je ne me peut empêcher à vous dire, que la très Sainte Trinité
ne viendrait pas mal non plus en comparaison de ces Trois
Principes susdits, vu que le souphre ne serait pas mal comparé
à la personne de Dieu le Père; Le Sel à la personne de
Dieu le fils, & le Mercure à celle du Saint Esprit, car Dieu
le Père, Dieu le Fils & Dieu le St. Esprit sont con-substantiellement
un même Dieu en Trois Personnes, comme le Souphre,
le Mercure & le Sel sont con-substantiellement un composé
en Trois Principes, qui comprennent une Ame, un
Esprit & un corps.

F R A N C O I S.

Vous m'excuserez, si vous plaît: je n'ai pas mis en oubli le
dessein que nous avons entrepris pour faire un voyage au travers
vers
@

E S C A L I E R Des S A G E S. 227
des trois Royaumes de toute la Nature, & ce que j'ai
dit de la clef du sel & de l'Unité, je l'ai fait à cette intention
& à cause que le sel vient à représenter & à finir le dixième &
le dernier degré de nôtre Escalier, & qu'il nous donne ouverture
& entrée pour approcher les trésors des dits Royaumes,
pour afin, que, les ayant bien contemplés & bien anatomés,
nous tâchions à la fin de retourner à l'Unité de Dieu.

V R E D E R I C.

C'est fort bien fait: & pour parvenir heureusement à nôtre intention,
& afin que nous puissions obtenir le bonheur de
pouvoir employer avec utilité le peu de temps de nôtre vie à
sa contemplation des merveilles de nôtre grand Dieu, je ferai
un souhait du profond de mon âme:

Que nôtre intellect puisse être illuminé pour cette fin de la Lumière §. 3.
la Majesté divine! Souhait de
l'Auteur.
Que nôtre volon